エピソード

  • Milices numériques anti-journalistes au Burkina Faso
    2026/09/12

    Menaces sur l’information s’intéresse aujourd’hui au harcèlement des journalistes dans l’Alliance des États du Sahel (AES). Au Burkina Faso et au Mali, des réseaux de soutien à la junte utilisent les réseaux sociaux pour désigner des journalistes comme des ennemis. En mai 2026, Reporters sans frontières (RSF) a enquêté sur l’un de ces réseaux au Burkina Faso. Derrière les vidéos de propagande et les campagnes de harcèlement, certains journalistes ont été envoyés de force sur le front, voire emprisonnés. Amadou Diorouga Balde, pour RFI.

    Quarante ans de carrière, Issaka Lingani est directeur de publication de l’hebdomadaire L’Opinion, au Burkina Faso. À Ouagadougou, cet éditorialiste est connu pour son franc-parler contre le régime d’Ibrahim Traoré. Issaka est l’une des premières cibles du BIR-C : le Bataillon d’intervention rapide de la communication. Un réseau hybride, difficile à cerner, mais aux méthodes bien identifiées : propager, désigner des cibles, harceler.

    « Je recevais par jour une cinquantaine, une centaine d'appels, d'injures, de menaces et aussi des menaces physiques. Et on peut dire que ce sont véritablement des indicateurs, des indicateurs, des cibles de répression du pouvoir. Parce que moi, j'ai été par la suite réquisitionné pour aller servir au front à la suite d'une émission », raconte-t-il.

    L’émission s’appelle « Presse Échos » sur BF1 TV, c’est l’une des plus populaires au Burkina Faso. Et les menaces contre lui vont ensuite se traduire en actes : des ordres de réquisition. « La dernière excuse que j'ai eu à recevoir, c'était d'un individu et qui dit : "Bon, si j'étais Ibrahim Traoré, j'allais vous envoyer chercher tout de suite". La semaine qui suivait, j'ai été réquisitionné pour aller servir, tenez-vous bien, dans le village du président pour aider à la libération de la patrie », explique-t-il. Pour lui, le lien est direct.

    Issaka Lingani, lui, prend le chemin de l’exil. D’autres n’en ont pas eu la possibilité. Malgré une décision de justice déclarant ces réquisitions illégales, certains, comme Yacouba Ladji Bama, fondateur du média Bam Yinga, sont envoyés de force au front pendant plus de dix mois. Selon Reporters sans frontières, derrière ces réquisitions, le BIR-C joue un rôle central. Deux comptes Facebook se distinguent : Wangrin Zerbo, 59 000 abonnés, et Bationo de Kyon, plus de 223 000.

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    « C'est le cas d'Adama Siguiri aussi, qui se présente comme un écrivain, précise Arnaud Froger, responsable du pôle investigation de Reporters sans frontières, a mené l’enquête. Le ministre de la Défense fait partie également des membres actifs d'un point de vue coordination de cette milice numérique, qui opère à la fois sur le terrain de la désinformation et de la propagande, mais aussi sur le terrain du harcèlement numérique. »

    L’enquête remonte en effet jusqu’aux cercles du pouvoir. Après des raids numériques visant la journaliste de Sky News, Yousra Elbagir, le numéro du ministre de la Défense, Célestin Simporé, apparaît dans des conversations d’un groupe WhatsApp attribué au BIR-C par plusieurs sources. À ce stade, aucun élément ne permet toutefois d’établir un financement ou un soutien officiel de l’État à ce réseau.

    « Ce qui est certain, c'est qu'il y a non seulement un soutien explicite des autorités, mais il y a même une forme d'encouragement au développement de ce type d'activités », ajoute Arnaud Froger.

    Le gouvernement a, en revanche, salué le rôle du BIR-C après la publication de l’enquête de RSF. Et le phénomène dépasse désormais les frontières du Burkina Faso. Au Mali voisin, d’autres réseaux pro-junte participent à la même mécanique : faire taire par la pression, harceler pour faire taire.

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  • Une «guerre cognitive»: comment Moscou forme des journalistes étrangers pour exercer une influence durable
    2026/09/19

    Former des journalistes étrangers, leur apprendre à produire davantage de contenus grâce à l’intelligence artificielle et diffuser ainsi les récits du Kremlin jusque dans des pays où les médias russes sont sanctionnés... Selon un rapport de l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), Moscou construit un réseau mondial de professionnels des médias, notamment en Afrique et en Asie. Une stratégie d’influence pensée sur plusieurs générations, une stratégie connue sous le nom de « guerre cognitive ».

    Ils sont étudiants, journalistes, influenceurs sur les réseaux sociaux. Ils viennent d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine ou encore de l’ex-espace soviétique. Et ils sont de plus en plus nombreux à suivre les formations proposées par les médias d’État russes.

    SputnikPro, le projet d'éducation lancé par l'agence russe interdite de diffusion en Europe, se vante ainsi d'avoir formé plus de 15 000 journalistes depuis 2018. L'académie de Russia Today, autre média d'État russe sanctionné en Occident, affirme en avoir formé plus de 7 000 depuis son lancement en 2024.

    Pour Nataliya Bugayova, directrice du rapport et chercheuse à l’Institut américain pour l’étude de la guerre, ce réseau est désormais au cœur de la stratégie d’influence du Kremlin : « La Russie tente de constituer un réseau mondial de personnes qui diffuseront des messages en son nom, même lorsque les médias russes font l'objet de restrictions ou de sanctions. »

    L’objectif dépasse la simple désinformation, dit-elle, Moscou cherche à influencer la manière dont les publics analysent les événements et, à terme, leurs décisions. En Afrique et en Asie, ces formations servent notamment à discréditer l’Occident ou à imposer le récit russe sur la guerre en Ukraine.

    L’IA, nouvel outil d’influence

    Et depuis deux ans, un nouvel outil prend une place centrale : l’intelligence artificielle. Sur au moins 50 formations organisées entre 2025 et 2026, la moitié comprenait un module consacré à l’IA : création de contenu, gestion des réseaux sociaux, accélération des tâches éditoriales.

    « L’intégration de l’IA peut permettre à la Russie d’augmenter sa production de contenus et de diffuser les récits du Kremlin à une échelle bien plus vaste », explique Nataliya Bugayova.

    Former les jeunes pour durer

    Autre priorité : les jeunes. Rien qu’au premier semestre 2026, Sputnik Pro et l'Académie Russia Today ont organisé au moins 14 formations dans des universités étrangères, notamment en Chine, en Tanzanie, au Niger ou aux Philippines. Certains des meilleurs participants peuvent ensuite décrocher un emploi dans un média lié au Kremlin. « La guerre cognitive russe s’inscrit sur plusieurs générations. Certains récits officiels peuvent rester en sommeil pendant des années, puis être réactivés au moment opportun. »

    Une influence de long terme, donc, portée non plus seulement par des médias russes clairement identifiés, mais par des voix locales, formées par Moscou et beaucoup plus difficiles à repérer.

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  • Au Venezuela, le séisme a révélé une censure toujours bien présente
    2026/08/29

    Au Venezuela, le double séisme qui a gravement touché, le 24 juin dernier, plusieurs régions du centre et de l’ouest du pays, a fait au moins 6 509 morts, selon un nouveau bilan du gouvernement par intérim. Mais aussi des milliers de disparus et d’importants dégâts. Une catastrophe que les populations affrontent avec un accès toujours limité à une information libre et indépendante. Car malgré la disparition du président Nicolas Maduro, enlevé par les États-Unis le 3 janvier dernier, la censure n’a pas disparu. Les associations de journalistes dénoncent des années de contrôle de l’information et de répression du journalisme. Elles appellent les autorités à rétablir en urgence l’accès aux médias et aux outils d’information.

    « Je suis certaine que si le séisme avait eu lieu avant le 3 janvier, la limitation d’accès aux zones sinistrées aurait été pire que ce que nous avons connu. Le contraste était saisissant. Nous, les journalistes, avons pu y accéder... », explique Delvalle Canelón, secrétaire de l’Ordre des journalistes du Venezuela. Il le reconnaît : avant le 3 janvier 2026, date de l’enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis, jamais les journalistes n’auraient pu accéder aux zones sinistrées comme ils ont pu le faire après le séisme du 24 juin dernier.

    Mais cette ouverture nouvelle ne signifie pas la fin de la censure. La répression des journalistes et le contrôle de l’information, qui durent depuis de nombreuses années au Venezuela, n’ont pas disparu depuis que Delcy Rodríguez assure l’intérim du pouvoir. C’est ce qu’explique Alicia Quiñones, de PEN International, une organisation qui lutte pour la protection de la liberté d’expression dans le monde : « Même si on observe certains progrès, il y a toujours un dispositif mis en place contre la liberté d’expression, et qui s’inscrit dans un cadre juridique : c’est ce qui permet au gouvernement vénézuélien de restreindre et de criminaliser l’exercice de la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Ce système perdure et existe toujours ».

    Blocages des sites d'information

    Le séisme a exacerbé ces restrictions. Si Twitter a été partiellement débloqué, permettant aux journalistes et aux citoyens de s’informer rapidement après le séisme, au moins 65 sites d’information nationaux et internationaux restent bloqués dans le pays, explique Alicia Quiñones : « Nous avons recensé des blocages de sites d’information, de réseaux sociaux, d’applications de messagerie, des mesures de surveillance à l’encontre de personnes, des piratages, des logiciels malveillants, des attaques, des usurpations d’identité et des cas de "doxing" visant les voix critiques, y compris celles des journalistes. Lorsqu'il y a eu le tremblement de terre, les autorités vénézuéliennes ont fait ce qu’elles savent si bien faire : contrôler l’information. Bloquer les sites d’information. Et ces blocages ne portent pas seulement atteinte à la liberté d’expression – ce qui est une atteinte aux journalistes –, mais aussi au droit à l’information. Dans un contexte comme celui d’un tremblement de terre, cela peut s’avérer catastrophique, l'information peut réellement sauver des vies. C'est essentiel pour les citoyens d’avoir accès à l’information ».

    L’association Reporters sans frontières appelle les autorités à tout mettre en œuvre pour rétablir en urgence l’accès aux médias et aux outils d’information. Mais l’accès au pays reste lui aussi limité pour la presse internationale. Si beaucoup de journalistes étrangers ont finalement pu entrer au Venezuela après le séisme, RSF assure que l’incertitude demeure sur l’obtention des visas, des accréditations, des autorisations de déplacement et l’accès aux zones sinistrées.

    À lire aussiVenezuela: un mois après les séismes, le pays tente de se relever

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  • RSF appelle à passer à l'action pour protéger le journalisme environnemental
    2026/08/22

    Menaces sur l'information, le rendez-vous du samedi consacré à la liberté de la presse. Aujourd'hui, on s'intéresse au journalisme environnemental. Reporters sans frontières (RSF) a récemment formulé dix recommandations pour « renforcer la protection d'un journalisme fiable et indépendant sur les enjeux environnementaux ». L'ONG internationale appelle la France et tous les États à mettre en œuvre des politiques publiques concrètes pour protéger les journalistes spécialistes de l'environnement et du climat. Pourquoi ? Parce qu'ils sont de plus en plus soumis à des pressions aux formes variées.

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  • Les influenceurs menacent-ils la profession de journaliste?
    2026/08/15

    Projections cinéma réservées, priorité sur des interviews d’artistes, lives et likes en pagaille… Les influenceurs sont-ils en passe de remplacer les journalistes culturels ? Les ignorer s’avère désormais difficile quand il s’agit de faire la promotion d’un artiste, d’un festival ou d’un livre… Mais leur intervention a un coût, financier et éthique.

    Les Eurockéennes de Belfort, dans l’est de la France, ont décidé il y a deux ans de recourir à une agence d’influenceurs lifestyle : pour 6 000 euros, une dizaine d’entre eux parlent des à-côtés du festival : le camping, l’ambiance, l’offre en nourriture, etc. « On a un festival qui est généraliste et l’un des défis c’est de renouveler les générations, notamment les plus jeunes. On n'y arrive pas avec les médias traditionnels », explique Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes. Et les retombées sont perceptibles. « Entre vues et partages, on a fait un vrai bond depuis deux ans sur les réseaux sociaux. » Les interviews d’artistes et les critiques des concerts sont en revanche réservées aux journalistes.

    Plus à l’ouest, les Transmusicales refusent cette cohabitation. Elles n’octroient qu’aux professionnels des médias le droit de couvrir l’ensemble du festival breton. Les influenceurs restent à la porte. « Un influenceur, je ne sais pas à quoi ça sert, ça ne me touche pas. On n’en a pas besoin. On a un public fidèle. Les gens viennent pour voir des groupes pas connus, on est déjà complets », dit Jean-Louis Brossard, le directeur.

    L’influence gagne aussi le monde de la culture

    Mais quand il y a un produit culturel à vendre, tous les canaux sont bons. « Ça nous est arrivé d’avoir un reportage d’une heure avec contribution de notre part. Pas plus choquant qu’une pub », raconte Laure Leroy, directrice des éditions Zulma. En plus des libraires et des journalistes spécialisés, cette maison d’édition envoie donc désormais ses nouveautés à des influenceurs sélectionnés. C’est le cas du dernier livre de Jean-Marie Blas de Roblès, Cipango, à paraître le 20 août. « Super effet auprès des influenceurs, on a besoin de tout ça à la fois pour vendre un livre. »

    Mais les profils et les méthodes des influenceurs varient. Le bureau technologies et journalisme de Reporters sans frontières (RSF) reste vigilant sur ces questions.« Il y a un problème d’opacité. Mutation profonde sur la manière dont on s’informe, dont on consomme l’info et dont l’info va être produite. Il faut se poser la question de la façon dont ces gens travaillent », indique Vincent Berthier, son responsable.

    Certains créateurs de contenu sont néanmoins experts dans leurs domaines, à tel point que les journalistes copient de plus en plus leurs recettes à succès pour générer des clics et des likes sur les réseaux sociaux.

    À écouter aussiLes influenceurs ont-ils trop de pouvoir ?

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  • Au Pérou, les journalistes en zone rurale menacés par les narcotrafiquants
    2026/08/08

    Au Pérou, les journalistes sont de plus en plus empêchés de faire leur métier, dans un contexte de recul démocratique. À l'hostilité du gouvernement envers les médias s'ajoutent l'affaiblissement des institutions et la persécution des journalistes par des groupes criminels. Selon Reporters sans frontières, avec quatre assassinats, 2025 a été l'année la plus meurtrière pour la presse péruvienne depuis les années 1980, lorsque Lima était en guerre contre les rebelles du Sentier lumineux.

    Souvent, les journalistes sont menacés ou tués en raison de leurs enquêtes sur l'utilisation des fonds publics, les attaques à l'environnement ou encore le narcotrafic. Geraldine Santos est journaliste d'investigation indépendante, elle couvre les sujets liés à l'Amazonie, aux populations autochtones de la région, et aux droits humains et, à 30 ans, elle a déjà été menacée pour ses enquêtes.

    Geraldine vit aux portes de l'Amazonie péruvienne, dans la région andine de Huanuco, qu'elle connaît par cœur. L'an dernier, le Global Investigative Journalism Network lui a remis un prix pour son enquête collaborative avec le média Mongabay sur les pistes d’atterrissage illégales en forêt amazonienne, qui servent au trafic de drogue et menacent les communautés autochtones, comme celle de Kakataibo.

    « Cette communauté autochtone est envahie par des trafiquants de drogue et abritait une piste d'atterrissage clandestine. Quand nous avons essayé de nous approcher, les narcotrafiquants se sont mis à nous poursuivre. Nous avons pu quitter les lieux, mais ils nous ont appelés pour nous dire qu’ils savaient où nous étions. Ils ont dit : "Nous savons que la journaliste Géraldine Santos est ici. Alors, si vous venez, nous vous attendrons, armés." Ils veulent nous dissuader de faire nos enquêtes. »

    En 2025, plus de 458 attaques contre la presse au Pérou

    Si elle reçoit moins de menaces ces derniers temps, Geraldine sait que sa présence dans la région dérange. « Je représente une menace constante pour eux, en vivant sur ce territoire. C'est peut-être ça qui les préoccupe particulièrement. » Elle vient tout juste de revenir à Huanuco, sa ville natale. Elle était partie un temps à Lima pour sa sécurité pendant la durée de l'enquête. Elle a appris à prendre certaines précautions. « Je suis prudente, je fais attention aux endroits où je me rends, je ne vais pas trop dans les lieux publics. J'essaie de pas être seule chez moi. Mais il ne s'agit pas seulement de moi : au Pérou, on s'en prend à la vie des journalistes, et principalement à ceux qui travaillent dans les zones rurales. »

    Geraldine a justement créé un compte Instagram, « Lengua de perro » (« Langue de chien » en français), où elle raconte son travail. « Ça permet de mieux mettre en lumière le travail et les risques auxquels sont exposés les journalistes, mais aussi les communautés autochtones. Les communautés jouent un rôle important, tout comme les dirigeants autochtones, dans la diffusion de ces sujets, car ils vivent dans des territoires extrêmement vulnérables, tout comme nous, journalistes de région, et ils ont le courage de s’exprimer, de parler, de dénoncer et d’incarner ces reportages. Nous sommes donc exposés au même danger, à une échelle différente, certes, car les dirigeants restent au sein des communautés rurales

    En 2025, plus de 458 attaques contre la presse ont été recensées par l'association nationale de journalistes du Pérou. Les quatre journalistes assassinés cette année-là travaillaient dans des petites villes ou des agglomérations en dehors de la capitale. L'un vivait très proche de chez Geraldine, un autre, Mixar Castillejos, s'est fait tirer dessus devant la porte de sa maison. C'était son camarade de classe à l'université.

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  • En France, un journal local massivement acheté par des élus pour étouffer une affaire de viol
    2026/08/01

    En France, L'Essor Savoyard a été victime d'une manœuvre rare. Le journal hebdomadaire d'Annecy, une ville de 128 000 habitants à l'Est de la France, a vu bondir ses ventes de 50% le 4 juin dernier. Un succès loin d'être anodin : la Une du journal relatait une enquête sur les accusations de viols qui concernent le premier adjoint au maire, fraichement élu. Ce jour-là, on comptabilise des achats massifs par dizaines, voire centaines d'exemplaires. Après quelques semaines d'enquête, le journal découvre que des proches de la mairie sont impliqués dans ces achats massifs. Pour Reporter sans frontières, cette situation représente un danger pour la liberté d'informer.

    Tout commence le 4 juin dernier. L'Essor Savoyard titre en Une : « Annecy. Le maire secoué par une affaire de viol. » Le journal relate le témoignage d'un homme accusant le premier adjoint au maire. « On avait un repas d'équipe le 4 juin, en présence du rédacteur en chef, raconte Maxime Petit, chef d'édition adjoint à l'Essor Savoyard. Il a reçu un coup de fil et s'est absenté quelques minutes. Et à son retour, il nous a dit : "Il y a des achats anormaux". Et donc à la mi-journée, le 4 juin, on avait déjà deux tiers des points de vente qui étaient en rupture de stock. »

    C'est inédit pour le journal. En tout, ce sont plus de 3 000 exemplaires vendus au lieu des 2 000 habituels. Dans un point de vente, un duo s'est procuré 170 journaux d'un coup. Dans d'autres, ce sont des dizaines de canards qui partent. « C'est pour l'exposé de ma fille », dit un client. « Je suis salarié du journal », assure l'autre. Face à ces irrégularités, la rédaction a mené une enquête minutieuse, digne d'un polar. Porte à porte chez les buralistes d'Annecy. Visionnage de vidéosurveillance. Après plusieurs semaines d'enquête, les révélations tombent.

    « Il y a au moins trois personnes ayant un lien avec la mairie d'Annecy qui ont acheté ou tenté d'acheter des journaux, l'Essor Savoyard, massivement le 4 juin. Deux de ces personnes sont des membres du cabinet et la troisième, c'est une élue de la ville », précise Maxime Petit.

    Acheter des journaux en masse

    Une source au sein de la majorité municipale a bien confirmé au journal que dans un moment de panique, une sorte de mot d'ordre avait été passé : acheter des journaux en masse. Mais de son côté, le maire fraîchement élu, Antoine Armand, assure au journal n'avoir donné aucune consigne ni être au courant d'une tentative d'étouffement.

    « Cette opération vient vraiment casser la chaîne de l'information, explique Haïfa Mzalouat, journaliste chez Reporters sans frontières. Elle a mené l'enquête avec L'Essor Savoyard pour comprendre ce qui s'était passé. « Mais ce qui est sûr, c'est que cette affaire, elle témoigne de quelque chose, poursuit-elle. C'est qu'en fait on touche à quelque chose de précieux. L'affaire de viol présumé que relatait L'Essor Savoyard dans cette édition du 4 juin. Elle était déjà sortie dans un autre média. Et pourtant, c'est L'Essor Savoyard qu'on a essayé de faire taire. Donc c'est d'autant plus intéressant, car ça en dit long sur l'importance qu'ont ces journaux pour la population et pour la clientèle. »

    Et c'est justement parce qu'elle est essentielle que la presse papier de proximité mérite une attention particulière. Selon l'ONG, dans un récent rapport, RSF pointe le modèle économique fragile du secteur. Elle ne bénéficie que de 2 % d'aides publiques, contre 50 % pour une radio ou télévision locale.

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  • Veracruz, l'État le plus dangereux pour la presse au Mexique
    2026/07/25

    Avec sept journalistes assassinés depuis le début de l’année, le Mexique demeure l'un des pays les plus dangereux pour la presse. L'État de Veracruz, dans l'est, considéré comme la région la plus violente du pays. C'est là-bas qu'ont été tués trois journalistes qui vivaient constamment sous la menace. Les professionnels de la presse qui enquêtent trop près du pouvoir en paient le prix.

    Un matin de juillet, Enrique Quiroz, journaliste de la ville d'Acayucan et responsable d’un portail d’informations locales, a allumé son téléphone pour y trouver le message tant redouté. « Tu es le prochain. Il va t'arriver la même chose qu'à tes confrères et qu'à cette reporter de Nanchital », pouvait-on lire.

    Quelques jours plus tôt, les autorités avaient retrouvé dans un ranch le corps de la journaliste Roxana Guzman, enlevée à son domicile en juin dans le même État de Veracruz par des hommes armés. Une scène terrifiante qu'elle a elle-même filmé et diffusé.

    Comme lui, Roxana Guzman dirigeait un site d'information et travaillait sur les élus locaux. « J’écris des articles d'analyse politique et des éditoriaux. Ces derniers temps, je me suis penché sur les activités de la mairie d'Acayucan. Ça les dérange que je révèle des choses qu'ils cherchent à cacher, explique Enrique Quiroz, qui refuse de traiter les affaires policières. On connaît les risques que ce travail comporte. »

    Le 22 juillet dernier, le Mexique perdait sous les balles son septième journaliste de l'année. La moitié des assassinats ont eu lieu dans l'état de Veracruz, catalogué comme le plus dangereux du pays. Rien qu’à Acayucan, dans le sud de l’État, le journaliste comptabilise déjà 30 assassinats et une quinzaine de disparitions forcées.

    Une normalisation des attaques

    La violence envers la presse s'inscrit, elle aussi, dans des logiques de pouvoir. « On parle de "narco politica", c'est-à-dire de la collusion entre cartels et les pouvoirs politiques, à travers les élus locaux et les municipalités, dans les États où ces cartels sont forts, détaille Artur Romeu, directeur Amérique latine de Reporters sans frontières. Il y a toute une tactique de contrôle économique du territoire, des flux de circulation des personnes, mais aussi de l'information. »

    La gouverneure de Veracruz Rocio Nahle l'assure : il n'y a aucun rapport à établir entre le travail des victimes et leur assassinat. Les organisations de défense de journalistes craignent que ce genre de discours normalisent davantage les attaques contre la presse.

    « L'année dernière, les menaces de poursuites judiciaires, la censure, les perquisitions, et les attaques en ligne ont augmenté. Dans le cas de Veracruz, la criminalité à l'échelle de l'État est très présente », explique Frida Arreola, coordinatrice de prévention au sein d’Article 19.

    Selon son organisation, 90% des crimes contre les journalistes restent impunis au Mexique. « Les crimes commis contre des journalistes ne sont jamais élucidés ».

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