エピソード

  • Cambodge: «Une main vers le ciel», les Khmers rouges entre mémoire, vengeance et justice
    2026/03/15

    À mi-chemin entre la fresque historique et le roman d’action, Une main vers le ciel raconte le Cambodge des Khmers rouges, de la chute de Phnom Penh à la traque des génocidaires.

    Le premier chapitre est plein de tendresse : celle qui unit Khieu à son oncle -devenu son second père après le décès tragique de ses parents -. Le vieil épicier ne sait pas lire, mais il a voulu donner à son neveu les moyens de réussir en l’inscrivant au Lycée français de Phnom-Penh. Leur relation est altruiste et pleine de délicatesse, face aux accélérations de l’Histoire.

    Ce 17 avril 1975 est un tournant : les Khmers rouges entrent dans la capitale cambodgienne, et s’en prennent aux partisans du maréchal Lon Nol forcé à l’exil. Mais ce n’est que le début : l’évacuation forcée des villes et la répression de l’Angkar –le parti communiste- de Pol Pot feront près de deux millions de morts.

    Camp de rééducation

    La plume de Jean-Christophe Boccou taille dans le vif lorsqu’il évoque la violence déployée par les anciens maquisards communistes : « les doctrines changent, les mains aussi, mais il y a toujours une lame, et une gore coupable à trancher -au nom de la justice, au nom de la sauvegarde du régime, au nom du nom », écrit l’auteur qui transporte ses personnages dans un camp de rééducation dirigé par un tortionnaire cruel et exalté, dont le ton vire au « lyrisme hystérique » lorsqu’il s’adresse à ses hommes. Un sinistre personnage nommé Vorn qui sera son tortionnaire, et qu’il s’efforcera de retrouver lorsque sonnera l’heure des comptes.

    CETC

    Car après avoir échappé à l’enfer, Khieu saura se montrer digne des espoirs de son oncle : il deviendra juge d’instruction auprès des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) mis en place par les Nations unies pour traduire en justice les principaux dirigeants encore en vie du régime khmer rouge entre 2001 et 2023. Et il participera même directement à la traque de son ancien bourreau, reconverti en organisateur de combats de boxe clandestins en région parisienne.

    Au-delà des péripéties d’une narration addictive et des personnages hauts en couleurs, le roman interroge aussi le rapport au souvenir et à la transmission. Il pose aussi la question de la frontière entre la justice et la vengeance. Et rappelle à quel point les stigmates du génocide et de la guerre continuent de hanter les Cambodgiens où qu’ils soient dans le monde.

    Une main vers le ciel, Jean-Christophe Boccou (La manufacture de livres).

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    21 分
  • Mathieu Diez et Jibé, Beyrouth à livre ouvert
    2026/03/14

    Dans un album dessiné par Jibé, Mathieu Diez partage sa découverte du Liban et son travail d’attaché pour le livre et le débat d’idées à l’Institut français de Beyrouth dans les années 2021-2024.

    « En quatre ans à Beyrouth, Mathieu Diez a tout vécu : la guerre et la paix, le chaos et la solidarité, les blocages politiques et les élans d’espoir », écrit la directrice du groupe de presse L’Orient-Le Jour -et ancienne ministre française de la Culture- Rima Abdul Malak au début de la préface de l’album.

    Rien d’étonnant à ce que ce passionné de bande dessinée choisisse le 9è art pour raconter - avec un zeste d’humour, beaucoup d’humanité et le trait sobre mais plein d’émotion de Jibé - cette expérience professionnelle et familiale qu’il n’oubliera jamais.

    Énergie bouillonnante

    D’abord un tantinet candide, Mathieu Diez s’est vite acclimaté à l’énergie bouillonnante d’une capitale libanaise traumatisée par la guerre civile, la corruption de ses élites et l’explosion du port le 4 août 2020, mais toujours animée par l’espoir d’un renouveau démocratique, malgré l’échec des manifestations de la « thawra » (révolution) des années 2019-2021. Ses rencontres et sa curiosité lui ont permis d’apprivoiser la complexité, de saisir les paradoxes et d’appréhender les nuances d’une société dans laquelle cohabitent le raffinement culturel et gastronomique, les absurdités les plus cocasses (la séquence sur le passage à l’heure d’été est délicieuse) et la violence la plus débridée.

    Les conséquences du 7 octobre 2023

    Pendant ses quatre années de mission, cette dernière s’invite souvent dans son quotidien : dès le premier jour, il remarque qu’un char garde l’entrée de l’Institut français, et on lui donne des consignes de sécurité très strictes. On lui apprend aussi à reconnaitre les sons des fusils d’assaut, utilisés aussi bien lors des affrontements que lors des moments festifs. Mais ce sont les conséquences du 7 octobre 2023 – date de l’attaque du Hamas contre Israël- qui seront particulièrement meurtrières pour « le pays de la guerre des autres », pour reprendre l’expression utilisée dans l’album.

    Beyrouth BD Festival et Beyrouth Livres

    Entre accès de violence, crise économique et bancaire et marasme politique, les fonctions de Mathieu Diez - attaché pour le livre et le débat d’idées à l’Institut français du Liban- lui font sillonner le pays et rencontrer nombre d’acteurs culturels, pour la plupart francophones. Après le succès du Beyrouth BD Festival, il parvient notamment à mettre sur pied le festival Beyrouth Livres, en présence de la moitié de l’Académie Goncourt. Sans échapper à la polémique mais avec un espoir : que la culture parvienne un jour à donner au Liban l’avenir qu’il mérite. Même si l’actualité prouve que décidément le pays du Cèdre est bien celui de « la guerre des autres ».

    Tout mais pas Beyrouth, Mathieu Diez et Jibé (Delcourt).

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    20 分
  • «La découvreuse oubliée» de la trisomie 21, le théâtre rend justice à Marthe Gautier
    2026/03/08

    Au Théâtre de la Reine Blanche, Marie-Christine Barrault et sa petite-fille Marie Toscan se mettent dans la peau de Marthe Gautier, médecin brillante mais largement spoliée de sa découverte : la trisomie 21.

    Physicienne -elle est spécialiste de la mécanique de la rupture des matériaux-, Elisabeth Bouchaud est aussi comédienne, autrice et directrice depuis avril 2014 du Théâtre de la Reine Blanche, théâtre indépendant du XVIIIè arrondissement de Paris, dont la programmation est largement inspirée des sciences dans toutes leurs diversités. Depuis 2022, elle y propose la série théâtrale Les Fabuleuses, qui retrace le parcours de femmes de science méconnues. La découvreuse oubliée en est le quatrième volet.

    Invisibilisée

    Le titre du spectacle reprend l’expression que Marthe Gautier (1925-2022) utilisait à propos d’elle-même : découvreuse en 1958 de l’anomalie génétique baptisée trisomie 21 ; mais oubliée, parce qu’elle fut longtemps invisibilisée, jusqu’à ce que le comité d’éthique de l’INSERM finisse par lui rendre justice.

    Marie-Christine Barrault donne corps avec une émouvante sobriétés aux fêlures de cette femme brillante et droite, passionnée par ses recherches scientifiques et par la spécialité médicale à laquelle elle consacrera sa vie : la cardio-pédiatrie. À l’heure du bilan, la dame aux cheveux blancs raconte son parcours à une jeune journaliste (Marie Toscan), qui devient aussi sur scène la jeune Marthe : le passage de relais entre les deux comédiennes résonne avec d’autant plus de force que la plus jeune est à la ville la petite-fille de l’autre !

    Ce n’est que l’un des clins d’œil de la mise en scène de Julie Timmerman, remarquablement rythmée et teintée d’humour, notamment à travers les rôles secondaires incarnés par le génial Mathieu Desfemmes, qui endosse tour à tour le costume de l’huissier, la blouse du médecin et la soutane du pape Jean-Paul II, grand ami du professeur Jérôme Lejeune !

    Généticien sans gêne

    C’est ce dernier qui se retrouve avec le mauvais rôle, lui qui fut pourtant longtemps considéré comme le véritable découvreur. Tout en regards matois, Matila Malliarakis forge la légende d’un jeune généticien aussi ambitieux que peu scrupuleux, catholique fervent dévoué à ses patients, qui -non content de s’attribuer éhontément les résultats obtenus par sa collègue-, alla même jusqu’à trahir celui qui lui offrira la succession qu’il guignait.

    Mais ce que l’on retient, c’est aussi le poids de la société patriarcale. « Dans les années cinquante et soixante, le monde de la médecine était un monde d’hommes avides de pouvoir, qui n’hésitaient pas à s’entre-déchirer pour obtenir la première place, le meilleur poste, les honneurs. Les femmes, elles, ne pouvaient que se taire, pardonner à ceux qui les dépouillaient de leurs résultats et des récompenses qui leur revenaient », dit Marthe Gautier à la jeune journaliste. On mesure le chemin parcouru. Mais pas sûr qu’on soit au bout.

    La découvreuse oubliée, au Théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 29 mars 2026.

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    19 分
  • «Ce qu’il reste de nous», la mémoire palestinienne entre souffrances et espoirs
    2026/03/07

    À travers une histoire familiale sur trois générations, la cinéaste palestino-américaine Cherien Dabis pose un regard plein d’empathie sur le drame, les souffrances et les espoirs du peuple palestinien. Et explique comment on en est arrivé là où nous sommes aujourd’hui.

    L’affiche du film de Cherien Dabis est une photo de mariage. Un moment heureux, en 1978, perdu au milieu de décennies de souffrances. Sur le cliché, trois générations sont alignées en rangs d’oignons. Le plus âgé, Sharif (Mohammad Bakri) a quitté Jaffa trente ans plus tôt, lors de la « nakba » (catastrophe, en arabe), c’est-à-dire l’expulsion et l’exode de quelque 700 000 Palestiniens avant et pendant la première guerre israélo-arabe. Il vit avec le souvenir du paradis perdu, sa grande demeure et ses chers orangers. À ses côtés, son fils Salim (Saleh Bakri), devenu instituteur dans cette Cisjordanie, et son petit-fils Noor encore à l’école. Celui-là même qui se retrouvera, 10 ans plus tard, à lever le poing et à lancer des pierres contre l’occupation israélienne lors de la 1ère intifada.

    Histoire intime et familiale

    1948, 1978 et 1988 : c’est autour de ces trois années que Cherien Dabis a construit Ce qu’il reste de nous. À de multiples reprises, l’histoire intime et familiale croise les soubresauts d’un conflit qui la dépasse, mais dont elle paye le prix jour après jour.

    Fille d’un médecin palestinien et d’une Jordanienne, la cinéaste et actrice palestino-américaine est née aux États-Unis, mais elle a été nourrie par les souvenirs de son père, qui n’est revenu sur sa terre natale qu’une fois devenu citoyen étranger.

    Colère, tristesse et souffrance

    Si le long-métrage n’est pas réellement autobiographique, il s’inspire d’anecdotes et d’événements traversés par sa famille. À hauteur d’adultes, mais aussi d’enfants, le film lui permet de partager la colère, la tristesse et la souffrance d’un peuple confronté à l’expulsion, à l’exil, au souvenir de la terre perdue, au dénuement, aux humiliations de l’occupation et aux accès meurtriers de la guerre. Impossible de ne pas ressentir d’empathie pour ces réfugiés dépossédés, ces parents traumatisés, ce peuple aux espoirs perpétuellement déçus.

    Empathie

    À travers ce film, Cherien Dabis espère effectivement permettre au public de se mettre à la place des Palestiniens, dont elle estime que l’histoire a toujours été -et continue d’être- largement occultée. Elle se souvient de cette phrase de son père entendue lors de son premier voyage en Palestine, pour découvrir le village de sa famille : « c’est ça, être Palestinien. Les gens ne nous aiment pas, alors ils nous traitent mal ».

    Ce qu’il reste de nous, Cherien Dabis (sortie le 11 mars 2026).

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    20 分
  • Michaël Dichter et les diamantaires d’Anvers, l’étoile et le sang
    2026/03/01

    Dans un roman d’apprentissage passionnant dans lequel se mêlent secrets de famille, tradition religieuse hébraïque et intrigues de négoce, Michaël Dichter nous dévoile les arcanes d’un milieu aussi opaque que fascinant : les diamantaires d’Anvers, au nord de la Belgique.

    Qu’y a-t-il d’aussi fascinant qu’un diamant ? Peut-être ceux qui les taillent, qui les achètent et qui les vendent. C’est ce qu’on se dit en lisant le premier roman de Michaël Dichter qui nous fait pénétrer dans le monde très fermé, très opaque et donc très mystérieux de la Mecque du diamant : Anvers.

    Trois générations

    C’est dans cette ville du nord de la Belgique que se déploie l’essentiel de ce récit d’apprentissage qui retrace aussi l’histoire d’une famille juive sur trois générations. Le grand-père, Yehuda -qui a fui un shtetl de Pologne et la violence antisémite des années 30- est devenu une des diamantaires les plus respectés -et les plus craints- de la ville. Son fils Moshé, a choisi un tout autre chemin, celui de la religion : fervent hassidique, il s’occupe de l’accueil de la synagogue et travaille dans une modeste retoucherie. Quant au jeune Bennie, son destin est inscrit dans sa chair au sens propre comme au sens figuré, depuis l’accident qui a émaillé son troisième anniversaire.

    Au grand désespoir de Moshé, Bennie va donc céder à la tentation du diamant. Parce qu’il a les gemmes dans le sang, mais aussi parce que sa fierté ne supporte pas les humiliations et qu’il entend se montrer digne de l’élue de son cœur, qui n’appartient pas au même milieu que lui.

    Pression familiale, tradition religieuse et jeu des affaires

    Des ateliers de taille aux immenses salles de négoce de la Bourse, Michaël Dichter sculpte marche après marche l’incroyable ascension de Bennie, dont les pas vont croiser une collection de personnages ciselés qui oscillent entre bienveillance communautaire et hostilité propre aux intrigues des marchés. L’intrication de la pression familiale, de la tradition religieuse et des règles du jeu des affaires nourrit le puissant souffle romanesque qui emporte le lecteur. Sans parler des secrets de famille, des traîtres, escrocs et autres voyous de bas étage. Mais pas de quoi entamer l’ambition, la détermination et l’audace du héros.

    Au passage, le romancier nous en apprend aussi beaucoup sur les différents types de diamants et sur les techniques de taille, mais aussi sur le négoce des pierres, ou sur la plus récente percée des Indiens sur ce marché. Près de 400 pages haletantes, en cours de traduction et d’adaptation au cinéma, ce qui ne surprendra personne : Michaël Dichter s’est d’abord fait connaître comme scénariste et réalisateur (Les Trois fantastiques, mais aussi trois courts métrages), mais aussi acteur devant les caméras de Cédric Kahn (Vie sauvage) et Noémie Saglio (Telle mère, telle fille).

    On l’appelait Bennie Diamond, Michaël Dichter (éditions Les Léonides).

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    19 分
  • «Un monde fragile et merveilleux» de Cyril Aris, le Liban entre abysses et étoiles
    2026/02/22

    Le premier long-métrage de fiction du réalisateur libanais raconte l’âme de son pays, entre rires et larmes, à travers une magnifique histoire d’amour.

    C’est un film de l’entre-deux. Entre deux personnages, Nino (Hasan Akil) et Yasmina (Mounia Akl), tous deux lumineux, attachants et souvent bouleversants. Entre l’ici -le Liban tant aimé- et l’ailleurs – réel ou imaginaire-. Entre la réalité -violente, dramatique et parfois tragique- et le rêve – poétique, merveilleux et revigorant-.

    Ce pas de deux entre la vie et la mort éclate dès le prologue du film, avec la naissance des deux héros à une minute d’intervalle dans une maternité de Beyrouth cernée par les bombardements. Comme le signe que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre.

    Et c’est bien ce qu’il va se passer : d’abord à l’école, puis avec leurs retrouvailles, à l’occasion d’un banal accident de voiture. La renaissance d’un amour fou, 20 ans après, entre le restaurateur, joyeux, farceur, chaleureux et optimiste et la consultante plus sérieuse, plus réfléchie et plus pessimiste sur l’état d’un pays frappé par les guerres et les crises, qu’elles soient politiques ou économiques.

    Partir ou rester ?

    Un monde fragile et merveilleux allie la lumière et l’humour d’une comédie romantique à l’italienne et les ombres du Liban contemporain. Avec une question simple : faut-il partir, ou faut-il rester ?

    À l’instar de nombre de Libanais, le dilemme n’en finit plus d’assaillir Nino et Yasmina. Peut-on se construire un avenir et fonder une famille dans les dangers et l’instabilité du quotidien, dans cette ville où l’on ne sait jamais si le bruit qu’on entend est celui des feux d’artifice ou d’une explosion meurtrière ? Et à l’inverse, peut-on se résigner, au nom de l’avenir, à quitter ce pays auquel on est si attaché, et qui de toutes façons ne vous quittera jamais ?

    La force de l’imaginaire

    La réponse se trouve incontestablement dans l’amour, dans l’humour, mais aussi dans la force de l’imaginaire que Nino et Yasmina mobilisent dès l’enfance. À la sortie de l’école, les deux enfants aiment à se retrouver dans une gare désaffectée, aux rails rouillés voire bombardés. Assis sur un vieux wagon, ils rêvent qu’un train les emmène sur une île, leur refuge secret.

    La caméra de Cyril Aris s'est à merveille plongée dans les étoiles qui illuminent les yeux de ses deux jeunes comédiens, Mohamad Farhat et Alex Choueiry. Images d’archives, photos d’époque et images des rues enfiévrées de Beyrouth se mêlent aux cavalcades endiablées, aux fêtes familiales et aux moments de deuil et de séparation. La vie, tout simplement.

    Un monde fragile et merveilleux, de Cyril Aris (sortie française le 12 février 2026).

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    19 分
  • La catastrophe de Challenger, le rêve spatial américain désintégré
    2026/02/28

    Le visage du Créateur, de Laurent-Frédéric Bollée et Cristiano Spadoni raconte en bande dessinée la tragédie de la navette spatiale américaine le 28 janvier 1986 au-dessus de la Floride.

    D’abord la fierté. Pour des dizaines de millions de téléspectateurs, mais aussi pour les ingénieurs de la NASA et pour le public, parmi lequel nombre d’écoliers venus en nombre assister à cette nouvelle page de l’histoire de la conquête spatiale. Et ensuite l’effroi, lorsque, 73 secondes après son décollage de Cap Canaveral (Floride), la navette spatiale Challenger se désintègre, striant le ciel bleu de Floride d’un épais panache de fumée blanche et d’une boule de feu assassine, avant qu’une pluie de débris ne redescende jusqu’à l’océan Atlantique. Une cicatrice indélébile sur le rêve américain, et la mort des 7 astronautes, Francis Richard Scobee, Michael J. Smith, Ellison Onizuka, Ronald McNair, Judith Resnik, Christa McAuliffe et Gregory Jarvis.

    Ce 28 janvier 1986, Laurent-Frédéric Bollée était lui aussi devant son poste de télévision. 40 ans, ce scénariste de BD -notamment coauteur de La Bombe (Glénat, 2020) s’empare de cette tragédie pour en raconter l’envers du décor avec le dessinateur italien Cristiano Spadoni.

    La grande force de la narration -très cinématographique- de l’album est de regrouper -sans perdre le lecteur- les dimensions humaines et personnelles, historiques et sociétales, économiques et techniques.

    Des erreurs et des fautes

    Même si le lecteur connaît la fin de l’histoire, la mécanique implacable du compte à rebours instille une tension de la première à la dernière séquence. Les auteurs s’appuient sur les conclusions de la commission Rogers pour faire apparaître au fil du récit les failles, les débats, les erreurs et les fautes qui ont conduit à la catastrophe. Et notamment la décision de ne pas reporter une nouvelle fois le vol, en dépit du froid : il a été établi que le gel de la nuit précédant le lancement avait rigidifié les joints toriques qui devaient assurer l’étanchéité entre les segments des deux propulseurs d’appoint, et que deux de ses joints ont laissé échapper des gaz brûlants, provoquant le détachement du propulseur droit du réservoir externe, et in fine et la destruction de la navette.

    Teacher in Space

    Ils rendent aussi un vibrant hommage aux victimes, mises en scène dans leur préparation, mais aussi leur intimité familiale, afin de mieux cerner leurs motivations et leur état d’esprit jusqu’à la seconde fatidique. L’album évoque notamment certains des objets emportés par les astronautes (ballon de football dédicacé, petit morceau de bois appartenant à un des planeurs de l’aviateur australien Bert Hinkler, saxophone de Ronald McNair…), et retrace le recrutement et la préparation physique et psychologique de l’équipage. Il s’attarde aussi sur celle dont l’histoire a retenu le nom : Christa McAuliffe, professeure de 38 ans à la Concord High School (New Hampshire), qui devait lancer le programme Teacher in Space lancé le 27 août 1984 par le président des États-Unis Ronald Reagan.

    C’est une phrase de ce dernier, prononcée lors de l’allocution télévisée qui a suivi la tragédie, qui a inspiré le titre de l’album : « Nous ne les oublierons jamais, eux qui, ce matin, se préparaient à s’envoler et à rompre leur lien difficile avec la Terre pour toucher le visage du Créateur ».

    Le visage du Créateur, Laurent-Frédéric Bollée & Cristiano Spadoni (Rue de Sèvres).

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    19 分
  • La guerre pour l’Ukraine de Yulia Mykytenko, lignes de front
    2026/02/21

    Comme il est bon de ne plus craindre la mort, de Lara Marlowe, raconte le parcours et l’engagement d’une héroïne ukrainienne d’aujourd’hui, combattante et patriote, la première lieutenante Yulia Mykytenko. Un livre qui allie la rigueur du témoignage au souffle romanesque.

    L’un des grands avantages du métier de journaliste est de rencontrer des personnages exceptionnels. À n’en point douter, Lara Marlowe -correspondante à Paris du quotidien irlandais Irish Times pendant plusieurs décennies- gardera longtemps en mémoire cette jeune femme qu’elle a choisie à la fois comme héroïne et comme narratrice de ce récit.

    « Le roman vrai de la guerre en Ukraine », nous dit le bandeau rouge qui entoure le livre. Et c’est vrai que les chapitres nous emmènent dans le Donbass, plus précisément du côté du petit village de Zakytine, sur la ligne de front où sont engagés les vingt-cinq pilotes de l’unité de drones que commande la première lieutenante Yulia Mykytenko.

    Le Donbass, la jeune femme y a déjà de nombreux souvenirs de soldate. C’est là qu’elle s’est engagée en 2016 aux côtés de son jeune mari, Illia Serbin, qui y a trouvé la mort. Et c’est là qu’elle a voulu servir à nouveau dès la nouvelle invasion russe de 2022.

    Elle ne s’est guère posé de questions. Déjà, en 2013-2014, au moment des manifestations d’Euromaïdan, elle était montée en première ligne, en cofondant l’escouade féminine du 16e régiment des Forces d’autodéfense. À l’époque, le président prorusse Viktor Ianoukovytch avait été renversé.

    C’est que l’âme ukrainienne coule dans les veines de Yulia Mykytenko depuis sa naissance à Kyiv en juillet 1995 et son enfance à Bucha, une des villes martyres de l’agression russe : poignantes sont les pages évoquant son retour sur les lieux où les stigmates du massacre sont encore béants. C’est ce patriotisme viscéral qui guide son engagement militaire, politique et personnel.

    Sous la plume de Lara Marlowe, Yulia Mykytenko démonte par le menu les éléments de langage de la propagande du Kremlin, mettant en avant les contradictions des déclarations du président russe Vladimir Poutine. Ce qui ne l’empêche pas de prendre du recul et de se montrer parfois critique lorsqu’elle évoque les choix passés du président Volodymyr Zelensky, et certaines options choisies par les chefs militaires ukrainiens.

    Entre expérience individuelle et analyse géopolitique, entre descriptions techniques et moments d’émotion plus ou moins retenue, le texte de Lara Marlowe possède le souffle romanesque des grands témoignages historiques. Le titre, Comme il est bon de ne plus craindre la mort, est emprunté à un poème écrit en 1972 par un autre combattant ukrainien : le journaliste et poète Vassyl Stous dont les œuvres furent interdites par le régime soviétique, et qui mourut au goulag en 1985.

    Comme il est bon de ne plus craindre la mort, Lara Marlowe (éditions de l’Observatoire).

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    20 分