エピソード

  • Changement climatique: les journalistes météo menacés par les climatosceptiques
    2026/06/19

    Leur travail est essentiel pour garantir notre sécurité et notre santé et pour protéger nos économies, notamment l'agriculture, lors des événements climatiques extrêmes comme les vagues de chaleur, les inondations ou les cyclones. Et pourtant, ils font l'objet d'attaques de plus en plus virulentes. Notre chronique Menace sur l'info s'intéresse aux journalistes météo qui, dans de nombreux pays du monde, essuient une pluie de commentaires toxiques, d'insultes voire de menaces de mort parce qu'ils relaient le consensus scientifique et parlent du changement climatique en cours.

    Des insultes en ligne contre les médiateurs de l'agence météo en Espagne, des appels téléphoniques menaçants au Royaume-Uni, des accusations de falsifier les thermomètres en Australie ou de rougir artificiellement les cartes météo en France... Quel que soit l'événement climatique – vague de chaleur, sécheresse, inondation –, dès qu'on évoque le réchauffement climatique à l'antenne et qu'on dit que l'être humain en est responsable, on reçoit des commentaires dénigrants, explique Sébastien Thomas, de France Télévisions :

    « On a vraiment vu une différence depuis le Covid. La pandémie a aussi exacerbé la peur, les menaces qu'on ressent sur notre mode de vie, sur nos libertés, et ça a déjà polarisé une partie de l'opinion mondiale. Du coup, on s'aperçoit souvent que les antivax et que les climatosceptiques ont les mêmes profils, mais ils ne représentent qu'une infime partie des gens. »

    Un but : semer le doute

    D'après des chercheurs espagnols, le phénomène prend tout de même de l'ampleur. Et cette pluie de moqueries, insultes et théories du complot est organisée. Avec un but : semer le doute vis-à-vis d'institutions fiables. Aux États-Unis, après plus de 15 ans au poste de journaliste météo à Boston, Chris Gloninger a rejoint une télévision de l'Iowa, un État agricole et conservateur. Longtemps, il a su garder ses distances face aux critiques sur les réseaux sociaux l'accusant d'être politisé. Jusqu'à ce qu'un homme se mette à l'insulter et le harceler régulièrement par mail, puis le menace de mort :

    « Il a fini par m'envoyer un mail qui disait : "Quelle est votre adresse personnelle ? Nous, les conservateurs de l'Iowa, nous voulons vous réserver un accueil inoubliable. Un peu comme ce que ces connards de gauchistes ont essayé de faire au juge Kavanaugh." Quelques semaines plus tôt, ce juge avait été la cible d'un malade mental, qui avait été arrêté avec des armes près de sa maison. »

    Le changement climatique sous silence

    Inquiète pour ses audiences, la télévision qui employait Chris Gloninger ne l'a pas soutenu. Et comme elle lui demandait d'arrêter de parler du changement climatique, le météorologue a démissionné.

    Dans les pays où l'extrême droite et le déni climatique ont atteint les plus hautes sphères de l'État – comme aux États-Unis, en Italie ou hier en Hongrie –, les propagateurs de haine se sentent pousser des ailes et cela a des effets concrets sur les médias, alerte-t-il : « Le Washington Post a renvoyé une bonne partie de son équipe climat. CBS a fermé son service climat. Même chose pour NPR. C'est la radio publique nationale ici aux États-Unis ! »

    En Espagne, le gouvernement a transmis les études sur la hausse de ces discours de haine au parquet. Tandis qu'au Royaume-Uni, les météorologues s'appuient désormais sur des chercheurs en communication et en psychologie pour adapter les messages d'urgence, afin qu'ils soient mieux suivis par les citoyens.

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  • RSF contourne la censure avec «sa bibliothèque non censurée» accessible sur le jeu vidéo Minecraft
    2026/06/13
    En 2020, Reporters sans frontières (RSF), ONG dévouée à la liberté de l'information et à la sécurité des journalistes dans le monde entier, a décidé de braver la censure de la presse d'une manière inédite : sur un jeu vidéo. RSF a créé sur le jeu vidéo le plus vendu au monde, Minecraft, son propre univers : The Uncensored Library, « La bibliothèque non censurée » en français. Un lieu virtuel, où les articles, interviews, enquêtes, reportages censurés dans des pays où le droit de presse est au plus bas, sont en accès libre. Et ce, pour n'importe qui, et surtout, de n'importe où, même dans ces régions dangereuses pour les journalistes. On débarque sur une île isolée en mer où trône un bâtiment impressionnant. Il ressemble au Grand Palais à Paris. Ou au Bundestag, le Parlement allemand. Des colonnes, des balcons, un énorme dôme. Tout autour, des jardins avec des fontaines dans les allées. Et devant l'entrée principale, une gigantesque statue. Maren Pfalzgraf est responsable Amérique de Reporters sans frontières : « C'est un poing fermé qui tient un stylo. Ça représente le journalisme indépendant, la liberté de la presse. » « Au milieu, il y a la statue de la Liberté qui pleure » Puis on entre dans la rotonde. Au sol, la carte de la terre avec ce dicton : « Truth finds a way », « La vérité finit toujours par triompher » en français. Au plafond, la coupole en verre illumine des drapeaux du monde entier. Le bâtiment est composé d'une douzaine d'autres salles. Chacune est dédiée à un pays où le droit de la presse est au plus bas : Biélorussie, Égypte, Vietnam… Mais en mars dernier, une salle particulière a ouvert, celle des États-Unis. « Au milieu, il y a la statue de la Liberté qui pleure, elle se noie dans cette piscine de larmes qui s'est formée autour d'elle », décrit Maren Pfalzgraf. Alors pourquoi les États-Unis ? C'est pourtant un pays démocratique. Le droit de la presse devrait y être respecté. Selon Maren Pfalzgraf de Reporters sans frontières, la situation a bien changé. « Ça peut surprendre que les États-Unis figurent à côté de l'Érythrée, de l'Iran, ou de l'Arabie saoudite. C'est le but. On ne dit pas que la situation est similaire à ces pays. Mais la censure aux États-Unis n'est pas directe. C'est plus subtil, ces méthodes du gouvernement, pour attaquer la liberté de l'information. » Car depuis le retour de Donald Trump au pouvoir début 2025, les pressions sur les journalistes aux États-Unis s'accumulent. Pendant les manifestations contre la police de l'immigration ICE en début d'année, des journalistes ont été agressés, puis arrêtés et détenus. Ce n'est pas le seul exemple. « Les domiciles de journalistes du Washington Post ont été perquisitionnés. Trump poursuit en justice les médias pour les intimider à la suite de leurs enquêtes sur lui et son entourage. Le gouvernement restreint l'accès à l'information d'intérêt public, supprime des sites de l'État, choisit quels médias peuvent assister aux conférences de presse. La situation empire vraiment. » À lire aussiLiberté de la presse: sur le continent américain, des conditions de travail de plus en plus dégradées Plus d'un million d'utilisateurs depuis son ouverture en 2020 Il était donc nécessaire pour RSF de faire des États-Unis un pays à surveiller depuis cette bibliothèque. Parmi les ouvrages consultables dans cette salle du bâtiment virtuel, il y en a un qui sort du lot, raconte Maren Pfalzgraf. « C'est le premier dessin de presse dans la librairie. Il a été fait par Ann Telnaes. Elle était caricaturiste au Washington Post. Le dessin illustre le patron du journal, le milliardaire Jeff Bezos, agenouillé devant Donald Trump. On a décidé de le représenter parce que le Washington Post avait refusé d'imprimer le dessin dans ses colonnes. » Refuser d'imprimer, par crainte de froisser le propriétaire. La dessinatrice avait alors décidé de quitter la rédaction. D'autres textes, photos, journalistes seront ajoutés à l'avenir dans cette bibliothèque. Depuis son ouverture en 2020, elle a été visitée par plus d'un million d'utilisateurs et ses ouvrages ont été consultés plus de 10 millions de fois. À lire aussiUne dessinatrice du «Washington Post» démissionne après le rejet d'une caricature de Jeff Bezos
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  • Turquie: le journaliste d'investigation Ismail Ari en procès pour «diffusion d'informations trompeuses»
    2026/06/06

    Les défenseurs de la liberté de la presse réclament sa libération immédiate. Le journaliste turc Ismail Ari, en détention provisoire, est jugé depuis vendredi 5 juin devant un tribunal pénal à Ankara. Ses enquêtes au sein du média d'opposition BirGün ont mis sous le feu des projecteurs des irrégularités dans les affaires de la famille Erdogan. Ismail Ari est jugé pour « diffusion d'informations trompeuses », un chef d'accusation pour lequel il risque plus de 8 ans de prison. RFI s'est entretenu avec l'un de ses soutiens, le représentant en Turquie de Reporters sans frontières (RSF).

    Le 16 janvier dernier, la chronique d’Ismail Ari sur la chaîne d’opposition BirGün TV était peut-être celle de trop. Le journaliste y évoquait le rôle trouble du fils du président Recep Tayyip Erdogan dans diverses fondations. Deux mois plus tard, la police l’interpellait à Turhal, dans le nord du pays. Depuis, il est détenu dans la prison de Sincan, à Ankara. Son procès s’est ouvert ce vendredi.

    « En tant que journaliste, vous êtes seul à prendre le risque pour faire vivre le journalisme indépendant. Vous prenez tous les risques du monde », rappelle Erol Önderoğlu, représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie.

    « Il a mis en cause la famille du président Erdogan. Son fils, sa fille, son gendre faisaient partie des dirigeants d'une vingtaine de fondations caritatives. » Ismail Ari dénonçait la corruption liée à ces fondations : fausses factures, détournement de fonds publics, abus de biens sociaux. Elles bénéficiaient également d’exonérations fiscales et occupaient des bâtiments publics.

    « Selon Ismail Ari, ces fondations alimentent les réseaux politiques de l’AKP, qui est le parti au pouvoir d’Erdogan ; des fondations opaques qui représentent un budget très important. Il se demandait si elles nourrissaient des réseaux clientélistes. Il dénonçait cette opacité », explique encore Erol Önderoğlu.

    Une accusation vague

    Sur Ismail Ari pèse notamment l’accusation de « diffusion publique d’informations trompeuses », une incrimination à la formulation très imprécise. Un amendement de 2022 a introduit cette infraction dans le code pénal turc. Des poursuites contre les journalistes existaient déjà, rappelle Önderoğlu, lui-même emprisonné il y a dix ans, mais ce changement marque un tournant.

    « Parmi les paramètres, il y avait l’obligation selon laquelle le contenu devait provoquer une certaine instabilité dans la société, un trouble à l’ordre social. Mais à partir d’octobre 2022, date à laquelle l’amendement a eu lieu, des dizaines de journalistes, d’abord des journalistes locaux, ont été mis en accusation, inculpés. Certains ont été interpellés et incarcérés pour des durées brèves. Ces deux dernières années, on assiste à une période où les plus grands journalistes d’investigation sont inquiétés sur la base de cette accusation », souligne-t-il.

    Les charges retenues contre Ismail Ari pourraient lui valoir jusqu’à huit ans et trois mois d’emprisonnement. La Turquie a dégringolé dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse et se situe à la 163e place sur 180 en 2026.

    À lire aussiTurquie: début du procès du journaliste Alican Uludag de la Deutsche Welle

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  • À Gaza, des journalistes emprisonnés et torturés par Israël
    2026/05/30

    Les mauvais traitements infligés la semaine dernière par les forces israéliennes aux membres d'une flottille apportant de l'aide humanitaire à Gaza avaient suscité de vives réactions internationales. En France, le ministre des Affaires étrangères a annoncé, hier, avoir saisi la justice à ce sujet. Organisations de défense des droits de l'homme et Nations unies ont aussi documenté les exactions - détentions arbitraires, actes de torture - subis par les détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. Y compris des journalistes. Et pour l'organisation Reporters sans frontières, leur métier les a même encore plus exposés aux abus.

    Diaa al-Kahlout était le directeur de l'antenne gazaouie d'un journal panarabe qatarien: Al-Araby al-Jadeed. En décembre 2023, il est arrêté par l'armée israélienne à Beit Lahia, dans le nord de l'enclave palestinienne.« Lorsqu’ils m’ont arrêté, j’ai indiqué tout de suite que j'étais journaliste, je leur ai donné ma carte de presse palestinienne, le soldat l’a cassée et ils ont ri de moi. Après cinq minutes de protestations de ma part ils m’ont collé un scotch sur la bouche pour me faire taire ».

    « un enfer sans nom »

    En droit international, les journalistes doivent faire l'objet d'une protection particulière. Reporters sans frontières a enquêté sur les arrestations à Gaza de cinq d'entre eux. Tous ont signifié aux forces israéliennes leur profession... sans que cela ne leur apporte aucune protection, indique Jonathan Dagher. Il est le responsable du bureau Moyen-Orient de l'organisation. « On voit que cette information n'a pas du tout mené à leur libération. Au contraire, parfois, les mauvais traitements voire les actes de torture se sont aggravés à la suite ».

    Diaa al-Kahlout a passé 33 jours dans les prisons israéliennes. Parmi les cas documentés par Reporters sans frontières, d'autres ont été détenus pendant un an et demi, voire près de deux ans. Tous, comme Diaa al-Kahlout, ont été victimes d'actes inhumains répétés. « J’ai subi des traitements dégradants, des traitements qui touchent à la dignité humaine. J’ai été torturé quotidiennement, on l'a tous été. On nous faisait assoir toute la journée. On ne dormait que 3h30 à peu près, et ce n'était pas un sommeil naturel, on ne dormait pas dans un lit mais sur le bêton… On nous bandait les yeux toute la journée, on nous attachait les mains dans le dos avec des menottes en métal. C'était un enfer sans nom », raconte-t-il.

    « Le journalisme subit une attaque sans précédent »

    Ces traitements ne sont pas spécifiques aux journalistes. Mais les professionnels de l'information ont aussi été soumis à des interrogatoires « extrêmement violents », selon RSF. Des conditions de détention sur lesquelles Israël a mis ce que l'organisation appelle « un vernis légal ». « Je pense notamment à cette loi sur les combattants illégaux qui a été révisée après le 7 octobre 2023 et qui s'applique à tous ceux qui ont été capturés et détenus à Gaza. C'est-à-dire les civils, les combattants parfois et les journalistes. Donc il y a des bases légales mais au final, elles vont à l'encontre du droit international, de toutes les provisions qui doivent protéger les journalistes », explique Jonathan Dagher.

    Après leur libération, aucun des cinq journalistes cités par Reporters sans frontières n'a été en capacité de reprendre son travail. Séquelles physiques, psychologiques, matériel détruit, intimidation avant leur sortie de prison. À Gaza, où au moins 220 journalistes ont aussi été tués depuis le 7 octobre 2023 selon RSF, « le journalisme subit une attaque sans précédent » juge Jonathan Dagher.

    À lire aussiUn nombre record de 129 journalistes tués en 2025 dans le monde, dont deux tiers par Israël, selon le CPJ

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  • En Zambie, avant la présidentielle, les nouvelles lois sur le numérique inquiètent les médias
    2026/05/23

    En Zambie, de nouvelles lois sur la cybersécurité et la cybercriminalité inquiètent journalistes et défenseurs des droits humains. Adoptés en avril 2026 par le Parlement puis promulgués dans la foulée par le président Hakainde Hichilema, ces textes sont officiellement destinés à lutter contre les abus en ligne et les fraudes numériques. Mais à moins de trois mois de la présidentielle du 13 août 2026, plusieurs médias indépendants dénoncent des lois aux contours flous, susceptibles selon eux de faire taire les voix critiques et d’encourager l’autocensure.

    En Zambie, un virage législatif surprend de nombreux journalistes, à l’image de Joseph Mwenda, rédacteur en chef du journal indépendant News Diggers. Le président Hakainde Hichilema avait pourtant supprimé le délit de diffamation du chef de l’État, une mesure longtemps utilisée pour museler les voix critiques. Mais selon Joseph Mwenda, ces restrictions refont surface aujourd’hui, sous une autre forme, à travers les nouvelles lois sur la cybercriminalité.

    « Qu’ont-ils fait ? Ils ont introduit la loi sur la cybersécurité, et cela crée à nouveau des problèmes. C’est une loi compliquée, qui rend notre travail très difficile, parce qu’elle donne à la police et aux forces de l’ordre le pouvoir d’effectuer des perquisitions à leur propre discrétion, y compris de venir chez vous pour fouiller, dès lors qu’ils estiment que vous pourriez détenir des informations liées à la sécurité nationale. Et parfois, même certaines critiques peuvent être interprétées comme des infractions en ligne », explique-t-il.

    Officiellement, le gouvernement zambien affirme vouloir lutter contre les fraudes en ligne, les faux comptes ou encore le harcèlement numérique. Mais pour plusieurs défenseurs des médias, certaines dispositions de ces lois restent trop vagues. C’est le cas d’Austin Kayanda, directeur du Media Institute of Southern Africa en Zambie. « Quand on regarde ces nouvelles lois sur la cybersécurité, il existe même une disposition qui prévoit jusqu’à 25 ans de prison pour quelqu’un qui détient "trop d’informations". Mais que signifie exactement détenir "trop d’informations" ? Ce n’est pas défini. Au fond, n’importe qui peut devenir une cible », souligne-t-il.

    Ces formulations floues poussent déjà certains journalistes à éviter les sujets sensibles. Charles Mafa, fondateur de Makanday, un centre de journalisme d’investigation indépendant en Zambie, en fait le constat. « Il y a désormais beaucoup de prudence lorsqu’il s’agit de choisir les sujets sur lesquels les journalistes peuvent travailler. Nous voyons des journalistes éviter les sujets politiques, éviter de parler des élections. Et cela a un impact, parce qu’ils ne se sentent plus libres de traiter certains sujets d’intérêt public », affirme-t-il.

    Cette peur ne se limite plus aux seules rédactions. « Même des citoyens ordinaires hésitent désormais à commenter des sujets politiques en ligne. On voit des messages du type : "Je n’ai pas d’avocat." ou encore "Mon avocat est occupé, je vais finir derrière les barreaux" », ajoute Charles Mafa.

    Le gouvernement zambien, quant à lui, assure que ces lois sont nécessaires pour sécuriser l’espace numérique. Mais dans un pays où une grande partie du journalisme indépendant se fait désormais en ligne, plusieurs rédactions redoutent d’être directement visées par ces nouvelles dispositions.

    À lire aussiBénin: le licenciement de 169 personnes dans l'audiovisuel public crée la polémique

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  • L'intelligence artificielle, nouvelle menace pour l'économie des médias
    2026/05/16

    Licenciements de secrétaires de rédaction remplacés par des agents IA en France, hécatombe de journaux régionaux aux États-Unis, recettes publicitaires à la peine pour la plupart des publications, les temps économiques sont durs pour les médias. En cause, une évolution des habitudes et des attentes des consommateurs, des modèles obsolètes mais surtout une nouvelle révolution numérique, l'intelligence artificielle.

    L'Intelligence artificielle est en train de modifier en profondeur à la fois la manière de faire les produits journalistiques mais aussi de les commercialiser. Dans le modèle économique actuel, une partie grandissante des revenus des médias se fait via ses audiences numériques, à travers les moteurs de recherche des grandes plateformes. Beaucoup de journaux notamment ont eu des difficultés pour se faire payer au juste prix les contenus dont profitent Google et autre Facebook pour générer du trafic et donc des recettes publicitaires.

    Or le paradigme est déjà en train de changer : là où les médias s’adressaient auparavant à des moteurs de recherche, ils doivent désormais faire face à des moteurs de réponses, les fameux chat IA, et cela change tout, explique dans un article de The Conversation, Henri Isaac, maître de conférences en sciences de gestion à l'université Paris-Dauphine et membre du think tank « Renaissance Numérique ». Selon lui, les médias doivent « repenser entièrement leur modèle d'affaires sous peine de disparition » car les outils conversationnels générés par IA aspirent les contenus créés par les médias et les résument, limitant d'autant la génération de trafic sur les sites d'entreprises de presse notamment. Une logique du « zéro clic » qui inquiète beaucoup les médias.

    Des solutions existent, mais restent hypothétiques

    Face à ce danger déjà menaçant, plusieurs options s'offrent aujourd'hui : négocier le paiement de droits en s'appuyant sur de nouvelles législations. En France, par exemple, une proposition de loi instaurant une présomption d'utilisation des contenus est dans les tuyaux. Objectif à terme : forcer les géants de l'IA à payer des droits d'auteur en amont pour utiliser les contenus d'artistes ou de médias.

    Mais ces accords de licence risquent de ne pas compenser les baisses de revenus publicitaires. La tentation de certains médias d'utiliser l'intelligence artificielle pour réduire leurs coûts est également risquée selon Henri Isaac, car cela réduit la plus-value de l'offre.

    L'exemple du New York Times

    Le chercheur propose plutôt de s'inspirer de ce que fait le New York Times, qui commercialise des offres couplées : journal, guide de cuisine, d’achat, jeux, podcasts, le tout personnalisé au maximum. Et cela fonctionne, la société a dépassé les 13 millions d’abonnés et son bénéfice par action s’est envolé de 30 % au 1er trimestre 2026. Sauf que tout le monde ne dispose pas de la même image de marque.

    Pour les médias moins identifiés, notamment la presse quotidienne régionale, jouer davantage collectif serait sans doute payant en s'appuyant par exemple sur leurs fonds d'archives, inaccessibles à l'IA. Car l’isolement relatif des médias les place depuis des années en position de faiblesse quand il s’agit de négocier avec les Gafam et les évolutions législatives arrivent parfois trop tard pour sauver les entreprises les plus fragiles.

    À lire aussiDéveloppement de l'IA dans les entreprises: une menace pour l'emploi des femmes?

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  • «Objection», un tribunal IA des médias et un danger pour le journalisme d'investigation
    2026/05/09

    Aux États-Unis, il existe désormais une start-up qui propose aux citoyens de contester des articles de presse qu'ils estiment faux, ou diffamatoires. Pas de tribunal ni d'avocat : le seul juge est l'Intelligence artificielle, qui statue à partir de ses recherches sur le web sur la fiabilité d’une information journalistique. Derrière des airs de « fact-checking », elle est une arme dangereuse contre le journalisme d'investigation.

    « Des journalistes qui ruinent votre réputation...? Pour riposter... voici Objection ». Cette vidéo a des airs de bande annonce de blockbuster américain, mais elle présente la nouvelle start-up américaine de Aron D'Souza : Objection. Une plateforme en ligne qui permet aux individus de contester des affirmations dans les médias via un « tribunal IA ». En clair, des enquêteurs vont faire des recherches puis les fournir à une intelligence artificielle qui devra déterminer qui, du journaliste ou de la personne qui l'attaque, dit vrai.

    Une IA donc, présentée comme capable d’évaluer la fiabilité d’une information. Pour Lucas Segal, avocat en droit du numérique, ce système n'a aucune valeur juridique ou officielle : « Cet outil n'a aucune autorité judiciaire, c'est un outil lancé par un organisme privé. C'est la Constitution des États-Unis qui organise le pouvoir judiciaire et c'est elle qui désigne quelles sont les autorités qui peuvent dire le droit.

    C'est susceptible d'être dangereux à partir du moment où ça va prendre de la légitimité. Si demain, les citoyens commencent à avoir plus de (foi) dans cet outil-là et dans son score d'honorabilité... que dans une éventuelle décision de justice, ... ça peut devenir dangereux, parce que ça va pouvoir décrédibiliser les médias... »

    Son fondateur veut remplacer la justice et les avocats, bien plus chers que les services d'Objection, qui demandent 2 000 dollars, soit environ 1700 euros, pour évaluer la fiabilité d’une information... Pas besoin d'être l'individu concerné dans l'article pour saisir cette justice alternative.

    Les médias dans le collimateur

    Son fondateur, un entrepreneur et juriste américain, est proche des cercles de la tech conservatrice américaine et il profite du financement du millardaire américain Peter Thiel, connu pour son hostilité à l'égard des médias traditionnels. Les médias sont d'ailleurs la principale cible de la start up, surtout lorsqu'ils critiquent les grands groupes de la Sillicon Valley, et les puissants.

    Nicholas Dawes, chroniqueur et consultant en médias aux États-Unis, s'inquiète de cette menace pour le journalisme d'investigation. « Nous sommes dans une situation où il est très facile de s'en prendre à un journaliste ou à un média si l'on n'apprécie pas ce qu'ils ont écrit à propos de soi ou de son entreprise. Et je pense que ce qu''Objection IA' tente de faire, c'est de mettre en place une structure officielle pour permettre cela. S'ils y parviennent – et c'est là toute la question –, cela pourrait encourager davantage les attaques de mauvaise foi contre le journalisme de qualité. En tant que journalistes, nous devons refuser de coopérer, et ne leur accorder absolument aucune crédibilité. »

    La start-up se dit tribunal, elle en utilise les méthodes et le vocabulaire : numéros de dossiers, preuves et jugement. Sauf que ce « tribunal de la vérité » se moque de la loi, de la déontologie. Et considère qu'un article sans source clairement indentifiable est un article qui ment... C'est pourtant grâce à des sources anonymes et protégées que certains des plus gros scandales ont vu le jour.

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  • Sierra Leone: le combat d’une journaliste contre le harcèlement
    2026/05/02

    Licenciée, menacée, contrainte à l’exil. En Sierra Leone, le combat d’Umu Thoronka connaît aujourd’hui un nouveau tournant. Cette journaliste, spécialisée dans les questions de santé et de genre, avait été renvoyée en juillet 2024 de la télévision publique, la Sierra Leone Broadcasting Corporation, ou SLBC, après avoir diffusé une vidéo jugée critique du pouvoir. En mars dernier, la Commission indépendante des médias a reconnu le caractère abusif de son licenciement. Elle espère désormais que la Cour de justice de la Cédéao fera de même. Avec un enjeu : briser l’impunité et protéger les femmes journalistes.

    C’est par téléphone, sans la moindre notification écrite, qu’Umu Thoronka apprend son licenciement. Un comble pour la pigiste, qui dénonce des années de harcèlement au sein de la SLBC. « Le directeur général de l’époque, qui était aussi notre représentant légal, m’avait assuré qu’il plaiderait en ma faveur pour que j’obtienne un contrat permanent. J’y ai cru de bonne foi. Il m’a même invitée à Freetown pour rencontrer le directeur des ressources humaines, mais après m’avoir fait attendre toute la journée, il m’a proposé d’aller à l’hôtel et de revenir le lendemain. Il a commencé à me faire des avances sexuelles. J’ai refusé et, à cause de cela, j’ai été privée de nombreuses opportunités ».

    Pendant dix ans, Umu Thoronka reste pigiste, sans contrat permanent. Ses avocats pointent un système qui l’a laissée sans protection. Parmi eux, Ikechukwu Uzoma, de l’organisation Robert and Ethel Kennedy Human Rights Center. « Elle a été licenciée par un simple appel téléphonique, parce qu’elle ne bénéficiait pas des protections d’un salarié à temps plein. Or, après plus de dix ans dans l’institution, elle était toujours maintenue dans un statut précaire de pigiste. C’est cette précarité qui a permis ces abus : pendant des années, elle a été écartée des promotions et d’un contrat permanent. Il existe un lien direct entre cet environnement de harcèlement et d’intimidation, et son licenciement abusif ».

    Mettre fin à l'impunité

    Le licenciement intervient après la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux. Umu Thoronka y montre une femme publiquement humiliée lors d’un meeting présidentiel, après une question sur le coût de la vie. Dès le lendemain, elle reçoit des menaces pour retirer la vidéo. Des pressions qui illustrent un système de harcèlement plus large, explique Eastina Taylor, de l'ONG Women in the Media Sierra Leone. « Le harcèlement sexuel commence dès l’université et se poursuit dans les rédactions, mais aussi lors des interviews. Il arrive que quelqu’un vous regarde et vous dise : "J’aime votre robe, j’aime votre poitrine". Moi-même, en tant que journaliste, j’y ai été confrontée : certains refusent qu’un homme les interviewe et demandent spécifiquement que ce soit une femme ».

    Face à ces pratiques, Umu Thoronka veut aller au-delà de son cas personnel : mettre fin à l’impunité. « Si j’ai saisi la Cour de la Cédéao, ce n’est pas seulement pour obtenir réparation, mais pour mettre fin à l’impunité. Je veux que d’autres femmes puissent parler et faire valoir leurs droits ».

    La procédure est désormais entre les mains de la Cour de justice de la Cédéao, saisie en septembre 2025. Mais le gouvernement sierra-léonais n’a toujours pas répondu. Ses avocats viennent de déposer une requête pour contraindre l’État à réagir. Une affaire qui pourrait faire jurisprudence pour la protection des femmes journalistes dans la région.

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