エピソード

  • Cameroun: Madeleine Ngeunga, entre enquêtes et sécurité des journalistes
    2026/01/31

    Madeleine Ngeunga est une journaliste camerounaise spécialisée en droits humains et dans la défense de l’environnement. Elle débute sa carrière à la radio puis rejoint InfoCongo, une plateforme régionale qui utilise des données, des cartes interactives et des récits pour couvrir des sujets environnementaux liés à la forêt tropicale humide du bassin du Congo. Lors d’un de ses reportages sur le terrain elle est victime de menaces et d’intimidations. Elle revoit alors son mode de fonctionnement et s’investit dans la sécurité des journalistes au sein du Centre Pulitzer qui accompagne ces derniers dans leur travail d’enquête. Elle parle de son expérience au micro d’Igor Strauss.

    Lors d’une enquête sur l’exploitation forestière illégale au Cameroun, Madeleine adresse un questionnaire à l’entreprise incriminée pour obtenir sa version des faits. Mais elle n’obtient pas les réponses espérées. « La réponse était plus une réponse de menace nous accusant de tribalisme et nous disant que si on publie l'enquête et on cite l'entreprise, elle porterait plainte. Puis, comme c'était une grosse base de données de plusieurs entreprises qui étaient concernées, l'enquête a été publiée », dit-elle.

    Et finalement l’entreprise ne met pas ses menaces à exécution. Suite à la parution de cette enquête, Madeleine est invitée dans le talk-show d’une grande radio de Yaoundé pour parler de son travail. Les auditeurs sont également invités à réagir à l’antenne. Beaucoup sont admiratifs de son travail… Mais l’un d’eux la menace en direct. « Un des auditeurs a dit "ah, mais je vous entends parler, vous êtes une femme, vous avez l'air jeune, mais je vous le dis, faites attention à ce que vous êtes en train de dire, parce que ne soyez pas surprise qu'en sortant dans la rue, en marchant, un grumier vous écrase" ».

    Le risque d’être femme dans le journalisme

    Abasourdie dans un premier temps, elle ne réalise que plus tard la gravité des faits. « J'ai eu peur à un moment donné et quand je sortais, j'étais un peu sur le qui-vive, à regarder à gauche, à droite ». Et Madeleine en est persuadée, ces menaces ont aussi été proférées car elle est une femme. « Peut être que la personne n'aurait pas eu le même courage pour s'adresser à un homme. Donc je pense que le fait d'être une femme aussi, ça a de l'influence dans le risque auquel on peut être exposé. Parce que d'autres diraient "elle devrait être en train de s'occuper de son foyer tranquillement, elle est là à fouiner dans les affaires qui ne la concernent pas". Donc, clairement, il y a des connexions ».

    Sécuriser les journalistes au quotidien

    Dès lors Madeleine s’investit dans la sécurité des journalistes. Analyse des risques, procédures à adopter en cas de problèmes et soutien des rédactions. « Beaucoup de médias sont prêts à publier, mais quand on parle de prendre en charge le côté risque, le côté sécurité du journaliste, peu de médias sont prêts à s'engager. Pour dire, si par exemple la police interpelle ce journaliste, nous sommes prêts à assumer que c'est un de nos correspondants ou c'est un de nos journalistes qui fait un travail pour nous », explique-t-elle.

    Et puis, elle incite les journalistes à former des coalitions et à favoriser les enquêtes transnationales. « Ce qui fait que si un journaliste est réduit au silence au Cameroun, son enquête peut être publiée par un média partenaire, par exemple en France, il y a beaucoup de choses à faire et ce serait dommage si on ne peut pas travailler sur ces thématiques parce qu'il y a les risques ».

    Face à la puissance des réseaux de trafiquants, il est urgent d’aider les journalistes à garantir leur propre sécurité pour qu’ils continuent leurs enquêtes et qu’ils ne soient pas obligés de s’autocensurer.

    À lire aussiMenaces et pressions au Cameroun: une manière de faire taire les journalistes, le vécu de L. Renée Batongué

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  • Des journalistes victimes de la grogne des agriculteurs en France
    2026/01/24

    Depuis le début du mois de décembre, la France est en proie à une vraie grogne des agriculteurs. Bouleversés par l'épidémie de dermatose nodulaire, cette maladie infectieuse bovine qui décime leurs cheptels et révoltés par la signature du traité Mercosur entre l'Europe et l'Amerique du Sud. Les agriculteurs ont enchainé les manifestations, ainsi que les blocages d'autoroutes. Des rassemblements parfois très tendus face aux forces de l'ordre, mais aussi envers la presse. De nombreux cas d'agressions et de menaces à l'égard de journalistes ont été signalés durant ces rassemblements. Hugo de Waha a recueilli certains témoignages.

    Valentin Larquier, 28 ans, est journaliste pour la radio RTL. Un jour de décembre, il se rend, comme il en a l'habitude depuis le début de l'épidémie de dermatose nodulaire, sur un blocage d'une autoroute à la rencontre d'agriculteurs.

    « J'ai reconnu un agriculteur atteint de la dermatose nodulaire, j'ai essayé d'aller lui dire bonjour, et là il y a un de ses amis qui me hurle dessus en me disant de dégager, que je n'ai rien à faire là, que je l'embête. Il me prend par le col, il me repousse, il essaie de me mettre plusieurs coups de poing. Ses amis interviennent assez rapidement, le séparent, lui disent de se calmer. Ils me disent de partir. Je pense que s'il voulait me casser la figure et que s'il n'y avait pas eu d'intervention d'autres agriculteurs, carrément il me cassait la figure. Il était vraiment très très énervé

    Plus de peur que de mal pour ce journaliste, qui reste marqué par cet événement : « Ça ne m'était jamais arrivé de me faire agresser physiquement. J'ai fait beaucoup, beaucoup de sujets avec des agriculteurs, je n'ai jamais eu de problèmes avec eux. Ils étaient très compréhensifs, très gentils. Moi, j'ai réellement eu ce truc de… mais comment je vais faire pour y retourner ! Psychologiquement, j'avais du mal à m'imaginer retourner à l'endroit où c'est arrivé ! Je ne suis jamais retourné sur ce barrage-là. »

    À quelques kilomètres de là, Benjamin Calves, chef d'édition du journal local La Dépêche du Midi, a vu des agriculteurs répandre du lisier sur son bureau. Le lendemain, un homme était arrêté par la police, alors qu'il s'approchait dangereusement de ses bâtiments avec son tracteur : « Oui, ça a été un peu mal vécu dans le sens où, encore une fois, on est sur le terrain tous les jours. Après plusieurs semaines de mobilisations, il y a exactement une radicalisation pour certains. Ce que ne ressentaient pas les journalistes sur le terrain il y a quelques mois de ça ou en 2004, lors des premières mobilisations, c'est que certains acteurs de ces mobilisations qui ne veulent pas s'adresser aux médias. Non, vous êtes des médias, vous êtes à la solde du pouvoir ! Sinon, il n'y a pas de problèmes majeurs en tout cas, à l'heure actuelle, mais on sent une crispation, une radicalisation, pour certains une grosse défiance. »

    La presse locale ne semble plus être préservée de ce type de comportements, et ce malgré les liens qu'elle tisse avec les acteurs qui l'entourent. Alexandre Buizine, membre du SNJ, le syndicat national des journalistes, a répertorié une dizaine d'attaques contre la presse locale au cours du mois de janvier : « C'est assez nouveau, parce que la presse locale, c'est celle qui est au plus près du terrain et des agriculteurs, celle qui raconte la réalité quotidienne des agriculteurs. Voilà, c'est ce qui est d'autant plus incompréhensible. On s'en prend à la presse qui, entre guillemets, est la plus crédible, celle qui raconte au long cours la réalité des agriculteurs. Leurs difficultés notamment. On n'a pas d'explications. Il peut y avoir une part de désespoir de la part des agriculteurs, ça ne peut pas justifier ce qu'ils font. »

    Le syndicat national des journalistes rappelle que toute attaque physique ou verbale à l'égard d'un journaliste est punissable par la loi.

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  • En Birmanie: Sai Zaw écope de 20 ans de prison pour avoir fait du journalisme
    2026/01/17
    En Birmanie, la junte, arrivée au pouvoir en février 2021, a écrasé toute liberté de la presse. Sept journalistes ont été exécutés, plus de 200 emprisonnés, dont une cinquantaine encore derrière les barreaux. Dans ce pays, 169ème sur 180 au classement de Reporters sans Frontière pour la liberté de la presse, l’armée a rendu le métier de journaliste impossible. À l’occasion du scrutin en trois phases qui se déroule en ce mois de janvier, RFI a pu se rendre en Birmanie et a rencontré une proche d’un journaliste condamné à vingt ans de prison. Avant de claquer la porte de la voiture, Suzy (un nom d’emprunt) lance un regard derrière son épaule. Malgré le calme apparent des rues de Rangoun, la jeune femme est sur ses gardes. Parler aux médias étrangers de l’histoire de son cousin, Sai Zaw Thaike est un risque, aussi préfère-t-elle rester anonyme. Après sa prise de pouvoir dans un violent coup d’État le 1er février 2021, l’armée a rapidement détruit le vibrant paysage médiatique de la Birmanie. C’est dans la salle fermée d’un restaurant qu’elle livre l’histoire de son cousin, photo journaliste reconnu en Birmanie. La clandestinité pour pouvoir travailler « En mai 2023, lorsqu’un cyclone a frappé la Birmanie, il s'est rendu de Rangoun à Sittwe dans l’État de l’Arakan pour couvrir l’événement et documenter les dégâts sur place, se souvient, la jeune femme. Quelques jours après son arrivée. Il a été arrêté à Sittwe ». « Il n’y a eu ni enquête, ni interrogatoire. On ne l’a pas autorisé à engager un avocat, s’agace Suzy. Il a simplement été emprisonné puis envoyé à un tribunal militaire ». La sentence tombe : vingt ans de prison. Sai Zaw Thaike est déclaré coupable d’avoir « semé la peur, diffusé de fausses informations et travaillé pour un média interdit ». Le quadragénaire était photo-journaliste pour « Myanmar Now », un média indépendant, reconnu mais interdit par la junte. L’armée a fait une descente dans la rédaction puis révoqué son autorisation, poussant à l’exil la plupart de ses journalistes. Sai Zaw Thaike lui a continué à travailler à distance pour la rédaction installée en Australie. « Il a décidé de rester et de documenter la répression violente de la junte, racontait Swe Win, rédacteur en chef de Myanmar Now, à Amnesty International. Il passait d’une maison à l’autre comme un fugitif. Sai Zaw vivait et travaillait clandestinement à Yangon en tant que photo journaliste pour notre agence de presse ». Les renseignements militaires ont appris qu’il s’était déplacé dans l’Arakan pour couvrir les dégâts du cyclone, depuis il est emprisonné dans les geôles du régime. « Comme les autres journalistes ou prisonniers politiques, il subit des mauvais traitements quotidiens, nous explique sa cousine, qui reçoit des nouvelles via sa famille proche. On va les forcer par exemple à transporter les seaux d’excréments humains, ou à les nettoyer. Il subit des violences corporelles quotidiennes, des gardiens comme des autres prisonniers ». Des conditions qui se sont durcies récemment selon elle. « En mars dernier, après une inspection de la commission des droits de l’homme, ils ont utilisé ce prétexte pour le torturer, car il n’avait pas donné de 'bonnes réponses' selon eux. Sûrement parce qu’il avait dit la vérité sur les conditions de vie dans la prison, sur les violations des droits qu’ils subissaient. On l’a forcé à dormir sur le béton nu, sans rien, sans moustiquaire. » Médiatiser la répression Sai Zaw Thaike est emprisonné dans l’immense complexe carcéral d’Insein, au nord de Rangoun. Une prison symbole de la violence de la junte, célèbre pour la torture et les violences subies par les milliers de prisonniers politiques qui y croupissent. « À chaque fois que le gouvernement annonce des amnisties de prisonniers, je vais attendre devant la prison. Mais tout ce que je vois, c’est ce mur massif, silencieux et froid qui nous sépare et c’est juste déchirant », soupire Suzy. En janvier l’armée a annoncé 6000 amnisties, mais Sai Zaw Thaike, est resté derrière les barreaux. « J’imagine à chaque libération qu’il ressent la même chose. J’espère juste que son jour arrivera bientôt. Mais même quand la junte décide de libérer certains prisonniers pour se donner une bonne image. Ils le laissent toujours de côté ». Selon l'Association d'aide aux prisonniers politiques, une organisation indépendante qui recense de manière détaillée les arrestations et les victimes liées aux conflits politiques dans le pays, plus de 22 000 prisonniers politiques, dont l’ex-prix Nobel Aung San Suu Kyi, étaient encore détenus ce 16 janvier. « À chaque fois que l’on parvient à recevoir un message de sa part, il demande que l’on médiatise son histoire, conclut Suzy. Selon lui, c’est ...
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  • Présidentielle en Ouganda: journalistes sous pression, entre violences, autocensure et guerre numérique
    2026/01/10
    À quelques jours du scrutin du 15 janvier, plusieurs reporters ougandais disent travailler dans un climat de peur. L’agression du journaliste Ivan Mbadi, lundi 5 janvier, alors qu’il couvrait la campagne de l’opposant Bobi Wine, illustre une dérive documentée depuis des années par les défenseurs de la liberté de la presse. Sur une vidéo largement diffusée, Ivan Mbadi apparaît plaqué contre une voiture, chancelant, puis assis, visiblement sonné. Plus tard, à l’hôpital, il est filmé affaibli, un bandage autour du cou. Selon son entourage, il aurait été pris pour cible après avoir filmé des policiers utilisant du gaz lacrymogène. Pour Keneth Kitambula, chargé de programme au sein du centre ougandais des droits de l'homme, cette attaque n’a rien d’un accident isolé. « En Ouganda, les journalistes sont intimidés et violentés au quotidien. Ivan a été "chanceux" parce qu’il accompagnait Bobi Wine, dont l’équipe est très efficace pour documenter ces abus. Mais à la base, dans les zones rurales, nous avons des journalistes arrêtés, parfois torturés, sans que cela ne sorte dans l’espace public ». Un pays mal classé pour la liberté de la presse Selon Reporters sans frontières, l’Ouganda se classe 143ᵉ sur 180 pour la liberté de la presse. L’index 2024 du Human Rights Network for Journalists (HRNJ) recense 110 cas de violences contre des journalistes et professionnels des médias. « La situation politique a toujours influencé le travail des journalistes en Ouganda. Ils naviguent dans un environnement fragile, tiraillés entre leur sécurité et leur devoir d’informer », explique Keneth Kitambula. La Constitution garantit pourtant la liberté d’expression (article 29) et le droit d’accès à l’information (article 41). Mais, sur le terrain, « ces textes sont largement ignorés par les forces de sécurité ». Kawempe North, laboratoire de la répression L’élection partielle de Kawempe North, en mars dernier, reste dans toutes les mémoires. Des journalistes y avaient été battus et leur matériel détruit. Canary Mugume, journaliste d’investigation à NBS Television, était sur place ce jour-là. « Nous avions déjà remarqué une présence sécuritaire, mais là c’était inhabituel : des chars dans les rues, une présence militaire extrêmement lourde ». Puis la situation dégénère. « J’ai pris une photo de militaires en train d’embarquer des journalistes de force. Quand l’un d’eux m’a vu, il a foncé sur moi avec un long fil, épais comme un câble électrique. J’ai levé la main en signe de reddition. En trente secondes, j’ai cru que ma vie s’arrêtait là ». De retour à la rédaction, il apprend que plusieurs confrères ont été hospitalisés, parfois pour des blessures à la tête, aux genoux ou au dos. Les journalistes couvrant l’opposition ciblés Pour Keneth Kitambula, les risques sont particulièrement élevés pour ceux qui suivent l’opposition, notamment lors des déplacements de Bobi Wine, mais aussi auparavant de Kizza Besigye. « Ce sont surtout les journalistes qui couvrent l’opposition qui sont pris pour cible ». Certaines rédactions sont aussi directement entravées. Le Nation Media Group – qui détient notamment Daily Monitor et NTV – a été banni par le président Museveni de la couverture de ses rassemblements. Le Parlement a également interdit à ses journalistes l’accès aux séances. Résultat : un déséquilibre d’accès à l’information et une crédibilité fragilisée auprès du public. Larry Madowo, la désinformation et l’autocensure Même les journalistes internationaux sont désormais concernés. Le reporter de CNN Larry Madowo a été aspergé de gaz lacrymogène alors qu’il suivait la campagne de Bobi Wine. Après avoir tweeté que « le gaz lacrymogène ougandais a un goût différent », il a fait l’objet d’une campagne de dénigrement en ligne. Une vidéo deepfake a même circulé, prétendant à tort que le président Museveni l’avait banni du pays. « Cela crée un véritable climat de peur. Quand on s’en prend à CNN, un média international, l’État envoie un message clair aux reporters locaux : "si on peut faire ça à eux, imaginez ce qu’on peut vous faire à vous" ». Cette pression alimente l’autocensure. « Les journalistes se disent : je ne vais pas faire ce sujet, je ne veux pas risquer ma vie. Cela rend la couverture des élections de plus en plus difficile », observe Keneth Kitambula. Une décision de justice restée lettre morte En 2024, la Haute Cour ougandaise a jugé que les attaques contre les journalistes étaient inconstitutionnelles. Mais pour les défenseurs de la presse, l’absence de sanctions concrètes entretient un sentiment d’impunité. Pour Canary Mugume, le scénario est déjà écrit : « Depuis Kawempe en 2021 jusqu’aux attaques de cette campagne, tout prépare le terrain pour la semaine prochaine. ...
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  • À l’ère de l’intelligence artificielle, le journalisme doit se réinventer
    2026/01/03

    Quel avenir pour le journalisme en ce début d'année 2026 ? La profession est constamment remise en question et même menacée, avec le développement exponentiel de l'intelligence artificielle. Chaque année, le Nieman Lab, un think tank rattaché à l'université américaine de Harvard, publie ses prédictions. Des dizaines de notes de personnalités du journalisme qui dressent un constat parfois très pessimiste mais offre aussi des pistes de réflexion pour que les médias s'adaptent et survivent.

    L'intelligence artificielle redessine l'architecture même des salles de rédaction, constate Nikita Roy, fondatrice de Newsroom Robots Lab, un site de réflexion sur le journalisme et l'IA. Pour cette jeune journaliste, les médias sont confrontés à des changements majeurs : le public ne se contente plus de lire des informations mais dialogue directement avec l'intelligence artificielle pour obtenir des réponses. L'IA coupe tous les chemins d'accès aux médias et devient une porte d'entrée à l'information, enfin, l'intelligence artificielle devient créatrice d'information puisqu'elle se sert directement des contenus produits par les journalistes pour les recombiner, sans les contextualiser

    Dès lors comment continuer à exister pour un média traditionnel ? se demande Nikita Roy, lors d'une récente intervention au Global Media Forum. « La grande question que je pose aux salles de rédaction, c'est : si vous avez passé un accord avec ChatGPT ou pas d'ailleurs, et que vos informations sont consommées par ces bots, comment votre public va savoir qu'il s'agit bien de vos informations qu'ils consomment ? Que devient votre marque quand elle est consommée par une IA au milieu de multiples sources d'informations ? ».

    Un réel risque de disparition des médias traditionnels

    Le risque d'effacement des marques et de disparition des médias traditionnels est réel, selon plusieurs analystes qui publient leurs prédictions sur le site du Nieman Lab. Mais chacun y va de sa solution. Pour Basil Simon de l'université de Stanford, les médias devront restaurer la confiance avec leur auditoire, en misant sur la technologie. Selon lui, il faudrait développer une sorte de « pass de presse électronique » pour les journalistes qui scellerait cryptographiquement leurs paroles et images. Une information authentifiée contre les fake news véhiculées parfois par l'IA. Pour d'autres, les journalistes doivent cultiver leur différence et offrir des informations singulières, à la manière de marchands de glaces, qui proposeraient des saveurs et des contenants multiples, ironise Rishad Patel, cofondateur de Splice Media. Nick Usher, de l'université de San Diego suggère, lui, de faire un pas de côté. L'année 2026, dit-il, sera celle où les journalistes abandonneront les conférences de presse, car l'information institutionnelle est accessible à tous sur internet et n'apporte aucune plus value. Aller sur le terrain, enquêter, serait la clé.

    C'est ce que promeut aussi Alexandra Borchard, professeur à l'Université technologique de Munich, de l'enquête exclusive, du local, de l'information de niche. Les rédactions doivent se concentrer, dit-elle, sur les 5% d'informations qu'une IA n'est pas capable de produire. Que ce soit en utilisant les nouvelles technologies, ou en décrochant leur téléphone à l'ancienne, les journalistes pourront collaborer et apprendre les uns des autres, se réjouit-t-elle, en comblant le fossé intergénérationnel au sein des rédactions.

    Aujourd'hui l'économieBulle de l’IA, emploi, croissance: les grands défis de l’intelligence artificielle en 2026

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  • Journalisme en 2025: une année dramatique selon un bilan de RSF
    2025/12/27

    67 journalistes tués, plus de 500 détenus... Le bilan de l'année 2025 est dramatique pour la presse à travers le monde. C'est ce qui ressort du rapport de l'ONG Reporters sans Frontières publié au début du mois. Parmi les pays les plus dangereux où exercer le métier de journaliste figurent cette année la Palestine, où 29 journalistes ont été tués à Gaza sur les 12 derniers mois. Mais aussi le Mexique, marqué par la violence liée au narcotrafic. Sans compter l'Ukraine, où trois journalistes sont décédés cette année, dont le Français Antoni Lallican. Au-delà de ce triste décompte, Reporters sans Frontières alerte aussi sur une menace croissante qui pèse sur la presse : la haine des journalistes. Un fléau en expansion, alimenté par certains dirigeants internationaux.

    « Vous savez, ce n'est même pas votre question qui me gène, c'est votre attitude... Vous êtes une mauvaise reporter. Une mauvaise personne et une mauvaise reporter », lance Donald Trump à une journaliste qui l'interroge sur la publications des fichiers Epstein.

    Les journalistes américains sont désormais habitués aux attaques du président américain contre la presse. L'une des dernières en date remonte à début décembre, lorsque le chef d'Etat répondait ainsi à une question d'une reporter de CNN : « Est-ce que vous êtes stupide ? Est-ce que vous êtes une personne stupide ? »

    Des propos dégradants et misogynes devenus récurrents dans la bouche du président américain... Propos qui participent au discrédit de la profession. D'après une enquête Gallup publié en octobre, la confiance des Américains envers les médias est à son plus bas niveau depuis que cet institut a commencé ses sondages sur la question, dans les années 1970.

    Pour Thibault Bruttin, directeur général de Reporters sans Frontières, ce type de discours est particulièrement dangereux aux Etats-Unis, comme ailleurs, puisque l'exemple de Donald Trump fait des émules : « Il y a un moment de bascule qui est clair, où partout à travers le monde, des forces politiques, pas forcément d'ailleurs réactionnaires, potassent le manuel de Donald Trump pour essayer eux aussi de remporter le succès électoral. Et donc ça opère évidemment une transformation significative de la relation qu'un grand nombre d'élus ou de forces politiques peuvent avoir avec les journalistes. »

    Une stratégie observée chez d'autres dirigeants populistes comme Robert Fico, en Slovaquie, ou Javier Milei, grand allié de Donald Trump. Le président argentin, élu fin 2023, insulte régulièrement la presse : « Ces journalistes corrompus, vendus... Ecoutez, journalistes corrompus, voilà ce que les gens pensent de vous ! » Réponse de la foule, en choeur : « hijos de puta », fils de pute...

    Selon le responsable de RSF, « ​i​​​l y a une stratégie délibérée de la part de certaines forces armées ou de certaines forces politiques pour délégitimer le travail des journalistes, pour essayer de les catégoriser comme des militants, voire même comme des terroristes ». Exemple frappant avec la guerre à Gaza : « C'est ce qu'a entrepris l'armée israélienne depuis le début du conflit à Gaza, avec une unité spécialisée dans le développement d'argumentaires qui permettent de décrédibiliser les journalistes. »

    Décrédibiliser, jusqu'à alimenter une véritable haine des journalistes. Pour Thibaut Bruttin, ce discrédit devient alors le « terreau du pire ». « Il y a une sorte de "permis de tuer" qui s'installe. Et c'est pour ça que nous alertons là-dessus. Il y a de la part de nos concitoyens une trop grande indifférence, qui est le résultat d'une apathie des organisations internationales et des responsables politiques à travers le monde. »

    Que peuvent faire les médias pour regagner la confiance des citoyens ? Dénoncer cette instrumentalisation de la presse, insiste Reporters sans Frontières. L'ONG appelle aussi les médias à faire leur autocritique, en s'emparant des reproches qui leur sont adressés par les citoyens, par exemple sur leur manque de transparence, et en y répondant avec une information rigoureuse et factuelle.

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  • Nicaragua: «Le journalisme de qualité est le meilleur antidote à la dictature»
    2025/12/20

    Derrière la Russie, Cuba ou l'Égypte, le Nicaragua est 172e sur 180 au classement de la liberté de la presse de l'ONG Reporters sans frontières (RSF). Depuis la violente répression des manifestations étudiantes de 2018 par le président Daniel Ortega, une chape de plomb s'abat sur les journalistes. Victimes de la brutalité du pouvoir, ils sont empêchés de travailler, emprisonnés, ou même déchus de leur nationalité. La plupart n'ont eu d'autre choix que de s'exiler pour exercer leur métier.

    Le Nicaragua est presque tout en bas du classement de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse : 172e sur 180, derrière la Russie, Cuba ou l'Égypte. « Le Nicaragua est le seul pays du continent américain où il n'existe plus aucun journal imprimé encore en circulation. La répression des journalistes est totale », dénonce Wilfredo Miranda Aburto. Correspondant de médias étrangers et co-fondateur du site d'information indépendant Divergentes, à 34 ans, ce journaliste nicaraguayen reconnu a vu son travail récompensé par plusieurs prix internationaux.

    Fuir

    En 2021, le régime a menacé de l'arrêter s'il ne révélait pas ses sources, après la publication d'un article dans lequel il racontait l'arrestation de la principale opposante au régime à l'époque, Cristiana Chamorro, candidate à l'élection présidentielle cette année-là. Il a dû fuir au Costa Rica. Deux ans plus tard, sa nationalité lui a été retirée. Depuis, la liberté de la presse continue de se dégrader : « Des journalistes qui continuaient de travailler clandestinement dans le pays ont été découverts par le régime au cours de l'année écoulée et même eux ont dû fuir », s'alarme Wilfredo Miranda. Près de 300 journalistes ont ainsi été forcés de prendre le chemin de l'exil depuis 2018. Plusieurs autres sont incarcérés.

    Informer en exil

    Aujourd'hui, Wilfredo Miranda et ses confrères continuent d'informer, à distance, notamment grâce au courage de sources restées sur place. « C'est difficile de raconter ce qu'il se passe dans un pays dans lequel on ne vit plus. Cela nous oblige à être encore plus rigoureux, à recouper encore davantage les informations, à être créatifs aussi. Par exemple pour obtenir des statistiques dans un pays où l'État n'en publie plus ? », explique Wilfredo, de passage dans les studios de RFI.

    Un travail d'autant plus difficile que les citoyens qui s'expriment publiquement sur les réseaux sociaux ou même qui consultent des sites d'informations indépendants sont parfois arrêtés pour une simple capture d'écran. « Cela a renforcé l'autocensure et cela se répercute sur nos chiffres de fréquentation, constate-t-il. Alors on explique aux gens comment utiliser des VPN et des messageries sécurisées. Ce n'est pas censé être notre rôle, mais on le fait pour aider nos lecteurs à vaincre la peur du régime », et pour que l'information continue de circuler parmi les Nicaraguayens restés au pays, précise le jeune journaliste.

    Des reportages « solides » pour « faire mal au régime » en place

    Wilfredo Miranda mène ce combat et ce travail avec de nombreux collègues réfugiés à l'étranger. C'est le cas d'Octavio Enríquez. Rédacteur en chef chargé des enquêtes au quotidien La Prensa, lauréat de nombreux prix de journalisme, il a révélé plusieurs scandales de corruption impliquant le président Daniel Ortega et ses proches. « Le régime décrète ce qui est une fausse information et ce qui n'en est pas, explique celui qui vit en exil depuis 2021. Mais le meilleur antidote contre la dictature, c'est le journalisme de qualité. Ce qui fait mal au régime, c'est quand on publie des reportages solides, et des articles qui montrent ce qu'il se passe vraiment dans le pays ». Et si la dictature tombe enfin, « le journalisme aura un rôle indispensable à jouer » dans la transition vers la démocratie, conclut-il.

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  • Guinée: sous Mamadi Doumbouya, les principaux médias audiovisuels privés sont fermés et les acteurs menacés
    2025/12/13
    En Guinée, la présidentielle est prévue pour le 28 décembre. Après avoir renversé Alpha Condé il y a quatre ans, le 5 septembre 2021, le général Mamadi Doumbouya, qui assure la présidence de la transition, est candidat en indépendant. Avec la disqualification des principaux partis d’opposition, le chef de la junte du CNRD est vu comme le grand favori de ce scrutin. Depuis son arrivée au pouvoir, la majeure partie des voix critiques et d’opposition sont soit en prison, soit en exil, sans compter les enlèvements en série de politiciens, magistrats ou militants pro-démocratie. Dans ce contexte, la presse guinéenne a été particulièrement touchée, surtout depuis la fermeture totale des principaux médias audiovisuels privés l’an dernier. C’est dans une discrète rue du sud de Paris que se trouve la Maison des journalistes, structure associative qui accueille, soutient et accompagne des reporters du monde entier persécutés dans leur pays d’origine. Le Guinéen, Abdoulaye Oumou Sow, 35 ans, fréquente les lieux depuis l’an dernier. « C'est vrai que je suis journaliste, mais je suis également activiste de la société civile et des défenseurs des droits de l'Homme. J'étais secrétaire générale de l'Association des blogueurs de Guinée, qui regroupe des journalistes indépendants, mais aussi des blogueurs guinéens vivant en Guinée un peu partout dans le monde. Et dans ce cadre, j'ai milité dans le Front national pour la défense de la Constitution dont je suis l'un des membres fondateurs. » « J'étais activement recherché et mon domicile a été même attaqué » C’est le FNDC, issu de la société civile, qui a fragilisé le pouvoir du président Alpha Condé en mobilisant des centaines de milliers de manifestants contre son troisième mandat illégal avant sa chute par celui-là même qu’il avait parachuté à la tête des Forces spéciales : un certain colonel Mamadi Doumbouya. Mais la lune de miel entre le FNDC et la nouvelle junte du CNRD tourne court. « En 2022, je n'avais plus la possibilité de rester parce que beaucoup de mes camarades ont été arrêtés. J'étais activement recherché et mon domicile a été même attaqué deux semaines après le baptême de ma seconde fille. Donc, j'étais dans l'obligation de quitter le pays et j'ai quitté le pays pour le Sénégal fin 2022. Je suis arrivé en France en 2023. » « Quand l'État veut te faire taire, il te fera taire » Dans son exil parisien, Abdoulaye Oumou Sow poursuit son métier de journaliste et fonde le site d’information militant Kouma Media - « la parole » en langue bambara. Tous n’auront pas cette chance. L’année suivante, ses camarades Foniké Menguè et Billo Bah sont enlevés à leur domicile sous les yeux de leurs épouses et de leurs voisins qui attestent que les ravisseurs sont des gendarmes. Pour la presse en Guinée, le coup de grâce viendra en mai 2024 lorsque le ministre de l’Information décide de fermer totalement les radios et télévisions privées nationales pour « non-respect du cahier des charges », mettant 700 personnes au chômage dans un climat d’« agressions, arrestations et menaces » permanentes, dénonce RSF. Triste ironie : c’est Fanah Soumah, présentateur vedette du JT fraîchement nommé ministre, qui justifie sa décision devant des journalistes à Nzérékoré. « Moi-même, je suis allé dans plusieurs médias. Ce sont mes petits, ce sont mes amis, les patrons des médias. Avec certains, on a même fait ensemble La Mecque pendant deux semaines pour leur dire de faire attention. Nous ne sommes pas des extraterrestres, nous ne pouvons pas affronter l'État. On n'est pas plus puissant que l'État. Quand l'État veut te faire taire, il te fera taire. Tu ne peux rien. » À lire aussiGuinée: un an après leur fermeture, la situation des médias reste inquiétante Les attaques contre la presse se multiplient Depuis, les attaques contre la presse se multiplient. Il y a deux mois, le journaliste en exil Babila Keita annonçait le kidnapping aux aurores de son père qui se préparait pour la mosquée. « C'est moi qu'ils veulent avoir. Ils n'ont qu'à laisser mon père. Je rentre à Conakry, mais que je sois informé que mon père a retrouvé sa famille. » Et, voilà un an que son confrère Habib Marouane Camara est porté disparu, enlevé lui aussi par des gendarmes selon les témoins. À lire aussiForum sur l'avenir de la presse en Guinée: statu quo concernant l'interdiction des 3 grands groupes audiovisuels
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