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Menaces sur l’information

Menaces sur l’information

著者: RFI
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概要

Chaque année, la liberté de la presse est soumise à une pression croissante à travers le monde. Selon le dernier rapport de l'ONG Reporter sans Frontière, publié en mai 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des environnements extrêmement hostiles à la liberté d'expression journalistique, où exercer ce métier représente un danger pour la vie et la liberté. Pour illustrer ce constat alarmant, la chronique « Menaces sur l'Information » vous invite à découvrir les défis auxquels sont confrontés les journalistes dans le monde, à travers des portraits de ceux qui ont affronté la répression de la liberté d'expression et qui y ont parfois laissé la vie. Chaque récit met en lumière les enjeux cruciaux de notre époque pour une presse libre et indépendante.

Diffusion : tous les samedis à 6h17, 7h53 et 18h17 TU.

France Médias Monde
社会科学
エピソード
  • En France, la presse locale est menacée, alerte Reporters sans frontières
    2026/03/21

    En pleine campagne municipale, Reporters sans frontières alerte sur l'état des quotidiens régionaux, des sites d'investigation départementaux, des radios et des télévisions locales. Ces médias de proximité sont victimes de pressions politiques, judiciaires et économiques qui se sont accentuées ces dernières années.

    Le nombre de journalistes locaux s'érode d'année en année. Une menace pour le maillage de l'information. Ce réseau de centaines d'agences de médias locaux, qui couvrent à chaque fois une poignée de communes, risque de perdre en précision. « Il y a dix ans, l'information se faisait à 10 km près en France, avec des agences de groupes de presse qui permettaient de couvrir une information à 10 km près. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas parce qu'il y a des fermetures d'agences, notamment de gros groupes de presse, mais aussi des fermetures de plus petits médias », détaille Laure Chauvel, rédactrice du rapport de RSF.

    L'effritement se ressent aussi dans l'audiovisuel local. Plus de 15 radios associatives ont coupé leurs émetteurs entre 2023 et 2025. Des chaînes de télévision aussi. Wéo TV, 17 ans d'existence dans les Hauts-de-France, affiche un écran noir depuis deux mois, faute d'un modèle économique viable. Un revers pour son actionnaire principal, le groupe Rossel, qui détient aussi le quotidien régional La Voix du Nord, lui-même victime d'un douloureux plan social, qui a réduit son nombre de journalistes et d'éditions locales. « Le risque, c'est d'avoir des déserts informationnels. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de déserts informationnels en France. Mais la dynamique est à l'œuvre. Ce risque est démocratique », alerte Laure Chauvel.

    Le champ libre à la désinformation

    Moins de médias locaux de qualité, ça donne le champ libre pour les faux sites de vraie désinformation. Ils ont prospéré lors de la campagne des élections municipales. « En novembre 2025, RSF a recensé 85 sites actifs de désinformation, d'informations locales, ce qui totalisait en tout plus de 13 000 articles. Je pense à un site qui s'appelle Actu Direct, qui évoquait une maladie numérique qui s'abattait sur un centre hospitalier de Haute-Comté, ce qui n'est jamais arrivé », explique Laure Chauvel.

    Autres types de médias clés de la vie démocratique locale : l'investigation. Splann en Bretagne, Marsactu à Marseille ou Médiacités dans plusieurs grandes villes françaises. Eux subissent parfois des violences physiques, certains élus ne leur répondent plus. Mais un autre type de pression inquiète particulièrement le cofondateur de Médiacités : les procédures bâillon.

    « Depuis la création de Mediacité, on en est à 22 procès. C'est énormément de temps et d'argent parce que ça coûte cher de se défendre. On a une petite structure, c'est 13 journalistes et certains essaient de profiter de notre faiblesse relative, on va dire, pour nous intenter ces procédures en se disant "ça va tout simplement les faire disparaître" », témoigne Benoît Peyrel, cofondateur de Médiacités, qui a gagné 21 de ses procès. Malgré les menaces, ces médias restent plébiscités par 63% des Français selon le baromètre La Croix des médias en 2026. Une éclaircie dans le ciel nuageux de la presse locale française.

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  • Les dessinateurs de presse de plus en plus brimés dans le monde
    2026/03/14

    La caricature a de moins en moins bonne presse dans le monde. C'est le constat dressé par deux organisations de défense des dessinateurs de presse, Cartooning for Peace et Cartoonists Rights, qui dans leur rapport sur la période 2023-2025 alertent sur l'augmentation inquiétante des poursuites judiciaires et de la censure frappant ces professionnels. Un phénomène qui ne touche plus seulement les régimes autoritaires classiques mais aussi désormais des démocraties comme les États-Unis.

    En janvier 2025, le Washington Post, symbole absolu de la presse indépendante, censurait la dessinatrice Ann Telnaes pour une caricature critiquant la servilité envers Donald Trump du propriétaire du journal et patron d'Amazon, Jeff Bezos. Ann Telnaes a démissionné, mettant en évidence la censure grandissante aux États-Unis et des dérives que l'on croyait jusqu'alors réservées aux régimes autoritaires, selon le dessinateur Kak, président de l'association cartooning for Peace :

    « Le comportement du président Trump amène à observer des phénomènes que jusque-là on observait dans ces autres pays. Vous avez une pression directe de l'État sur les organes de presse. Deuxièmement, l'utilisation des supporters de l'État pour lancer des hordes sur les réseaux en ligne, agresser journalistes et dessinateurs de presse, les "canceler", tout ça, instrumentalisé par le pouvoir. La conséquence de ces deux choses, pression de l'État et lynchage numérique, et bien, c'est l'autocensure des titres de presse ».

    De juin 2023 à juin 2025, Cartooning for Peace a recensé 87 cas de menaces dans son réseau regroupant 374 dessinateurs dans le monde. Le dessin de presse est ainsi en danger jusque dans ses bastions historiques que sont par exemple l'Inde et la Turquie.

    Ennuis judiciaires ou incarcérations abusives

    « Force est de constater qu'en Inde, c'est de moins en moins possible. Il y a toujours des dessinateurs de presse qui s'expriment, mais dès qu'ils sont en critique frontale avec le pouvoir, ils ont des ennuis. En général, des ennuis judiciaires, parfois des incarcérations abusives. Et en Turquie, alors là, pour le coup ça n'est plus possible du tout. Le dernier magazine satirique LeMan a été obligé de fermer où, en raison d'une instrumentalisation d'un dessin qu'ils avaient fait, des gens ont voulu faire croire qu'ils avaient dessiné le prophète, ce qui n'était pas le cas. Les locaux ont été envahis, d'abord par des manifestants, puis par la police, mais qui en réalité, sous prétexte de protéger la rédaction, a arrêté l'équipe et a fait fermer le journal et c'était le dernier journal satirique », rappelle Kak.

    Le dessinateur garde cependant des raisons d'espérer : « Ce que l'on remarque, c'est que l'affection du public pour le dessin de presse grandit et que ce public se rajeunit. Pourquoi ? Parce que le dessin de presse est un instrument de résistance. Par exemple, on a fait une opération fin 2025 au Mexique. Ce qu'on a remarqué, c'est que les salles de conférence sont bondées, et on est face à un public qui en général a moins de 40 ans. Pourquoi ? Parce que dans ces pays-là, se battre pour ses droits, c'est une réalité quotidienne et le dessin de presse est un instrument de combat ».

    Reste les pays en guerre où, selon Kak le dessin de presse est implicitement ou explicitement sommé de choisir son camp.

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  • Mozambique: Carlitos Cadangue visé après ses enquêtes sur l’exploitation minière illégale
    2026/03/07

    Le Mozambique est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique et aux catastrophes naturelles. De plus en plus de journalistes couvrent ces questions, mais ils restent minoritaires. Parmi eux, Carlitos Cadangue, journaliste pour la chaîne privée STV, enquête sur les liens entre hauts dirigeants et entreprises impliquées dans des activités minières illégales et des violations des normes environnementales. En février, il dit avoir été victime d'une « tentative d'assassinat ».

    Carlitos Cadangue enquête sur les crimes environnementaux depuis trois ans. Tout commence lors d’un séjour chez sa mère à Gondola, dans le centre-est du pays, lorsqu'il remarque la couleur marron et opaque de l’eau du robinet qu’elle boit et décide d’enquêter sur son origine. « Toute l'eau de la région vient de la lagune de Chicamba. Quand j'ai enquêté, j'ai découvert que tous les orpailleurs, artisanaux comme industriels, lavent l'or dans ces fleuves. Or, cette eau alimente les villes de Gondola, Chimoio, Messica, Vanduzi, Manica... Les habitants boivent de l'eau sale et impropre ! C'est un attentat à la santé publique », dit-il.

    « Là, j'ai commencé à avoir peur »

    Il poursuit ses enquêtes et montre les effets dévastateurs de l'extraction minière illégale. Pollution des sols et des cours d'eau, récoltes perdues, risques pour la santé, la liste est longue. Son travail fait du bruit et les autorités réagissent. Le 30 septembre, Maputo suspend l'activité minière dans la province. « À partir du 30 septembre les choses sont devenues étranges. Certaines entreprises m'appelaient pour me dire sur un ton menaçant que, à cause de mes reportages, elles avaient dû arrêter leurs activités. Là, j'ai commencé à avoir peur », raconte-t-il.

    Le journaliste découvre que certaines entreprises, et pas n'importe lesquelles, continuent malgré tout de fonctionner, enfreignant l'ordre de suspension. Carlitos recevra plusieurs avertissements, jusqu'à des menaces directes de la part de dirigeants locaux. « Par exemple, l'entreprise Dima Mining appartient à l'un des fils de l'ancien président Filipe Nyusi. Non seulement elle traite l'or dans la rivière, mais elle a même détourné le cours d'eau vers son usine de traitement... Des amis m'appelaient pour me dire : "fais attention, ton nom circule, les sociétés minières ne sont pas contentes". Puis un jour, la gouverneure de la province, Florentina Gomes, m'a appelé. Ses fils possèdent l'entreprise Nha Mahambo, qui exploite une mine. J'avais couvert la mort de 13 personnes sur ce site, malgré l'arrêt des activités décidé par le gouvernement. Au téléphone, elle m'a accusé de salir l'image de la région et m'a demandé pourquoi je ne partais pas vivre ailleurs. Elle m'a clairement menacé ».

    « Ces hommes-là venaient vraiment pour me tuer »

    Quelques mois plus tard, le 4 février, Carlitos Cadangue est en voiture avec son fils lorsqu'un autre véhicule se met en travers de la route. Trois hommes armés en sortent et tirent à plusieurs reprises. « Ces hommes-là venaient vraiment pour me tuer. Ils portaient des uniformes de police et des cagoules. Ils ont arrêté de tirer seulement lorsqu'une balle a traversé le pare-brise parce qu'ils ont du penser que j'étais mort. Pour moi, il ne fait aucun doute: c'était lié à mes reportages ».

    Depuis l'attaque, pour laquelle il a porté plainte, Carlitos Cadangue n'a pas repris le travail et sort peu de chez lui. La presse et la télévision mozambicaine ont largement relayé l'attaque et diffusé le témoignage du journaliste. Les réactions sont aussi politiques. L'actuel président Daniel Chapo a exigé des « éclaircissements » sur l'affaire, déclarant solennellement que « la peur et l'insécurité sont des ennemis de la liberté ».

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