エピソード

  • Catullus, Carmen octogesimum tertium
    2026/07/11

    Salvete omnes !

    Aujourd'hui, Catulle nous met face à un paradoxe de l'amour : dire du mal de quelqu'un, c'est encore éprouver des sentiments pour lui, en quelque sorte l'aimer ; se taire et n'en rien dire, c'est être guéri des blessures de l'amour et n'en plus rien ressentir. Souvenez-vous du carmen LXXXV : "Odī et amō" (Je hais et j'aime).

    Lesbia mī praesente virō mala plūrima dīcit ;

    Haec illī fatuō maxima laetitia est.

    Mūle, nihil sentīs. Sī nostrī oblīta tacēret,

    Sāna esset ; nunc quod gannit et obloquitur,

    Nōn sōlum meminit, sed, quae multō acrior est rēs,

    Īrāta est ; hōc est, ūritur et loquitur.

    (pièce en distiques élégiaques)

    Traduction de Maurice Rat, in Catulle, Poèmes, Paris, Garnier, 1931 :

    Lesbia, en présence de son mari, lance contre moi force malédictions ; c’est pour cet imbécile une grande joie. Mulet, tu n’y comprends rien. Si, m’ayant oublié, elle se taisait, son cœur serait intact ; maintenant qu’elle gronde et m’injurie, non seulement elle se souvient de moi, mais, chose encore bien plus forte, elle est irritée, c’est-à-dire qu’elle brûle et qu’elle parle.

    Image : Frederic Leighton (1830-1896), Acmé et Septimius, circa 1868, huile sur toile, diamètre : 99 cm, Ashmolean Museum.

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  • Phaedrus, Fabulae, I, 13 : Vulpis et corvus
    2026/07/04

    Salvete omnes !

    Je ne résiste pas au plaisir de vous soumettre le jugement que Jean de La Fontaine porte sur Phèdre pour mettre en avant, avec une humilité toute rhétorique, son propre génie.« On ne trouvera pas ici l’élégance ni l’extrême brièveté qui rendent Phèdre recommandable : ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m’était impossible de l’imiter en cela, j’ai cru qu’il fallait en récompense égayer l’ouvrage plus qu’il n’a fait. Non que je le blâme d’en être demeuré dans ces termes : la langue latine n’en demandait pas davantage ; et si l’on y veut prendre garde, on reconnaîtra dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La simplicité est magnifique chez ces grands hommes : moi, qui n’ai pas les perfections du langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un si haut point. Il a donc fallu se récompenser d’ailleurs : c’est ce que j’ai fait avec d’autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu’on ne saurait trop égayer les narrations. Il ne s’agit pas ici d’en apporter une raison : c’est assez que Quintilien l’ait dit. J’ai pourtant considéré que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en relevassent le goût. C’est ce qu’on demande aujourd’hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n’appelle pas gaieté ce qui excite le rire ; mais un certain charme, un air agréable qu’on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux. »

    Jean de La Fontaine, Préface aux Fables, 1668

    À présent, voici la fable de Phèdre que tout le monde connaît dans la variante brillante de Jean de La Fontaine :

    Vulpis et corvus (I, 13)

    Quae sē laudārī gaudent verbīs subdolīs,

    Sērae dant poenās turpī pænitentiā.

    Cum dē fenestrā corvus raptum cāseum

    Comesse vellet, celsā residens arbore,

    Vulpēs invīdit, deinde sīc cœpit loquī :

    « Ō quī tuārum, corve, pinnārum est nitor !

    Quantum decōris corpore et vultū geris !

    Sī vōcem habēres, nulla prior āles foret. »

    At ille, dum etiam vōcem vult ostendere,

    Lātō ōre ēmīsit cāseum ; quem celeriter

    Dolōsa vulpēs avidīs rapuit dentibus.

    Tum dēmum ingemuit corvī dēceptus stupor.

    (fable en sénaires iambiques)

    Je reprends volontairement le texte des Itinera Electronica et de The Latin Library (que la traduction donnée par les Itinera Electronica ne reflète que partiellement). Je vous propose des éléments de réflexion sur le texte en commentaire de cette vidéo.

    Traduction de Pierre Constant, Fables de Phèdre, fables d’Avianus, sentences de Publilius Syrus, distiques moraux de Denys Caton, Paris, Garnier Frères, 1937 :

    Celui qui aime les flatteries perfides en est d’ordinaire puni par un repentir plein de confusion. Un corbeau avait pris sur une fenêtre un fromage et se disposait à le manger perché sur le haut d’un arbre. Un renard l’aperçut et se mit à lui parler ainsi : « Que ton plumage, ô corbeau, a d’éclat ! Que de beauté sur ta personne et dans ton air ! Si tu avais de la voix, nul oiseau ne te serait supérieur. » Mais lui, en voulant sottement montrer sa voix, laissa de son bec tomber le fromage et le rusé renard se hâta de le saisir de ses dents avides. Alors le corbeau gémit de s’être laissé tromper stupidement.

    Image : Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Le loup et l’agneau, huile sur toile, 104,1 x 125,7 cm, collection particulière, Limoges.

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  • C. Iulii Caesaris Commentarii de bello Gallico (I, 8)
    2026/06/27

    Intereā eā legiōne quam sēcum habēbat mīlitibusque, quī ex prōvinciā convēnerant, ā lacū Lemannō, quī in flūmen Rhodanum influit, ad montem Iūram, quī fīnēs Sēquanōrum ab Helvētiīs dīvidit, mīlia passuum XVIIII (1) mūrum in altitūdinem pedum sēdecim fossamque perdūcit. Eō opere perfectō praesidia dispōnit, castella commūnit, quō facilius, sī sē invītō transīre cōnentur, prohibēre possit. Ubi ea diēs quam constituerat cum lēgātīs vēnit et lēgātī ad eum revertērunt, negat sē mōre et exemplō populī Rōmānī posse iter ullī per prōvinciam dare et, sī vim facere cōnentur, prohibitūrum ostendit. Helvētiī eā spē dēiectī nāvibus iunctīs ratibusque complūribus factīs, aliī vadīs Rhodanī, quā minima altitūdō flūminis erat, nōn numquam interdiū, saepius noctū sī perrumpere possent cōnātī, operis mūnītiōne et mīlitum concursū et tēlīs repulsī, hōc cōnātū destitērunt.

    (1) XVIIII : decem novem

    Traduction publiée sous la direction de Désiré Nisard, Salluste, Jules César, C. Velleius Paterculus et A. Florus, Collection des Auteurs latins, Paris, Didot, 1865 :

    Dans cet intervalle, César, avec la légion qu’il avait avec lui et les troupes qui arrivaient de la Province, éleva, depuis le lac Léman, que traverse le Rhône, jusqu’au mont Jura, qui sépare la Séquanie de l’Helvétie, un rempart de dix-neuf mille pas de longueur et de seize pieds de haut : un fossé y fut joint. Ce travail achevé, il établit des postes, fortifie des positions, pour repousser plus facilement les Helvètes, s’ils voulaient passer contre son gré. Dès que le jour qu’il avait assigné à leurs députés fut arrivé, ceux-ci revinrent auprès de lui. Il leur déclara que les usages et l’exemple du peuple romain lui défendaient d’accorder le passage à travers la Province, et que, s’ils tentaient de le forcer, il s’y opposerait. Les Helvètes, déçus dans cette espérance, essaient de passer le Rhône, les uns sur des barques jointes ensemble et sur des radeaux faits dans ce dessein, les autres à gué, à l’endroit où le fleuve a le moins de profondeur, quelquefois le jour, plus souvent la nuit. Arrêtés par le rempart, par le nombre et par les armes de nos soldats, ils renoncent à cette tentative.

    Lionel Royer (1852-1926), Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César, 1899, huile sur toile, 321 x 482 cm, Musée Crozatier, France.

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    2 分
  • Catullus, Carmen alterum et nonagesimum
    2026/06/20

    Salvete omnes !


    Aujourd’hui, retour sur les déboires amoureux de Catulle avec le poème XCII en distiques élégiaques. Et petit cadeau supplémentaire : un sous-titrage exclusif… en latin, bien sûr !

    Petite remarque stylistique : les deux amants ont chacun un distique, Lesbie le premier, Catulle le second, et le second hémistiche des pentamètres dactyliques est quasiment identique, reproduisant ainsi verbalement le sort commun de ces deux êtres qui ne cessent de s’aimer et de se déchirer.

    Très bonne écoute à tous !


    Lesbia mī dīcit semper male nec tacet umquam

    Dē mē ; Lesbia mē dispeream nisi amat.

    Quō signō ? Quia sunt totidem mea ; dēprecor illam

    Assiduē, vērum dispeream nisi amō.


    (pièce en distiques élégiaques)


    Traduction de Maurice Rat, in Catulle, Poèmes, Paris, Garnier, 1931 :

    Lesbia dit du mal de moi sans cesse et ne se tait jamais sur mon compte ; que je meure, si Lesbia ne m’aime pas. La preuve ? C’est que j’en puis dire autant : je la maudis à chaque instant ;mais que je meure si je ne l’aime pas.


    Image : Frederic Leighton (1830-1896), Acmé et Septimius, circa1868, huile sur toile, diamètre : 99 cm, Ashmolean Museum.


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  • L. Annaei Senecae Epistulae morales ad Lucilium (I, 2)
    2026/06/13

    SENECA LVCILIO SVO SALVTEM

    Ex iīs quae mihi scrībis et ex iīs quae audiō bonam spem dē tē concipiō : nōn discurris nec locōrum mūtātiōnibus inquiētāris. Aegrī animī ista iactātiō est : prīmum argūmentum compositae mentis existimō posse consistere et sēcum morārī. Illud autem vidē, nē ista lectiō auctōrum multōrum et omnis generis volūminum habeat aliquid vagum et instabile. Certīs ingeniīs immorārī et innūtrīrī oportet, sī velīs aliquid trahere quod in animō fidēliter sedeat. Nusquam est quī ubīque est. Vītam in peregrīnātiōne exigentibus hoc ēvenit, ut multa hospitia habeant, nullās amīcitiās ; idem accidat necesse est iīs quī nullīus sē ingeniō familiāriter applicant sed omnia cursim et properantēs transmittunt. Nōn prōdest cibus nec corporī accēdit quī statim sumptus ēmittitur ; nihil aequē sānitātem impedit quam remediōrum crēbra mūtātiō ; nōn venit vulnus ad cicātrīcem in quō medicāmenta temptantur ; nōn convalescit planta quae saepe transfertur ; nihil tam ūtile est ut in transitū prōsit. Distringit librōrum multitūdō ; itaque cum legere nōn possīs quantum habueris, satis est habēre quantum legās. « Sed modo » inquis « hunc librum ēvolvere volō, modo illum ». Fastīdientis stomachī est multa dēgustāre ; quae ubi varia sunt et dīversa, inquinant nōn alunt. Probātōs itaque semper lege, et sī quandō ad aliōs dēvertī libuerit, ad priōrēs redī. Aliquid cotīdiē adversus paupertātem, aliquid adversus mortem auxilī comparā, nec minus adversus cēterās pestēs ; et cum multa percurreris, ūnum excerpe quod illō diē concoquās. Hoc ipse quoque faciō ; ex plūribus quae lēgī aliquid apprehendō. Hodiernum hoc est quod apud Epicūrum nanctus sum – soleō enim et in aliēna castra transīre, nōn tamquam transfuga, sed tamquam explōrātor : « honesta » inquit « rēs est laeta paupertās ». Illa vērō nōn est paupertās, sī laeta est ; nōn quī parum habet, sed quī plūs cupit, pauper est. Quid enim refert quantum illī in arcā, quantum in horreīs iaceat, quantum pascat aut fēneret, sī aliēnō imminet, sī nōn acquīsīta sed acquīrenda computat ? Quis sit dīvitiārum modus quaeris ? prīmus habēre quod necesse est, proximus quod sat est. Valē.

    Traduction de Joseph Baillard, in Sénèque le Jeune, Lettres à Lucilius, Hachette, 1914 :

    Sénèque à son cher Lucilius, salut !

    Ce que tu m’écris et ce que j’apprends me fait bien espérer de toi. Tu ne cours pas çà et là, et ne te jettes pas dans l’agitation des déplacements. Cette mobilité est d’un esprit malade. Le premier signe, selon moi, d’une âme bien réglée, est de se fixer, de séjourner avec soi, Or prends-y garde : la lecture d’une foule d’auteurs et d’ouvrages de tout genre pourrait tenir du caprice et de l’inconstance. Fais un choix d’écrivains pour t’y arrêter et te nourrir de leur génie, si tu veux y puiser des souvenirs qui te soient fidèles. C’est n’être nulle part que d’être partout. Ceux dont la vie se passe à voyager finissent par avoir des milliers d’hôtes et pas un ami. Même chose arrive nécessairement à qui néglige de lier commerce avec un auteur favori pour jeter en courant un coup d’œil rapide sur tous à la fois. La nourriture ne profite pas, ne s’assimile pas au corps, si elle est rejetée aussitôt que prise. Rien n’entrave une guérison comme de changer sans cesse de remèdes ; on n’arrive point à cicatriser une plaie où les appareils ne sont qu’essayés. On ne fortifie pas un arbuste par de fréquentes transplantations. Il n’est chose si utile qui puisse l’être en passant. La multitude des livres dissipe l’esprit. Ainsi, ne pouvant lire tous ceux que tu aurais, c’est assez d’avoir ceux que tu peux lire. « Mais j’aime à feuilleter tantôt l’un, tantôt l’autre. » C’est le fait d’un estomac affadi, de ne goûter qu’un peu de tout [...]

    (suite de la traduction : https://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/sen_luciliusI/lecture/2.htm)

    Eduardo Barrón (1858-1911), Néron et Sénèque, 1904, sculpture préparatoire en plâtre, 210 x 265 x 120 cm, Musée du Prado, Madrid, Espagne.

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  • C. Iulii Caesaris Commentarii de bello Gallico (I, 7)
    2026/06/06

    Caesarī cum id nuntiātum esset, eōs per prōvinciam nostram iter facere cōnārī, mātūrat ab urbe proficiscī et quam maximīs potest itineribus in Galliam ulteriōrem contendit et ad Genāvam pervenit. Prōvinciae tōtī quam maximum potest mīlitum numerum imperat (erat omnīnō in Galliā ulteriōre legiō ūna), pontem, quī erat ad Genāvam, iubet rescindī. Ubi dē ēius adventū Helvētiī certiōrēs factī sunt, lēgātōs ad eum mittunt nōbilissimōs cīvitātis, cūius lēgātiōnis Nammēius et Verucloetius principem locum obtinēbant, quī dīcerent sibi esse in animō sine ullō maleficiō iter per Prōvinciam facere, proptereā quod aliud iter habērent nullum : rogāre ut ēius voluntāte id sibi facere liceat. Caesar, quod memoriā tenēbat L. Cassium consulem occīsum exercitumque ēius ab Helvētiīs pulsum et sub iugum missum, concēdendum non putābat ; neque hominēs inimīcō animō, datā facultāte per Prōvinciam itineris faciundī (1), temperātūrōs ab iniūriā et maleficiō existimābat. Tamen, ut spatium intercēdere posset dum mīlites quōs imperāverat convenīrent, lēgātīs respondit diem sē ad dēlīberandum sumptūrum : sī quid vellent, ad Īd. Aprīl. (2) reverterentur.


    (1) faciundī : m’étant appuyé sur une autre édition pour ma lecture, je dis faciendī. Cela n’a bien sûr aucun impact sur le sens, uniquement sur la sonorité.

    (2) ad Īd. Aprīl. = ad īdūs Aprīlēs


    Traduction publiée sous la direction de Désiré Nisard, Salluste, Jules César, C. Velleius Paterculus et A. Florus, Collection des Auteurs latins, Paris, Didot, 1865 :


    César, apprenant qu’ils se disposent à passer par notre Province, part aussitôt de Rome, se rend à grandes journées dans la Gaule ultérieure et arrive à Genève. Il ordonne de lever dans toute la province le plus de soldats qu’elle peut fournir (il n’y avait qu’une légion dans la Gaule ultérieure), et fait rompre le pont de Genève. Les Helvètes, avertis de son arrivée, députent vers lui les plus nobles de leur cité, à la tête desquels étaient Namméios et Verucloétios, pour dire qu’ils avaient l’intention de traverser la province, sans y commettre le moindre dommage, n’y ayant pour eux aucun autre chemin, qu’ils le priaient d’y donner son consentement. César, se rappelant que les Helvètes avaient tué le consul L. Cassius et repoussé son armée qu’ils avaient fait passer sous le joug, ne crut pas devoir leur accorder cette demande. Il ne pensait pas que des hommes pleins d’inimitié pussent, s’ils obtenaient la permission de traverser la province, s’abstenir de violences et de désordres. Cependant, pour laisser aux troupes qu’il avait. commandées le temps de se réunir, il répondit aux députés qu’il y réfléchirait, et que, s’ils voulaient connaître sa résolution, ils eussent à revenir aux ides d’avril.


    Lionel Royer (1852-1926), Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César, 1899, huile sur toile, 321 x 482 cm, Musée Crozatier, France.

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    2 分
  • L. Annaei Senecae Epistulae morales ad Lucilium (I, 1)
    2026/05/30

    SENECA LVCILIO SVO SALVTEM

    Ita fac, mī Lucilī : vindicā tē tibi, et tempus quod adhuc aut auferēbātur aut subripiēbātur aut excidēbat collige et servā. Persuādē tibi hoc sīc esse ut scrībō : quaedam tempora ēripiuntur nōbīs, quaedam subdūcuntur, quaedam effluunt. Turpissima tamen est iactūra quae per neglegentiam fit. Et sī volueris attendere, magna pars vītae ēlābitur male agentibus, maxima nihil agentibus, tōta vīta aliud agentibus. Quem mihi dabis quī aliquod pretium temporī pōnat, quī diem aestimet, quī intellegat sē cotīdiē morī ? In hōc enim fallimur, quod mortem prospicimus : magna pars ēius iam praeterit ; quidquid aetātis retrō est mors tenet. Fac ergō, mī Lucilī, quod facere tē scrībis, omnēs hōrās complectere ; sīc fiet ut minus ex crastinō pendeās, sī hodiernō manum iniēceris. Dum differtur vīta transcurrit. Omnia, Lucilī, aliēna sunt, tempus tantum nostrum est ; in hūius reī ūnīus fugācis ac lūbricae possessiōnem nātūra nōs mīsit, ex quā expellit quīcumque vult. Et tanta stultitia mortālium est ut quae minima et vīlissima sunt, certē reparābilia, imputārī sibi cum impetrāvēre patiantur, nēmō sē iūdicet quicquam dēbēre quī tempus accēpit, cum interim hoc ūnum est quod nē grātus quidem potest reddere.

    Interrogābis fortasse quid ego faciam quī tibi ista praecipiō. Fātēbor ingenuē : quod apud luxuriōsum sed dīligentem ēvenit, ratiō mihi constat impensae. Nōn possum dīcere nihil perdere, sed quid perdam et quārē et quemadmodum dīcam ; causās paupertātis meae reddam. Sed ēvenit mihi quod plērīsque nōn suō vitiō ad inopiam redactīs : omnēs ignoscunt, nēmō succurrit. Quid ergō est ? nōn putō pauperem cuī quantulumcumque superest sat est ; tū tamen mālō servēs tua, et bonō tempore incipiēs. Nam ut vīsum est māiōribus nostrīs, « sēra parsimōnia in fundō est » ; nōn enim tantum minimum in īmō sed pessimum remanet. Valē.

    Traduction de Joseph Baillard, in Sénèque le Jeune, Lettres à Lucilius, Hachette, 1914 :

    Sénèque à son cher Lucilius, salut !

    Suis ton plan, cher Lucilius ; reprends possession de toi-même : le temps qui jusqu’ici t’était ravi, ou dérobé, ou que tu laissais perdre, recueille et ménage-le. Persuade-toi que la chose a lieu comme je te l’écris : il est des heures qu’on nous enlève par force, d’autres par surprise, d’autres coulent de nos mains. Or la plus honteuse perte est celle qui vient de négligence et, si tu y prends garde, la plus grande part de la vie se passe à mal faire, une grande à ne rien faire, le tout à faire autre chose que ce qu’on devrait. Montre-moi un homme qui mette au temps le moindre prix, qui sache ce que vaut un jour, qui comprenne que chaque jour il meurt en détail ! Car c’est notre erreur de ne voir la mort que devant nous : en grande partie déjà on l’a laissée derrière ; tout l’espace franchi est à elle. Persiste donc, ami, à faire ce que tu me mandes : sois complètement maître de toutes tes heures. Tu dépendras moins de demain si tu t’assures bien d’aujourd’hui. Tandis qu’on l’ajourne, la vie passe. Cher Lucilius, tout le reste est d’emprunt, le temps seul est notre bien. C’est la seule chose, fugitive et glissante, dont la nature nous livre la propriété ; et nous en dépossède qui veut. Mais telle est la folie humaine : le don le plus mince et le plus futile dont la perte au moins se répare, on veut bien se croire obligé pour l’avoir obtenu ; et nul ne se juge redevable du temps qu’on lui donne, de ce seul trésor que la meilleure volonté ne peut rendre. [...]

    Suite de la traduction : https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_%C3%A0_Lucilius/Lettre_1

    Eduardo Barrón (1858-1911), Néron et Sénèque, 1904, sculpture préparatoire en plâtre, 210 x 265 x 120 cm, Musée du Prado, Madrid, Espagne.

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    4 分
  • C. Iulii Caesaris Commentarii de bello Gallico (I, 6)
    2026/05/23

    Erant omnīnō itinera duo, quibus itineribus domō exīre possent : ūnum per Sēquanōs, angustum et difficile, inter montem Iūram et flūmen Rhodanum, vix quā singulī carrī dūcerentur, mons autem altissimus impendēbat, ut facile perpaucī prohibēre possent ; alterum per prōvinciam nostram, multō facilius atque expedītius, proptereā quod inter fīnēs Helvētiōrum et Allobrogum, quī nūper pācātī erant, Rhodanus fluit isque nōn nullīs locīs vadō transītur. Extrēmum oppidum Allobrogum est proximumque Helvētiōrum fīnibus Genāva. Ex eo oppidō pons ad Helvētiōs pertinet. Allobrogibus sēsē vel persuāsūrōs, quod nondum bonō animō in populum Rōmānum vidērentur, existimābant vel vī coactūrōs ut per suōs fīnēs eōs īre paterentur. Omnibus rēbus ad profectiōnem comparātīs diem dīcunt, quā diē ad rīpam Rhodanī omnēs conveniant. Is diēs erat a. d. V. Kal. Apr. (1) L. (2) Pīsōne, A. (3) Gabīniō consulibus.

    (1) a. d. V. Kal. Apr. = ante diem quintum Kalendās Aprīlēs

    (2) L. = Luciō

    (3) A. = Aulō

    Traduction publiée sous la direction de Désiré Nisard, Salluste, Jules César, C. Velleius Paterculus et A. Florus, Collection des Auteurs latins, Paris, Didot, 1865 :

    Il n’y avait absolument que deux chemins par lesquels ils pussent sortir de leur pays : l’un par la Séquanie, étroit et difficile, entre le Jura et le Rhône, où pouvait à peine passer un chariot ; il était dominé par une haute montagne, et une faible troupe suffisait pour en défendre l’entrée ; l’autre, à travers notre Province, plus aisé et plus court, en ce que le Rhône, qui sépare les terres des Helvètes de celles des Allobroges, nouvellement soumis, est guéable en plusieurs endroits, et que la dernière ville des Allobroges, Genève, est la plus rapprochée de l’Helvétie, avec laquelle elle communique par un pont. Ils crurent qu’ils persuaderaient facilement aux Allobroges, qui ne paraissaient pas encore bien fermement attachés au peuple romain, de leur permettre de traverser leur territoire, ou qu’ils les y contraindraient par la force. Tout étant prêt pour le départ, ils fixent le jour où l’on doit se réunir sur la rive du Rhône. Ce jour était le 5 avant les calendes d’avril, sous le consulat de L. Pison et de A. Gabinius.

    Lionel Royer (1852-1926), Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César, 1899, huile sur toile, 321 x 482 cm, Musée Crozatier, France.

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    2 分