エピソード

  • To Lam, le puissant et ambitieux leader vietnamien qui s'inspire de Xi Jinping
    2026/07/02
    Le Vietnam fête aujourd’hui l’une des étapes de son histoire. Il y a cinquante ans, la partie nord, communiste, et la partie sud, après la capitulation à la suite du retrait américain, étaient officiellement réunifiées. Aujourd’hui, c’est l'un des pays les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est et il est dirigé par un homme ambitieux qui cumule les fonctions. To Lam était il y a encore deux ans le premier flic du pays, ministre de la sécurité publique, issu de l’appareil sécuritaire du parti communiste vietnamien. Des fonctions dont il a su habilement user pour éliminer des rivaux politiques en instrumentalisant des enquêtes anti-corruption. C’est sans doute aussi cette position de force qui lui permet de passer au travers de rares faux pas. En 2021, il est filmé à Londres en train de manger un steak recouvert de feuille d’or dans le restaurant de Salt Bae, un chef connu pour sa façon de saupoudrer la viande de sel et pour son intrusion sur la pelouse après la finale de la Coupe du monde de football au Qatar aux côtés de Lionel Messi. Ceux qui oseront dénoncer ce repas ostentatoire en subiront les conséquences. Jusqu’à cinq ans de prison pour un homme qui l'avait parodié. L’affaire ne bloque pas son ascension. Il y a deux ans, à la mort du précédent secrétaire général Nguyen Phu Trong, il lui succède à titre intérimaire. Il est renouvelé au poste de numéro un vietnamien lors du congrès du parti en janvier dernier. Modèle Mais il ne s’arrête pas là. En juin, alors que le Vietnam a plutôt pour tradition de répartir les rôles dans des directions collégiales, il renforce sa mainmise sur le pouvoir en se faisant nommer président. Il est le premier à cumuler les deux fonctions. Et il se sert de son pouvoir pour des réformes à marche forcée, réformes anticorruption donc, mais aussi réduction de la bureaucratie et relance de l’économie en dynamisant le secteur privé. Le nombre de ministères est réduit, les licenciements ou les mises à la retraite anticipées se comptent en dizaines de milliers. Des coupes budgétaires touchent aussi bien les médias d’État que la fonction publique, la police et l’armée. Un activisme et une concentration du pouvoir qui rappellent un autre personnage beaucoup plus connu du monde communiste : le Chinois Xi Jinping. Il peut être considéré comme une sorte de modèle pour To Lam. À lire aussiVisite de Xi Jinping au Vietnam pour contrecarrer l’influence des États-Unis Rivalités territoriales Il a d’ailleurs rendu visite au dirigeant chinois. C’était juste après être devenu président en avril dernier. Et c’est normal étant donnés les liens économiques entre les deux pays. Les échanges sont très importants et To Lam considère la Chine comme une priorité stratégique pour son pays. Les deux pays doivent faire face à l’offensive commerciale et aux menaces de droits de douane de Donald Trump, mais aussi aux conséquences de la guerre dans le golfe. Cela vaut donc peut-être la peine de coopérer et de ne pas trop insister sur des rivalités territoriales qui sont réelles. C'est la question de la souveraineté sur certains ilots en mer de Chine méridionale. Cela a déjà conduit à des confrontations militaires qui ont fait des morts. Malgré cette rivalité qui paraît déséquilibrée, comme la Chine, le Vietnam lui aussi construit et militarise des ilots pour renforcer son rôle géopolitique dans cette région où le trafic maritime est important. À lire aussiLa Chine signe des accords de coopération avec le Vietnam et appelle à s'opposer à «l'intimidation»
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  • Donald Trump et la captation de l'anniversaire de l'indépendance américaine
    2026/07/03
    C’est le début d’un week-end de célébrations aux États-Unis. Demain nous serons le 4 juillet et ce sera le 250ᵉ anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine. Cela pourrait être un grand moment d’unité nationale, mais cet anniversaire n’échappera pas à la polarisation et à la personnalisation autour de Donald Trump. Cela a commencé dès le coup d’envoi symbolique des célébrations. C'était le 14 juin dernier, le jour du 80ᵉ anniversaire du président. La pelouse sud de la Maison Blanche était transformée en arène pour les arts martiaux mixtes. Le président est passionné de sports de combat et il ne manque jamais une occasion de faire part de son admiration pour les beaux et solides corps d’athlètes. Une soirée d’exaltation des valeurs masculinistes chères à une partie de l’électorat MAGA. Une soirée de combats, de violence, de sang et aussi de déclarations à l’emporte-pièce de la part, par exemple, de certains combattants affirmant tout de go devant le président, en dehors de toute rectification factuelle et sans la plus élémentaire contradiction, que « Michelle Obama est un homme », ce qui est évidemment faux. À lire aussiMMA à la Maison Blanche: évènement sportif inédit ou arrangement politique entre amis? Politisation et personnalisation Et cela se poursuit aujourd’hui et demain, toujours autour du président. Ce vendredi, il sera au Mont Rushmore, dans le Dakota du sud. C’est sur cette montagne sacrée pour les Indiens Lakotas que sont sculptés les visages de quatre présidents : Washington, Jefferson, Lincoln et Theodore Roosevelt. Lors de son dernier passage, la gouverneure locale Kristi Noem, devenue son éphémère secrétaire à la sécurité intérieure, lui avait offert une sculpture miniature avec son visage ajouté aux autres. Ce bibelot est dans son bureau de Mar-a-Lago. Puis ce sera le retour à Washington pour le 4 juillet. La grande foire des États-Américains et le rodéo quotidien ne rencontrant pas leur public dans cette ville qui vote à plus de 90% démocrate, et de nombreux artistes ayant annulé leur participation au grand concert prévu, pour cause de politisation et de personnalisation excessive, les plans ont changé. Plus de concert, mais plutôt un discours fleuve du président par une température de plus de 41 degrés, juste pour montrer, a-t-il déjà dit, qu’il est capable de tout. La journée sera conclue par le traditionnel feu d’artifice, mais encore plus imposant que d'habitude. À lire aussiUSA 250 : l'Amérique en tension Base mécontente Ce discours sera encore une occasion de développer sa vision des États-Unis. C’est d’ailleurs tout l’objet de cette véritable captation des célébrations qui devaient au départ être organisées de manière bipartisane selon une loi adoptée sous Barack Obama. C’est donc tout le contraire, parce que c’est la nature profonde du président de se mettre en avant. Parce qu’il veut présenter une Amérique glorieuse et conquérante, dirigée par des chrétiens blancs. Depuis le début de son deuxième mandat, il s’est donné pour mission de lutter contre une présentation qu’il estime erronée et culpabilisante de l’Histoire américaine, notamment sur la question de l’esclavage et du racisme. C’est sa vision et celle d’une partie de son électorat. Un électorat qu’il doit soigner, à 120 jours des élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles. Une partie de sa base est mécontente en raison de la guerre en Iran et de l’inflation qui est repartie à la hausse. Et les élus républicains inquiets pour leurs postes sont moins nombreux à le soutenir sans condition. À lire aussi250 ans des États-Unis: en Pennsylvanie, la bataille de l'identité américaine
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  • La visite annoncée d'Emmanuel Macron en Syrie, un déplacement symbolique
    2026/07/06
    C’est une visite annoncée depuis plusieurs jours, d’abord par des informations de presse, puis confirmée sans précision de date hier par la Syrie, mais pas encore officiellement par l’Élysée. Emmanuel Macron est attendu à Damas pour une visite qui a valeur de symbole. Ce sera la première d'un président français depuis Nicolas Sarkozy en 2008 et 2009, avant la guerre en Syrie, la première d’un chef d’État occidental depuis la chute de Bachar el-Assad. Jusqu’ici, seul l’émir du Qatar avait fait le déplacement. Emmanuel Macron était déjà le premier à avoir reçu à l’étranger le nouvel homme fort syrien Ahmed Al Charah, avant que l’ancien djihadiste soit reçu à la Maison Blanche par Donald Trump. C’est donc une étape supplémentaire de la réintégration de la Syrie dans le concert international. C’est une sorte de reconnaissance des progrès effectués par le gouvernement syrien, même s’il en reste à accomplir. Le premier parlement de l'après-Assad a été constitué. Mais sa première réunion prévue ce lundi a été reportée sans explication, sans que l'on sache donc si cela est dû à une éventuelle visite du président français ou à l’attentat à la bombe qui, en fin de semaine dernière, a fait une dizaine de morts dans le centre de la capitale. La Syrie doit encore faire face à ce qui reste de l’organisation État islamique. À lire aussiSyrie: un attentat à la bombe fait plusieurs morts dans le centre de Damas Crise au Liban C’est aussi une reconnaissance du rôle de la Syrie dans la région. Et c’est un message envoyé aux autres pays de la région, dont Israël. L’armée israélienne occupe une partie du territoire syrien et le ministre israélien de la Défense explique qu’elle a vocation à rester indéfiniment dans les territoires qu’elle occupe actuellement, en Syrie donc, mais aussi à Gaza et au Liban. C’est une reconnaissance également du rôle potentiel de la Syrie dans le règlement de la crise au Liban. La semaine dernière, le ministre syrien des Affaires étrangères était à Beyrouth où il a rencontré les autorités libanaises, y compris le président du parlement Nabih Berri, allié du Hezbollah. Les nouvelles autorités syriennes, qui sont sunnites, sont hostiles au mouvement chiite pro-iranien allié de Bachar el-Assad. Pas au point cependant de s’impliquer au Liban comme le pays l’a fait par le passé en exerçant une tutelle de fait sur son voisin, et pas au point non plus de s’occuper du Hezbollah comme l’a suggéré à deux reprises Donald Trump. À lire aussiCisjordanie occupée: Israël exige que les Palestiniens enregistrent leurs terres en zone C au risque d’une expropriation Faire partie de la solution Enfin, la Syrie a un rôle géopolitique à jouer dans la région au sens large. Avec la politique défavorable à l’Iran des nouvelles autorités syriennes, le pays s’est, comme d’autres dans la région, retrouvé pris pour cible par l’Iran dans ses frappes tous azimuts. Mais il a aussi montré qu’il pouvait faire partie de la solution pour contourner le détroit d’Ormuz bloqué par l’Iran. L'Irak et le Koweït ont ainsi organisé des convois de camions pour expédier leurs hydrocarbures par la route jusqu’aux ports syriens sur la Méditerranée et donc vers l’Europe. Une solution qui ne compense évidemment pas l’énorme trafic qui passe par le golfe, mais qui peut donner des idées. À condition d’investir dans la sécurité et dans les infrastructures. Et justement, la Syrie annonce qu’Emmanuel Macron viendra accompagné d'investisseurs et de représentants d’entreprises françaises pour renforcer la coopération économique. À lire aussiSyrie: l’Union européenne rétablit son accord de coopération avec Damas après la levée des sanctions
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  • Les diplomates étrangers gardent un oeil sur la présidentielle française et sur le Rassemblement national
    2026/07/07

    Alors que la décision rendue ce mardi 7 juillet par la justice française dans le procès en appel des assistants parlementaires européens du FN est cruciale pour le parti d'extrême droite puisque c'est elle qui doit décider qui, de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella, sera le candidat du parti à l’Élysée lors de la prochaine présidentielle, le dossier est également très suivi à l’international.

    Depuis des mois, tous les sondages montrent avec une grande constance que le candidat du RN pourrait se retrouver au second tour de la présidentielle, le 2 mai prochain. De nombreux pays s’y préparent. Des diplomates étrangers en poste à Paris ont déjà reçu soit Marine Le Pen, soit Jordan Bardella, soit les deux. La présidente du groupe RN à l’Assemblée a par exemple été reçue par l’ambassadeur d’Israël en France, quelques mois après un voyage de Jordan Bardella en Israël. Le même Jordan Bardella a rencontré l’ambassadeur d’Allemagne discrètement avant que l’information ne fuite. Il a aussi vu celui des Émirats arabes unis. Les deux hauts responsables du RN ont été reçus conjointement et ouvertement par l’ambassadeur américain en France, Charles Kushner. Cela correspond parfois à une stratégie de crédibilisation. Mais c’est aussi le travail des diplomates - les Français le font d'ailleurs aussi - d’établir des contacts avec des futurs dirigeants potentiels sans que cela exprime un choix ou un soutien. Charles Kushner a par exemple aussi reçu tout aussi ouvertement Édouard Philippe.

    Relative discrétion

    Il y a quand même parfois une proximité idéologique. On pense évidemment assez naturellement à l’administration Trump qui assume pleinement de vouloir s’appuyer sur des partis nationalistes pour redresser la trajectoire idéologique de l’Europe ou en matière d’immigration. C’est écrit noir sur blanc dans sa stratégie de sécurité nationale. Rien n’indique cependant que la Maison Blanche ait déjà fait un choix dans la course présidentielle française. Cette relative discrétion s'explique peut-être parce qu'un soutien officiel du président américain est devenu pénalisant électoralement en Europe. Rappelons aussi que ce sont Éric Zemmour et sa campagne Sarah Knafo qui avaient été invités à l'investiture de Donald Trump. On se souvient également de Marine Le Pen attendant en vain en bas de la Trump Tower d’être reçue par le milliardaire en 2017. Ou encore de Jordan Bardella traité de fillette par l’idéologue Steve Bannon, pour avoir quitté un rassemblement conservateur après un salut nazi de l’ancien conseiller de Donald Trump.

    Adoption rapide du budget européen

    La perspective d’une présidence française RN pousse l’Europe à s’organiser. Le Rassemblement national y est bien connu puisqu’il a des députés au Parlement de Strasbourg. Il y a des contacts avec des diplomates européens. Il est de tradition que les autorités européennes, commission en tête, ne fassent pas de commentaires sur les campagnes électorales des États membres. Mais la perspective de voir la France, membre fondateur, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et contributeur net au budget de l’Union, voter pour un parti hostile à l’Europe, jadis financé par des banques russes, n’enchante pas forcément à Bruxelles, alors que l'Union n'est plus soumise à l'hypothèque Orban. Et aussi bien le président du Conseil Antonio Costa que certains pays comme l’Allemagne ou l’Irlande qui vient de prendre la présidence tournante pressent pour une adoption rapide du budget pluriannuel européen pour la période 2028-2034, au moins avant la fin de l’année. Le but : que cette négociation traditionnellement difficile ne soit pas encore compliquée par la bataille présidentielle française et un RN qui entend bien demander une baisse de la contribution française.

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  • Au sommet de l'Otan, les Européens tentent d'amadouer Donald Trump
    2026/07/08

    Attendu avec une certaine anxiété par les Européens en raison de la défiance du président américain, poids lourd et pilier central de l’Alliance atlantique, le sommet de l’Otan, qui a commencé dans la soirée du mardi 7 juillet à Ankara, se poursuit ce mercredi dans la capitale turque. Et sans surprise, à son arrivée, Donald Trump a fait du Trump.

    Pas encore d’annonce concrète sur la posture et la présence militaire américaine en Europe, mais toujours ce style, cette façon de se mettre en avant et de distribuer les bons et les mauvais points. Accueilli par le président turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump a loué l’alchimie avec son homologue. Il n’a jamais caché son goût pour les dirigeants forts et pour le dirigeant turc au pouvoir depuis une vingtaine d’années en particulier. C’est même pour lui qu’il s’est déplacé au sommet, dit-il, ce qu’il n’aurait peut-être pas fait si cela s’était déroulé ailleurs.

    Pour le reste, malgré un mot gentil pour la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni avec laquelle il s’est disputé publiquement dernièrement, il s’en est pris à ses alliés européens de l'Otan, répétant entre autres que ce sont les États-Unis qui devraient contrôler le Groenland et non le Danemark et réaffirmant sa déception de leur manque de soutien au moment du déclenchement de la guerre en Iran.

    Menace de la Russie

    Les Européens, qui s’y attendaient un peu, sont donc arrivés avec des arguments chiffrés pour montrer qu’ils tiennent leurs engagements - ceux qu’ils ont pris il y a un an au sommet de La Haye, à la demande des États-Unis.

    L’engagement d’aller, par exemple, vers les 5% du PIB de dépenses en matière de sécurité d’ici à 2035. Cinq pays y seront dès cette année : la Grèce et, sans surprise, les trois pays baltes et la Pologne, directement confrontés à la menace de la Russie qui préparerait une opération contre Varsovie dans le courant de l'année, selon des informations des services américains rapportés par la presse polonaise.

    Dans l’ensemble, les dépenses de sécurité des membres européens de l’Otan et du Canada devraient atteindre cette année plus de 2,5% de leurs PIB respectifs, contre 2,3% en 2025. Pour arriver à cette augmentation, ces pays investissent et cela se compte désormais en milliards d’euros. Des achats d’armes ont d'ailleurs été annoncés à l’occasion de l’ouverture du sommet. Pour le secrétaire général de l’Otan, le Néerlandais Mark Rutte, il y en a pour plus de 50 milliards de dollars, notamment des achats d’avions qui concernent Airbus et le suédois Saab. À la veille du sommet, le Premier ministre canadien a, quant à lui, annoncé le choix d’une entreprise allemande pour la construction de sous-marins, sans chiffrer le contrat.

    Missiles anti-aériens pour l'Ukraine

    Mais le dossier qui est dans toutes les têtes, c’est l’Ukraine, qui ne fait pas partie de l'Otan malgré ses demandes insistantes et qui était à peine mentionnée il y a un an dans le communiqué du sommet de La Haye. Pour Volodymyr Zelensky, qui est présent sur place où il doit rencontrer Donald Trump, il s'agit donc d'un progrès.

    Objectif pour lui désormais : convaincre le président américain de lui fournir des missiles anti-aériens pour résister aux offensives balistiques meurtrières de la Russie. Mais évidemment, comme d’habitude, comme avant chaque rendez-vous important, comme avant le G7, Vladimir Poutine a appelé Donald Trump pour le convaincre de ne pas pencher trop fort du côté ukrainien comme l’y encouragent les Européens. Et ça semble fonctionner. Malgré la pluie quasi quotidienne de missiles russes sur les villes ukrainiennes, Donald Trump se dit persuadé que les deux dirigeants veulent un accord.

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  • Malgré des succès diplomatiques et tactiques, la guerre n'est pas gagnée pour l'Ukraine
    2026/07/14

    Les soldats ukrainiens en vedette lors du traditionnel défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Élysées à Paris. Ils fermeront la marche des pays de la coalition des volontaires venus apporter leur soutien dans le défilé, mais surtout lors d’une réunion hier lundi à Paris. Les succès diplomatiques s’enchaînent ces derniers temps pour le président Volodymyr Zelensky.

    Ce succès de Paris n’est pas une surprise. C'est la vocation de la coalition menée par la France et le Royaume-Uni d’agréger les soutiens pour l’armée ukrainienne. Avec une nouvelle étape : la constitution, autour de l’Ukraine, d’une coalition antibalistique pour lancer les études sur un système antimissile qui viendrait compléter ceux qui existent : le SAMP/T franco-italien et le Patriot américain qui manque tant à l’Ukraine. Elle a obtenu de Donald Trump une licence pour les produire lors du sommet de l’Otan. Le président américain a aussi signalé être davantage disposé à apporter son aide lors du G7 d’Évian et ce malgré des discussions avant chaque étape avec Vladimir Poutine

    Succès tactiques ukrainiens

    La position du président américain semble évoluer ces dernières semaines. Mais pour paraphraser des vers attribués à François 1er mais qui seraient plutôt de Victor Hugo : « Souvent Trump varie, bien fol qui s’y fie ». Mais le président américain s’écarte un peu de sa neutralité dans le conflit. Il voit que les Européens sont sérieux financièrement et militairement dans leur soutien à l'Ukraine, qui existe toujours contrairement à ce qu'il avait prédit à Volodymyr Zelensky lors de leur rencontre orageuse de février 2025. Il voit comme tout le monde les succès tactiques ukrainiens. Les attaques de drones quasi quotidiennes sur la Russie, notamment sur les infrastructures énergétiques, qui causent des pénuries et un début de mécontentement. Les cibles sont aussi symboliques : Moscou, la Crimée annexée, où les Russes sont moins enclins à aller passer leurs vacances d’été, et Saint-Pétersbourg, la ville de Vladimir Poutine, pendant son forum économique censé attirer les investisseurs.

    Supériorité balistique russe

    Cela ne signifie pas que l’Ukraine est en train de gagner la guerre. Malgré des gains marginaux, sur la ligne de front, la situation n’évolue pas vraiment. Surtout, les villes ukrainiennes sont sous le feu quasi quotidien des missiles balistiques, domaine dans lequel la supériorité russe est totale. L'Ukraine n’a pas de quoi se défendre. C'est la raison pour laquelle les systèmes antimissiles sont un besoin urgent. Mais avant que le système lancé hier à Paris et avant que l’Ukraine produise ses propres missiles Patriots, il va se passer au minimum plusieurs mois, d’autant plus que tous les détails juridico-techniques ne sont pas finalisés. Cela veut dire, selon toute probabilité, qu'il faut se préparer à encore un hiver à subir les assauts de la Russie.

    Maintien des buts de guerre

    La Russie qui n’a pas l’intention de s’avouer vaincue. La semaine dernière, le Kremlin fustigeait les décisions irresponsables du sommet de l’Otan. Hier il moquait la coalition des va-t-en-guerre qui se bercent de l’illusion de lui infliger une défaite stratégique. Traduction : la situation tactique est peut-être complexe, mais Moscou maintient ses buts de guerre et a de quoi tenir. Depuis plusieurs semaines, des informations de presse relaient des renseignements selon lesquels la Russie se préparerait à une opération contre la Pologne sous un an et bâtirait des structures capables d’accueillir des dizaines de milliers d’hommes aux portes des pays baltes et nordiques. Autrement dit, le but a beau être d'amener la Russie à négocier, une escalade reste une vraie option.

    À lire aussiLes Européens renforcent leur soutien à l'Ukraine, la Russie dénonce leur «coalition va-t-en-guerre»

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  • Les pays de l'Indo-Pacifique à la recherche de minerais critiques
    2026/07/10

    Après un passage en Indonésie puis en Australie, le Premier ministre indien Narendra Modi est en Nouvelle-Zélande. Une tournée dans le Pacifique du dirigeant indien qui confirme que la région revêt une grande importance géostratégique.

    C’était l’un des chevaux de bataille de Joe Biden : travailler à un Indo-Pacifique libre et ouvert, façon polie - tout en s’en défendant - de contrer les ambitions de la Chine dans cette région du monde. Pour cela, l'ancien président américain s’appuyait sur le « quad », l’alliance régionale des États-Unis, du Japon de l’Australie et de l’Inde. Sauf que depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le « quad » va mal : le président américain a boudé son dernier sommet, conduisant à son annulation, et les États-Unis donnent des signes d’éloignement.

    Dernier exemple en date : la zone militaire américaine tournée vers l’ouest a été rebaptisée. Exit l’« Indopacom » - pour commandement Indo-Pacifique - et bonjour le « Pacom » - pour commandement Pacifique. Bien que le périmètre géographique soit le même - de la côte ouest américaine à l’océan Indien - la disparition de de la dimension « Indo » donne une idée des priorités de l’administration américaine.

    Dépendance énergétique

    C’est pourquoi l’Inde compte davantage sur elle-même. Il y a cette méfiance qui est renforcée par la pression douanière exercée par Washington sur New Delhi. Et puis il y a aussi ce qui s’est passé et qui se passe encore dans le golfe Persique. L’Inde a pris conscience de sa dépendance énergétique.

    Résultat : des investissements dans la prospection pétrolière et, surtout, un accord avec l’Australie, autre membre du moribond « quad », pour importer de l’uranium afin de fournir du combustible à un ambitieux programme de centrales nucléaires pour obtenir de l'énergie propre. Ce minerai, ainsi que d’autres minerais critiques nécessaires aux industries de haute technologie, sont indispensables aux projets d’avenir indiens. Et justement, c’est dans cette zone Pacifique qu’on en trouve. Et c’est d’ailleurs pour cela que depuis des années, la Chine, qui maîtrise le secteur des terres rares notamment raffinées, investit dans la région.

    À lire aussiNucléaire civil: Canberra et New Delhi concluent un accord pour faciliter les exportations vers l'Inde d'uranium australien

    Minerais critiques

    Contenir la Chine et mettre la main sur les terres rares, c’est aussi l’un des objectifs des États-Unis. Ce sont deux des priorités affichées dans la stratégie de sécurité nationale américaine. Les États-Unis, ont vu quel moyen de pression cela donnait à la Chine, et c’est ce qui a permis à Xi Jinping d’obliger Donald Trump à remballer ses droits de douane. C’est donc peut-être pour cela que malgré leur désintérêt pour le « quad », ils viennent tout de même de participer à une réunion au niveau des ministres des Affaires étrangères.

    L’un des résultats de cette réunion, c’est un accord-cadre relatif aux minéraux critiques dans la région indo-pacifique. Les moyens sont importants : 20 milliards de dollars pour les investissements, le recyclage et la récupération de minéraux critiques. Autrement dit, pour les États-Unis, c’est chacun pour soi, sauf si les autres ont quelque chose à leur apporter. Dans ce cas-là, on n’hésite à se rapprocher de ceux de qui on avait commencé de s’éloigner.

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  • Hamad ben Khalifa al-Thani, l'émir qui a fait du petit Qatar un géant mondial
    2026/07/13

    L’ancien émir du Qatar Hamad ben Khalifa al-Thani est mort dimanche à l’âge de 74. Il n’était plus aux affaires depuis qu’il avait abdiqué en faveur de son fils en 2013. Mais c’est lui qui a lancé les politiques qui ont fait de l’émirat un acteur central des relations internationales aujourd’hui.

    Quand il arrache le pays des mains de son père dans une révolution de palais sans violence en 1995, le Qatar, une péninsule désertique qui s’avance dans le golfe Persique est un tout petit émirat isolé dont les caisses sont vides. Il ne pèse pas bien lourd dans une région dominée par des géants comme son voisin saoudien. Il va lui offrir une énorme influence. D'abord en misant sur son potentiel économique. Il développe la production pétrolière et surtout gazière, jusqu’à devenir l’un des principaux producteurs au monde. Une force quand les Européens cherchent à se détacher du gaz russe, mais aussi une faiblesse quand l’Iran bloque le détroit d’Ormuz, car le gaz qatarien est exporté par bateaux sous forme liquéfiée. La capitale Doha, au départ quasiment un village de pêcheurs, devient une ville moderne où les gratte-ciels spectaculaires poussent comme des champignons et où les terres artificielles gagnent sur la mer. Un carrefour aérien et aéroportuaire fondamental entre l’Asie et le reste du monde aussi.

    Influence considérable

    Mais le cheikh Hamad Al-Thani voulait plus et il a aussi donné à son pays un rôle diplomatique démesuré par rapport à sa taille. Au plan régional d’abord. En s’impliquant dans de nombreux dossiers. En soutenant les printemps arabes à partir de 2010. Le Qatar va y gagner une influence considérable et un rôle central qui va lui donner une position qui finira par indisposer ses voisins comme l’Arabie saoudite, qui va l’accuser de s’allier à des islamistes, aux Frères musulmans et a des mouvements terroristes. Les relations seront pendant un temps très difficiles. D’autant que le Qatar partage aussi un immense champ gazier avec l’Iran chiite, ce qui n’est pas du goût de la dynastie sunnite des Saoud. Mais le Qatar accueille aussi la plus grande base militaire américaine au Moyen Orient. Une fois encore, une manière de renforcer le rôle diplomatique central de l’émirat. Il s’implique aussi dans le dossier palestinien notamment à Gaza. Le Qatar, à force d’investissements massifs et d’extension de son influence diplomatique, a acquis plus récemment un rôle au-delà de la région. Notamment dans les négociations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda qui soutient le mouvement AFC/M23.

    Soft power

    Enfin, le Qatar a acquis une visibilité mondiale grâce à l’émir al-Thani. Avec cette idée simple : la manne pétrolière et gazière est soumise aux aléas géopolitiques et ne sera pas éternelle. Il faut donc se développer et se diversifier ailleurs. C'est la création du fonds souverain du Qatar. La création de la chaîne d’information Al Jazeera qui va lui donner un soft power inégalé dans le monde arabe et au-delà, c’est lui. Le rachat du Paris Saint-Germain par l’entremise du président français Nicolas Sarkozy, c’est lui. La mondialisation de la marque PSG en faisant venir des stars, c’est lui. La réussite sportive du club arrivera plus tard. L’obtention de l’organisation de la Coupe du monde football 2022, c’est lui. Le football mondial est désormais sous influence qatarienne. Le président de la FIFA Gianni Infantino a sa résidence à Doha et vole sur des jets privés fournis par le Qatar. On peut même parler de diplomatie aéronautique qatarienne. Elle s’étend désormais jusqu’aux États-Unis avec le nouvel Air Force One offert à Donald Trump.

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