エピソード

  • Sierra Leone: le combat d’une journaliste contre le harcèlement
    2026/05/02

    Licenciée, menacée, contrainte à l’exil. En Sierra Leone, le combat d’Umu Thoronka connaît aujourd’hui un nouveau tournant. Cette journaliste, spécialisée dans les questions de santé et de genre, avait été renvoyée en juillet 2024 de la télévision publique, la Sierra Leone Broadcasting Corporation, ou SLBC, après avoir diffusé une vidéo jugée critique du pouvoir. En mars dernier, la Commission indépendante des médias a reconnu le caractère abusif de son licenciement. Elle espère désormais que la Cour de justice de la Cédéao fera de même. Avec un enjeu : briser l’impunité et protéger les femmes journalistes.

    C’est par téléphone, sans la moindre notification écrite, qu’Umu Thoronka apprend son licenciement. Un comble pour la pigiste, qui dénonce des années de harcèlement au sein de la SLBC. « Le directeur général de l’époque, qui était aussi notre représentant légal, m’avait assuré qu’il plaiderait en ma faveur pour que j’obtienne un contrat permanent. J’y ai cru de bonne foi. Il m’a même invitée à Freetown pour rencontrer le directeur des ressources humaines, mais après m’avoir fait attendre toute la journée, il m’a proposé d’aller à l’hôtel et de revenir le lendemain. Il a commencé à me faire des avances sexuelles. J’ai refusé et, à cause de cela, j’ai été privée de nombreuses opportunités ».

    Pendant dix ans, Umu Thoronka reste pigiste, sans contrat permanent. Ses avocats pointent un système qui l’a laissée sans protection. Parmi eux, Ikechukwu Uzoma, de l’organisation Robert and Ethel Kennedy Human Rights Center. « Elle a été licenciée par un simple appel téléphonique, parce qu’elle ne bénéficiait pas des protections d’un salarié à temps plein. Or, après plus de dix ans dans l’institution, elle était toujours maintenue dans un statut précaire de pigiste. C’est cette précarité qui a permis ces abus : pendant des années, elle a été écartée des promotions et d’un contrat permanent. Il existe un lien direct entre cet environnement de harcèlement et d’intimidation, et son licenciement abusif ».

    Mettre fin à l'impunité

    Le licenciement intervient après la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux. Umu Thoronka y montre une femme publiquement humiliée lors d’un meeting présidentiel, après une question sur le coût de la vie. Dès le lendemain, elle reçoit des menaces pour retirer la vidéo. Des pressions qui illustrent un système de harcèlement plus large, explique Eastina Taylor, de l'ONG Women in the Media Sierra Leone. « Le harcèlement sexuel commence dès l’université et se poursuit dans les rédactions, mais aussi lors des interviews. Il arrive que quelqu’un vous regarde et vous dise : "J’aime votre robe, j’aime votre poitrine". Moi-même, en tant que journaliste, j’y ai été confrontée : certains refusent qu’un homme les interviewe et demandent spécifiquement que ce soit une femme ».

    Face à ces pratiques, Umu Thoronka veut aller au-delà de son cas personnel : mettre fin à l’impunité. « Si j’ai saisi la Cour de la Cédéao, ce n’est pas seulement pour obtenir réparation, mais pour mettre fin à l’impunité. Je veux que d’autres femmes puissent parler et faire valoir leurs droits ».

    La procédure est désormais entre les mains de la Cour de justice de la Cédéao, saisie en septembre 2025. Mais le gouvernement sierra-léonais n’a toujours pas répondu. Ses avocats viennent de déposer une requête pour contraindre l’État à réagir. Une affaire qui pourrait faire jurisprudence pour la protection des femmes journalistes dans la région.

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  • France: inquiétudes sur l’avenir de la presse scientifique
    2026/04/25

    Aujourd’hui, la presse scientifique en France traverse une période assez fragile. Entre le plan social annoncé chez Prisma Media et le rachat de titres comme Science et Avenir ou La Recherche par le groupe LVMH, il y a des inquiétudes sur l’avenir de ces rédactions, et notamment sur leur indépendance. Dans le même temps, on voit circuler de plus en plus de discours, politiques notamment, qui remettent en cause certains consensus scientifiques ; par exemple sur la question du climat. Pourtant, avoir accès à une information scientifique fiable et de qualité reste essentiel pour que le débat démocratique fonctionne correctement.

    « Aujourd'hui, ce qui se passe pour la presse scientifique, c'est un séisme. En fait, c'est du jamais-vu. Et nous, ça nous inquiète très fortement, effectivement », dit Charles Behr, le président de l'AJSPI, l'association des journalistes scientifiques de la presse d'information.

    « En fait, il y a trois situations qui nous inquiètent. Il y a celle à Prisma Media, donc avec un plan social, avec 40 % des effectifs menacés. Il y a la situation à 60 millions de consommateurs où là, très probablement, il va y avoir une disparition de ce magazine. Et puis il y a ce rachat de Sciences et Avenir et La Recherche, qui sont deux magazines de sciences emblématiques et qui ont donc été rachetés par le groupe LVMH. Et on ne sait pas trop ce qui va devenir de ces magazines ».

    Sciences et Avenir, La Recherche, des titres fondés il y a 79 et 56 ans, des magazines de référence, rachetés en décembre dernier avec le titre d'information économique Challenges par LVMH, le groupe de luxe du milliardaire Bernard Arnault. Les rédactions des trois magazines ont demandé, sans succès, la signature d'une charte d'indépendance par leur nouveau propriétaire. Et en l'absence de garanties pour l'emploi, les salariés ont voté une motion de défiance contre LVMH en février.

    Chez Prisma Media, le numéro un de la presse magazine française, le couperet est déjà tombé : ce sont 40 % des effectifs, soit 279 postes, qui sont supprimés pour le groupe repris en main par des proches du milliardaire catholique et ultraconservateur Vincent Bolloré. Et de vraies craintes pour des magazines comme Géo ou encore Ça m'intéresse. Enfin, 60 millions de consommateurs, mis en vente par l'État, pourtant référence pour la défense des consommateurs, à l'origine de nombreuses enquêtes comme celle qui avait traité des poupées sexuelles à caractère pédopornographique en vente sur la plateforme Shein, ou de la présence de pesticides dans les protections hygiéniques.

    « L'information santé sauve des vies »

    « Ce sont les magazines qu'on retrouve dans la salle d'attente, chez notre dentiste, chez notre médecin. Et mine de rien, on absorbe de l'information santé, des conseils utiles pour notre quotidien. Et c'est ça qui est important, c'est de défendre les sciences spécialisées, mais aussi dans les magazines généralistes », explique Charles Behr.

    Pour défendre les sciences et l'actualité scientifique, cela nécessite des journalistes de dossier, des journalistes formés, car les enjeux sont loin d'être anodins. « Une bonne information agit directement sur la vie. L'information santé sauve des vies. Quand il s'agit d'environnement, cela a un vrai impact sur les gestes que la population peut faire au quotidien, mais aussi sur son choix dans les urnes pour changer les politiques environnementales. Donc on se rend bien compte que l'information scientifique, qui paraît complexe, en fait, elle est hyper ancrée dans le quotidien des gens. »

    Et donc source également de nombreuses opérations de désinformation. Si l'État français a lancé récemment une stratégie nationale de lutte contre les fausses informations scientifiques, notamment en matière de santé, avoir accès à une presse spécialisée ou grand public de qualité est d'autant plus primordial.

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  • Afghanistan: menaces sur les ondes, l'enquête de Forbidden Stories
    2026/04/18
    Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, au moins 75 journalistes ont été arrêtés, des milliers ont dû quitter la profession, notamment des femmes, et certains forcés de fuir pour leur vie. C'est le cas de Sultan Ali Jawadi, rédacteur en chef de Radio Nasim, un média local qui enquêtait sur le gouverneur de la province du Daykundi et la corruption endémique. L'ONG Forbidden Stories a poursuivi son travail et dresse cette semaine un portrait effrayant du désormais gouverneur de Kaboul, un homme aux deux visages. L’architecte de la répression d’une rédaction. « Si on est expulsé vers l’Afghanistan, on sera emprisonné ou tué par les Talibans », confie la peur au ventre Sultan Ali Jawadi. Il nous appelle depuis sa cachette pakistanaise. Impossible de sortir, le jeune trentenaire craint chaque jour les raids de la police qui ont renvoyé près d’un million d’Afghans l’année dernière. Pour le rédacteur en chef de Radio Nasim, le retour signifie la peine de mort. À la tête de ce média local, sa liberté de ton, sa couverture de l’actualité locale et ses enquêtes sur le gouverneur de la province ont déplu aux talibans. L’ONG Forbidden Stories a repris son travail, révélant l’ampleur de la répression des journalistes et l’étendue du détournement de l’aide humanitaire, le tout sous la férule d’un homme : Aminullah Obaid, gouverneur de la province du Daykundi. « Double visage » « La situation sécuritaire au Daykundi était très mauvaise après la prise de pouvoir des talibans, se rappelle Sultan Ali Jawadi. Il était nécessaire de faire une interview avec le gouverneur et que nous l'interrogions sur la situation ». En décembre 2021, à peine trois mois après la chute de Kaboul, Radio Nasim interview l’homme qui signera l’arrêt de mort du média. « Il est très affable, il a l'air bonhomme, il a toujours un sourire », décrit Eloise Layan, journaliste derrière l’enquête de Forbidden Stories. Mais c’est un homme au double visage ». « En apparence il traite les gens tout à fait correctement, mais il frappe par derrière », explique Sultan, dont le calvaire commence peu de temps après l’interview. Alors que le gouverneur veut se donner initialement une image d’homme modéré, ses actes sont rapidement plus éloquents que sa communication. Après une première arrestation, en octobre 2023, la radio est perquisitionnée, plusieurs journalistes arrêtés. Dont Sultan Ali Jawadi qui raconte avoir subi « des tortures physiques et psychologiques aux mains des talibans ». Deux mois plus tard, il est condamné à un an de prison après une longue procédure judiciaire. « C’est l’un des rares journalistes à avoir eu un procès, ou en tout cas des documents administratifs de la Cour suprême de l’État islamique qui décrivent les chefs d’accusation », explique Eloise Layan. Propagande, espionnage au service de l’Occident, collaboration avec des organisations étrangères, incitation de « la population à se soulever contre l’Émirat islamique » autant d’éléments qui révèlent les méthodes de répression des talibans, et du premier d’entre eux dans la province. « Sultan Ali Jawadi est accusé d’avoir dit que les gens dans la région vivaient dans la pauvreté, que des écoles pour filles avaient fermé, poursuit la journaliste de Forbidden Stories. On voit bien que le régime ne supporte aucune critique. » Détournement d’aide humanitaire Un harcèlement des autorités lié notamment à l’intérêt de la rédaction pour un sujet : le détournement de l’aide humanitaire. « Il a parfois maltraité des ONG et les a rackettés », explique le rédacteur en chef. « C’est comme si une ligne rouge avait été franchie, analyse Eloise Layan. C'est à partir du moment où des reportages paraissent en mettant en cause directement Aminullah Obaid dans le détournement de l’aide humanitaire que ses problèmes débutent ». Malgré cette condamnation et le harcèlement constant des autorités, Sultan Ali Jawadi poursuit son travail. Jusqu’à ce mois d’août 2025. Sa douzième arrestation est celle de trop. « Les talibans nous ont dit : Si vous continuez votre travail, vous serez tués ». Radio Nasim cesse d’émettre, ses journalistes prennent la fuite. Mais Forbidden Stories n’a pas laissé l’ex-gouverneur de la province s’en sortir sans encombre. L’enquête remarquable détaille le parcours et la corruption de celui qui était un véritable inconnu en 2021, et qui désormais a « pris une autre dimension » en devenant gouverneur de Kaboul. C’est un proche d’un co-fondateur du mouvement taliban, mollah Abdul Ghani Baradar », pointe Eloise Layan. Clairement, notre enquête fait ressortir le fait qu’Aminullah Obaid était extrêmement impliqué dans le détournement de l’aide à tel point que plusieurs ONG ont décidé d’arrêter de ...
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  • Ouganda: l'affaire du journaliste Arnold Mukose, symptôme d'une presse sous pression
    2026/04/11

    En Ouganda, l’enlèvement puis l’inculpation du journaliste Arnold Mukose provoque une onde de choc dans la profession. Ce défenseur de la liberté d’expression, engagé contre une loi controversée sur les usages d’internet, dénonce aujourd’hui des accusations infondées. Au-delà de son cas, ses confrères décrivent un climat de peur et un risque croissant d’autocensure.

    Pour son père, Arnold Mukose est avant tout un homme engagé. « Il pense qu’il doit dire aux gens ce qui se passe dans le monde… et c’est sans doute ce qui lui attire aujourd’hui des ennuis », nous explique Moses Mukose.

    À 41 ans, ce journaliste ougandais s’est fait connaître pour ses prises de position contre la Computer Misuse Act, une loi dénoncée comme un outil de répression des voix critiques. Le 17 mars dernier, la Cour constitutionnelle a annulé plusieurs de ses dispositions, après une mobilisation à laquelle Arnold Mukose a activement participé.

    À lire aussiEn Ouganda, l’enlèvement d’un journaliste après des critiques envers une loi sur les usages d’Internet

    Depuis, il multiplie les interventions dans les médias pour en expliquer les enjeux, et ce jusqu’au dimanche 29 mars.

    Après une émission de radio, des hommes en civil l’attendent à la sortie. Il est emmené de force, sans explication. Pendant plusieurs heures, ses proches restent sans nouvelles. À son domicile, du matériel est saisi : téléphones, ordinateur, tablettes.

    Il sera finalement retrouvé dans un commissariat de Kampala, puis inculpé pour diffusion de fausses informations.

    « Selon les autorités, son organisation aurait relayé un message de l’écrivain Kakwenza évoquant l’état de santé de la Première dame. Le gouvernement affirme qu’Arnold aurait annoncé sa mort. Une information qu’il conteste fermement, assurant ne rien avoir publié de tel », reprend son père, Moses Mukose.

    Une arrestation que ses confrères relient directement à ses prises de position. « Oui, je pense que c’est lié, explique le journaliste Kenneth Lukwago. Il faisait partie de ceux qui s’exprimaient sur l’annulation de la loi. Et quand ce genre de choses arrive, on commence à se demander quels invités on peut recevoir, quels sujets on peut aborder… On entre dans une forme d’autocensure. Et cela crée un climat de peur. »

    Une inquiétude d’autant plus forte que, malgré l’annulation de la loi, les poursuites continuent, explique Ronald Kabuye de l'Association des journalistes ougandais. « Un opposant est toujours en procès pour avoir critiqué un haut responsable judiciaire. Ce dernier s’en est offusqué et a lancé des poursuites contre lui. Avec cette loi, critiquer un dirigeant peut facilement conduire à des poursuites ».

    Arnold Mukose, lui, est toujours détenu. Père de cinq enfants, ce défenseur des droits des journalistes se retrouve aujourd’hui de l’autre côté.

    « La cellule est souterraine, il fait froid, il n’y avait ni matelas ni couverture… il était simplement en chemise », raconte son père.

    Des conditions de détention difficiles, selon ses proches. Pour son père, il reste avant tout un homme engagé, déterminé à informer : « C’est quelqu’un de très intelligent, humble, engagé pour les droits humains… il se soucie des autres, et je pense que c’est pour cela qu’il est visé ».

    Et pour beaucoup, son cas dépasse désormais sa seule personne. Un signal inquiétant pour toute une profession.

    Arnold Mukose a été placé en détention provisoire jusqu’au 14 avril prochain.

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  • PFAS: une journaliste du «Monde» visée par des tentatives d’intimidation
    2026/04/04

    Menaces sur l'information nous emmène cette semaine en France, à la rencontre de Stéphane Horel. Cette journaliste du journal Le Monde est, depuis deux ans, victime de vols et de plusieurs tentatives d’effraction à son domicile. Spécialisée dans l'investigation et sur les questions environnementales, elle coordonne notamment des enquêtes internationales sur le scandale sanitaire des PFAS, les «polluants éternels». Elle soupçonne des tentatives d’intimidation de la part de l’industrie chimique.

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  • Dans l’est de la RDC, il est de plus en plus difficile d'exercer le métier de journaliste
    2026/03/28
    L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a publié, ce jeudi 26 mars, un rapport sur la pratique du journalisme dans la région des Grands Lacs. Burundi, Rwanda, RDC, Ouganda, Kenya, Tanzanie... Dans tous ces pays le constat est le même : il est devenu de plus en plus difficile et dangereux d’y exercer le métier de journaliste. Journalistes arrêtés et battus lors d’élections en Ouganda, en Tanzanie, ou bien incarcérés pour leur couverture jugée trop critique envers le régime comme au Rwanda et au Burundi. Et l’est de la RDC reste l’endroit où le journalisme paie le plus lourd tribut à la guerre. Cinq journalistes tués, cinq disparus, 155 détenus ou pris en otages ces cinq dernières années... L'est de la RDC reste l'épicentre des violences contre les journalistes dans la région, affirme Reporters sans frontières. Depuis la prise des villes de Goma et Bukavu par le groupe armé de l'AFC/M23 il y a un an, informé de manière indépendante depuis la région, est devenu presque impossible, note Jeanne Lagarde co-autrice du rapport de de RSF. « Une formule qui revient beaucoup, c'est que les reporters sont pris entre le marteau du M23 et l'enclume des forces armées de la RDC. Depuis la prise de Goma, au moins huit journalistes ont été détenus pendant plusieurs jours dans les anciens bureaux de l'ANR, qui est surnommée "la prison Chien méchant". On a aussi beaucoup de journalistes qui ont été victimes de menaces. C'est le cas d'un journaliste de Debout RDC, Amisi Musada, qui a été enlevé le 15 avril de l'année dernière, retrouvé quelques jours plus tard dans un état assez préoccupant ». À lire aussiRDC: un journaliste torturé pour ses articles sur le conflit dans l'est « Il s'agit d'une politique bien ficelée de contrôler les narratifs que les médias donnent » Les radios communautaires sont en première ligne, note RSF, pillées, détruites. 33 d'entre elles ont été suspendues en un an, souvent pour avoir refusé une ligne éditoriale imposée par les autorités ou les groupes armés, témoigne cet ancien journaliste de Goma, qui préfère garder l'anonymat. « Par exemple, il y a eu les examens de fin de cycle primaire pour les élèves et les examens d'État qui étaient pris en charge par le gouvernement de Kinshasa. La rébellion disait qu'il ne faut pas dire ça. Il faut dire que grâce à leur bonne gouvernance, les élèves seraient en train de bénéficier d'une éducation. Il s'agit d'une politique bien ficelée de contrôler les narratifs que les médias donnent ». Les médias constamment pris à partie Selon lui, une cinquantaine de ses confrères a quitté la région en un an. Plus au nord, la province de l'Ituri reste une des zones les plus dangereuses du pays pour les journalistes, note RSF. Avec la multiplication des groupes armés dans la province, les médias sont constamment pris à partie, déplore ce journaliste de Bunia, qui, lui aussi, préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité. « Il y a la guerre un peu partout à travers la province de l'Ituri. Et donc du coup, ça fait que nous sommes comme la cible parce que nous nous sommes un peu au centre. D'un côté, il y a le gouvernement, de l'autre côté, il y a les belligérants. Balancer une information de l'attaque liée à une autre communauté, les autres la voient directement comme des ennemis ». À écouter aussi«Les violences contre les journalistes concernent tous les pays des Grands Lacs», alerte RSF Violence liée au conflit, mais également violence politique. Sur les dix dernières années, RSF a comptabilisé plus de 250 arrestations de journalistes dans le pays, explique Jeanne Lagarde. « La majeure partie des provinces sont concernées, avec beaucoup de condamnations, d'arrestations, de détentions, qui viennent notamment de la part des gouverneurs de province. On pouvait citer la longue détention de Stanis Bujakera Tshiamala, arrêté en septembre 2023 et maintenu en détention pendant six mois ». À ces violences qui se sont intensifiées s'ajoute la précarité économique et un cadre juridique plus restrictif. Autant d'obstacles auxquels sont confrontés les journalistes congolais de plus en plus contraints à l'autocensure, conclut Reporters sans frontières. À lire aussiRDC: violences et menaces contre les journalistes en hausse dans l'est, alerte Reporters sans frontières
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  • En France, la presse locale est menacée, alerte Reporters sans frontières
    2026/03/21

    En pleine campagne municipale, Reporters sans frontières alerte sur l'état des quotidiens régionaux, des sites d'investigation départementaux, des radios et des télévisions locales. Ces médias de proximité sont victimes de pressions politiques, judiciaires et économiques qui se sont accentuées ces dernières années.

    Le nombre de journalistes locaux s'érode d'année en année. Une menace pour le maillage de l'information. Ce réseau de centaines d'agences de médias locaux, qui couvrent à chaque fois une poignée de communes, risque de perdre en précision. « Il y a dix ans, l'information se faisait à 10 km près en France, avec des agences de groupes de presse qui permettaient de couvrir une information à 10 km près. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas parce qu'il y a des fermetures d'agences, notamment de gros groupes de presse, mais aussi des fermetures de plus petits médias », détaille Laure Chauvel, rédactrice du rapport de RSF.

    L'effritement se ressent aussi dans l'audiovisuel local. Plus de 15 radios associatives ont coupé leurs émetteurs entre 2023 et 2025. Des chaînes de télévision aussi. Wéo TV, 17 ans d'existence dans les Hauts-de-France, affiche un écran noir depuis deux mois, faute d'un modèle économique viable. Un revers pour son actionnaire principal, le groupe Rossel, qui détient aussi le quotidien régional La Voix du Nord, lui-même victime d'un douloureux plan social, qui a réduit son nombre de journalistes et d'éditions locales. « Le risque, c'est d'avoir des déserts informationnels. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de déserts informationnels en France. Mais la dynamique est à l'œuvre. Ce risque est démocratique », alerte Laure Chauvel.

    Le champ libre à la désinformation

    Moins de médias locaux de qualité, ça donne le champ libre pour les faux sites de vraie désinformation. Ils ont prospéré lors de la campagne des élections municipales. « En novembre 2025, RSF a recensé 85 sites actifs de désinformation, d'informations locales, ce qui totalisait en tout plus de 13 000 articles. Je pense à un site qui s'appelle Actu Direct, qui évoquait une maladie numérique qui s'abattait sur un centre hospitalier de Haute-Comté, ce qui n'est jamais arrivé », explique Laure Chauvel.

    Autres types de médias clés de la vie démocratique locale : l'investigation. Splann en Bretagne, Marsactu à Marseille ou Médiacités dans plusieurs grandes villes françaises. Eux subissent parfois des violences physiques, certains élus ne leur répondent plus. Mais un autre type de pression inquiète particulièrement le cofondateur de Médiacités : les procédures bâillon.

    « Depuis la création de Mediacité, on en est à 22 procès. C'est énormément de temps et d'argent parce que ça coûte cher de se défendre. On a une petite structure, c'est 13 journalistes et certains essaient de profiter de notre faiblesse relative, on va dire, pour nous intenter ces procédures en se disant "ça va tout simplement les faire disparaître" », témoigne Benoît Peyrel, cofondateur de Médiacités, qui a gagné 21 de ses procès. Malgré les menaces, ces médias restent plébiscités par 63% des Français selon le baromètre La Croix des médias en 2026. Une éclaircie dans le ciel nuageux de la presse locale française.

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  • Les dessinateurs de presse de plus en plus brimés dans le monde
    2026/03/14

    La caricature a de moins en moins bonne presse dans le monde. C'est le constat dressé par deux organisations de défense des dessinateurs de presse, Cartooning for Peace et Cartoonists Rights, qui dans leur rapport sur la période 2023-2025 alertent sur l'augmentation inquiétante des poursuites judiciaires et de la censure frappant ces professionnels. Un phénomène qui ne touche plus seulement les régimes autoritaires classiques mais aussi désormais des démocraties comme les États-Unis.

    En janvier 2025, le Washington Post, symbole absolu de la presse indépendante, censurait la dessinatrice Ann Telnaes pour une caricature critiquant la servilité envers Donald Trump du propriétaire du journal et patron d'Amazon, Jeff Bezos. Ann Telnaes a démissionné, mettant en évidence la censure grandissante aux États-Unis et des dérives que l'on croyait jusqu'alors réservées aux régimes autoritaires, selon le dessinateur Kak, président de l'association cartooning for Peace :

    « Le comportement du président Trump amène à observer des phénomènes que jusque-là on observait dans ces autres pays. Vous avez une pression directe de l'État sur les organes de presse. Deuxièmement, l'utilisation des supporters de l'État pour lancer des hordes sur les réseaux en ligne, agresser journalistes et dessinateurs de presse, les "canceler", tout ça, instrumentalisé par le pouvoir. La conséquence de ces deux choses, pression de l'État et lynchage numérique, et bien, c'est l'autocensure des titres de presse ».

    De juin 2023 à juin 2025, Cartooning for Peace a recensé 87 cas de menaces dans son réseau regroupant 374 dessinateurs dans le monde. Le dessin de presse est ainsi en danger jusque dans ses bastions historiques que sont par exemple l'Inde et la Turquie.

    Ennuis judiciaires ou incarcérations abusives

    « Force est de constater qu'en Inde, c'est de moins en moins possible. Il y a toujours des dessinateurs de presse qui s'expriment, mais dès qu'ils sont en critique frontale avec le pouvoir, ils ont des ennuis. En général, des ennuis judiciaires, parfois des incarcérations abusives. Et en Turquie, alors là, pour le coup ça n'est plus possible du tout. Le dernier magazine satirique LeMan a été obligé de fermer où, en raison d'une instrumentalisation d'un dessin qu'ils avaient fait, des gens ont voulu faire croire qu'ils avaient dessiné le prophète, ce qui n'était pas le cas. Les locaux ont été envahis, d'abord par des manifestants, puis par la police, mais qui en réalité, sous prétexte de protéger la rédaction, a arrêté l'équipe et a fait fermer le journal et c'était le dernier journal satirique », rappelle Kak.

    Le dessinateur garde cependant des raisons d'espérer : « Ce que l'on remarque, c'est que l'affection du public pour le dessin de presse grandit et que ce public se rajeunit. Pourquoi ? Parce que le dessin de presse est un instrument de résistance. Par exemple, on a fait une opération fin 2025 au Mexique. Ce qu'on a remarqué, c'est que les salles de conférence sont bondées, et on est face à un public qui en général a moins de 40 ans. Pourquoi ? Parce que dans ces pays-là, se battre pour ses droits, c'est une réalité quotidienne et le dessin de presse est un instrument de combat ».

    Reste les pays en guerre où, selon Kak le dessin de presse est implicitement ou explicitement sommé de choisir son camp.

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