エピソード

  • De l’Afrique à l’Antarctique, des abysses à l’espace, trois siècles d’explorations françaises
    2026/05/03

    Le musée de l’Armée présente trois siècles d’explorations françaises, de Bougainville à Sophie Adenot. En insistant sur le rôle prépondérant des militaires.

    Le pouvoir, la science et l’armée. Depuis 300 ans, c’est sur cette trinité que repose un enjeu majeur de la souveraineté française : l’exploration sous toute ses formes, sur tous les continents, des abysses à l’espace et même au cyberespace.

    L’exposition Explorations : une affaire d’État ? que présente le musée de l’Armée, dans le prestigieux écrin de l’hôtel des Invalides, montre à quel point l’État s’est tenu au centre des enjeux financiers, logistiques, technologiques, géopolitiques et même humains, notamment à travers ses militaires. Faut-il rappeler que le premier Français de l’espace, Jean-Loup Chrétien, est pilote de chasse, et que sa lointaine successeure Sophie Adenot porte aujourd’hui le grade de colonel ?

    À lire aussiLes explorations françaises, du voyage de Bougainville à la conquête de l'espace

    Briller par la connaissance scientifique

    Avant eux, c’est un officier de marine, le comte Louis-Antoine de Bougainville, qui accomplit, de 1766 à 1769 le premier tour du monde commandité par le gouvernement français. Avec un enjeu simple : continuer d’exister face aux autres puissances européennes, et remonter la pente derrière le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas et l’Angleterre. A l’instigation du roi Louis XV, il réunit donc scientifiques, militaires et ingénieurs, et mit cap au sud. Les officiers Jean-François de La Pérouse, Nicolas Baudin et Jules Dumont d’Urville s’inscrivirent plus tard dans le même sillage, en se lançant sur les océans pour cartographier la planète, en inventorier les espèces, en ramener quelques spécimens et briller par la connaissance scientifique. Bonaparte et sa « commission scientifique » lors de la campagne d’Egypte (1798-1801), puis les expéditions de Morée (1829), d’Algérie (1839-1841) ou du Mexique (1864-1867) suivront des chemins comparables.

    Un instrument de la colonisation

    Avec l’avènement de la IIIe République, l’exploration devient -dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu- un instrument de la colonisation. L’armée est mandatée pour s’approprier de nouveaux territoires et les ressources y afférentes, à travers des traités souvent léonins et le recours à la force lorsque se font jour des résistances, des révoltes et des insurrections. Des affiches, des photos, des dessins, des œuvres d’art témoignent dans l’exposition du choc culturel et du racisme qui émaillent la rencontre avec les populations locales, mais aussi des dangers – notamment sanitaires – qui guettent les troupes coloniales.

    Exploration verticale

    Depuis le milieu du XXe siècle et avec le début de la guerre froide, l’exploration du monde est devenue « verticale » : l’espace et les abysses sont devenus les nouvelles frontières à dépasser. Une compétition technologique qui reste toujours très politique, avec des enjeux stratégiques et économiques majeurs, qui se retrouvent au cœur de l’actualité.

    Explorations : une affaire d’État ? au musée de l’Armée jusqu’au 16 août 2026.

    続きを読む 一部表示
    19 分
  • «Cheyenne» de Patrick Prugne, peintures de guerres indiennes
    2026/05/02

    Inspirée de faits réels, cette nouvelle saga indienne tout en aquarelles raconte l’engrenage qui a conduit au massacre de Sand Creek (1864), un des points d’orgue des guerres indiennes.

    Depuis Canoë Bay avec Tiburce Oger (2009), Patrick Prugne est devenu le conteur des « sagas indiennes ». Après Frenchman (2011), Pawnee (2013), Iroquois (2016), Tomahawk (2020) et Pocahontas (2022), albums tous parus aux éditions Daniel Maghen, il est de retour avec Cheyenne dont l’intrigue, basée sur des faits et plusieurs personnages réels, retrace le contexte et les origines du massacre de Sand Creek (Colorado) en 1864.

    Les Cheyennes, nation amérindienne des grandes plaines, alliée des Arapahos mais ennemie héréditaire des Pawnees, se nomment eux-mêmes « Tsitsistas », ce qui signifie « le peuple ». Les personnages mis en scène par Patrick Prugne appartiennent au groupe qui, au début du XIXè siècle, s’est installé dans le sud du Colorado.

    En jeu, la survie

    En suivant Charley et George, deux frères métis nés d’un père blanc et d’une mère cheyenne, le lecteur plonge au cœur des énormes tensions entre les colons et chercheurs d’or qui déferlent sur les grandes plaines de l’ouest américain, et les Indiens soucieux de préserver leurs territoires. Comme le plaide leur chef Black Kettle, les Cheyennes du sud peuvent-ils compter sur la loyauté des soldats de l’armée de l’Union qui leur promettent protection s’ils rejoignent les réserves ? Ou faut-il au contraire emprunter à nouveau le sentier de la guerre, eu égard aux nombreuses trahisons de la parole donnée qui ont émaillé le passé. « Ils nous ont fait beaucoup de promesses, mais ils n’en ont tenu qu’une : ils avaient promis de prendre nos terres et ils les ont prises », dixit le chef de guerre sioux Red Cloud ; la citation trône en quatrième de couverture. L’enjeu est simple : rien moins que la survie, la chasse aux bisons -important moyen de subsistance- étant déjà largement menacée par les chasseurs de l’armée et l’arrivée progressive du chemin de fer.

    Les couleurs et les lumières subtiles de l’aquarelle

    C’est dans ce contexte que Patrick Prugne déploie son récit, qui se pare des couleurs et des lumières subtiles de l’aquarelle. Les bleus des ciels ou des uniformes, les verts de la nature, les ocres ou les gris des vêtements, des tipis ou de la poussière offrent aux grandes plaines une beauté picturale qui contraste avec la violence symbolique, psychologique, politique et physique subie par les cheyennes ; laquelle ruine les espoirs et les efforts de ceux qui, dans un camp ou dans l’autre, veulent croire à la réconciliation et à la coexistence dans la paix et le respect. En évitant le piège du manichéisme, l’auteur livre ainsi un album profondément humain.

    Les planches originales de l’album sont exposées à la Galerie Daniel Maghen à Paris du 22 avril au 16 mai 2026.

    Cheyenne, Patrick Prugne (Daniel Maghen).

    続きを読む 一部表示
    19 分
  • Colombie: «Guérillero», le parcours du combattant d’un enfant de la guérilla
    2026/04/26

    Inspiré d’une histoire vraie, l’album de María Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches raconte en BD la vie d’un ex-jeune membre des FARC et son long et difficile chemin de réinsertion.

    Dans les années 2002 à 2010, le président colombien d’extrême-droite Alvaro Uribe menait une guerre totale contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), une des deux guérillas d’extrême-gauche nées dans les années 60 encore actives à ce moment-là sur le territoire national. C’est dans ce contexte que se situe le récit de l’album scénarisé par María Isabel Ospina et dessiné par Jean-Emmanuel Vermot-Desroches.

    Guérilla d’essence rurale

    Le héros de Guérillero s’appelle Alberto. Mais ses camarades l’appellent par ses noms de guerre : Jorgito, puis Ivan ou Ivancito. Fils d’un paysan modeste, alcoolique et violent du département du Tolima (centre), Alberto a 11 ans quand il décide avec sa sœur Francy avec les guérilleros de passage chez lui. D’un bout à l’autre de l’album, on constate d’ailleurs que les FARC sont plutôt bien accueillis par les paysans avec lesquels ils tissent des liens d’entraide : l’essence de la guérilla est rurale, elle est issue des zones d’autodéfense paysanne de la période de la Violencia, dans les années 1950-1960.

    Peu à peu, le jeune garçon fait l’apprentissage de la guérilla : marches de nuit épuisantes avec un lourd paquetage -parfois sous des pluies torrentielles-, travaux d’installation des campements, maniement des armes, affrontements avec les chulos (vautours) -appellation donnée par les FARC aux militaires-, tours de garde pour surveiller les prisonniers, soins aux blessés, distributions de tracts…

    Chemin de réinsertion

    À l’âge de 15 ans, et alors qu’il a pris de plus en plus de responsabilités, Alberto déserte, au risque d’être rattrapé et exécuté. Après s’être caché un temps, il s’engage sur le long chemin de réinsertion programmé par l’État. Une fois les démarches administratives effectuées, il est confié à des institutions éducatives, et envoyé à l’école Don Bosco de Cali (département de la Valle del Cauca, ouest), un centre spécialisé dans la rééducation des jeunes qui ont vécu dans la violence, qui lui donnera les clefs de sa nouvelle vie.

    La journaliste et documentariste María Isabel Ospina a séquencé son récit en courts épisodes d’une, deux ou trois planches, que le dessinateur Jean-Emmanuel Vermot-Desroches met en scène avec une ligne claire expressive, dont la rondeur met en exergue le côté juvénile d’Alberto, enfant-soldat un temps perdu, mais qui saura trouver les ressources pour tourner la page de ses années de guérillero.

    Guérillero, María Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches (Dargaud).

    続きを読む 一部表示
    19 分
  • «Les fils de l’Aigle», comment être pacifiste pendant la guerre du Vietnam
    2026/04/25

    En suivant les traces de deux mutins américains pendant la guerre du Vietnam, Antonin Varenne livre un roman puissant qui raconte la pacifisme des années 70 tout en interrogeant notre rapport à l’engagement, au courage et à nos choix individuels et collectifs.

    Claude McKay et Alvin Glatkowski. Les noms de ces deux marins américains sont très peu connus, ils ont pourtant participé à un des épisodes les plus singuliers de l’histoire contemporaine des États-Unis : la mutinerie du SS Columbia Eagle, en 1970.

    Une cargaison de 10 000 tonnes de napalm

    Singulière aussi, la cargaison du cargo : affrété par le département américain de la Défense, ses cales transportent des bombes au napalm destinées à l’US Air Force engagée au Vietnam contre les communistes. 10 000 tonnes ! Suffisamment dangereux pour justifier le versement aux marins d’une prime de risque rondelette. Et pour susciter la colère de deux jeunes pacifistes, dans une Amérique embourbée dans un conflit bien meurtrier.

    Deux enfants de l’Amérique des années 70

    Si Antonin Varenne a choisi Les Fils de l’Aigle comme titre de son nouveau roman, ce n’est pas seulement à cause du nom du bateau. C’est surtout parce que les deux jeunes hommes sont des enfants de l’Amérique des années 70 : deux fils de militaires en rupture de ban avec un père absent, militaire raté ; deux jeunes engagés dans la marine marchande pour prendre enfin les rênes de leur destin ; deux pacifistes convaincus, mais de manière différentes : Claude McKay, engagé dans le syndicalisme marxiste, est un révolutionnaire convaincu ; Alvin Glatkowski est en revanche moins politisé : traumatisé lors d’une escale au Vietnam, il est cependant devenu objecteur de conscience. Ensemble, ils vont fomenter un projet complètement fou : prendre le contrôle du bateau et le détourner. À deux contre quarante. Mais pour sauver des vies.

    Une profonde humanité et d’âpres questionnements

    Cette histoire, Antonin Varenne nous la raconte à travers une conversation dans un bar désert de Los Angeles entre deux autres personnages, très complémentaires eux aussi : Tim O’Brien, un flic angoissé après le départ de son fils au Vietnam et qui est confronté aux manifestations et aux « happenings » des babas cools et autres pacifistes ; et le journaliste Richard Linnett. C’est ce dernier qui tisse peu à peu les fils d’un récit dont le souffle – à la fois romanesque et cinématographique-, est empreint d’une profonde humanité et d’âpres questionnements sur l’engagement, les convictions pacifistes, le courage individuel et collectif, la fragilité corporelle et psychologique, les raisons et l’impact de nos choix…

    Les fils de l’Aigle, Antonin Varenne (Gallimard).

    続きを読む 一部表示
    19 分
  • «Un terrier» au Théâtre de la Reine Blanche, une vraie pièce d’identité
    2026/04/19

    Très personnel, le « solo à voix nue » d’Anne Leterrier raconte sa naissance sous X, son parcours d’enfant adoptée et son enquête pour retrouver ses origines.

    Avant même que le spectacle ne commence, elle est déjà là. Pas sur le plateau mais dans la salle. Mais qui est-elle, cette dame un peu étrange mais sympathique qui passe d’un siège à un autre, salue les spectateurs, leur pose une ou deux questions… Qui ? C’est toute la question. Car le spectacle d’Anne Leterrier nous parle d’identité. La sienne.

    Née sous X

    Anne Leterrier est née sous X. Pupille de la nation, Anne-Caroline Laurence est adoptée trois mois plus tard par un couple de Franciliens, Sylvie et Patrice Leterrier. Ses parents. Longtemps confrontés à la redoutable épreuve de la stérilité, ils se sont résolus à présenter une demande d’adoption en 1987. Trois ans après, Anne devient leur fille. Et tout le monde est heureux. « Leterrier » : un patronyme prédestiné à l’accueil et à la création d’un foyer. L’autrice -également comédienne et co-metteuse en scène avec Diane Vaicle- l’a coupé en deux pour en faire le titre du spectacle. Tout simplement.

    Le reste est un tantinet plus compliqué. Même si on ne lui cache rien : l’intéressée a toujours su qu’elle était une enfant adoptée. Mais comme elle le dit dans le spectacle « grandir adoptée : tout un programme ». À l’école, ses camarades posent bien des questions à la petite Anne qui, elle aussi, s’en pose et pas qu’un peu : a-t-elle été abandonnée ? Qui sont ses parents et que sont-ils devenus ?...

    Devenue étudiante, Anne estime qu’il est temps de savoir, même si dans son entourage tout le monde n’approuve pas. Elle se décide à « prendre une année de vide pour faire le plein ». Jolie formule. Elle constitue donc un dossier et saisit le Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles, qui lui transmet quelques informations sur sa mère biologique. Prénommée Kadija, celle-ci vit dans le sud de la France. Et elle va accepter d’échanger des lettres avec Anne, avant de la rencontrer.

    Cette correspondance est au cœur de la mise en scène du spectacle. Détail qui n’en est pas un : les lettres sont lues non pas par la comédienne, mais par des personnes du public, et cette histoire intime et personnelle devient alors tellement partagée qu’elle en devient universelle.

    Un terrier, au Théâtre de la Reine-Blanche (Paris) jusqu’au 29 avril 2026.

    続きを読む 一部表示
    19 分
  • «Passeur(s)», thriller graphique au plus près des trafiquants d’êtres humains
    2026/04/18

    Basé sur les enquêtes et reportages du journaliste belge Frédéric Loore, un roman graphique raconte le trafic d’êtres humains vu par ceux qui l’organisent.

    Des récits sur les filières migratoires et la traite des êtres humains, il y en a à foison. Mais raconter les migrations du point de vue non pas des migrants ou des ONG, mais du point de vue du passeur, voilà qui est beaucoup plus rare. C’est le défi relevé avec succès par cet album dessiné avec la force des nuances de gris, de noir et de sépia par l’Argentin Fernando Baldó : ses plans serrés sur des visages - parfois taiseux mais toujours très expressifs- donnent un relief impressionnant à la tension narrative du scénario de Damien Perez et Frédéric Loore.

    Journaliste indépendant, collaborateur régulier de l’édition belge de Paris Match, Frédéric Loore enquête depuis des années sur le trafic de migrants et la traite des êtres humains. Ses reportages ont évidemment nourri le scénario concocté avec Damien Perez, journaliste membre de la rédaction du journal Spirou. En ressort un album profondément humain, qui permet au lecteur de s’immerger dans une réalité dont il ignore souvent la complexité.

    Un anti-héros ambigu

    Au cœur du récit, Awar, un anti-héros particulièrement ambigu, à l’abord impénétrable et dont on découvre au fil des pages le douloureux passé, qui continue à le tourmenter. Kurde de Syrie installé à Londres, il est envoyé en Turquie pour convoyer jusqu’en Angleterre une soixantaine de « touristes » comme il les appelle. En réalité, des migrants exploités qui payent cher leur passage vers un faux eldorado qui n’est qu’un mirage. Parmi eux, une très jeune fille kurde, Esrin, qui fuit les combats en Syrie, et dont le caractère farouche et révolté s’accommode bien mal des mauvais traitements dont elle et ses congénères sont les victimes.

    « Traite » et « trafic » des êtres humains : deux notions différentes

    À la fin de l’album, un dossier très complet explique les fondements juridiques de la traite des êtres humains (TEH), crime contre la personne et violation des droits humains fondamentaux, qui « correspond à de l’esclavage moderne, à l’exploitation de personnes (en situation de vulnérabilité, dans la grande majorité des cas) » avec ou sans consentement, qu’il s’agisse d’exploitation économique, sexuelle, par mendicité forcée, par criminalité forcée ou à des fins de prélèvements d’organes. Une notion différente du trafic d’êtres humains qui désigne « l’organisation d’un passage illégal de frontière d’une personne qui y est consentante, contre de l’argent ou un autre type de rétribution ». Des cartes et un QR code apportent également des précisions bienvenues. L’album est soutenu par la Fondation Samilia -reconnue d’utilité publique en Belgique- qui lutte contre le trafic d’êtres humains.

    Passeur(s), de Frédéric Loore, Damien Perez et Fernando Baldó (Dupuis).

    続きを読む 一部表示
    20 分
  • «Issa» de Mirianne Mahn, des racines et des ailes entre Cameroun et Allemagne
    2026/04/11

    À travers cinq générations de femmes noires, la primo-romancière brosse une saga familiale qui raconte le poids de la colonisation et l’héritage complexe porté par la diaspora.

    Tout récemment, Mirrianne Mahn était encore conseillère municipale de Francfort en Allemagne, engagée contre les discriminations au sein des Verts. Nul doute que ce premier roman a été en partie nourri par sa propre expérience : comme Issa, son héroïne et narratrice, elle est née d’une mère camerounaise et d’un père allemand. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une autobiographie.

    C’est à Buéa, près de Douala, la grande ville du sud-ouest du Cameroun, que l’autrice a situé l’essentiel de son récit. Une ville bouillonnante d’activité dans laquelle Issa a grandi, avant de quitter le pays pour les berges de la rivière du Main. Lorsque commence le récit, cela fait dix ans que la jeune femme, enceinte pour la première fois, n’est pas revenue au pays de ses ancêtres. C’est dire si, au fond d’elle-même, elle se sent plus allemande que camerounaise ; en témoignent la plupart de ses convictions vis-à-vis de certaines traditions comme la polygamie, l’excision ou encore les pratiques du vaudou, même si elle a accepté – sur les conseils de sa mère – d’accomplir les rituels liés à la future naissance.

    Trop blanche à Buéa, trop noire à Francfort

    Issa se sent pourtant chez elle lorsqu’elle retrouve ses deux grands-mères dans la confortable demeure familiale. Mais en réalité, elle n’est tout à fait chez elle nulle part : ni à Francfort, où elle a dû affronter le racisme et les critiques sur sa peau jugée trop foncée et ses cheveux crépus ; ni à Buéa, où ses interlocuteurs la regardent comme si elle était au contraire trop blanche et trop européenne.

    Buéa, c’est aussi l’ancienne capitale du Cameroun allemand dans les années 1900-1914. Et les ancêtres d’Issa sont directement issus de cette période coloniale : son arrière-grand-mère est la fille illégitime d’une servante bakwerie et d’un colon allemand. En remontant à ces années-là, Mirianne Mahn raconte la violence de la colonisation, entre viols, massacres et politique de la terre brûlée.

    Cinq générations de femmes

    Au-delà des soubresauts politiques qui ont agité pendant plus d’un siècle cette région du Cameroun, le grand intérêt du roman est aussi de découvrir les destins de cinq générations de femmes qui, peu à peu, conquièrent davantage d’indépendance dans une société largement patriarcale. Un appétit de liberté qui fait partie lui aussi d’un héritage familial dont l’héroïne est loin d’avoir fait le tour.

    Issa fait partie des ouvrages mis à l’honneur dans le cadre de l’opération « D’ailleurs et d’ici », à travers laquelle quatre éditeurs français – Albin Michel, Gallimard, Grasset et Stock – s’efforcent de faire émerger de nouvelles voix de la littérature étrangère traduite en langue française.

    Issa, de Mirrianne Mahn, traduit de l’allemand par Rose Labourie (Stock).

    続きを読む 一部表示
    19 分
  • « La bande originale de nos vies », quand la musique nous raconte
    2026/04/05

    Deuxième collaboration d’Eugénie Ravon et Kevin Keiss, le nouveau spectacle du collectif La Taille de mon âme, fait ressortir l’empreinte de la musique dans notre histoire intime et collective.

    Elles sont cinq. Cinq femmes de générations différentes à se partager le plateau. Nacima, comédienne et chanteuse, a grandi dans les années 90 entre les chants arabes adorés par sa mère d’origine maghrébine, les musiques de films écoutées par son père, et ses goûts d’ado à tonalité plutôt rap, mais pas seulement. Colombine, pianiste d’une grande sensibilité, chanteuse et comédienne, accompagne avec son clavier ses propres mots – et ceux des autres interprètes ; c’est elle qui signe la composition sonore du spectacle. Nathalie, elle, raconte les circonstances dramatiques qui l’on conduit à ne plus jamais chanter. Nanténé non plus ne chante pas, mais elle partage avec le public sa passion pour la chanson afro-américaine qui résonne avec ses origines, ou raconte l’héritage des chants de lutte entonnés par sa grand-mère, sardinière en Bretagne. Et puis, il y a Eugénie, grande admiratrice de Barbara, dont le militantisme a été nourri par le film d’Elia Kazan Viva Zapata (1952).

    Langue à la fois intime et universelle

    Voilà quelques-unes seulement des très nombreuses références dont est truffé ce spectacle, dont la petite musique réveillera à n’en pas douter une pléiade de souvenirs, heureux ou non, dans le cœur du public.

    Mais qu’on ne s’y trompe pas : La bande originale de nos vies n’est pas un inventaire à la Prévert de nos madeleines de Proust sonores, mais l’émouvante et éclatante démonstration de la place de la musique dans notre existence : celle d’une langue à la fois intime et universelle, qui saute par-dessus les barrières géographiques, culturelles et temporelles, se joue des assignations trop évidentes, rouvre ou soigne les plaies, fait revivre les jours de gloire, les points d’orgue de l’existence ou les combats individuels ou collectifs, d’un jour et de toujours.

    Toile de fond de la France d’aujourd’hui

    Pour leur deuxième création en duo, Eugénie Ravon et Kévin Keiss signent une partition dont chaque mesure tisse la toile de fond de la France d’aujourd’hui, et rend hommage aux grandes interprètes dont la présence vocale continue de nous accompagner.

    La bande originale de nos vies d’Eugénie Ravon et Kévin Keiss, avec Nacima Bekhtaoui, Nathalie Bigorre, Colombine Jacquemont, Eugénie Ravon et Nanténé Traoré, à Paris au Théâtre de la Concorde jusqu’au 25 avril.

    続きを読む 一部表示
    20 分