Phaedrus, Fabulae, I, 13 : Vulpis et corvus
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Salvete omnes !
Je ne résiste pas au plaisir de vous soumettre le jugement que Jean de La Fontaine porte sur Phèdre pour mettre en avant, avec une humilité toute rhétorique, son propre génie.« On ne trouvera pas ici l’élégance ni l’extrême brièveté qui rendent Phèdre recommandable : ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m’était impossible de l’imiter en cela, j’ai cru qu’il fallait en récompense égayer l’ouvrage plus qu’il n’a fait. Non que je le blâme d’en être demeuré dans ces termes : la langue latine n’en demandait pas davantage ; et si l’on y veut prendre garde, on reconnaîtra dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La simplicité est magnifique chez ces grands hommes : moi, qui n’ai pas les perfections du langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un si haut point. Il a donc fallu se récompenser d’ailleurs : c’est ce que j’ai fait avec d’autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu’on ne saurait trop égayer les narrations. Il ne s’agit pas ici d’en apporter une raison : c’est assez que Quintilien l’ait dit. J’ai pourtant considéré que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en relevassent le goût. C’est ce qu’on demande aujourd’hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n’appelle pas gaieté ce qui excite le rire ; mais un certain charme, un air agréable qu’on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux. »
Jean de La Fontaine, Préface aux Fables, 1668
À présent, voici la fable de Phèdre que tout le monde connaît dans la variante brillante de Jean de La Fontaine :
Vulpis et corvus (I, 13)
Quae sē laudārī gaudent verbīs subdolīs,
Sērae dant poenās turpī pænitentiā.
Cum dē fenestrā corvus raptum cāseum
Comesse vellet, celsā residens arbore,
Vulpēs invīdit, deinde sīc cœpit loquī :
« Ō quī tuārum, corve, pinnārum est nitor !
Quantum decōris corpore et vultū geris !
Sī vōcem habēres, nulla prior āles foret. »
At ille, dum etiam vōcem vult ostendere,
Lātō ōre ēmīsit cāseum ; quem celeriter
Dolōsa vulpēs avidīs rapuit dentibus.
Tum dēmum ingemuit corvī dēceptus stupor.
(fable en sénaires iambiques)
Je reprends volontairement le texte des Itinera Electronica et de The Latin Library (que la traduction donnée par les Itinera Electronica ne reflète que partiellement). Je vous propose des éléments de réflexion sur le texte en commentaire de cette vidéo.
Traduction de Pierre Constant, Fables de Phèdre, fables d’Avianus, sentences de Publilius Syrus, distiques moraux de Denys Caton, Paris, Garnier Frères, 1937 :
Celui qui aime les flatteries perfides en est d’ordinaire puni par un repentir plein de confusion. Un corbeau avait pris sur une fenêtre un fromage et se disposait à le manger perché sur le haut d’un arbre. Un renard l’aperçut et se mit à lui parler ainsi : « Que ton plumage, ô corbeau, a d’éclat ! Que de beauté sur ta personne et dans ton air ! Si tu avais de la voix, nul oiseau ne te serait supérieur. » Mais lui, en voulant sottement montrer sa voix, laissa de son bec tomber le fromage et le rusé renard se hâta de le saisir de ses dents avides. Alors le corbeau gémit de s’être laissé tromper stupidement.
Image : Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Le loup et l’agneau, huile sur toile, 104,1 x 125,7 cm, collection particulière, Limoges.