エピソード

  • «Le dessinateur de Drancy» d’Hervé Duphot, traits de mémoire
    2026/09/13

    Une adaptation fidèle du Journal de Georges Horan-Koiransky, interné au camp de Drancy en 1942-1943.

    En octobre 2017, les éditions Créaphis publiaient le Journal d'un interné, dans lequel Georges Koiransky racontait sa captivité au camp de Drancy en 1942-1943. La bande dessinée d’Hervé Duphot en est une adaptation fidèle.

    Dans la postface de l’album, l’historien Benoît Pouvreau retrace le parcours de Georges Koiransky : celui d’un Russe né à Saint-Pétersbourg en 1894 dans une famille francophile, qui s’installe à Paris au tournant du siècle, suit les cours du soir de l’École des Beaux-Arts, s’engage en 1915, ce qui lui permettra d’être naturalisé Français dix ans plus tard.

    Arrêté sur dénonciation

    Au printemps 1942, deux de ses sœurs et un de ses neveux sont reconnus comme « non-juifs » par un expert du Commissariat général aux questions juives. Il est pourtant arrêté le 11 juillet 1942, suite à la dénonciation de ses voisins, contre lesquels il portera plainte à la Libération (ils seront condamnés à l’indignité nationale).

    Interné à Drancy (nord-est de Paris) dans la cité de la Muette transformée en camp de transit des Juifs de France avant leur déportation, Georges Koiransky connaît l’enfermement, la peur, les mauvais traitements et les privations. Il les subit, mais il les documente, encouragé par son compagnon de captivité René Blum (frère de l’ancien président du Conseil Léon Blum). C’est ainsi qu’il croque en cachette les scènes de la vie quotidienne des prisonniers, mais aussi l’arrivée des femmes et des enfants et les départs pour les camps de la mort. Principal problème : le manque de papier, que son épouse Hélène a du mal à lui fournir en quantité suffisante. C’est avec sa complicité qu’il parvient également à faire sortir ses dessins clandestinement, en les dissimulant dans son linge sale.

    En 1947, il publie à compte d’auteur 56 de ses estampes dans un ouvrage signé Georges Horan, Le camp de Drancy, seuil de l’enfer juif. Le recueil reste confidentiel. Il faudra attendre les années 70 pour que ses œuvres, utilisées par des associations d’anciens internés ou déportés, accèdent à un public plus large. On les retrouve aussi dans le Mémorial de la déportation des juifs de France de Serge Klarsfeld (1978) et dans le film de Jean-Patrick Lebel Cité de la Muette (1986). C’est ce dernier qui permettra de faire le rapprochement entre Georges Horan et Georges Koiransky. L’album d’Hervé Duphot présente aussi plusieurs reproductions de ces dessins originaux.

    Le dessinateur de Drancy, Hervé Duphot (Delcourt/Encrages).

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    20 分
  • «L’Homme qui Tombe» de Philippe Lecaplain, la photo d’un monde qui bascule
    2026/09/12

    Un quart de siècle après les attentats du 11 septembre 2001, l’instantané de Richard Drew continue de poser bien des questions. Récit au-delà du cliché.

    Journaliste à RFI, Philippe Lecaplain était à l’antenne le 11 septembre 2001, quelques minutes après l’impact du Boeing 767 d’American Airlines sur la face Nord de la Tour Nord entre le 93e et le 99e étage du World Trade Center. Pourtant, 25 ans après, ce n’est pas l’image d’un avion que ce passionné d’aviation a choisi de placer au cœur de son nouveau livre, mais celle d’un homme, « une victime en pleine chute, encore en vie pour trois secondes avant qu’elle ne se fracasse ». Quelques fragments de vie avant la mort. Une photo publiée dans la presse et presqu’aussitôt retirée, censurée immédiatement après avoir suscité un véritable tollé.

    Destins croisés

    C’est autour de cette photo qu’est construit le récit. Philippe Lecaplain a en effet choisi de croiser les destins du photographe et du (supposé ?) photographié.

    Le photographe est connu : Richard Drew, photojournaliste chevronné, a accouru sur les lieux du drame avec le puissant téléobjectif qui lui permettra de prendre le cliché le « plus connu que personne n’a jamais vu » comme il le dira lui-même. L’écrivain nous raconte dans quelles circonstances il s’est retrouvé au pied des tours jumelles et comment -en professionnel aguerri malgré la sidération de l’instant-, il a fait son travail en plein chaos.

    Soldat inconnu

    Le photographié est un mystère qui n’est pas encore complètement élucidé. S’agit-il, comme l’a affirmé le journaliste canadien Peter Cheney, de Norberto Hernandez, pâtissier du restaurant Windows on the World, au 106e étage de la Tour Nord ? Son épouse refuse cette idée, mais c’est la piste très largement privilégiée, y compris par l’écrivain, qui place tout de même ces mots dans la bouche du photographe : « pour moi, l’Homme qui Tombe restera le soldat inconnu du 11 septembre ».

    Rêve américain

    Il faut dire que le destin de Norberto Hernandez est éminemment romanesque : c’est celui d’un immigré portoricain qui a su concrétiser son « rêve américain » ; un père de famille respecté et apprécié qui a grimpé les échelons grâce à son talent et à son mérite, et qui s’est retrouvé à travailler dans l’un des bâtiments symboles du capitalisme et de la puissance américaine. Et qui a ensuite péri dans la plus effroyable tragédie de l’Histoire des États-Unis.

    Hasard du calendrier : le tirage original -acheté par la star britannique Sir Elton John- est exposé jusqu’au 24 septembre 2026 à Paris, au musée du Jeu de Paume dans le jardin des Tuileries. Philippe Lecaplain est évidemment allé la voir. Un moment émouvant qui lui a permis de constater à quel point cette photo attire et continue de perturber les regards.

    L’Homme qui Tombe, Philippe Lecaplain (LibriSphaera).

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    20 分
  • Amandine Agić, apprivoiser l’héritage «D’un pays qui n’existe plus»
    2026/09/06

    Née en France d’un père yougoslave, Amandine Agić raconte comment, petite fille, elle a vécu à distance l’éclatement et la disparition de son « deuxième pays » et comment elle a appris à vivre avec.

    Amandine Agić est comme la narratrice de son premier roman : elle porte un prénom français, et un nom bosniaque. Il faut dire qu’elle a une mère franco-suisse et un père issu « d’un pays qui n’existe plus », pour reprendre le titre du livre : la Yougoslavie, que l’on appelle « ex-Yougoslavie » depuis les déclarations d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie en 1991, un peu moins d’un an avant celles de la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine.

    Chimère

    La Yougoslavie, l’écrivaine écrit aujourd’hui qu’elle « a été et reste une chimère ». Tels sont les derniers mots du livre et l’aboutissement de souvenirs, de questionnements, de réflexions, de lectures, de conversations, de découvertes et de renoncements qui forment l’ossature de l’ouvrage. C’est donc peu à peu, de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence, qu’Amandine Agić et la narratrice reconstituent cet héritage à la fois historique, linguistique, culturel et intime.

    Mettre des mots, appréhender la guerre, construire une relation avec son « autre pays »

    Comment mettre des mots sur une guerre et un génocide que l’on a vécus à distance, dans une famille au sein de laquelle l’inquiétude pour les proches restés au pays se mêlait à une réserve pleine de pudeur ? Comment appréhender la guerre quand on a 8 ou 10 ans ? Et une fois adulte, comment construire une relation avec la Bosnie, et prendre en charge le douloureux héritage des massacres de civils comme celui de Srebrenica (juillet 1995) ? Les mots claquent comme ce titre de chapitre : « Comment être en vacances avec ses enfants quand des personnes se font massacrer parce qu’elles portent ton nom de famille ? ».

    « Personne ne comprend la guerre »

    Amandine Agić raconte les colis alimentaires envoyés par convois humanitaires, les coups de téléphone aux cousins, les vacances estivales d’avant et après la guerre, l’accueil en Auvergne d’enfants réfugiés. Elle relate comment peu à peu elle a découvert que les soldats de l’ONU transformaient des tanks ou des couvertures en pare-feu anti-snipers. Elle ne cache pas non plus sa colère lorsqu’elle se rend compte de la mésinformation des Occidentaux lorsqu’il s’agit de désigner les responsables des atrocités, ou lorsqu’elle entend, lors de l’invasion russe en Ukraine, qu’il s’agit de « la première guerre en Europe depuis 1945 ». Comme si les guerres des Balkans des années 1992-2000 n’avaient pas eu lieu. Et elle clame, dans une anaphore qui s’étale sur tout un chapitre au cœur même du récit : « Personne ne comprend la guerre ».

    D’un pays qui n’existe plus, Amandine Agić (Éditions de l’Olivier)

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    20 分
  • «Saisons rouges», quand l’extrême gauche japonaise voulait du sang et des armes
    2026/09/05

    Inspiré d’une histoire vraie, le nouvel album du Franco-Japonais Isao Moutte raconte la dérive autoritaire et sanglante d’un groupe de communistes nippons hostiles à la guerre du Vietnam.

    C’est un album rouge. Rouge comme le sang qui coule ou comme la couleur du communisme. Mais c’est aussi un album en noir et blanc, la plume et l’encre de Chine étant les outils de prédilection de son auteur, le Franco-Japonais Isao Moutte, qui – des années après – s’est lancé dans un projet dont l’idée lui a été soufflée par sa mère.

    Un épisode marquant du Japon des années 70

    Si le récit est « librement inspiré de l’affaire du chalet Asama » comme indiqué sur la page de garde, c’est bien un épisode marquant du Japon des années 70 que nous relate l’auteur. Tout commence par ce que l’on pourrait appeler le « mai 68 japonais », période de révolte étudiante contre le capitalisme, contre la présence militaire américaine dans l’archipel consécutive à la Seconde Guerre mondiale, et contre le soutien logistique japonais aux États-Unis pendant la guerre du Vietnam (1955-1975) : outre l’utilisation des bases américaines dans l’archipel, des entreprises privées nippones ont produit et fourni les composants chimiques nécessaires à la fabrication de bombes au napalm. D’où la colère des manifestants, qui s’est notamment traduite par l’attaque de la gare de Shinjuku le 21 octobre 1969, destinée à empêcher la circulation des trains transportant du carburant destiné à l’armée américaine. C’est par cette séquence que démarre Saisons rouges.

    Pacifisme et lutte armée débridée

    Parmi les manifestants, de nombreux militants communistes qui adhéreront à la future Armée rouge japonaise, rebaptisée « Armée pourpre » par Isao Moutte. Au fil de l’album, ces jeunes idéalistes, imprégnés à la fois d’idéologie maoïste et marxiste-léniniste, vont conjuguer leur pacifisme affiché avec une lutte armée débridée, qui n’hésite pas à recourir à la violence terroriste contre les intérêts américains ou israéliens (le mouvement a entretenu des liens étroits avec le Front populaire de libération de la Palestine) et contre les forces de l’ordre japonaises.

    Emprise et violences psychologiques, verbales et physiques

    Le grand intérêt de l’album est de nous faire entrer au cœur même de l’organisation. Isao Moutte nous fait assister aux réunions secrètes et met en scène quelques actions d’éclat plus ou moins violentes. Il nous fait découvrir aussi les certitudes des leaders, mais aussi les atermoiements et les

    doutes de plusieurs militants, qui paieront cher leurs hésitations. Basé sur l’autocritique, le fonctionnement interne à l’organisation dérape de plus en plus souvent vers un autoritarisme qui se traduit par une emprise grandissante, par des violences psychologiques, verbales et physiques répétées, jusqu’à des exécutions sommaires, au nom d’une prétendue « pureté » de l’engagement révolutionnaire. Une escalade marquée par le siège du chalet où s’étaient retranchés ses révolutionnaires qui avaient pris l’aubergiste en otage.

    Une gauche largement discréditée

    L’affaire, très médiatisée à l’époque, a durablement marqué l’opinion publique japonaise, et marqué au fer rouge une gauche ainsi largement discréditée : depuis sa création en 1955, le Parti libéral démocrate (PLD-droite libérale conservatrice) a pratiquement toujours participé au gouvernement du pays (mis à part un intermède de dix mois en 1993-1994 et durant les années 2009-2012).

    Saisons rouges, Isao Moutte (Sarbacane)

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    20 分
  • «L’âge de déplaire», entre Paris et Dakar les quatre vérités d’un Sénégalais de la diaspora
    2026/08/30

    Le premier roman d’Abibou Diouf s’attaque au poids des traditions, du virilisme, du patriarcat et des non-dits au sein des familles sénégalaises.

    « Ce matin, papa est mort. » Tel est l’incipit de L’âge de déplaire. On pense évidemment à celui de L’Étranger d’Albert Camus, « Aujourd’hui, maman est morte ». Osé, pour un premier roman ! Et puis on est obligé de reconnaître que cette audace ne s’arrête pas à la première ligne : tout au long du livre, le narrateur n’en manque pas, lorsqu’il prend à rebrousse-poil bon nombre de ses lecteurs sénégalais. D’autant plus que Fadel, son personnage, lui ressemble beaucoup : il est de la même génération, il vit à Paris, il travaille comme chasseur de têtes. De là à penser qu’il s’agit d’un ouvrage autobiographique, il y a un pas que l’on franchit sans trop d’hésitation.

    Période de deuil et de questionnement

    Au commencement donc, il y a un traumatisme : la mort du père. Fadel rentre au Sénégal et joue tant bien que mal son rôle aux funérailles du défunt. Commence alors la période de deuil et un long questionnement qui le conduit à revisiter son existence : son enfance de cadet de famille avec des parents aimants, son grand-frère Malick et sa sœur Racky ; sa découverte de la lecture et de la littérature ; son appétit de liberté ; sa décision de quitter le giron familial pour faire ses études en France où il trouve un emploi et une petite amie, Léna, également d’origine sénégalaise ; et le sentiment d’écartèlement qui est le sien depuis qu’il habite et travaille en France : à chaque fois qu’il retourne au pays, Malick et d’autres lui font sentir qu’il s’est « toubabisé », car disent-ils « l’Occident oxyde les Africains ».

    Société qu’il considère comme étouffante

    Séquencé en courts chapitres qui commencent tous par un proverbe africain, le récit d’Abibou Diouf résonne de ces critiques. Il met aussi en scène les déchirements intimes ressentis par Fadel, soucieux de ne pas décevoir sa mère tant aimée et d’être à la hauteur de ce que l’on attend de lui, mais pas au prix de l’émancipation qu’il a acquise. Pas facile d’être un homme libre dans une société qu’il considère comme étouffante, corsetée par les apparences, la religion, le patriarcat, le droit d’aînesse, les conventions sociales.

    Livre dédié à son père

    L’auteur a dédié son livre à son père – qui lui a « transmis le goût de la liberté » – mais aussi « aux cadets », leur souhaitant de trouver un espace vital « trop souvent pris ». Son modèle porte le même prénom que lui : « Fadel le Fou » – comme on l’a surnommé – est un artiste, peintre, sculpteur et poète. C’est aussi un marginal qui vit sur l’île de Ngor, un « turandoo » (« homonyme ») qui a osé défier l’ordre social. Une question d’audace, on vous disait.

    L’âge de déplaire, Abibou Diouf (Albin Michel).

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    20 分
  • «Un corps indocile», l’Afrique d’aujourd’hui entre coutures et déchirures
    2026/08/29

    Entre Europe, Chine et Afrique, le nouveau roman d’Osvalde Lewat interroge – à travers le destin d’un homme touché dans sa masculinité – la mondialisation, la prédation chinoise et la place des traditions.

    D’abord il y a le style : alerte et enlevé, avec ce zeste d’humour et d’ironie qui donne au récit une saveur sucré-salé qui harponne le lecteur. Ensuite, il y a Deffo, ce personnage de couturier africain épanoui dans sa passion pour le tissu et la création, et comblé dans sa relation amoureuse avec sa compagne surnommée Merveille. Jusqu’à ce qu’un mal mystérieux et douloureux ne vienne contrarier sa masculinité, ruiner sa sexualité et remettre en cause ses ambitions. Enfin, il y a cette aventure qui nous emmène au cœur de l’Afrique d’aujourd’hui, qui tente de marier traditions spirituelles ancestrales et modernité de la globalisation capitaliste.

    Usine textile géante contrôlée par des intérêts chinois

    Imprégné des notes de l’adagio du Concerto d’Aranjuez du compositeur espagnol Joaquin Rodrigo repris par les plus grands artistes, Un corps indocile est le deuxième roman d’Osvalde Lewat. Le premier, Les Aquatiques, remarqué et multi-primé, emmenait aussi le lecteur au Zambuena, pays africain né dans l’imaginaire de l’autrice, également photographe et réalisatrice.

    C’est là que s’est installée une usine textile géante contrôlée par des intérêts chinois : Deffo va y former de jeunes couturières, mais aussi être lui-même soumis aux cadences infernales et à la pression des contremaîtres. Il craquera et commettra un geste irréparable qu’il regrettera amèrement. Dès le début de l’ouvrage, la romancière fait en effet de Deffo un meurtrier en attente de jugement et hanté par son crime. Il faut attendre les deux tiers du livre pour découvrir qui est sa victime, et le suspense est savamment entretenu par de courts intermèdes imprimés en italique.

    Les débats qui agitent les consciences africaines

    Au-delà de l’intrigue, le livre se fait aussi l’écho – à travers les conversations d’une myriade de personnages – des débats qui agitent les consciences africaines face à la complexité des temps. Quels rapports faut-il entretenir avec ces investisseurs étrangers qui apportent tant au pays, mais qui peuvent aussi maltraiter celles et ceux qu’ils emploient ? La situation sociale d’aujourd’hui est-elle plus enviable qu'au temps où les Occidentaux tenaient le haut du pavé ? Quelle place pour la religion, la spiritualité, voire la sorcellerie ? À toutes ces questions, le lecteur pourra trouver d’utiles pistes de réflexion.

    Un corps indocile, Osvalde Lewat (Philippe Rey).

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    20 分
  • «Avanti Popolo», les derniers jours de Mussolini en BD
    2026/08/01

    Les éditions Glénat publient un diptyque signé Patrice Perna et Malo Kerfriden qui racontent la débandade du Duce et la fin du fascisme.

    Un peu plus de dix ans après le premier des deux tomes du diptyque Kersten, médecin d’Himmler (avec Fabien Bedouel), cinq ans après La part de l’ombre (avec Francisco Ruizge) et une année à peine après Mercader, l’assassin de Trotsky (avec Stéphane Bervas), le scénariste Patrice Perna plonge à nouveau dans la seconde guerre mondiale, le temps d’un autre diptyque, italien, cette fois, avec Malo Kerfriden au dessin, lui aussi familier des albums à tonalité historique (KGB, avec Valérie Mangin ; L’abolition, le combat de Robert Badinter avec Marie Bardiaux-Vaïente ; Res Publica, cinq ans de Résistance avec David Chauvel ; Dans les oubliettes de la République – Georges Ibrahim Abdallah avec Pierre Carles).

    Folco, personnage inspiré par l’oncle de Patrice Perna

    Avanti Popolo, premier tome du diptyque Mussolini, croise le destin du personnage éponyme et celui de Folco, un personnage inspiré par l’oncle de Patrice Perna, jeune Italien de France qui repart au pays pour rejoindre les Partisans, engagés contre le fascisme.

    Mis à part le prologue, le récit de l’album se situe dans les tous derniers jours d’avril 1945. Mais c’est depuis le débarquement américain en Sicile du 10 juillet 1943, que la spirale de la défaite est enclenchée : affaibli par les défaites, mis en minorité puis destitué le 24 juillet, Mussolini est arrêté, emprisonné dans les Abruzzes, avant d’être exfiltré le 12 septembre par un commando allemand. Le 13 octobre, l’Italie déclare même la guerre à l’Allemagne. Un an et demi après, le Duce n’est plus que l’ombre de lui-même : lâché de toutes parts, il est en fuite avec un groupe de « chemises noires », mais aussi des SS, des soldats et des blindés de la Wehrmacht.

    Homme déprimé et aux abois

    C’est donc un homme déprimé, aux abois, nostalgique de ses années de puissance, en colère contre « les traîtres », qui plastronne encore de temps à autre mais qui semble plutôt résigné que dessine Malo Kerfriden. En témoigne aussi le travail sur les ombres et les couleurs : lorsque le leader déchu apparaît, le noir est omniprésent, et la coloriste Florence Fantini donne une dimension très sombre au récit. Son seul rayon de soleil est sa dernière maîtresse Clara Petacci, qui lui restera toujours fidèle et qui en paira le prix, puisqu’elle sera exécutée en même temps que lui. Le tome 2 s’annonce d’ailleurs encore plus sombre : il s’intitulera Le cadavre vivant.

    Mussolini, Tome 1 Avanti Popolo, de Patrice Perna et Malo Kerfriden (Glénat).

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    19 分
  • «Nuit blanche» d’Alain Denizet, la traversée de Paris d’un jeune clandestin burkinabè
    2026/07/26

    Un premier roman qui traite avec humanité et originalité de la question des migrants.

    « Il ira loin. » Trois mots écrits sur son bulletin de 3ᵉ qui ont tant impressionné sa mère, et qui résonnent encore en lui : la reconnaissance de ses bons résultats scolaires, mais aussi une porte ouverte sur l’avenir. Un avenir que le jeune garçon de Koudougou (Burkina Faso) a souhaité construire loin de chez lui, à Paris, dans les traces de son cousin Alphonse, qu’il doit retrouver chez lui dans son appartement de Pantin (Seine-Saint-Denis). Alphonse, c’est celui qui a réussi : surnommé « Le Parisien », il a quitté Koudougou depuis 20 ans, et lorsqu’il retourne au pays, il arrive les bras chargés de cadeaux.

    Survivant plein d’espoir

    Lorsque débute le roman d’Alain Denizet, Désiré est déjà allé loin : il est parvenu à franchir le Sahara, la Méditerranée, l’Italie et la moitié de la France. Il en a payé le prix, au sens propre comme au sens figuré. C’est un survivant, mais il est plein d’espoir lorsqu’il aborde la dernière étape de son voyage : la traversée de Paris. À pied, car prendre le métro serait trop dangereux pour ce sans-papiers qui n’est pas parvenu à obtenir de visa : il doit se méfier des uniformes.

    Alors, Désiré marche. Pendant 10 kilomètres, le jeune garçon de 22 ans s’étonne des Parisiens trop pressés, s’émerveille des monuments, des illuminations de Noël et des boutiques de luxe aux prix exorbitants. En ce 18 décembre, il neige : encore une découverte que le jeune Burkinabè goûte avec délectation, du moins avant qu’elle ne se transforme en verglas.

    Flashes de souvenirs

    En marchant, Désiré fera quelques belles rencontres, téléphonera à sa mère au village et à Abdou, son frère de traversée resté à Vintimille (Italie). Par association d’idées, il se rappellera aussi les épisodes douloureux de son odyssée. L’auteur a choisi de les raconter non pas de façon linéaire, mais à travers des flashes de souvenirs qui viennent enrichir le roman qui se déroule en à peine 24 heures.

    Lien fort avec l’Afrique

    Alain Denizet n’en est pas à son premier livre, mais Nuit blanche est le premier roman de cet agrégé d’histoire qui a noué un lien fort avec l’Afrique : il a enseigné huit ans au Niger et au Burkina Faso. Son récit est en partie inspiré par le témoignage direct d’un migrant, nourri par des articles de presse, et épicé d’expressions et de proverbes africains ainsi que de quelques mots de mooré.

    Nuit blanche, Alain Denizet (Ella Éditions).

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    19 分