エピソード

  • Le président argentin Javier Milei en opération séduction à Paris
    2026/09/29

    Le président argentin Javier Milei arrive dans la capitale française mardi 29 septembre. Il y restera jusqu’à la fin de la semaine. Au programme, sa participation à un forum d’affaires et une rencontre annoncée comme privée avec Emmanuel Macron. Javier Milei se sent pousser des ailes ces derniers mois.

    À Paris, le président argentin vient chercher de l’argent. Puisque c’est aux investisseurs qu’est consacré l’« Argentina Week », la semaine de l’Argentine, un événement dont la première édition a été organisée en mars dernier à New York, chez l’allié américain. Avec sa politique de dégraissage de l’État symbolisé par une tronçonneuse, Javier Milei a réussi à dégager un excédent budgétaire et à réduire l’inflation, de 200% à son arrivée en 2023 à environ 30%. Cela reste élevé selon les standards des pays les plus développés. Et il y a un coût important en termes de croissance et d’emploi.

    Lithium

    Lui aussi apporte des opportunités. Là encore économiques. Et d’ailleurs, les investisseurs français l’ont compris. La France est le septième pays investisseur en Argentine et ses investissements ont très fortement augmenté sur la dernière année. Dans un secteur en particulier : les minerais critiques. L’Argentine est très largement pourvue en lithium utilisé pour fabriquer des batteries. Elle a la main, avec le Pérou et le Chili sur ce que l’on appelle le triangle du lithium. C’est un atout géopolitique majeur dans la course aux terres rares qui occupe les plus grandes puissances de la planète. Par ailleurs, il y a sur la table un contrat pour la construction de sous-marins pour plusieurs milliards d’euros et pour laquelle la France est sur les rangs.

    Discours sur le déclin de l'Europe

    Mais tout cela vient accompagné d’un discours idéologique, similaire à celui de Donald Trump sur le déclin idéologique de l’Europe, qui serait dû à la politique migratoire, aux trop nombreuses régulations européennes. Javier Milei se place dans le sillage de Donald Trump, qui affirme la volonté de domination américaine sur l’hémisphère occidental. Mais il se voit davantage que comme un simple affidé. Il affirme aussi sa personnalité et se voit un rôle au moins régional, exemple son soutien au clan Bolsonaro dans l'actuelle campagne électorale au Brésil. Mais il voit plus loin. Il a aussi noué une alliance stratégique avec Israël. Et il y a donc, ce voyage en France.

    Malouines

    Il intervient à un moment où Javier Milei pousse ses revendications sur les îles Malouines. Il se sent encouragé par Donald Trump qui au début du mois a laissé entendre qu’il pourrait revoir la position américaine de neutralité dans ce dossier. Le président américain est mécontent de qu’il considère comme un manque de soutien britannique dans sa guerre en Iran Les îles malouines sont administrées par la Grande-Bretagne mais revendiquées par l’Argentine. C’est une revendication nationale argentine historique qui a même été portée dans les stades de la dernière coupe du monde aux États-Unis. Les Malouines ont causé une guerre entre les deux pays en 1982. Mais depuis, l'environnement géopolitique à changé. Les relations entre États-Unis et Royaume-Uni sont moins proches et le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne. Alors Javier Milei essaye de les récupérer. Pour l’instant par la voie diplomatique.

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  • Suisse, Vatican, une neutralité de plus en plus difficile à cultiver
    2026/09/28

    Ce sont deux événements du moment. Ils montrent la difficulté de rester neutre dans les relations internationales et en géopolitique. Premier exemple hier dimanche en Suisse, avec un référendum justement sur la neutralité.

    La neutralité fait partie de l’identité suisse depuis le milieu du XIXe siècle. Les citoyens étaient appelés ce dimanche à se prononcer par référendum sur un projet de renforcement de la neutralité du pays. Un projet qui prévoyait par exemple de limiter l’application de sanctions par la Suisse à celles décidées par l’ONU. Ces dernières années, le pays s’est associé aux sanctions européennes contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Ce projet a été rejeté par plus de 70% des votants, selon une ligne de partage très politique et même géopolitique.

    Neutralité adaptée

    Le projet était soutenu par le parti de droite nationaliste Union démocratique du centre, première force politique du pays et présenté comme pro-russe par les opposants au texte et notamment le gouvernement, qui sans grande surprise, ont eu gain de cause dans cette affaire. Il faut dire que la Russie a fait savoir publiquement son mécontentement à la Suisse. Le gouvernement et notamment le ministre des Affaires étrangères a lui plaidé pour une neutralité permettant de s’adapter aux circonstances politiques du moment, par exemple, collaborer avec l’Otan sans y adhérer. Pas simple, donc.

    Ne froisser personne

    Pas simple non plus le voyage du pape en France. Le Vatican est tout petit par sa superficie, mais il pèse lourd sur le plan diplomatique. Il assume souvent des missions de bons offices, par exemple traditionnellement entre les États-Unis et Cuba. Le pape est le chef spirituel de plus d’un milliard 400 millions de catholiques qui ne voient pas tous la religion de la même façon, certains étant plus libéraux ou plus conservateurs que d’autres. Il faut donc faire attention à ne froisser personne.

    Laïcité

    Et ce n’est pas facile en particulier en France. L’enthousiasme des foules qui ont participé aux différentes étapes de la visite jusque-là est réel. Mais il ne faut pas oublier que dans le pays qui a inventé une forme très particulière de laïcité souvent mal comprise ailleurs, plus de la moitié des habitants se déclarent sans religion. Il faut en tenir compte tout en faisant passer le message de l’Église, opposée la loi sur l'aide à mourir par exemple, réclamée depuis des années par l'opinion française. Il faut aussi tenir compte du contexte électoral et éviter la récupération politique. De nombreux candidats à la présidentielle tentent de se faire valoir pendant cette séquence papale.

    Ligne de crête

    Même chose aujourd’hui avec l’étape de Metz. Le pape aurait pu choisir Strasbourg et le Parlement européen. Il a préféré rendre hommage à l’un des pères de l’Europe, le Lorrain Robert Schuman, qui fait actuellement l’objet d’un procès en béatification. Mais la politique n’est jamais loin. Emmanuel Macron a invité l’ensemble des dirigeants des 27 pays membres de l’Union. Là aussi ce sera délicat. Le prédécesseur de Léon XIV, François avait dit qu’il fallait savoir hisser le drapeau blanc quand un pays est attaqué. Cela avait agacé les soutiens de l’Ukraine. Nouvelle illustration que la diplomatie et une certaine forme de neutralité sont une véritable ligne de crête dans un monde qui demande de plus en plus souvent de choisir un camp.

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  • Le roi d'Espagne en visite sensible à Ceuta après la crise migratoire
    2026/10/13

    Le roi Felipe VI et la reine Letizia d'Espagne sont attendus à Ceuta aujourd'hui avant un passage à Melilla demain. Les deux enclaves espagnoles sont toujours revendiquées par le Maroc. Cette visite intervient un peu plus de deux mois après la crise migratoire qui a vu plus de 70 000 marocains arriver à Ceuta. Une crise migratoire avec des conséquences en cascade et notamment un risque sur les relations bilatérales entre les deux pays.

    La dernière fois qu'un roi d'Espagne était venu à Ceuta, c'était en 2007 et c'était le roi Juan Carlos. Cela avait entraîné une vive réaction marocaine. Le roi Mohammed VI avait à l'époque rappelé son ambassadeur à Madrid. Cette fois-ci, pour l'instant, rien de tout ça. Pas de commentaire officiel en provenance de Rabat sur une éventuelle communication entre les deux palais pour préparer la visite, même si le ministre espagnol des Affaires étrangères a déclaré que le roi Felipe VI n'avait besoin de l'accord de personne pour se rendre à Ceuta.

    Sahara occidental

    Il y a plusieurs explications à cette mesure remarquable. La première, c'est que malgré des fuites de rapports la police espagnole, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a bien pris soin de ne pas incriminer les autorités marocaines dans la crise de la fin du mois de juillet. Cela a sans doute été apprécié à Rabat. Il y a aussi le soutien espagnol depuis 2022 au plan marocain d'autonomie du Sahara occidental qualifié de « base la plus sérieuse crédible et réaliste » pour résoudre le conflit. La question du Sahara occidental, autrefois sous tutelle espagnole est l'alpha et l'omega de la politique étrangère marocaine. Enfin, les deux pays ont des relations et des dossiers en commun à gérer, comme par exemple la co-organisation de la coupe du monde football en 2030.

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    Limites du modèle actuel

    D'ailleurs le roi du Maroc n'a pas dit autre chose. Dans un discours pour l'ouverture de la première session du nouveau Parlement issu des dernières législatives, le roi n'a pas remis en cause pour l'instant le partenariat avec l'Espagne et il a admis que le modèle actuel de coopération migratoire a atteint ses limites. Il reconnait donc des dysfonctionnements et annonce une vision stratégique et une orientation nouvelle.

    Thème de campagne électorale

    En revanche, Mohammed VI a dénoncé l'exploitation politique de la crise. Il a bien remarqué que la crise migratoire est bien partie pour être l'un des thèmes majeurs de la campagne des élections anticipées du 29 novembre en Espagne. Le président du parti populaire, en tête des sondages, est venu lancer sa campagne à Ceuta. Le président du parti d'extrême droite Vox a fait la même chose hier. Il était accompagné du président du Rassemblement national français, Jordan Bardella. En essayant d'oublier les accusations d'antisémitisme dont il fait l'objet en France et qu'il conteste, il a prévenu que ce qui s'est passé à Ceuta pourrait être le destin de l'Europe. Il a par ailleurs salué la décision de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni de mettre en place des contrôles aux frontières avec l'Espagne. C'est peut-être aussi l'une des raisons du calme affiché par les autorités marocaines. Elles savent qu'une importante série d'élections arrive en Europe. Et elles n'ont peut-être pas envie d'alimenter une crise qui a le potentiel de s'étendre aux plus importants pays du continent européen.

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  • Marco Rubio en Grèce pour secouer des Européens pris en étau
    2026/10/08

    Le secrétaire d'État américain Marco Rubio était à Athènes mercredi 7 octobre. Au programme, une rencontre avec les dirigeants conservateurs grecs, mais surtout un discours pour réveiller, pour secouer l'Europe, dans un lieu historique et symbolique.

    La colline athénienne de la Pnyx présente l'avantage d'offrir une vue imprenable sur celle de l'Acropole et le Parthénon et d'offrir de superbes images depuis des siècles. Emmanuel Macron avait parlé d'Europe au même endroit en 2017. Pour Marco Rubio, l'objectif était double. Un : placer les États-Unis de Donald Trump dans la lignée de la Grèce antique, sans oublier de passer par l'étape du christianisme, en faire leur héritier direct sur le plan architectural, politique, dans le côté pionnier, explorateur et même militaire. Par exemple, il a parlé à la fois de la guerre contre l'Iran et de la bataille des Thermopyles où 300 spartiates s'étaient sacrifiés face à l'armée perse, ancêtre de l'Iran. Une histoire reprise par Hollywood dans un film à voir quand on est amateur de péplum et d'amitiés viriles. Deux : appeler l'Europe à sortir de sa torpeur et à assumer elle aussi ses racines et rejoindre ce mouvement, de choisir la puissance nationale plutôt que d'en avoir honte.

    Redresser la trajectoire

    Ce discours n'est pas nouveau. C'est celui que l'on retrouve dans la stratégie de sécurité nationale américaine publiée par la Maison Blanche et où il est expliqué que l'Europe s'est perdue en chemin et qu'il est nécessaire de redresser sa trajectoire idéologique. Il est répété inlassablement depuis la campagne Trump 2024 de manière plus ou moins virulente. Plutôt plus quand il s'agit du vice-président J.D. Vance à la conférence sur la sécurité de Munich en 2025 ou quand on confie la mission au secrétaire à la guerre Pete Hegseth de demander à ses homologues de l'Otan de faire plus pour la défense de l'Europe. C'est dit de manière un peu plus agréable, un peu plus diplomatique, enrobé dans des références historiques et philosophiques quand c'est Marco Rubio, un républicain à l'origine un peu plus traditionnel.

    Déchristianisation

    Il y a un autre pays qui a un discours un peu similaire, c'est la Russie. C'est un peu la même chose quand Moscou parle de déclin de l'Europe en citant la responsabilité de l'immigration, comme à Washington, ou le rôle des minorités LGBT. Même discours sur la déchristianisation de l'Europe qui oublie ses propres racines. Il est intéressant d'ailleurs de noter que ce discours religieux est aussi en lien avec la Grèce, via l'autre branche du christianisme, le christianisme orthodoxe.

    Mettre l'Europe au pas

    Le discours se présente sous des aspects philosophiques, mais le but est très prosaïque. Il s'agit de mettre l'Europe au pas, tout simplement. Côté américain en la plaçant en position de suiveuse des États-Unis. Objectif réel : permettre aux entreprises américaines de s'y déployer sans entraves réglementaires, notamment les géants du numérique. Côté russe, l'idée est clairement de l'affaiblir pour arrêter le soutien à l'Ukraine et reprendre pied dans ce que le Kremlin considère comme les marches de sa zone d'influence historique et sur laquelle il entend reprendre le contrôle. Contrôle perdu depuis que les pays de l'Est ont rejoint une Europe désormais prise en tenaille entre deux empires.

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  • En Éthiopie, les combats reprennent dans un contexte international explosif
    2026/09/30
    Les affrontements qui s’intensifient depuis plusieurs jours entre le pouvoir central éthiopien et les rebelles du Tigré. L'inquiétude est vive qu’ils dégénèrent en véritable guerre civile comme celle qui a fait plus de 600 000 morts entre 2000 et 2022. Entre braises mal éteintes et rivalités ethno-politiques, les causes internes sont nombreuses, mais ce conflit s’inscrit aussi dans un contexte régional complexe. Dimanche, le chef d’état-major de l’armée éthiopienne accusait directement l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte d’aider les rebelles du Tigré. C’est difficile à prouver, mais c’est vrai qu’il y a des enjeux géopolitiques entre l’Éthiopie et ces trois pays. L’inimitié entre l’Éthiopie et l’Érythrée est bien connue, elle date de l’indépendance érythréenne acquise en 1993 par referendum après trente ans de conflit armé. Depuis, l’Éthiopie est devenue un pays enclavé, privé d’accès à la mer Rouge, un axe majeur du commerce mondial, ce qui crée des tensions géopolitiques dans toute la Corne de l’Afrique. Le Nil et l'accès à l'eau douce Il y a aussi une question d’accès à l’eau douce qui crée des tensions. Cette fois entre l’Éthiopie d’un côté et le Soudan et l’Égypte de l’autre. C’est la question fondamentale du Nil, source quasi unique d’eau douce pour ces pays. L’an dernier, l’Éthiopie a achevé et inauguré sur le Nil Bleu le grand barrage de la renaissance, un énorme projet, construit principalement pour combler ses besoins en électricité. Les deux pays en aval craignent pour la sécurité de leurs propres installations hydroélectrique et pour le débit de l’eau qui leur sert pour leurs besoins agricoles et donc alimentaires. Là aussi, c’est source de tension. À lire aussiL’Éthiopie inaugure son Grand barrage de la Renaissance sur le Nil, l'Égypte proteste auprès de l’ONU Implications au Soudan Et puis il y a la guerre au Soudan. Elle dure depuis plus de trois ans et rien ne semble pouvoir l'arrêter. L’Égypte, directement concernée par ce qui se passe à sa frontière sud, soutient les forces armées soudanaises du général al-Buhran. Et l’Érythrée servirait aussi de plate-forme logistique et d’approvisionnement pour ce même gouvernement de Khartoum. Bien qu’elle nie, l’Éthiopie est aussi impliquée dans ce conflit. Elle soutient la rébellion soudanaise des forces de soutien rapides du général Hemedti. Des images satellites montrent avec certitude un camp pour accueillir et entraîner les FSR près de la frontière entre les deux pays. Cette base s’est même étendue ces derniers mois et de nouvelles implantations ont été repérées. À lire aussiGuerre au Soudan: l'Éthiopie appuie les paramilitaires FSR, selon l'université de Yale Puissances extérieures à l'Afrique Et pour construire ces installations, l’Éthiopie n'était pas seule. C’est là que la focale s’élargit encore. Elle est soutenue par les Émirats arabes unis, qui bien qu’ils s’en défendent, soutiennent militairement les FSR au Soudan. Ils construisent une influence dans la région, où ils ont des intérêts à protéger. Par exemple, c’est une société émirienne qui opère le port de Berbera, au Somaliland, territoire revendiqué par la Somalie, mais qui a déclaré son indépendance. Indépendance reconnue pour l’instant par un seul pays, Israël, allié des émirats depuis les accords d’Abraham. Les émirats entretiennent aussi leur rivalité régionale avec l’Arabie saoudite, soutien du Soudan, et occupée à combattre actuellement les rebelles houthis du Yemen, juste en face pour le contrôle du détroit de Bab-El Mandeb. Et de la mer Rouge. Autant d’influences étrangères qui donnent à la crise éthiopienne le potentiel de déstabiliser encore davantage toute la Corne de l’Afrique et au-delà.
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  • Avec ses aides sur l'épidémie d'Ebola, la Chine étend son influence sur les instances de santé
    2026/10/15

    Cinq mois après le début de la 17e épidémie de virus Ebola en République démocratique du Congo. Une épidémie et son traitement qui illustrent le poids grandissant d’un pays dans les instances mondiales de la santé. Ce pays, c’est la Chine.

    En Afrique, la Chine ne se contente pas de construire des infrastructures industrielles et de transports, d’investir dans ses nouvelles routes de la soie. Elle est aussi de plus en plus active en matière de santé avec des aides d’urgence, en particulier en RDC depuis le début de l’épidémie, avec des moyens financiers, mais aussi du personnel médical. La diplomatie chinoise s’est engagée à continuer à soutenir les pays africains qui en ont besoin à lutter contre l’épidémie.

    Ce n’est pas la première fois que le pays s’engage et il l’a déjà fait dans d’autres pays, toujours pour Ebola mais par exemple en envoyant du matériel quand un cas s’était déclaré au Sénégal en 2014. Ces aides, elles font partie intégrante de la stratégie de soft power chinois un peu partout dans le monde et particulièrement en Afrique. Le soft power, c’est une stratégie d’influence qui passe non par la contrainte, mais par l’influence sur les esprits. Et d’ailleurs ça marche. Des études internationales montrent que la Chine est désormais plus populaire que les États-Unis dans le monde.

    À lire aussiLa popularité de la Chine dépasse celle des États-Unis dans le monde

    Influence chinoise

    Il faut dire que sur son image en matière de santé, la Chine revient de loin. C’est un mauvais souvenir pour tout le monde, mais il faut bien revenir à l’épidémie de Covid-19, venue de Wuhan, en Chine. A l’époque, on se demandait comment était né le virus, une question à laquelle on n’a d’ailleurs toujours pas de réponse. Donald Trump appelait ça le « virus chinois ». Et l’Organisation mondiale de la santé demandait aux autorités de Pékin davantage de transparence alors que ce n’est pas toujours la qualité première.

    À leur décharge, dans des circonstances pareilles, personne n’aime admettre une forme de responsabilité. Et puis les choses se sont peu à peu retournées, la coopération s’est améliorée avec le patron de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. À tel point que les autorités américaines ont dénoncé l’influence chinoise sur l’organisation. C’est l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont quitté l’organisation au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

    Qui paye, commande

    Et c’est bien connu, la nature a horreur du vide. Avec les États-Unis, c’est le premier contributeur public de l’OMS qui est parti. Et la Chine les a automatiquement remplacés à cette place. Et qui paye commande, c'est le monde dans lequel on vit. Aujourd’hui, elle propose une candidature pour prendre la tête de l’organisation qu’elle a d’ailleurs déjà dirigée par le passé. À Pékin, on dit que c’est pour défendre le multilatéralisme. C’est une autre stratégie d’influence chinoise de placer des représentants dans les institutions internationales. C'est le cas à la FAO ou à l'Organisation de l'aviation civile internationale. C’est là que ses aides bilatérales, sur Ebola et d’autres maladies, viennent aussi compenser le désengagement américain dans de nombreux pays. Et c’est là que sa stratégie de soft power, même si on ne peut prédire le résultat, pourrait l’aider à remporter la direction générale de l’OMS.

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  • Dix ans après le Brexit, le Royaume-Uni pense ouvertement à un retour dans l'Union européenne
    2026/10/01

    C’était une petite musique en sourdine depuis des mois. Cette fois, le Premier ministre britannique Andy Burnham le dit à voix haute. Il n’exclut pas une nouvelle adhésion à l’Union européenne, un peu plus de dix ans après le référendum sur le Brexit remporté à près de 52% par les partisans du retrait de l’UE. C’est le Premier ministre britannique qui va le plus loin dans ce sens depuis le vote.

    Toc toc toc ! C'est le bruit de l’ex toxique qui revient frapper à votre porte après avoir constaté que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Pendant des décennies, entre Margaret Thatcher et surtout David Cameron, c’est ce qu’ont prétendu certains chefs du gouvernement britannique, en essayant d’obtenir le maximum de l’Europe et en donnant le moins possible. Et en misant notamment sur la relation spéciale avec les États-Unis. Seulement voilà, les États-Unis aujourd’hui, c'est Donald Trump. Andy Burnham se garde bien de dire quelle est son opinion et propose plusieurs possibilités : le statu quo, un retour dans l’union douanière, un retour dans le marché unique ou bien réintégrer l’UE.

    « Bregret »

    Il faut dire que les lendemains économiques promis par les Brexiters ne chantent pas vraiment. Les entreprises exportatrices sont en difficulté. Et puis un sentiment de « Bregret », le regret du Brexit s’est diffusé dans la société britannique. Les sondages montrent que si un nouveau référendum avait lieu aujourd'hui, la réadhésion à l’Union européenne l’emporterait. Et puis il y a ce qui s’est passé le 16 septembre au Parlement européen de Strasbourg. Et la proposition d’Ursula von der Leyen au Canada de devenir membre associé de l’Union. C’est-à-dire pas un membre à part entière, mais l’ouverture d’une discussion. Une sorte d’adhésion à la carte. Alors que précisément, les négociateurs européens, le Français Michel Barnier en tête, ont expliqué aux Britanniques pendant des années que c’était tout ou rien. Et la proposition faite au Canada n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

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    « Trahison »

    Au Royaume-Uni, les réactions sont plutôt prudentes chez les travaillistes. Andy Burnham a fait cette sortie en plein congrès du Labour. Il s’agit donc de motiver les troupes. Ils savent que le débat est explosif. Et ils savent aussi qu’un sondage qui donnait en juin 55 % en faveur de la réadhésion peut être retourné par une bonne campagne. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé en 2016. Le parti Reform UK de Nigel Farage parle de trahison. Et c’est vrai qu’il y a eu un référendum pour la sortie en 2016. Personne n’en conteste le résultat. Et il y a eu aussi des mandats clairs pour que les conservateurs concrétisent le Brexit.

    Une procédure longue

    Les Européens, qui ont réagi comme Emmanuel Macron et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, souhaitent déjà la bienvenue au Royaume-Uni, qui est un bon partenaire en matière de défense. Il va néanmoins falloir discuter. Cela peut commencer lors du sommet Royaume-Uni-UE en novembre. Mais ce sera une procédure longue. Il faut faire une demande d'adhésion entièrement nouvelle. Les Britanniques doivent valider un éventuel accord. Et il doit être ratifié par l’ensemble des 27. Autrement dit, la porte risque de ne pas s'ouvrir avant un petit moment.

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  • En pleine tempête canado-américaine, la question de l'indépendance refait surface au Québec
    2026/10/05

    On vote aujourd'hui pour les élections provinciales au Québec, la province francophone du Canada. Dans un contexte de relations tendues entre le Canada et les États-Unis, et où le Premier ministre Mark Carney incarne la résistance face à Donald Trump, la question de l'organisation d'un nouveau référendum sur l'indépendance a été remise sur la table.

    Depuis que Donald Trump est revenu à la Maison Blanche, chaque plaisanterie ou menace de faire du Canada le 51e État américain, chaque moquerie sur le « gouverneur » Justin Trudeau quand il était Premier ministre, chaque attaque contre son successeur Mark Carney, chaque épisode de la guerre tarifaire, chaque match de hockey sur glace entre les deux nations semble avoir davantage fait pour l'unité canadienne que n'importe quel événement depuis la naissance officielle du pays en 1867. C'est même largement grâce à ça que les libéraux ont créé la surprise en conservant le pouvoir l'an dernier et ont pu conforter leur majorité depuis. Au Québec même, selon des études d'opinion, c'est 70% de la population qui est aujourd'hui défavorable à l'indépendance.

    Champ politique fractionné

    Ce retour inattendu est dû à la situation politique et au système électoral, un système à l'anglaise : un scrutin de circonscription uninominal à un tour, « first past the post », comme on dit en anglais, où le premier arrivé gagne, sans majorité absolue nécessaire. Cela favorise en principe un système bipartisan. Mais comme c'est le cas parfois dans les pays occidentaux, le champ politique est fractionné. Là, cinq partis se disputent les voix des électeurs. Le gouvernement sortant, qui avait laminé la concurrence lors des précédentes élections, n'a obtenu aucune concession de compétences de la part du gouvernement fédéral et a été atteint par l'usure du pouvoir. Les libéraux, fédéralistes, sortent d'une crise de direction qui leur a fait mal. Les conservateurs sont en phase de reconstruction et la gauche de Québec solidaire ne semble pas en mesure d'atteindre la première place. Ce sont les indépendantistes du Parti québécois, pourtant moribond il y a encore quelques années, qui paraissent les mieux placés pour remporter le scrutin à quelques heures de celui-ci.

    Immigration

    Et ils veulent donc organiser un référendum d'indépendance. Ce serait le troisième après les deux échecs de 1980 et 1995. C'est l'objectif ultime de leur chef, Paul Saint-Pierre Plamondon, dit PSPP, un avocat de 49 ans qui a fait ses études supérieures en anglais. Il a bien compris que le contexte n'est pas favorable à son projet. C'est pourquoi il a annoncé pour rassurer qu'il n'organisera pas ce référendum avant le départ de Donald Trump. En attendant, il a fait une campagne assez classique, évoquant les questions qui inquiètent la province : la crise des sans-abris, l'itinérance comme on dit au Québec, et le logement dont le prix augmente. Un phénomène qu'il n'hésite pas à lier à l'immigration. Il n'est pas le seul. C'est une recette qui fonctionne ailleurs et c'est une compétence du gouvernement provincial québécois. Depuis plusieurs mois, la question fait l'objet de va-et-vient incessants de la part du gouvernement sortant et de signaux contradictoires du gouvernement fédéral et de tous les partis. Cela ne facilite pas la vie et les espoirs des candidats francophones à l'immigration, qu'ils soient haïtiens, européens ou africains et pour qui le Québec, à la démographie déclinante, est une terre d'accueil depuis plusieurs années.

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