エピソード

  • En France, la presse locale est menacée, alerte Reporters sans frontières
    2026/03/21

    En pleine campagne municipale, Reporters sans frontières alerte sur l'état des quotidiens régionaux, des sites d'investigation départementaux, des radios et des télévisions locales. Ces médias de proximité sont victimes de pressions politiques, judiciaires et économiques qui se sont accentuées ces dernières années.

    Le nombre de journalistes locaux s'érode d'année en année. Une menace pour le maillage de l'information. Ce réseau de centaines d'agences de médias locaux, qui couvrent à chaque fois une poignée de communes, risque de perdre en précision. « Il y a dix ans, l'information se faisait à 10 km près en France, avec des agences de groupes de presse qui permettaient de couvrir une information à 10 km près. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas parce qu'il y a des fermetures d'agences, notamment de gros groupes de presse, mais aussi des fermetures de plus petits médias », détaille Laure Chauvel, rédactrice du rapport de RSF.

    L'effritement se ressent aussi dans l'audiovisuel local. Plus de 15 radios associatives ont coupé leurs émetteurs entre 2023 et 2025. Des chaînes de télévision aussi. Wéo TV, 17 ans d'existence dans les Hauts-de-France, affiche un écran noir depuis deux mois, faute d'un modèle économique viable. Un revers pour son actionnaire principal, le groupe Rossel, qui détient aussi le quotidien régional La Voix du Nord, lui-même victime d'un douloureux plan social, qui a réduit son nombre de journalistes et d'éditions locales. « Le risque, c'est d'avoir des déserts informationnels. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de déserts informationnels en France. Mais la dynamique est à l'œuvre. Ce risque est démocratique », alerte Laure Chauvel.

    Le champ libre à la désinformation

    Moins de médias locaux de qualité, ça donne le champ libre pour les faux sites de vraie désinformation. Ils ont prospéré lors de la campagne des élections municipales. « En novembre 2025, RSF a recensé 85 sites actifs de désinformation, d'informations locales, ce qui totalisait en tout plus de 13 000 articles. Je pense à un site qui s'appelle Actu Direct, qui évoquait une maladie numérique qui s'abattait sur un centre hospitalier de Haute-Comté, ce qui n'est jamais arrivé », explique Laure Chauvel.

    Autres types de médias clés de la vie démocratique locale : l'investigation. Splann en Bretagne, Marsactu à Marseille ou Médiacités dans plusieurs grandes villes françaises. Eux subissent parfois des violences physiques, certains élus ne leur répondent plus. Mais un autre type de pression inquiète particulièrement le cofondateur de Médiacités : les procédures bâillon.

    « Depuis la création de Mediacité, on en est à 22 procès. C'est énormément de temps et d'argent parce que ça coûte cher de se défendre. On a une petite structure, c'est 13 journalistes et certains essaient de profiter de notre faiblesse relative, on va dire, pour nous intenter ces procédures en se disant "ça va tout simplement les faire disparaître" », témoigne Benoît Peyrel, cofondateur de Médiacités, qui a gagné 21 de ses procès. Malgré les menaces, ces médias restent plébiscités par 63% des Français selon le baromètre La Croix des médias en 2026. Une éclaircie dans le ciel nuageux de la presse locale française.

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  • Les dessinateurs de presse de plus en plus brimés dans le monde
    2026/03/14

    La caricature a de moins en moins bonne presse dans le monde. C'est le constat dressé par deux organisations de défense des dessinateurs de presse, Cartooning for Peace et Cartoonists Rights, qui dans leur rapport sur la période 2023-2025 alertent sur l'augmentation inquiétante des poursuites judiciaires et de la censure frappant ces professionnels. Un phénomène qui ne touche plus seulement les régimes autoritaires classiques mais aussi désormais des démocraties comme les États-Unis.

    En janvier 2025, le Washington Post, symbole absolu de la presse indépendante, censurait la dessinatrice Ann Telnaes pour une caricature critiquant la servilité envers Donald Trump du propriétaire du journal et patron d'Amazon, Jeff Bezos. Ann Telnaes a démissionné, mettant en évidence la censure grandissante aux États-Unis et des dérives que l'on croyait jusqu'alors réservées aux régimes autoritaires, selon le dessinateur Kak, président de l'association cartooning for Peace :

    « Le comportement du président Trump amène à observer des phénomènes que jusque-là on observait dans ces autres pays. Vous avez une pression directe de l'État sur les organes de presse. Deuxièmement, l'utilisation des supporters de l'État pour lancer des hordes sur les réseaux en ligne, agresser journalistes et dessinateurs de presse, les "canceler", tout ça, instrumentalisé par le pouvoir. La conséquence de ces deux choses, pression de l'État et lynchage numérique, et bien, c'est l'autocensure des titres de presse ».

    De juin 2023 à juin 2025, Cartooning for Peace a recensé 87 cas de menaces dans son réseau regroupant 374 dessinateurs dans le monde. Le dessin de presse est ainsi en danger jusque dans ses bastions historiques que sont par exemple l'Inde et la Turquie.

    Ennuis judiciaires ou incarcérations abusives

    « Force est de constater qu'en Inde, c'est de moins en moins possible. Il y a toujours des dessinateurs de presse qui s'expriment, mais dès qu'ils sont en critique frontale avec le pouvoir, ils ont des ennuis. En général, des ennuis judiciaires, parfois des incarcérations abusives. Et en Turquie, alors là, pour le coup ça n'est plus possible du tout. Le dernier magazine satirique LeMan a été obligé de fermer où, en raison d'une instrumentalisation d'un dessin qu'ils avaient fait, des gens ont voulu faire croire qu'ils avaient dessiné le prophète, ce qui n'était pas le cas. Les locaux ont été envahis, d'abord par des manifestants, puis par la police, mais qui en réalité, sous prétexte de protéger la rédaction, a arrêté l'équipe et a fait fermer le journal et c'était le dernier journal satirique », rappelle Kak.

    Le dessinateur garde cependant des raisons d'espérer : « Ce que l'on remarque, c'est que l'affection du public pour le dessin de presse grandit et que ce public se rajeunit. Pourquoi ? Parce que le dessin de presse est un instrument de résistance. Par exemple, on a fait une opération fin 2025 au Mexique. Ce qu'on a remarqué, c'est que les salles de conférence sont bondées, et on est face à un public qui en général a moins de 40 ans. Pourquoi ? Parce que dans ces pays-là, se battre pour ses droits, c'est une réalité quotidienne et le dessin de presse est un instrument de combat ».

    Reste les pays en guerre où, selon Kak le dessin de presse est implicitement ou explicitement sommé de choisir son camp.

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  • Mozambique: Carlitos Cadangue visé après ses enquêtes sur l’exploitation minière illégale
    2026/03/07

    Le Mozambique est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique et aux catastrophes naturelles. De plus en plus de journalistes couvrent ces questions, mais ils restent minoritaires. Parmi eux, Carlitos Cadangue, journaliste pour la chaîne privée STV, enquête sur les liens entre hauts dirigeants et entreprises impliquées dans des activités minières illégales et des violations des normes environnementales. En février, il dit avoir été victime d'une « tentative d'assassinat ».

    Carlitos Cadangue enquête sur les crimes environnementaux depuis trois ans. Tout commence lors d’un séjour chez sa mère à Gondola, dans le centre-est du pays, lorsqu'il remarque la couleur marron et opaque de l’eau du robinet qu’elle boit et décide d’enquêter sur son origine. « Toute l'eau de la région vient de la lagune de Chicamba. Quand j'ai enquêté, j'ai découvert que tous les orpailleurs, artisanaux comme industriels, lavent l'or dans ces fleuves. Or, cette eau alimente les villes de Gondola, Chimoio, Messica, Vanduzi, Manica... Les habitants boivent de l'eau sale et impropre ! C'est un attentat à la santé publique », dit-il.

    « Là, j'ai commencé à avoir peur »

    Il poursuit ses enquêtes et montre les effets dévastateurs de l'extraction minière illégale. Pollution des sols et des cours d'eau, récoltes perdues, risques pour la santé, la liste est longue. Son travail fait du bruit et les autorités réagissent. Le 30 septembre, Maputo suspend l'activité minière dans la province. « À partir du 30 septembre les choses sont devenues étranges. Certaines entreprises m'appelaient pour me dire sur un ton menaçant que, à cause de mes reportages, elles avaient dû arrêter leurs activités. Là, j'ai commencé à avoir peur », raconte-t-il.

    Le journaliste découvre que certaines entreprises, et pas n'importe lesquelles, continuent malgré tout de fonctionner, enfreignant l'ordre de suspension. Carlitos recevra plusieurs avertissements, jusqu'à des menaces directes de la part de dirigeants locaux. « Par exemple, l'entreprise Dima Mining appartient à l'un des fils de l'ancien président Filipe Nyusi. Non seulement elle traite l'or dans la rivière, mais elle a même détourné le cours d'eau vers son usine de traitement... Des amis m'appelaient pour me dire : "fais attention, ton nom circule, les sociétés minières ne sont pas contentes". Puis un jour, la gouverneure de la province, Florentina Gomes, m'a appelé. Ses fils possèdent l'entreprise Nha Mahambo, qui exploite une mine. J'avais couvert la mort de 13 personnes sur ce site, malgré l'arrêt des activités décidé par le gouvernement. Au téléphone, elle m'a accusé de salir l'image de la région et m'a demandé pourquoi je ne partais pas vivre ailleurs. Elle m'a clairement menacé ».

    « Ces hommes-là venaient vraiment pour me tuer »

    Quelques mois plus tard, le 4 février, Carlitos Cadangue est en voiture avec son fils lorsqu'un autre véhicule se met en travers de la route. Trois hommes armés en sortent et tirent à plusieurs reprises. « Ces hommes-là venaient vraiment pour me tuer. Ils portaient des uniformes de police et des cagoules. Ils ont arrêté de tirer seulement lorsqu'une balle a traversé le pare-brise parce qu'ils ont du penser que j'étais mort. Pour moi, il ne fait aucun doute: c'était lié à mes reportages ».

    Depuis l'attaque, pour laquelle il a porté plainte, Carlitos Cadangue n'a pas repris le travail et sort peu de chez lui. La presse et la télévision mozambicaine ont largement relayé l'attaque et diffusé le témoignage du journaliste. Les réactions sont aussi politiques. L'actuel président Daniel Chapo a exigé des « éclaircissements » sur l'affaire, déclarant solennellement que « la peur et l'insécurité sont des ennemis de la liberté ».

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  • Chine: deux journalistes arrêtés après une enquête sur des faits de corruption au Sichuan
    2026/02/28

    Le 1er février dernier, le journaliste chinois Liu Hu a été arrêté par la police de Chengdu, dans le sud-ouest du pays. Le même jour, à 1 500 km de là, son confrère Wu Yingjiao est lui aussi arrêté. Les deux journalistes venaient de publier un article sur des faits de corruption au Sichuan. Une publication introuvable depuis. Leur arrestation illustre la situation des derniers journalistes d'investigation exerçant encore en Chine.

    Diffusion de « fausses accusations » et « opérations commerciales illégales ». Telles sont les charges retenues contre Liu Hu et Wu Yingjiao. Un classique de la politique chinoise de répression des journalistes pour Aleksandra Bielakowska, chargée de plaidoyer de Reporter sans frontières en Asie-Pacifique. « C'est exactement le type d'accusations portées contre tous les journalistes d'investigation ou ceux qui publient des enquêtes. Si vous voulez être enregistré comme un média en Chine, alors il faut accepter de devenir un média d'État, ou alors se plier au traitement des seules informations autorisées par l'État ou à la censure. Liu Hu et Wu Yingjao paient le prix d'être journalistes indépendants. »

    Ce n'est pas la première arrestation pour Liu Hu, un vétéran du journalisme d'enquête en Chine, l’un des « 100 héros de l’information » de RSF en 2014. En 2013 déjà, après avoir enquêté sur de hauts gradés de l'administration chinoise qui se seraient enrichis lors de la privatisation d'entreprises étatiques, il avait été arrêté et emprisonné pendant un an. Cette fois-ci avec Wu Yingjao, journaliste d’investigation et photographe indépendant, il publie sur le réseau WeChat un article sur des faits de corruption dans le Sichuan. Le titre : « Le secrétaire du Parti d’un canton du Sichuan qui, par le passé, poussa un professeur à se donner la mort, mène aujourd’hui des entreprises à la banqueroute ».

    Une lutte anticorruption sélective

    Après la publication, ils reçoivent un message de la Commission disciplinaire du Parti communiste dans le Sichuan : « Ce genre d'affaire doit être porté à la connaissance des autorités chinoises, pas publié en ligne. » Ils sont arrêtés quelques jours plus tard. Signe de la politique répressive du parti, que déplore Aleksandra Bielakowska. « Ce qui est scandaleux, c'est que Xi Jinping dit sans cesse que la règle, c'est de lutter contre la corruption. On l'a vu ces dernières années avec de grandes campagnes au sein du parti. Mais lorsqu'une enquête indépendante n'est pas liée à la bataille politique entre Xi et ses opposants politiques, les journalistes qui en sont à l'origine sont immédiatement arrêtés pour leur travail ».

    Une situation irrespirable

    Le pays est la plus grande prison du monde pour les journalistes selon Aleksandra Bielakowska de RSF. « Il y a environ 120 journalistes emprisonnés en Chine. Parmi eux, beaucoup sont enfermés depuis longtemps, ça veut dire que peu de journalistes ont été arrêtés ces dernières années. Mais surtout qu'il n'y a plus personne qui ose enquêter en Chine, moins de journalistes à arrêter. Donc si des journalistes enquêtent et signent de leur nom dans le pays, c'est plus qu'un acte de bravoure. »

    En 2025, au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, la Chine est 178e sur 180.

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  • Au Niger, la détention arbitraire du journaliste Gazali Abdou Tasawa depuis janvier 2023
    2026/02/21

    Au Niger, le journaliste Gazali Abdou Tasawa a été arrêté le 23 janvier 2026 et écroué à la prison civile de Niamey. Correspondant pour le service en langue haoussa de la radio internationale allemande Deutsche Welle (DW), il avait publié huit jours plus tôt un reportage sur les conditions de vie des réfugiés nigérians au Niger. Son arrestation est dénoncée par plusieurs organisations de défense de la presse comme une atteinte à la liberté d'informer. Éclairage avec Carine Kogné.

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  • Le périlleux exercice du journalisme en Iran
    2026/02/14

    L’Iran est l'une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes, affirme Reporters sans frontières. En ce début d'année, la répression du régime contre toute voix dissidente s'est encore aggravée. La population a été coupée de tout moyen de communication. Le but : empêcher de témoigner du massacre commis par le régime dans la répression des manifestations. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été tuées. Malgré tout, des journalistes à l'intérieur et à l'extérieur du pays tentent de s'organiser pour rapporter les faits.

    Ali Bakir est Kurde iranien. Il a débuté son métier de journaliste dans sa ville natale, Bukan à l’ouest de l’Iran. Suite à des menaces répétées, il a fui au Kurdistan irakien. De l'autre côté de la frontière, il continue de travailler pour une chaine de télévision diffusée dans le Kurdistan iranien.

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    « Au Kurdistan iranien, tout militantisme civique, environnemental ou médiatique vous met sous la menace d'accusations de la part des services de renseignements et vous risquez des procédures judiciaires. Le régime impose des lignes rouges à notre activité, ce qui amène à une autocensure institutionnalisée des journalistes dans le pays. La circulation libre d'information au Kurdistan est très compliquée », raconte-t-il.

    À cela s'ajoute le monopole du gouvernement sur les médias, et les restrictions d'accès à Internet, ainsi que les perturbations et interruptions des connexions Internet.

    « De mon côté, j'arrive à obtenir des informations grâce au réseau que j'ai tissé en Iran avec des militants politiques, civiques, littéraires et environnementaux. Je surveille également les chaînes d'informations locales, les institutions et organisation de la société civile qui sont nombreuses », détaille le journaliste kurde.

    Durant les deux semaines de blackout imposé à l'Iran début janvier, Ali Bakir a réussi à continuer d'échanger avec ses contacts sur place. Mais il a fallu se réorganiser. « Tout d'abord, nous sommes plus prudents. Nous avons peur des arrestations et accusations graves pour tout et n'importe quoi. Nous avons également pris des dispositions concernant nos contacts et les moyens de communication. Nous avons notamment envoyé plusieurs kits de communication satellitaire Starlink. Mais même l'activité de ce satellite présente ses propres limites et difficultés en Iran ».

    En effet le régime a déployé des technologies pour perturber les utilisations de Starlink. Les contourner demande donc certaines connaissances.

    Même à l’étranger, il reste dangereux d’être journaliste iranien

    « Nous sommes relativement à l'abri des pressions et des menaces du gouvernement, mais rien n'est jamais sûr. Nos sources d'informations sur place telles que les militants politiques et civiques risquent d'être arrêtées de manière arbitraire. Les familles reçoivent également des pressions, telles que celles de nos sources mais aussi celles des journalistes en exil qui travaillent pour des médias persanophones et s'opposent parfois à la République islamique. Cela a toujours constitué un obstacle sérieux à l'activité médiatique en Iran. »

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    Ali Bakir affirme avoir lui-même reçu des menaces contre sa personne mais aussi visant sa femme et sa famille. Il affirme y être tristement habitué.

    Au moins six journalistes ont été arrêtés en Iran depuis le début de l'année selon le Comité pour la protection des journalistes.

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  • La difficile tâche des journalistes haïtiens
    2026/02/07

    C'est ce samedi 7 février 2026 qu'expire officiellement le mandat du Conseil présidentiel de transition en Haïti. Un organe censé ramener le pays sur la voie de la paix. Mais le CPT a échoué. La situation est même pire qu'avant. Les gangs ont gagné encore plus de terrain et contrôlent aujourd'hui plus de 85% de Port-au-Prince. Les journalistes aussi ont vu leurs conditions de travail se dégrader.

    Des 22 mois de gouvernance du Conseil présidentiel de transition, Frantz Duval, rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, retient la mort de trois de ses collègues : « C'était en décembre 2024. Ils avaient été invités à couvrir la réouverture de l'hôpital de l'université d'État d'Haïti. C'est la manifestation la plus frappante que des journalistes n'ont pas été assez protégés. Ils ont même été exposés à cause d’une décision de ministre qui a programmé la réouverture d'un hôpital lorsqu'il ne s'était pas assuré des conditions de sécurité. Et les journalistes sont tombés dans un guet-apens, ils ont été tués. Trois sont morts, d'autres ont été blessés. C'est une plaie ouverte pour la presse haïtienne. »

    Guerre ouverte entre gangs et police

    Au cours des deux dernières années, l'insécurité a augmenté à Port-au-Prince. Les gangs et la police se mènent une véritable guerre. Pierrevil Théas, reporter de la radio Regard FM, limite ses déplacements, et quand il sort, il s'équipe d'un gilet par balle et d'un casque.

    Les gangs sont une menace, mais il n'y a pas qu'eux. Pierrevil Théas a déjà dû faire face à l'hostilité de politiciens, de militants ou même de la population : « L'année dernière, en février 2025, j'étais à Canapé Vert pour recueillir des informations, mais en arrivant sur ces lieux, là, il y avait des protestations. Bien que durement identifié comme journaliste, la population, qui était frustrée, m'a bastonné et m'a giflé, j'ai failli perdre ma vie. »

    Depuis, Pierrevil Theas ne se rend plus dans certains quartiers trop dangereux. D'autant qu'il ne veut pas négocier avec les chefs de gangs pour s'assurer leur protection. Comme beaucoup de journalistes, il effectue désormais une bonne partie de ses interviews à distance, en contactant ses sources par téléphone.

    Les réseaux sociaux, source d’info

    Et puis, il y a aussi tout un travail sur les réseaux sociaux, complète Frantz Duval : « Il faut dire que les gangs publient beaucoup sur les réseaux sociaux. Ils filment leurs exactions, ils font des lives, ils répondent à des questions. La police aussi utilise beaucoup les réseaux sociaux pour diffuser ces informations. La police donne pour la première fois des bilans de ses opérations. Rien n'indique que ces bilans sont sincères, mais au moins ces bilans ont le mérite d'exister. Et ces chiffres ne sont pas contestés du côté des gangs. Pour le moment, c'est cette vérité qu'on a. On a aussi des organisations de défense des droits humains et les Nations unies qui tiennent un décompte beaucoup plus précis que ce que peut faire la presse avec les moyens dont disposent les journalistes. »

    Et justement ces moyens, Frantz Duval espère qu'ils vont augmenter. Il appelle les autorités qui vont succéder au CPT à restaurer la stabilité et l'économie du pays. La publicité est la seule source de financements des médias haïtiens.

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  • Cameroun: Madeleine Ngeunga, entre enquêtes et sécurité des journalistes
    2026/01/31

    Madeleine Ngeunga est une journaliste camerounaise spécialisée en droits humains et dans la défense de l’environnement. Elle débute sa carrière à la radio puis rejoint InfoCongo, une plateforme régionale qui utilise des données, des cartes interactives et des récits pour couvrir des sujets environnementaux liés à la forêt tropicale humide du bassin du Congo. Lors d’un de ses reportages sur le terrain elle est victime de menaces et d’intimidations. Elle revoit alors son mode de fonctionnement et s’investit dans la sécurité des journalistes au sein du Centre Pulitzer qui accompagne ces derniers dans leur travail d’enquête. Elle parle de son expérience au micro d’Igor Strauss.

    Lors d’une enquête sur l’exploitation forestière illégale au Cameroun, Madeleine adresse un questionnaire à l’entreprise incriminée pour obtenir sa version des faits. Mais elle n’obtient pas les réponses espérées. « La réponse était plus une réponse de menace nous accusant de tribalisme et nous disant que si on publie l'enquête et on cite l'entreprise, elle porterait plainte. Puis, comme c'était une grosse base de données de plusieurs entreprises qui étaient concernées, l'enquête a été publiée », dit-elle.

    Et finalement l’entreprise ne met pas ses menaces à exécution. Suite à la parution de cette enquête, Madeleine est invitée dans le talk-show d’une grande radio de Yaoundé pour parler de son travail. Les auditeurs sont également invités à réagir à l’antenne. Beaucoup sont admiratifs de son travail… Mais l’un d’eux la menace en direct. « Un des auditeurs a dit "ah, mais je vous entends parler, vous êtes une femme, vous avez l'air jeune, mais je vous le dis, faites attention à ce que vous êtes en train de dire, parce que ne soyez pas surprise qu'en sortant dans la rue, en marchant, un grumier vous écrase" ».

    Le risque d’être femme dans le journalisme

    Abasourdie dans un premier temps, elle ne réalise que plus tard la gravité des faits. « J'ai eu peur à un moment donné et quand je sortais, j'étais un peu sur le qui-vive, à regarder à gauche, à droite ». Et Madeleine en est persuadée, ces menaces ont aussi été proférées car elle est une femme. « Peut être que la personne n'aurait pas eu le même courage pour s'adresser à un homme. Donc je pense que le fait d'être une femme aussi, ça a de l'influence dans le risque auquel on peut être exposé. Parce que d'autres diraient "elle devrait être en train de s'occuper de son foyer tranquillement, elle est là à fouiner dans les affaires qui ne la concernent pas". Donc, clairement, il y a des connexions ».

    Sécuriser les journalistes au quotidien

    Dès lors Madeleine s’investit dans la sécurité des journalistes. Analyse des risques, procédures à adopter en cas de problèmes et soutien des rédactions. « Beaucoup de médias sont prêts à publier, mais quand on parle de prendre en charge le côté risque, le côté sécurité du journaliste, peu de médias sont prêts à s'engager. Pour dire, si par exemple la police interpelle ce journaliste, nous sommes prêts à assumer que c'est un de nos correspondants ou c'est un de nos journalistes qui fait un travail pour nous », explique-t-elle.

    Et puis, elle incite les journalistes à former des coalitions et à favoriser les enquêtes transnationales. « Ce qui fait que si un journaliste est réduit au silence au Cameroun, son enquête peut être publiée par un média partenaire, par exemple en France, il y a beaucoup de choses à faire et ce serait dommage si on ne peut pas travailler sur ces thématiques parce qu'il y a les risques ».

    Face à la puissance des réseaux de trafiquants, il est urgent d’aider les journalistes à garantir leur propre sécurité pour qu’ils continuent leurs enquêtes et qu’ils ne soient pas obligés de s’autocensurer.

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