エピソード

  • Pourquoi la fonte des glaciers entraîne des catastrophes?
    2026/03/19

    Quinze millions de personnes sont directement menacées dans le monde par de véritables tsunamis de montagne provoqués par la fonte des glaciers et la rupture brutale de lacs glaciaires. Les drames se multiplient avec le réchauffement climatique.

    Une situation catastrophique qui peut engendrer des catastrophes. L'état des glaciers, partout dans le monde, se dégrade à mesure que le réchauffement climatique s'aggrave. Un phénomène facile à comprendre : plus il fait chaud, plus la glace fond. À tel point que les Nations unies ont créé l'an dernier une Journée mondiale des glaciers, chaque 21 mars. En 2024, 450 milliards de tonnes d’eau ont fondu, l’équivalent de 180 millions de piscines olympiques ou d'un énorme cube de glace de 7 kilomètres de côté…

    Cette eau qui fond retourne à la mer – et c’est l’une des causes de la montée du niveau des océans. Généralement, quand tout va bien, cette eau s’écoule progressivement dans les rivières et dans les fleuves après s'être accumulée dans des lacs formés au pied des glaciers ou sous les glaciers. Des lacs de plus en plus nombreux avec la crise climatique. « Quand les glaciers se retirent, quand ils reculent, il y a souvent des dépressions au fond des glaciers. C'est là que l'eau va s'accumuler, explique Olivier Gagliardini, professeur à l’Université de Grenoble, dans les Alpes, glaciologue à l'Institut des géosciences de l'environnement. Pour la plupart de ces lacs, cela ne présente aucun danger. Si c'est du rocher, si c'est du granit, il n'y aucun problème. En revanche, si c'est de la glace, ça peut être problématique parce que ce barrage pourrait céder et laisser partir un gros volume d'eau dans la vallée ». Et là, c’est la catastrophe.

    Tsunamis en montagne

    De véritable tsunamis peuvent déferler de la montagne, et il y en a de plus en plus puisque les glaciers fondent de plus en plus. C’est par exemple ce qui s’est passé en 2024 dans les Alpes françaises : le hameau de la Bérarde avait été complètement enseveli par la rupture d’un lac glaciaire, avec près de 1,5 million de mètres cubes d’eau, de roche et de boue, des gravats jusqu’à 15 mètres de haut. Il n'y eut heureusement aucune victime, les villageois ayant été évacués.

    Dans l’Himalaya, en revanche, en 2023, une immense vague avait tué près de 200 personnes. « Si on parle de l'Himalaya, on est à une autre échelle, souligne Olivier Gagliardini. Les lacs sont dix, cent, mille fois plus gros que ceux que l'on a [dans les Alpes]. La différence, c'est qu'ils sont beaucoup plus éloignés des enjeux [des populations, des infrastructures]. Les vallées sont beaucoup plus grandes mais il y a des catastrophes. Ces vidanges de lacs soudaines viennent endommager notamment des barrages hydroélectriques ».

    À lire aussiFonte des glaciers de l'Himalaya: «Il y a une partie de toute façon irréversible»

    Populations menacées

    La situation n'est pas près de s'améliorer. « On entre vraiment, ou on est déjà entré en fait, dans des décennies qui vont être un peu compliquées », euphémise le chercheur. On estime ainsi que 15 millions de personnes, dans le monde, sont menacées par ces vidanges brutales de lacs glaciaires, principalement en Inde, en Chine, au Pakistan et au Pérou.

    Les lacs glaciaires ne sont d'ailleurs pas la seule menace. Le réchauffement climatique fragilise les glaciers eux-mêmes, il les déséquilibre. Il y a aussi la fonte du permafrost, ce sol gelé en permanence, normalement.... C'est ce qui a causé la catastrophe de Blatten, un village en Suisse rayé de la carte en 2025 par une avalanche d'eau et de roche, de la roche qui s'était détachée de la montagne en raison de la fonte du permafrost. « Ces rochers tombent sur le glacier du Birsch avec de gros volumes, notamment dans les derniers jours, jusqu'à ce qu'il y ait le rocher de trop. Le pauvre glacier du Birsch qui est sous tous ces rochers ne peut plus porter ce poids et il finit lui-même par s'écrouler, entraînant avec lui tous les rochers qui s'étaient accumulés à sa surface », raconte Olivier Gagliardini. Mais terminons par une note d’espoir : ce genre de catastrophe est voué à disparaître, quand, à la fin du siècle, la quasi-totalité des glaciers aura disparu...

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  • La justice climatique est-elle utile?
    2026/03/18

    Un tribunal belge se prononce aujourd'hui sur la responsabilité du pétrolier TotalEnergies dans la crise climatique. Plus de 2 000 procès climatiques ont été recensés dans le monde. Ils sont un moyen de pression sur le pouvoir politique.

    Décidément, Total collectionne les procès. Le géant pétrolier français est de nouveau sur le banc des accusés ; la justice belge se prononce aujourd’hui après la plainte d'un agriculteur victime d'inondations et de sécheresses à répétition attribuées au changement climatique provoqué par les énergies fossiles, dont TotalEnergies est l’un de grands producteurs mondiaux.

    La justice climatique a le vent en poupe : l'ONU a recensé plus de 2 000 procès climatiques dans le monde, contre des États et contre des entreprises. Initiés d’abord aux États-Unis, les procès climatiques se sont multipliés avec la crise climatique. La justice climatique est en fait indexée au thermomètre de la planète. « La crise climatique s'est accélérée, explique Laura Canali, maitresse de conférences en droit public à l'Université de Nîmes. On a eu aussi l'Accord de Paris qui a rendu visible cette lutte juridique contre les changements climatiques. Cela a eu un effet d'entraînement. Et il y a donc en Europe de plus en plus de contentieux qui ont été engagés à partir de 2015 ».

    États condamnés

    Le plus grand procès, en termes de portée et de jurisprudence, a ainsi eu lieu aux Pays-Bas. En 2019, l'État est définitivement condamné à baisser ses émissions de gaz à effet de serre, à l'issue d'un procès historique. « C'est la première fois dans le monde qu'un État est condamné à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, souligne Laura Canali. C’est un moment important puisqu’il y a une responsabilité étatique reconnue pour inaction fautive. En l'occurrence, les Pays-Bas n'ont pas atteint les objectifs assignés par la justice, mais cette décision a permis au gouvernement néerlandais de prendre une série de mesures législatives visant les transports, le bâtiment, les énergies durables… » Parce qu'une décision de justice, on doit la respecter.

    En France aussi l'État a été condamné, en 2018, avec l'Affaire du siècle, un collectif d'associations soutenu par une pétition de 2 millions de personnes. Le pouvoir en place a ainsi subi une triple pression : judiciaire, médiatique et populaire. « Ça a été un peu le sparadrap du capitaine Haddock pour Emmanuel Macron pendant un certain temps. Ça a a permis déjà de maintenir cette pression pour qu'il y ait des objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre », raconte Jérémie Suissa, le délégué général de Notre Affaire à tous.

    À lire aussi«Affaire du siècle»: la France jugée «responsable» d'inaction climatique

    La justice ne peut pas tout

    Mais si la justice peut rappeler le politique à ses obligations, elle ne peut pas se substituer aux élus et aux politiques publiques. « Si on attend de la justice climatique qu'elle règle tous les problèmes du monde, on risque d'être déçu, tempère Jérémie Suissa. La justice peut faire plein de choses, mais à un moment donné, la démocratie, le pouvoir des citoyens et des citoyennes de faire pression sur leurs représentants pour les protéger doit être saisi ».

    La justice ne peut pas tout. Elle n’est qu’un des outils contre la crise climatique, et elle a ses limites. « La justice juge des individus. Donc on va retenir la responsabilité d'une ou deux entreprises, d'un ou deux États, mais on ne peut pas juger un système. Et la question du changement climatique, c'est aussi la question de notre système : de notre système économique, de notre relation avec la nature, avec l'environnement. Donc là c'est une impasse pour le droit », estime Laura Canali. Mais la solution viendra peut-être de la justice internationale. La Cour internationale de justice l'a dit l'an dernier : les États ont l'obligation d'agir contre la crise climatique. Puisque la crise est planétaire, la justice doit l'être aussi.

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  • Au Moyen-Orient, l'environnement est-il devenu une cible de guerre?
    2026/03/17

    L'Iran dénonce un écocide après les frappes militaires israéliennes sur ses dépôts pétroliers. En polluant l'air et l'eau, les bombes atteignent les populations civiles. Des impacts aggravés par la crise climatique.

    Ils font désormais partie du paysage. D’immenses panaches de fumées noires s’élèvent dans le ciel de Téhéran, notamment, chaque fois que les armées d’Israël et des États-Unis bombardent l’Iran, c’est-à-dire chaque jour. L’air est irrespirable ; il pleuvait même du pétrole après les bombardements de dépôts pétroliers aux conséquences catastrophiques. Ils pourraient provoquer des marées noires souterraines, une pollution qui pourrait menacer des générations. Le chef de la diplomatie iranienne a dénoncé lundi « un écocide », un crime contre l'environnement. « En ciblant un dépôt de pétrole, on prive d'abord son adversaire de pétrole et on complique la gestion de sa propre population parce qu’ils n'ont plus d'énergie. Ensuite, ça peut polluer et l'air qui devient irrespirable et l'eau qui ne devient plus potable. Il y a donc cette approche de cibler l'environnement parce que cet environnement soutient une capacité de vie des populations », analyse Anne Sénéquier, chercheuse santé environnement climat à l'Iris, l'Institut de relations internationales et stratégiques.

    Mais l'Iran n'est pas en reste en termes d'écocide. Le régime de Téhéran a également frappé des infrastructures pétrolières et gazières de plusieurs pays du Golfe, ainsi qu'une usine de dessalement d'eau. L'eau, c'est vital, et que ce soit de manière directe comme ici, ou de manière indirecte après les frappes sur les dépôts pétroliers iraniens, le résultat est le même. « L'humain sans eau ne tient pas trois jours. S'il n'y a pas d'eau, il n'y a justement pas de possibilité de continuer le conflit. C’est là où notre humanité s'exprime aujourd’hui de manière la plus cruelle qui soit, puisqu'on va essayer d'annihiler l'humanité même de l'adversaire. Et ça, c'est problématique », souligne Anne Sénéquier.

    Du Vietnam au Liban

    Problématique mais pas nouveau, presque aussi vieux que la guerre. Dans la région, on se souvient de Saddam Hussein : l'annexion du Koweït est un échec, et de rage, l'Irak met le feu aux puits de pétrole et déverse en mer quelques six millions de barils de brut – la pire marée noire de l'humanité. Plus récemment, on a parlé d'écocide à Gaza. Le mois dernier, Israël, encore, a été accusé de larguer par avion sur le Sud Liban du glyphosate concentré, le puissant herbicide fabriqué par Monsanto, pour stériliser les terres agricoles et empêcher le retour des populations. Cinquante ans plus tôt, pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis déversaient l'agent orange pour tuer la végétation, avec des effets sur l'eau, la santé, la biodiversité… ressentis encore aujourd'hui. L'agent orange, une autre production signée Monsanto...

    Les crimes contre l'environnement peuvent frapper davantage les esprits aujourd'hui parce que ces écocides sont mieux documentés. Grâce aux satellites et à tous les outils mis en place pour mesurer la crise climatique, on peut voir en temps réels les pollutions et les atteintes à l'environnement. On sait aussi que les impacts ne sont plus limités dans le temps ni dans l'espace. Et dans un monde, une nature, plus fragiles qu'avant, les conséquences sont beaucoup plus fortes aujourd'hui. « On se retrouve aujourd'hui à appliquer des méthodes malheureusement qui ont toujours été les mêmes, mais qui sont démultipliées aujourd'hui par leur impact, que ça soit au niveau atmosphérique, au niveau des cycles de l'eau ou au niveau de la pollution. C'est là où ça dépasse peut-être le champ restreint que ça pouvait avoir auparavant », estime Anne Sénéquier, co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale à l'Iris. La politique de la terre brûlée est encore plus grave quand notre maison brûle.

    Invité internationalGuerre au Moyen-Orient: «À ce jour, l’écocide n’est pas reconnu comme un crime international par la CPI»

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  • Marché carbone européen: la transition énergétique à tout prix?
    2026/03/16
    Des voix s'élèvent en Europe contre l'obligation des industries à payer pour leurs émissions de CO₂. Un outil mis en place pour favoriser les énergies vertes, mais qui pèse sur la compétitivité des entreprises, et au final sur les consommateurs. Le marché carbone est-il sur la sellette en Europe ? À quelques jours d'un Conseil européen sur la compétitivité, des voix s'élèvent pour critiquer l'un des mécanismes mis en place pour accélérer la transition énergétique. Le marché d'émissions carbone européen concerne pour l'instant les plus gros pollueurs : les grosses industries, le secteur électrique et l'aviation. Pour les inciter à se décarboner, à émettre moins de CO₂, ils doivent payer des droits à polluer. C'est le principe pollueur-payeur. « L'idée, c'est qu'on a des quotas carbone et qu'à chaque fois qu'une des installations régulées émet une tonne de CO₂ dans l'atmosphère, elle doit, en contrepartie de cette tonne de CO₂, acheter un quota sur le marché carbone européen », explique Fanny Henriet, directrice de recherche CNRS à Aix-Marseille School of Economics. Les industriels bénéficient aussi de quotas gratuits qui doivent normalement disparaître à terme. À lire aussiL’Union européenne se dit en bonne voie pour ses objectifs de réduction de CO2 Un marché qui marche Ce marché carbone a d'ailleurs produit des effets. Depuis 10 ans qu'il existe, il a rapporté 245 milliards d'euros, de l'argent investi dans les énergies propres. L'Europe est ainsi championne du monde de la décarbonation. « On a réduit de 35 % nos émissions par rapport à 1990, souligne Christian Gollier, professeur à Toulouse School of Economics. On est la seule région du monde à avoir réellement engagé des sacrifices pour sauver l'humanité de ce désastre anticipé du changement climatique. Si les autres régions du monde n'accélèrent pas leur processus de décarbonation, nous, en Europe, on commence à avoir un sérieux problème de compétitivité et une montée en puissance d'une grogne sociale. » Parce que la décarbonation a un prix ; pour le bien de l'humanité, il faut passer à la caisse. « Produire de l'acier décarboné par rapport à la solution actuelle des hauts fourneaux, c'est pratiquement doubler le coût de fabrication de l'acier, poursuit Christian Gollier. In fine, ce sont les citoyens qui paient à travers des augmentations des prix. Et c'est bien l'objectif : il faut pousser l'ensemble des acteurs de l'économie, en particulier les consommateurs et les citoyens, à intégrer dans leur mode de vie les conséquences extrêmement néfastes des modes de consommation les plus carbonés. » Backlash C'est donc au nom de la compétitivité des entreprises que certaines voix remettent en cause le marché des émissions carbone, et la fronde prend de l'ampleur avec les récentes prises de position des Premiers ministres allemands et italiens – le nouvel axe européen, qui s'oppose de plus en plus à la France. Certains veulent prolonger les quotas gratuits d'émission, d'autres veulent suspendre le marché carbone actuel, d'autres encore renoncer au projet d'un deuxième marché pour le transport routier et le bâtiment. À lire aussiEntrée en vigueur de la nouvelle taxe carbone aux frontières de l'Union européenne Plus d'économie et moins de climat, cette petite musique est dans l'air du temps. « On observe ce qu'on a appelé le backlash environnemental, où les questions de climat passent souvent au second plan après le reste, analyse Fanny Henriet. Et là, en effet, c'est pour défendre la compétitivité. C'est en tout cas comme ça que l'argument est présenté parce que cela renchérit les prix de production en Europe comparé aux prix de production dans le reste du monde. » Un argument qui prend de l'ampleur ces jours-ci avec un pétrole à 100 dollars. Mais c'est précisément l'objet de la transition énergétique : se passer du pétrole. À lire aussiAllons-nous réussir à nous passer des énergies fossiles ?
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  • Tourisme et climat: un cercle vicieux?
    2026/03/12
    L'empreinte carbone du tourisme aggrave la crise climatique, qui elle-même menace le secteur. Dans un monde en voie de disparition, se développe un tourisme de « la dernière chance », le plus souvent au bout du monde... « Découvrez des destinations du bout du monde ou juste à côté de chez vous » : c’est l’invitation lancée aux visiteurs par le Salon mondial du tourisme qui s’ouvre aujourd’hui à Paris. Et autant dire d’emblée que la première option, la promesse du bout du monde, n’est pas très climato-compatible. Le tourisme est un accélérateur de la crise climatique, lui qui représente, à lui tout seul, 9% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais quand on est en vacances, on n'y pense pas forcément. « Dans le tourisme, on est sur une consommation qu'on qualifie d'hédonique, souligne Isabelle Frochot, maître de conférences à l'Université Bourgogne-Europe. C'est une consommation récompense, une consommation plaisir. Et dans la consommation hédonique, tous nos engagements et principes environnementaux passent à la trappe. » L'empreinte carbone du tourisme n'est pas près de diminuer. Le secteur touristique est sur une croissance annuelle de 4%. L’an dernier, on a battu tous les records, avec plus d'1,5 milliard de touristes dans le monde, selon l'Onu-Tourisme, un chiffre qui ne tient compte que du tourisme international, lorsqu’on voyage dans un pays étranger. L'Accord de Paris sur le climat exige que le secteur réduise ses émissions de 10% par an. On en est très loin, d'abord à cause du transport, qui représente 70% de son bilan carbone. Le transport, c'est d'abord l'avion, devenu moins cher que le train. Le trafic aérien mondial devrait d’ailleurs presque doubler d’ici 2050 et les promesses d’une aviation décarbonée restent pour l’heure des promesses. Plages en voie de disparition Tourisme et climat entretiennent en fait un cercle vicieux. « Le tourisme contribue à aggraver le climat qui lui-même contribue à fragiliser l'offre touristique. Ce sont les acteurs qui ont du mal à faire évoluer leur modèle et en même temps une demande touristique qui grandit ; des acteurs capitalistes qui profitent de cette manne et des consommateurs qui ne s'interrogent pas sur l'impact de leurs actes », résume Isabelle Frochot. Des destinations touristiques commencent ainsi à souffrir de la crise climatique. Certaines sont menacées par la montée des océans, comme les Maldives et la plupart de destinations insulaires. Dans les Caraïbes, près d'un tiers des hôtels sont à moins d'un mètre au-dessus du niveau de la mer. Partout dans le monde, des plages sont en train de disparaître. Le tourisme blanc (les sports d’hiver) est également menacé par le réchauffement climatique. Vacances en absurdie D’autres destinations enfin souffrent de canicules à répétition. En Méditerranée, l'été 2024 a été particulièrement catastrophique. « On a atteint des températures extrêmes de 48 ou 49°C avec des réservoirs d'eau à sec, des incendies allant jusqu'à la mer, jusqu'aux plages, avec des évacuations de touristes en Grèce. On a assisté à des épisodes très marquants qui ont incité, on le voit déjà, certains touristes à ne plus fréquenter certains lieux de Méditerranée au plus fort de la saison », relève Rémy Knafou, géographe – il publie dans une semaine Hypertourisme, le tourisme à l'épreuve de sa démesure (éditions du Faubourg). La crise climatique a même donné naissance à ce qu’on appelle « le tourisme de la dernière chance », quand on voyage pour voir ce qui est en train de disparaître à cause du changement climatique : les glaciers du Groenland, les ours polaires du Canada ou la Grande barrière de corail en Australie. « On développe des pratiques présentées à des touristes comme vertueuses qui consistent à contribuer au réensemencement des coraux, raconte Rémy Knafou. Ce qu'on oublie de dire, c'est qu'une bonne partie des touristes qui contribuent à cette action présentée comme vertueuse viennent de l'autre bout du monde et donc leur avion et les émissions de gaz à effet de serre contribuent à accélérer le blanchissement des coraux en question. C'est à la fois la satisfaction égoïste des touristes qui participent à ce mouvement et la recherche des profits pour les entreprises qui les font venir jusque-là. » Un autre cercle vicieux, pour de belles vacances en absurdie.
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  • Municipales en France: parle-t-on encore d'écologie et d'environnement?
    2026/03/11
    Après la « vague verte » des élections de 2020, plusieurs maires écologistes sortants semblent en difficulté, comme à Lyon ou Strasbourg. L'environnement n'est plus, comme il y a six ans, la première préoccupation des Français. Après la vague du Covid-19, il y eut la « vague verte ». Les dernières élections municipales organisées en France en 2020, décalées de quelques mois en raison du premier confinement, avaient été marquées par le succès des listes écologistes dans plusieurs grandes villes, à tel point que les médias ne parlaient plus que de « vague verte ». « Ils n'en revenaient pas eux-mêmes hier soir, lançait ainsi la présentatrice du journal de 20 heures de France 2, Anne-Sophie Lapix, au lendemain du second tour. Les écologistes ont fait une percée spectaculaire aux municipales, en particulier dans les grandes villes. Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Besançon, Poitiers, Tours... La liste des conquêtes est impressionnante ». Mais six ans plus tard, à quelques jours du premier tour des municipales, dimanche 15 mars, la vague semble retombée. En 2020, en pleine pandémie du Covid-19, les questions d’environnement étaient en tête des préoccupations, pour 47% des électeurs. La France, et le monde, venaient de subir toute une série de catastrophes, aggravées par le changement climatique. Mais aujourd’hui, l’environnement est passé à l’arrière-plan, selon les dernières enquêtes de l’institut de sondage Ipsos-BVA, loin derrière la sécurité, le pouvoir d’achat et l’emploi. Les catastrophes climatiques se sont pourtant aggravées. Mais c’est comme si on s’y habituait. « C'est un peu ce qu'on appelle l'effet de la grenouille qu'on met dans de l'eau chaude et qui ne se rend pas compte qu'elle est en train de brûler quand on augmente la température, analyse Matthieu Gallard, directeur d’études à Ipsos-BVA. Pour une partie des Français, il y a le sentiment de plus en plus fort, comme on le voit dans les enquêtes qu'on peut mener, que ces événements climatiques extrêmes rentrent finalement dans la normale. Ce n’est plus aussi interpellant que ce que ça pouvait l’être il y a quelques années ». À lire aussiLa crise du logement en France, enjeu majeur des élections municipales En situation délicate C’est sans doute pour cela que les écologistes ont moins le vent en poupe aujourd’hui, comme le disent tous les sondages. 24% des Français interrogés seraient satisfaits si leur maire élu dans dix jours était écologiste – c’est 27 points de moins qu’en 2020. Plusieurs maires écolos élus il y a six ans sont ainsi en difficulté, comme à Lyon ou à Strasbourg. « Même si les électeurs, dans ces villes, peuvent penser que les maires écologistes ont mis en place des bonnes politiques sur le plan environnemental, ils ont avant tout en tête des questions de nature économico-sociale, des questions liées à la sécurité et l’emploi, ce qui rend forcément la situation plus difficile pour les maires. Et c'est vrai qu'on en a un certain nombre qui, dans nos enquêtes, semblent être en situation assez délicate », poursuit Matthieu Gallard. Pour autant, l’écologie n’a pas forcément été absente de la campagne. À Paris, on parle, encore et toujours, de la place de la voiture. À Marseille, c’est la pollution provoquée par les grands bateaux de croisière, un sujet déjà à la une en 2008. À Lyon, en plus de la voiture, on a aussi parlé du sort des animaux du zoo du Parc de la Tête d’or… Un collectif de scientifiques vient d’ailleurs de rappeler le rôle majeur des communes dans la lutte contre le changement climatique et la manière de s’y adapter : l’isolation des bâtiments, des écoles, les menus dans les cantines, les espaces verts, la biodiversité et bien sûr les transports avec les mobilités douces. En fait, face à la crise climatique, les maires ne peuvent pas échapper à l’environnement, mais tous n’ont pas la même approche. « Pour les maires d'autres sensibilités politiques, plus à droite de l'échiquier politique, il peut être intéressant de prendre en compte cet enjeu-là. Mais il est certain que cela ne va pas du tout être les mêmes solutions qui vont être mises en avant selon la couleur politique des élus et des candidats », souligne Matthieu Gallard d’Ipsos-BVA. En 2020, Europe Écologie-Les Verts était le parti préféré des Français. Aujourd’hui, c’est le Rassemblement national. Reportage FranceÀ Lyon, les écologistes pourraient perdre la mairie face à Jean-Michel Aulas
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  • Énergie nucléaire: stop ou encore?
    2026/03/10
    Le deuxième Sommet sur l’Énergie Nucléaire civile a lieu ce 10 mars 2026 à Paris, coorganisé par la France et l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique). L'énergie nucléaire représente 10% de la production électrique dans le monde et presque 70% en France. C'est un enjeu stratégique pour le pays. Dans un contexte international marqué par le retour en force des enjeux liés au nucléaire militaire, la France pousse pour relancer le nucléaire civil dans le monde. « Nuclear energy is back ! », le nucléaire est de retour ! avait lancé Emmanuel Macron lors de la COP28, il y a trois ans. À cette occasion, la France et d'autres pays s'étaient engagés à tripler la capacité de production d'énergie nucléaire d'ici 2050. En tout, 33 pays ont signé cette déclaration, dont les derniers en date, le Sénégal et le Rwanda, ont rejoint la coalition novembre dernier. Pour atteindre cet objectif, le sommet sur l’Énergie nucléaire vise donc à promouvoir cette industrie sensible et au passage, les fleurons économiques français EDF, sa filiale Framatome et Orano. Le secteur connaît un regain d'intérêt dans le monde et quarante États devraient être présents. Alors que les pays cherchent à lutter contre la crise climatique et se défaire de leur dépendance au pétrole, au gaz et au charbon, le nucléaire a des atouts. C'est une énergie qui n'émet quasiment pas de gaz à effet de serre. Les scientifiques du Giec estiment que c'est un des leviers possibles pour produire une énergie décarbonée et limiter le changement climatique, même si d'autres scénarios de décarbonation basés sur les énergies renouvelables sont également possibles. Déchets radioactifs dangereux Le nucléaire a aussi des désavantages et ce n’est pas « une énergie propre » pour autant comme l’affirmait Emmanuel Macron en 2023. Les centrales produisent des déchets radioactifs, potentiellement dangereux pendant des dizaines de milliers d'années et qui s’accumulent. Selon un recensement en 2021, la France stocke ainsi 1,760 millions de mètres cube de déchets radioactifs sur son sol (60% issus des centrales nucléaires, le reste d’autres activités comme la défense, la médecine ou la recherche). Trouver des sites de stockage est une question épineuse qui inquiète les populations riveraines. Des pays les ont pendant un temps immergé dans la mer, désormais on préfère les enfouir loin sous terre. Le Japon envisage même d'utiliser une île déserte et reculée de l'océan Pacifique, située à près de 2000 kilomètres de Tokyo, comme site d'enfouissement. À cela s'ajoute le risque d'accident nucléaire. Un risque faible mais qui existera toujours. Les drames de Tchernobyl en Ukraine et Fukushima au Japon, dont c'est le quinzième anniversaire ce 11 mars, le rappellent. Ce risque augmente avec le vieillissement du parc nucléaire dans certains pays comme la France, et avec le changement climatique. Il faut en effet beaucoup d'eau pour refroidir les centrales qui se trouvent donc souvent au bord de fleuves ou sur les littoraux. Or l'eau douce se raréfie, il a déjà fallu mettre à l'arrêt des réacteurs en période de sécheresse, et la montée du niveau de la mer menace les réacteurs sur les côtes, sans parler des tempêtes qui promettent d’être de plus en plus violentes. La construction de centrales nucléaires prend du temps, leur durée de vie et leur démantèlement aussi. Alors que la France prévoit de construire au moins six nouveaux EPR2 dans son programme énergétique, et que l’UE mise sur les petits réacteurs modulaires, Pauline Boyer, spécialiste de transition énergétique chez Greenpeace s’alarme : « le dérèglement climatique intensifie la fréquence et le pouvoir destructeur des évènements climatiques extrêmes auxquels vont être exposés les centrales nucléaires. Quelle sera l’envergure des catastrophes climatiques dans 70 ou 100 ans quand ces réacteurs seront en fonction ? La construction d’installations aussi dangereuses doit être questionnée ». L’ONG, prône plutôt les économies d’énergies et le développement d’énergies renouvelables, « moins chères ». « Porosité entre nucléaire civil et militaire évidente » Surtout, la militante souligne le risque en cas de conflit armé, comme c’est le cas en Iran. « Quand on bombarde un champ éolien quand on bombarde une centrale nucléaire, il n’y a pas le même danger derrière. On a aujourd’hui d’un côté une guerre qui a été déclarée en Iran avec des installations nucléaires ciblées et de l’autre, en Ukraine, il y a quatre ans, les troupes russes ont attaqué la centrale nucléaire de Zaporijia et l’occupent toujours aujourd’hui. C’est comme un butin de guerre pour la Russie et un énorme caillou dans le processus de paix ». Pour Pauline Boyer, un sommet qui veut développer « une énergie nucléaire sûre et accessible à tous ...
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  • Y a-t-il de la vie au fond des océans?
    2026/03/09
    Face aux partisans de l'exploitation minière des grands fonds marins, dont la richesse suscite des convoitises, ses adversaires dénoncent les dangers que ferait peser le deep sea mining sur une biodiversité unique et encore largement méconnue. Vous n'irez jamais là-bas, et ça vaut pourtant le coup d'œil ! Le Conseil de l'Autorité internationale des fonds marins, un organisme de l'ONU en charge des profondeurs océaniques, s'ouvre aujourd'hui, alors que la possibilité d'exploiter les minerais des grands fonds marins divise la communauté internationale. L'opposition au deep sea mining, malgré des richesses en minerais de plus en plus convoitées, s'appuie sur les risques de destruction de la biodiversité. Parce qu'il y a de la vie au fond de l'océan. Il y a de la vie partout sur Terre, et donc sous mer, et c'est même ce qui nous distingue des autres planètes, jusqu'à preuve du contraire... Dans les grands fonds marins, malgré des conditions extrêmes, jusqu'à 11 000 mètres (oui, 11 kilomètres) de profondeur, dans des zones où aucun être humain n'a jamais mis les pieds alors qu'on a déjà marché sur la Lune, où les températures sont proches de 0ºC, sans aucune lumière, où la pression est énorme, il y a pourtant de la vie, des formes de vie particulières, et des écosystèmes uniques. Plus d'un million d'espèces Les habitants des grands fonds marins restent pour beaucoup encore inconnus : on estime ainsi qu'un million d'espèces n'ont pas encore été identifiées, alors que 250 000 ont été découvertes, ce qui est déjà pas mal compte tenu des difficultés d'observation. Mais la science et la connaissance progressent, grâce à quelques sous-marins ultra-performants ainsi que des robots. Au fond de l'océan, on peut croiser des crustacés, des vers, des concombres de mer, des bactéries ainsi que quelques poissons des abysses aux formes étranges et presque monstrueuses. Le poisson pêcheur abyssal, par exemple, est équipé d'une antenne lumineuse pour attirer les proies qu'il dévore avec d'énormes dents. Le bathynome géant, lui, est un crustacé qui ressemble à un cloporte, mais de la taille d'un chat. La particularité de ces organismes est qu'ils sont souvent tout mou, pour résister à la pression. Ils sont aussi très lents à se déplacer, pour économiser l'énergie qui est rare. Pour se nourrir, certaines espèces récupèrent le reste du plancton qu'on trouve à la surface et les déchets organiques qui retombent tout au fond, cet ensemble formant ce qu'on appelle la neige marine. D'autres se nourrissent de bactéries. On trouve aussi des organismes qui font de la chimiosynthèse, comme les micro-algues font de la photosynthèse. Ici il n'y a pas de lumière, mais des volcans sous marins, où la température atteint plusieurs centaines de degrés. De ces cheminées hydrothermales se dégage une énergie chimique dont se nourrissent les très nombreux organismes vivants qui s'y trouvent, car la vie y est foisonnante. À lire aussiL'exploration minière provoque la chute de 37% du nombre des animaux des fonds marins Pollution plastique à - 7000 mètres Mais ce monde fantastique pourrait être menacé. Il l'est déjà d'ailleurs. Il n'échappe pas à la pollution. On a par exemple retrouvé des microplastiques dans l'estomac de crustacés qui vivent à plus de 7000 mètres de profondeur. Mais la plus grande menace, ce serait l'exploitation minière des ces grands fonds marins, qu'imaginait déjà le Capitaine Némo dans 20 000 lieux sous les mers, le roman de Jules Verne. On y trouve du uivre ou du cobalt, des nodules polymétalliques qui ont mis des millions d'années à se former et qui semblent jouer un rôle majeur pour la biodiversité des profondeurs, des minerais rares et des terres rares dont on a de plus en plus besoin pour les nouvelles technologies vertes. Les conséquences de l'exploitation minière sur la biodiversité restent encore méconnues, car la connaissance de cette faune ultra sous-marine n'est que très récente et très parcellaire ; on n'a aucune idée de son impact à long terme. Mais c'est précisément l'argument de tous les acteurs opposés au deep sea mining : ce n'est pas parce qu'on connaît mal ou pas tous ces animaux qu'on ne doit pas s'en préoccuper et appliquer, aussi pour eux, le principe de précaution. À lire aussiLes fonds marins: une nouvelle frontière géopolitique?
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