エピソード

  • En France, les violences obstétricales ou gynécologiques pointées par un rapport accablant
    2026/06/17

    En France, les violences obstétricales ou gynécologiques sont pointées du doigt dans un rapport inédit publié par l'association Stop aux Violences obstétricales et gynécologiques (VOG) ce jeudi 18 juin. Sur les plus de 10 000 personnes interrogées, plus de la moitié dénoncent avoir subi ce type de violences, 80 % parlent d'un défaut de consentement et 40 % affirment avoir vécu des discriminations (sexistes, validistes, grossophobes).

    Dans un petit café de Ménilmontant, Camille se confie. À presque trente ans, elle recommence à peine à consulter. Comme la moitié des répondants, elle avait renoncé aux soins suite à une mauvaise expérience : « Allez sur la table, déshabillez-vous, écartez les jambes, les pieds sur les étriers. Détendez-vous, là faut se détendre… Oui, plus facile à dire qu'à faire ! Du coup, forcément, j'étais pas du tout à l'aise. »

    Ce malaise, elle n'est pas la seule à l'avoir vécu. 70% des personnes interrogées par Stop VOG avouent s'être senties mal physiquement ou mentalement en sortant d'une consultation : « Elle y est allée comme ça, elle a fait : "Bon là détendez-vous, j'y vais." C'était un peu horrible. À aucun moment elle m'a demandé si elle pouvait y aller, si elle voulait faire comme ça ou si moi je voulais le faire moi-même. »

    Le consentement, un principe mal appliqué

    Pourtant, d'après la loi Kouchner de 2002, « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne ».

    « On ne m’avait pas vraiment évoqué ce sujet de consentement avant. » Surtout que face à un professionnel de santé, il est difficile pour un patient de remettre en question la consultation. « Après coup, je me suis dit, mais en fait, pourquoi elle y est allée comme ça ? Elle a vraiment pris mon corps comme un sac à patates. Venez plus comme ci, venez plus comme ça. En sortant, je me dis : "Est-ce que c'est normal, est-ce que c'est pas normal ?" »

    À écouter aussi« L'examen gynécologique autrement », une mini-série pour les femmes et les professionnels de santé

    Stop VOG dénonce un défaut de bonne pratique de la part de la profession : par exemple, le praticien ne doit pas réaliser de frottis avant 25 ans, un patient n'a pas à se dévêtir complètement. Des règles apprises, mais peu appliquées. Laure a dix ans de plus que Camille. Elle a fréquenté une demi-douzaine de gynécologues, dont certains réactionnaires : « J'ai eu des questions sur le fait d'avoir eu des enfants ou pas, si je voulais des enfants, et tout a été traité en fonction de ça, alors que je n’avais jamais dit que je voulais des enfants. Donc, c'était des espèces de réflexes patriarcaux qui vont dans le sens de rassurer une femme parce qu'elle pourrait être maman. »

    Vers une évolution des pratiques

    Parce qu'à ces violences s'ajoutent aussi un ensemble de discriminations de la part du corps médical : transphobie, validisme, grossophobie, racisme. En presque trente ans de suivi, on ne lui a demandé clairement son consentement que très récemment : « J'étais extrêmement surprise de la précaution qu'elle a prise et de la façon dont elle m'a donné les informations, prévenue de la douleur, disant que je ne pouvais pas repartir en scooter parce que j'aurais trop mal, donnant un médicament, etc. J'hallucinais, même je me suis posé la question de savoir si elle n’exagérait pas. »

    Pour responsabiliser les gynécologues, Stop VOG a participé à la rédaction d'une proposition de loi qui est en ce moment examinée au Conseil d'État.

    Et cette loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles vise notamment à responsabiliser les gynécologues, les obstétriciens et le corps médical dans son ensemble. Sonia Bisch, présidente de l'association Stop VOG, détaille son contenu.

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  • Au cœur d'une expérience de Sophie Adenot à bord de la Station spatiale internationale
    2026/06/16
    Depuis quatre mois, l’astronaute française Sophie Adenot est à bord de la Station spatiale internationale, où elle réalise 200 expériences scientifiques. Parmi elles, une dizaine ont été préparées en France par le Cnes, le Centre national d’études spatiales. Nous avons pu assister en direct à l’une d’entre elles depuis la salle de contrôle du Cnes à Toulouse. Une immersion au plus près du quotidien de la Française. Lorsqu’on y pénètre pour la première fois, le Centre d'aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales (ou Cadmos) a de quoi désorienter. Un immense mur d’écrans, plusieurs rangées d’ordinateurs… Pas de doute, nous sommes bien au cœur du réacteur. « C’est ici que sont opérées toutes les expériences à bord de la Station spatiale internationale (ISS) dont le Cnes a la charge, explique Didier Chaput, responsable des vols habités au Cnes. Les écrans nous permettent d’avoir une vue sur le planning des astronautes et nous renvoient des images en direct de l’ISS. Actuellement, Sophie Adenot se prépare à réaliser l’expérience PhysioTool. » Sur les écrans de la salle de contrôle, la Française apparaît bardée de capteurs reliés à une sorte de console de jeu vidéo qu’elle tient entre ses mains. L’expérience PhysioTool, dont la tricolore est le sujet, vise à étudier le déconditionnement du corps et l’altération des fonctions cognitives en apesanteur. C’est sur ce second aspect que se concentre la manipulation du jour, explique Benoît Bolmont, enseignant-chercheur et professeur à l’université de Lorraine, qui parraine l’expérience. « Depuis le sol, on lui propose des tâches à l’écran de sa petite console et, dès lors qu’elle appuie sur un bouton ou manipule un joystick, nous avons en temps réel les réponses qu’elle apporte », développe le chercheur. À lire aussiDe la mécanique familiale à l'ISS : Sophie Adenot, une trajectoire en apesanteur Ces manipulations de la console permettent aux équipes scientifiques d’évaluer plusieurs paramètres cognitifs, « la mémoire, la prise de risque, la concentration, que l’on va corréler avec des paramètres physiologiques comme la variabilité cardiaque. Cela nous indiquera le moment où l’astronaute pourrait avoir une augmentation du stress et un impact sur ses performances cognitives », explique encore Benoît Bolmont. L'identification de ces signaux permettrait de mieux suivre les astronautes avant, pendant et après leurs missions à bord de l’ISS. À terme, l’objectif est de préparer les missions de longue durée vers la Lune ou Mars, qui mettront à rude épreuve les capacités physiques et mentales des astronautes. Des opératrices prêtes à intervenir Au cours de l’expérience, Sophie Adenot interagit avec les équipes au sol. Dans la salle de contrôle du Cadmos, deux opératrices s’assurent du bon déroulement de l’expérience. Micro-casque sur la tête, les yeux rivés sur l’écran de son ordinateur, Julie Nadal ne rate rien de la manipulation en cours. « J’ai des fiches qui me permettent de suivre minute par minute ce que Sophie Adenot fait. S’il y a des déviations de la procédure ou des questions de sa part, on peut intervenir à tout moment. » L’opératrice interagit indirectement avec la Française. Ses messages sont relayés à Sophie Adenot par une collègue basée à Eurocom, la salle de contrôle de l’Agence spatiale européenne située à Munich. Et justement, Sophie Adenot rencontre une difficulté. Son casque Bluetooth, utile à l’expérience, ne semble pas fonctionner. Pas de panique pour Julie Nadal, qui a la solution. « N’importe quel autre écouteur fera l’affaire », répond-elle à sa collègue munichoise qui s’empresse de relayer le message à la tricolore. « Cet appel n’était pas prévu, reprend l’opératrice. Quand on peut, on essaie de les anticiper pour aller plus vite et éviter à l’astronaute de perdre du temps sur son programme. » « Mais avec Sophie Adenot, poursuit Julie Nadal, un problème n’en est jamais vraiment un. C’est un plaisir de travailler avec elle. Elle fait régulièrement des messages à notre intention pour dire que c’est très agréable de travailler sur nos expériences. On a l’impression d’avoir un contact avec elle. » La matinée de travail s’achève après cinq heures d’expérience. Il faudra encore attendre plusieurs minutes pour que les équipes du Cadmos récupèrent les données scientifiques tirées de l’expérience PhysioTool. Ce sera désormais aux scientifiques de les analyser. À lire aussiDécollage de Sophie Adenot vers l'ISS : qui sont les coéquipiers de l'astronaute française pour sa mission?
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  • Une «Tournée du climat et de la biodiversité» pour éduquer au changement climatique
    2026/06/15
    La planète est en surchauffe et les catastrophes s'enchaînent sur tous les continents. Les populations d'animaux et de plantes s'effondrent. Et derrière ces crises climatiques et de la biodiversité qui bouleversent nos quotidiens, des mécanismes scientifiques parfois complexes. Pour les comprendre, il est essentiel d'y être sensibilisé. (Les pays du monde entier se sont d'ailleurs engagés dans l'Accord de Paris à améliorer l'éducation au changement climatique). C'est l'objectif de la Tournée du climat et de la biodiversité, une exposition itinérante en France où des scientifiques viennent à la rencontre du public pour partager leurs connaissances. Alors que les vagues de chaleur se multiplient en France, certains élèves de CM1-CM2 sont déjà familiarisés avec le problème du changement climatique : « Par exemple, la pollution ou même les voitures qui font de la pollution, ça va réchauffer la terre. » ; « Par exemple, en hiver, la neige, elle tombe beaucoup moins qu'avant et du coup, dans quelques années, ça va être beaucoup plus chaud. » Pour d'autres, c'est encore un peu brouillon : « À cause du gaz, dans la serre, ça pollue et du coup ça fait du changement climatique. » Et pour la majorité, c'est carrément un mystère : « C'est un grand truc… » Et c'est normal, selon une étude de l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, 70 % des jeunes ne savent pas expliquer le changement climatique. Mais Florence Cousin, économiste retraitée, est là pour les aider à comprendre les mécanismes scientifiques et le rôle joué par l'homme : « Le sujet est tellement grave qu’il faut que les enfants aient connaissance de ce qui se passe, qu'ils aient conscience et la transmission. Elle est indispensable pour pouvoir agir. » Elle emmène le groupe d'enfants devant de grands panneaux explicatifs et passera une heure à échanger avec eux du climat et de la biodiversité. À écouter aussiPourquoi il faut renforcer l'éducation au changement climatique Le rôle clé des scientifiques Un enseignement également crucial à l'heure où la science est de plus en plus attaquée et les faits remis en question, souligne Fanny Thibert, directrice de l'exposition : « On est dans une période où il y a beaucoup d'informations qui circulent. De différents niveaux, scientifiques mais aussi d'opinions ou de fake news. Et donc on trouve que c'est important de permettre aux habitants, aux citoyens, aux enfants de rencontrer des scientifiques pour avoir accès à l'information à la base, à la source. » Serge Planton, ancien climatologue à Météo France, est l'un des médiateurs présents ce jour-là, un rôle devenu essentiel pour lui : « Ça s'est imposé au fil du temps parce que le climat est devenu une question vraiment prégnante et il nous faut abandonner cette idée des chercheurs dans leur tour d'ivoire. Pour bon nombre de sujets, ils sont vraiment impliqués dans la vie sociale. » Climat : un défi aussi social Car la crise climatique et l'effondrement du vivant ne sont pas seulement des phénomènes scientifiques. Ce sont des faits de société qui affectent autant nos vies que la planète : famine, migration, conflits, catastrophes et destructions. Les conséquences peuvent être vertigineuses. Et angoissantes. Transmettre ces connaissances doit donc aussi s'accompagner d'un temps d'échange sur les solutions à ces crises… pour ne pas tomber dans l'éco-anxiété, explique Serge Planton : « C'est important que chacun, à son niveau, puisse identifier des choses qu'il peut faire, même si ça peut paraître dérisoire. Et, bien évidemment, tout en disant que tout ne repose pas sur l'individu, on est tous acteurs en fait des changements à mettre en œuvre. » Les élèves de passage sont donc invités à partager leurs idées pour un changement plus global de la société : « Diminuer, par exemple, quand on mange de la viande rouge, essayer d'en manger moins par semaine » ; « Par exemple, essayer de plus recycler nos affaires, de moins racheter des téléphones tous les ans » ; « Privilégier plus les transports en commun, la marche, le vélo et éviter de prendre les transports comme la voiture ou l'avion pour voyager »… Au-delà de la médiation scientifique, il est nécessaire d'intégrer réellement ces sujets dans les systèmes scolaires, selon l'Unesco, y compris dans les pays du Sud, car c'est une question d'équité que de bénéficier d'une bonne préparation à l'avenir quel que soit son pays ou sa classe sociale.
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  • Zoos humains: les ossements d'Amérindiens bientôt de retour sur leur terre natale en Guyane
    2026/06/14
    Plus de 130 ans après leur mort dans des conditions indignes, les ossements d'Amérindiens de Guyane vont bientôt pouvoir être rapatriés sur leurs terres natales. En 1892, une trentaine d'hommes, femmes et enfants issus des peuples Kali'nas et Arawaks avaient été amenés à Paris pour être exhibés lors d'expositions coloniales, six n'avaient pas survécu à l'hiver. Leurs dépouilles, enterrées puis exhumées pour être étudiées par des scientifiques, sont conservées depuis au Muséum national d'histoire naturelle. Ce lundi 15 juin, l'Assemblée nationale doit adopter définitivement une proposition de loi déjà votée par le Sénat : elle prévoit de sortir les ossements des collections publiques, normalement inaliénables, ce qui permet juridiquement de les restituer à leur communauté. L'aboutissement d'un long combat mené par leurs descendants. « Ici, on conserve surtout de grandes boîtes contenant de nombreux ossements, décrit Martin Friess, conservateur du Musée de l'Homme à Paris, y compris donc des Kali'nas et de l'Arawak. » Un bruit accompagne ces paroles, c'est la clim qui tourne 24 h sur 24. « Parce que pour bien conserver les restes humains, les os, il faut un climat contrôlé, c'est-à-dire température et humidité stables, poursuit le conservateur. Donc, c'est pour ça qu'il fait relativement frais ici. » Sur une étagère au fond de la réserve, six grandes boîtes grises sont superposées. « Il y a dedans les restes humains des six individus qui seront probablement restitués – après le vote à l'Assemblée, bien entendu – à la Guyane française. Ils ont été amenés en France pour l'Exposition universelle de 1892, où ils ont été exposés dans le Jardin d'acclimatation, autrement appelé aussi zoo humain. » Ces six personnes arrachées à leur terre sont mortes la même année. « La plupart ont été enterrés et ils ont été déterrés en 1997, et là, ils ont été transférés dans les collections du Muséum national d'histoire naturelle, poursuit Martin Friess. Et donc nous avons fait fabriquer ces boîtes spécifiquement pour ces individus, parce qu'il s'agit de squelettes plus ou moins complets qui sont montés, c'est-à-dire articulés, ce qui était la pratique du XIXᵉ siècle, surtout pour faciliter les expositions. Et donc ils sont pour l'instant assemblés comme s'ils étaient debout. Effectivement, on a fait fabriquer ces boîtes faites dans un carton spécifique neutre, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'interaction chimique avec le tissu. » À lire aussiGuyane: les bustes d'Amérindiens exhibés à Paris bientôt de retour sur leurs terres Un retour en trois étapes Une fois la loi permettant la restitution des restes des Amérindiens définitivement votée, ces six boîtes pourront enfin sortir de la réserve du musée. Pour leurs descendants, le vote définitif d'une loi spécifique à l'Assemblée nationale, ce lundi 15 juin, fait de 2026 une année historique pour eux. « C'est une année exceptionnelle. Une année qui est, je pense, alignée avec toutes les mémoires puisque c'est aussi l'année de la loi Taubira, s'exclame Corinne Toka-Devilliers, présidente de l'association Moliko Alet+po. Il y a aussi toutes ces reconnaissances, tout ce passé colonial… Donc 2026 est vraiment une année bénie et historique, dans tous les sens du terme, pour les outre-mer, pour les Dom-Tom, pour les collectivités et pour la Guyane. » Une année historique pour la Guyane, prête à accueillir comme il se doit ses aïeux afin qu'ils reposent en paix. Les cérémonies chamaniques ont déjà été organisées en septembre 2024 à Paris, pour apaiser les âmes et préparer le retour. Une fois la loi adoptée et promulguée, le retour se fera en plusieurs étapes. « Ce retour se fera en trois étapes et commencera par une cérémonie officielle à l'Élysée, comme nous l'a annoncé le conseiller du président de la République. Ensuite, il y aura une cérémonie à l'arrivée à l'aéroport Félix Éboué, à Cayenne, précise Corinne Toka-Devilliers, et après ils iront dans leur sépulture où on fera une veillée, selon notre culture ancestrale Kali'na et Arawak, pour que le lendemain, ils puissent trouver enfin leur maison funéraire et leur repos éternel. » Une fois en Guyane, les ossements des Amérindiens seront officiellement sortis de la collection publique. Après avoir passé 134 ans dans les sous-sols du Musée de l'Homme à Paris. À écouter dans La marche du monde1 - Zoos humains : une longue histoire
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  • Mayotte en restriction hydrique, entre manque de précipitations et manque d'infrastructures
    2026/06/11

    À Mayotte, alors que l'eau coule un jour sur deux au robinet à cause des manques d'infrastructures, les habitants vont connaître de nouvelles restrictions à partir de juillet. En cause, le manque de précipitations lors de la saison des pluies qui vient de s'achever. Ce nouveau durcissement fait craindre le même scénario qu'en 2023 où, au pire de la crise, la population n’avait accès à l'eau que 18 heures tous les trois jours.

    Comme chez tous les Mahorais, dans la salle de bain de Chadhouli Youssouf, on trouve une grosse cuve d'eau en plastique. Ici, celle-ci peut contenir jusqu'à 300 litres. Cet habitant du nord de Mayotte l'a remplie dès qu'il y a de l'eau au robinet, pour pouvoir avoir des stocks lors des coupures qui ont lieu un jour sur deux : « 300 litres, c'est pour se doucher, aller aux toilettes. On n'en fait pas le linge, on le laisse de côté jusqu'aux jours où l'on aura de l'eau. »

    Un planning des « tours d'eau », comme on les appelle ici, est mis en place par la Société mahoraise des eaux (SMAE), une filiale de Vinci délégataire du marché public de l'eau. Mais régulièrement, il n'est pas respecté. Le 1er avril, Chadhouli Youssouf, excédé par ces coupures, a décidé de se doucher au siège de la SMAE tout en se filmant sur sa page Facebook. « Quand je suis allé me doucher chez eux, c'était à cause de ce ras-le-bol, pour leur dire : "Voilà ce que nous vivons, on ne peut pas se doucher chez nous." Cela faisait déjà plus de quatre jours qu'on n'avait pas d'eau. On n'avait pas d'informations, on ne savait même pas ce qui se passait. C'est ce mépris aussi. Maintenant moi, je le dis, je n'accepte plus cela en 2026 », clame-t-il.

    À lire aussiMayotte: l'eau coupée quatre jours sur cinq, les Mahorais contraints de s'adapter

    Cette année, le manque de pluie « n'a pas permis la recharge complète des ressources ». C'est ce qu'a souligné début mai le comité de suivi de la ressource en eau, qui réunit l'État et les acteurs de la gouvernance de l'eau. Pour tenir jusqu'à la fin de l'année, les restrictions doivent donc être durcies. « Si on regarde l'état actuel, on est en pleine crise qui va s'amplifier avec les aléas climatiques. Mais à la base, c'est une crise structurelle de manque d'infrastructures qui ne permet pas de produire l'eau nécessaire aux besoins de la population », explique Mohamed Issouf, le directeur général de l'Office de l'eau, qui fait partie de ce comité.

    Alors que la saison des pluies vient de s'achever, la retenue collinaire de Dzoumogné, la plus importante de l'archipel, n'est pleine qu'à 70%. Pour y mettre fin, l'État investit 730 millions d'euros, ce qui prévoit la livraison d'une usine de dessalement d'ici fin 2027. L'objectif est de produire 10 000 mètres cubes d'eau supplémentaires par jour. Ces investissements permettent aussi la réalisation de nouveaux forages.

    « Nous sommes un collectif de 90 personnes morales et physiques. Nous portons plainte contre les dysfonctionnements sur la distribution de l'eau, contre la rupture de la continuité du service public de distribution de l'eau. J'ai vu une personne qui a une facture de 11 000€ », déclare Saïd Kambi, le porte-parole. Les impayés des abonnés refusant de payer leur facture ont atteint 37 millions d'euros, selon une information du Monde. Le collectif pointe aussi du doigt le fait que l'eau est souvent impropre à la consommation. Pour boire, les habitants doivent donc acheter des bouteilles ou investir dans des filtres : « Aujourd'hui, l'eau n'est pas consommable, il faut la chauffer. Et parfois, il ne faut pas seulement chauffer, il faut encore la filtrer.

    En effet, pendant les coupures d'eau, des bactéries peuvent s'infiltrer dans les canalisations. L'Agence régionale de santé déconseille de la boire dans les 12 heures qui suivent son retour au robinet. Ce manque d'eau potable a par ailleurs contribué à l'épidémie de choléra en 2024.

    À lire aussiFrance: l'archipel de Mayotte frappé par une recrudescence des cas de paludisme

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  • Mondial 2026: les supporters de l'équipe de France préparent leur voyage aux États-Unis
    2026/06/10

    Le coup d'envoi du Mondial 2026 de football est donné jeudi 11 juin 2026. Encore un peu de patience pour les supporters français et sénégalais, dont les équipes s'affrontent pour leur premier match mardi 16 juin, à New York. En tribune, plusieurs centaines de fans de l'équipe de France auront la chance d'assister à la rencontre. Un déplacement aux États-Unis qu'ils attendent avec impatience, mais qui leur a aussi donné du fil à retordre, entre billets d'avion, hébergement, visa et transports entre les villes hôtes.

    Matthias garde un très mauvais souvenir de ce jour de décembre 2022. Quatre ans plus tard, il veut sa revanche : « Je veux une finale France-Argentine parce que je l'ai encore en travers de la gorge. J'y étais en 2022, cela m'a hanté quelques semaines. Avec une victoire tranquille par contre, que l'on passe à autre chose et que l'on récupère la troisième étoile ! »

    Depuis 2014, il suit l'équipe de France dans ses déplacements en Coupe du monde. Dans quelques jours, il sera dans l'avion direction New York, où les Bleus disputent leur premier match face au Sénégal, le 16 juin. « On a hâte, c'est la plus longue compétition jamais organisée parce que cela dure quasiment cinq semaines, avec 48 équipes. Cela va être plutôt un marathon. Mais par contre, on va tout donner à chaque match. Comme c'est disséminé sur tout le territoire, nous serons peu de pays dans une même ville. Nous allons devoir mettre l'ambiance », clame-t-il.

    Ce voyage est organisé avec l'association de supporters Irrésistibles Français. Six cents adhérents ont pu bénéficier de l'option « Follow My Team », qui leur garantit des places à des prix plus abordables que ceux du marché, mais uniquement pour les matchs des Bleus. « Cela nous coûte 480 euros pour toute la compétition, finale comprise. À chaque fois que l'équipe de France est qualifiée, on a nos places », détaille-t-il.

    Si les deux premières semaines sont déjà organisées, la logistique risque de se compliquer à partir des huitièmes de finale de cette Coupe du monde 2026 : « Je vais partir avec une valise cabine pour faire des économies, trois maillots de l'équipe de France, une paire de baskets. »

    Fabrice, lui aussi, sera du voyage, accompagné de son fils adolescent. Cette Coupe du monde, onéreuse, il la prépare financièrement depuis deux ans. Pour lui, ce sont les dépenses liées à la vie sur place qui sont les plus désagréables. Une mauvaise surprise qui va malheureusement se ressentir en tribune : « Les personnes qui vont aller à la Coupe du monde, ce sont des personnes très aisées et seules au stade. Il n'y a plus de famille parce que c'est un budget. Je trouve que c'est dommage, parce que cela enlève l'essence originelle du football, qui est joué par les enfants avant tout, garçon ou fille. On a joué au football dans la cour de récréation. Aujourd'hui, ce qu'il manque, c'est la notion familiale. »

    Aux alentours des stades, les tarifs des chambres d'hôtels ont également augmenté de 55% par rapport à la même période l'année dernière, d'après le New York Times. À tous les niveaux, le Mondial 2026 sera donc le plus cher de tous les temps.

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  • Les prix des colis envoyés de France vers l'Afrique s'envolent à cause du blocage du détroit d'Ormuz
    2026/06/09

    Les diasporas africaines paient, elles aussi, le blocage du détroit d'Ormuz depuis le début de l'offensive américaine et israélienne en Iran. Les perturbations sur le fret maritime font augmenter le prix des colis envoyés de la France vers l'Afrique. Envoyer un paquet « au pays » coûte de plus en plus cher, comme l'a constaté RFI à Paris.

    Des dizaines de colis emballés dans du plastique noir, empilés les uns sur les autres... Nous sommes au nord de Paris, dans l'échoppe New Congo Multi Service. Ici, toute la journée, des membres de la diaspora congolaise déposent leurs paquets. Beaucoup d'entre eux constatent une hausse des prix d'envoi depuis plus de trois mois et le début de la guerre au Moyen-Orient.

    « Depuis le 28 février, c'est monté en flèche d'un seul coup. Du jour au lendemain, on s'est retrouvé à des prix exorbitants. Avant, le kilo était de 10 euros, mais maintenant, cela peut monter jusqu'à 14, 15 ou 16 euros en fonction de la valeur aussi. Cela pose des problèmes aux gens au pays. Ils sont obligés de s'adapter parce qu'il n'y a pas un autre moyen. Cela nous fait dépenser plus alors que l'on ne gagne pas plus. Le salaire n'augmente pas, mais les dépenses augmentent », témoigne Amadou, qui vient déposer des médicaments pour sa famille.

    « Les clients râlent. On ne fait pas de marges bénéficiaires non plus. Il faut payer les taxes, la TVA, etc. C'est compliqué. Il y a moins de colis qui sont envoyés, on est vraiment affecté par la guerre en Iran. On ne peut pas continuer à travailler comme cela », estime Dany, le gérant de la boutique.

    Les colis ramassés à Paris sont réceptionnés en Normandie, emmagasinés dans un hangar, puis chargés dans un container, direction Brazzaville. Alain Tsalatsouzy est le gérant de Fret FC, il s'occupe de réserver des conteneurs auprès des armateurs. C'est un intermédiaire. Selon lui, la hausse des prix vient de plusieurs facteurs, et cela commence dès la collecte des colis à Paris : « Le ramassage pose problème parce qu'avec le prix du carburant, des énergies, on utilise des camions qui tournent au gasoil. Le coût a pratiquement doublé en termes de ramassage. Deuxième facteur : les containers. On les réserve chez un armateur. Là aussi, les prix ont augmenté. En moyenne, un surcoût de 500 à 600 euros. »

    Des tarifs qui sont dus évidemment à la hausse des prix du carburant pour les bateaux, mais aussi à la raréfaction des containers en mer. Beaucoup sont bloqués dans le détroit d'Ormuz. « On manque de containers vides, ce qui fait que les prix augmentent à cause de la rareté des containers », déplore Alain Tsalatsouzy. Face à la concurrence, lui aussi tente de contenir ces prix, mais il prévient que si la guerre dure, le prix de l'envoi de marchandises ou de colis vers le continent africain ne pourra qu'augmenter.

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  • Ces drames humains liés aux délais de renouvellement des titres de séjour en France
    2026/06/08
    Les délais de renouvellement des titres de séjour ont explosé ces derniers mois pour atteindre jusqu’à plusieurs années. La situation ubuesque plonge des milliers de personnes, ainsi que les préfectures, dans l’illégalité. Reportage à Marseille auprès de ces destins brisés par l’administration et les agendas politiques. Amina* est Comorienne, elle vit en France depuis 25 ans. Ce qui devait être une formalité pour elle s’est transformé en cauchemar : un an après avoir déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour, sans nouvelles de la préfecture, son employeur n’a pas pu la garder. Assise dans le bureau de la Cimade, l’association d’aide aux étrangers, la mère de quatre enfants brandit sa lettre de licenciement d’un CDI dans le nettoyage : « Ça me fait mal au cœur d’être à la maison à cause de la préfecture. Le titre de mon conjoint va finir dans vingt jours. S’il n’est pas renouvelé, comment on va vivre ? » Depuis plusieurs mois, des délais en préfecture explosent et ne respectent plus les délais prévus par la loi. Ces retards fréquents ont été accentués par la loi Darmanin de 2024 et la circulaire Retailleau de 2025, qui durcissaient les conditions de renouvellement de ces titres. Guillermo et Sebastian sont Argentins, ils sont tous les deux musiciens et pères d’enfants de nationalité française. Sebastian vient d’obtenir son titre en portant plainte au tribunal administratif, mais Guillermo n’a pas encore eu cette chance. En France depuis 2014, c’est la première fois qu’il se retrouve sans papiers, faute d’avoir reçu son titre de séjour de deux ans ou une attestation de prolongation à temps. « J’ai appelé, envoyé des mails, mais toujours pas de rendez-vous… Devant la préfecture, j’ai vu des gens se bagarrer, se jeter au sol. Une fois dedans, on est maltraités, il n'y a aucune patience. » En montrant une feuille avec toutes les étapes de son parcours administratif, les deux hommes racontent amèrement les anecdotes d’un système ubuesque qui, depuis qu’il est dématérialisé, a dressé un mur infranchissable entre les usagers et les guichets. À lire aussiFrance : le Conseil d’État donne six mois pour modifier la plateforme des demandes de titres de séjour Une situation qui abîme la santé mentale Durant cette attente interminable, il ne se passe pas un jour sans que Guillermo et ses proches abordent sa situation administrative : « J’ai dû annuler tous mes contrats et je ne peux pas toucher de chômage. J’y pense tous les jours et je ne sais pas quoi faire, c’est très dur. J’ai la sensation de ne plus exister. » Un constat que partage Sevda*, 27 ans, qui vient de finir ses études et attend depuis un an et demi son titre de séjour. « Chaque jour je me demande comment je vais vivre. Je voudrais juste pouvoir travailler, dans mon domaine ou ailleurs. Mais je suis bloquée, financièrement et psychologiquement. Et je ne peux pas aller voir ma famille, ça m’attriste beaucoup. » Ces vies stoppées nettes par l’administration, Nicole Malfait en voit tous les jours. À la Cimade, où elle est bénévole, elle estime que la moitié des personnes qu’elle accompagne est concernée : « Il y a des personnes endettées à hauteur de 8 000 €, parfois des mères de famille ! Et quelles conséquences sur la santé mentale ? Ils perdent le sommeil, je connais une personne qui n’arrive même plus à digérer. » Un constat étayé par les témoignages de médecins, qui constatent auprès de l’ONG Amnesty International de terribles angoisses liées au renouvellement des papiers. Et outre l’occupation de tout l’espace mental, la précarité administrative peut raviver des traumatismes ou couper l’accès aux soins. Ce 10 juin, le collectif national d’associations Bouge Ta Préf organise des manifestations devant les préfectures, pour revendiquer le droit d’accès à la préfecture et la continuité des droits. De son côté, la préfecture des Bouches-du-Rhône argue dans un communiqué d’une augmentation du nombre de demandes qui augmenterait les délais. Suite à une réunion avec les syndicats et organisations patronales ce 26 mai, Laurent Nuñez s’engageait à améliorer la régularisation des personnes sans-papiers, mais seulement pour les métiers en tension. Aujourd’hui en France, plusieurs centaines de milliers de personnes sont en attente de régularisation. * À la demande des personnes interviewées, les prénoms ont été modifiés. À lire aussiCartes de séjour et naturalisation : ce qui a changé en France depuis le 1er janvier 2026
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