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Lu.

Lu.

著者: Oriane Bismuth - Lucky Link
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Un podcast où la poésie se mêle de la santé. Et s'il existait un autre langage pour parler de santé ? Lu. est un podcast né d'une rencontre : Les textes du Dr. Lucien Lahmi, médecin cancérologue et poète, dont la plume singulière tendres ou dérangeante résonnent déjà auprès d'un large public. Et l'élan d'Oriane Bismuth, stratégiste en santé publique et fondatrice de Lucky Link, qui, à la lecture de ces textes, trouva le moyen de réintroduire de la beauté dans nos discours de santé. Le concept À chaque épisode, une personnalité du monde de la santé est invitée à réagir à un texte de Lucien. Cet été 5 hommes de santé se prête au jeu de Lu. : Alexandre Berkesse, Vincent Dumez, Guillaume Rousson, Nicolas Naïditch et Lucien Lahmi lui-même. Mais Lu. n'est pas seulement un podcast : C'est un univers sonore et visuel, peuplé de personnages oniriques, d'échos musicaux et de touches d'intelligence artificielle. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.Oriane Bismuth 哲学 社会科学 衛生・健康的な生活 身体的病い・疾患
エピソード
  • Bonus - La pleine Lu. #5 - Le sens.
    2026/07/15

    Découvrez l'univers Lu. créé par Lucide.care sur la base des textes du Dr. Lucien Lahmi.
    www.lucidecare.lu


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    Texte du Dr. Lucien Lahmi mis en musique

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    Le sens.

    « À quoi ça sert, la vie ? »

    Il est seize heures. Ni le début de la journée, ni tout à fait la fin. Cette heure suspendue où le temps hésite. Une personne quitte le bureau. Dans la salle d’attente, les regards se lèvent, espèrent leur nom. Moi, je sais qui je verrai ensuite. Mais je ne sais jamais ce qui va surgir de ces minutes partagées. C’est pour cela que j’aime ce métier.

    Il est architecte. Égyptien. Plus de soixante-dix ans. Il n’a jamais voulu arrêter. Grand, droit, le regard vif. Ses mains aiment le papier autant que les lignes qu’elles y déposent. Des mains qui savent encore attendre avant de tracer.
    Nous parlons de sa maladie. De cette rechute qui s’impose à lui. De la radiothérapie à venir. Du temps que cela prendra. Des effets secondaires possibles. Les mots nous lient durant cet instant. Ils accompagnent.


    Puis il y a un silence. Un de ces silences pleins. Je regarde son imagerie. Il regarde ses mains qui tiennent son stylo argenté, puis il lève les yeux vers moi. Et c’est là qu’il dit l’une des plus belles phrases de la consultation. Comme s'il se confiait à lui même.

    « Vous savez, mon travail, je l’aime. C’est ma passion. Et quand on sait que l’on va mourir, on est obligé de se demander : à quoi ça sert, la vie ?

    J’aime ma famille, mes enfants. Mais il n’y a pas de moment où je me sens plus pleinement exister que lorsque je tiens un crayon entre mes doigts et que, sur le papier, apparaît quelque chose qui vient de moi et que je trouve beau. »

    Nous avons parlé longtemps de cela. Comme deux hommes qui se reconnaissent dans la beauté de ce qui fait tenir debout. Nous nous sommes serré la main. Il est parti. Nous nous reverrons bientôt.
    Je suis retourné à mon bureau. Les jours ont continué.

    Et moi, est-ce que je sais à quoi sert la vie ?

    Je me pose la question sans urgence. Elle s’installe. Elle attend. Elle m'habite en toile de fond.
    Est-ce pour soi ? Pour se réaliser enfin, un jour ? Pour se distraire en attendant que le temps passe ?


    Accumuler des choses, des souvenirs, des preuves que l’on a bien été là. Voir. Voyager. Remplir les silences. Laisser une trace : des enfants, des œuvres, un nom qui survivrait quelques instants de plus que nous. Jouir, aussi. Se convaincre que le plaisir suffit à donner un sens.
    Je n’ai pas la réponse. Et je crois que personne ne l’a.

    À quoi sert la vie ?
    Elle n’explique rien. Elle ne promet rien. Elle est là. Le temps d’un instant. On y entre sans l’avoir demandé. On y reste en essayant de comprendre. Elle passe pendant que l’on cherche à l’habiter. Puis un jour, nous n’y sommes plus.
    Peu importe la manière. Peu importe la hauteur ou la discrétion.

    Pendant que l’on se demande comment lui donner un sens, la vie est là.


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    4 分
  • Bonus - La pleine Lu. #4 - L'homme.
    2026/07/15

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    Texte du Dr. Lucien Lahmi mis en musique

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    L'homme.

    J’aimerais vous parler d’un homme.

    Ni illustre ni criminel. Aucun éditorial ne lui sera consacré, aucun dîner ne fera circuler son nom. Et pourtant, il est mort.

    Je vous en parle parce qu’il était mon patient. Longtemps. De ceux qu’on reconnaît de loin, pas à cause de la maladie, mais parce qu’on apprend à les connaître autrement que par elle. J’avais pris l’habitude de son visage, de sa façon d’entrer dans le couloir, de ce bonjour dit comme si nous nous connaissions depuis toujours. Il parlait avec une élégance discrète. Toujours optimiste, toujours debout, même quand le corps, lui, chancelait.

    Il me racontait ses journées. Il était professeur. Sa classe, ses projets. Il parlait de son fils, un adolescent aux mots rares. Dans ses silences, il voyait son futur : « Il fera de grandes choses. »

    Il ne se plaignait pas. Rien sur ce cou tenu par une minerve. Rien sur cette maladie entrée en lui comme une rouille dans le métal.

    Il est mort. Et j’ai eu besoin d’écrire. Parce que c’est peut-être la seule façon, pour moi, de continuer un peu à le faire exister.

    Je pense souvent à ceux qui traversent la vie sans bruit et qu’on laisse partir dans le silence. Je trouve cela injuste. On se souvient des monstres, des bourreaux, de ceux qui blessent. On se souvient aussi de ceux qui gouvernent, qui sculptent leur gloire en discours et en statues.

    Et puis il y a les autres. Ceux qui font le bien sans jamais s’en vanter. Qui donnent, enseignent, tendent la main sans rien espérer en retour. Ceux qui avancent sans bruit, comme s’il n’y avait rien d’extraordinaire à être simplement justes. Ils vivent loin des caméras, et pourtant, si l’on prenait le temps de les regarder, nous serions bouleversés. Ceux-là s’éteignent comme une lampe en plein jour : personne ne remarque vraiment que la lumière baisse d'un ton. Ils partent sans fracas, dans une chambre que plus personne n’ouvre. Et pourtant ils étaient là, présents, solides, tendres, avec cette façon de tenir debout sans chercher les regards.

    Des femmes, des hommes dont la bonté et la bienveillance n'est pas un « geste » mais une habitude.

    C’est peut-être pour cela que j’ai commencé à écrire, quand j’étais interne. Pour ne pas les laisser disparaître. Qu’il reste quelque chose : une phrase, une image, une trace dans la langue.

    Pour tous ceux qui marchent la terre et qui sont bons.

    Pour rappeler que c’est eux, la véritable humanité, le monde réel, la société vivante, et non l’infime sélection qui peuple les livres d’Histoire ou les documentaires Netflix.

    Ils sont mères, pères, sœurs, oncles, amis, collègues. Parfois leur nom devient un numéro de chambre, mais aucune dernière demeure, aucune vieillesse, aucun état ultime ne dit l’étendue d’une vie.

    Ce texte est pour lui. Je l’ai écrit juste après avoir appris sa mort.

    C’est peut-être ce que je sais faire de mieux : écrire pour ne pas oublier. Écrire pour que, dans la grande foule des vivants, il n'y ai pas de noms moins importants que d'autres.


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    5 分
  • Bonus - La pleine Lu. #3 - L'erreur.
    2026/07/15

    Découvrez l'univers Lu. créé par Lucide.care sur la base des textes du Dr. Lucien Lahmi.
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    Texte du Dr. Lucien Lahmi mis en musique

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    L'erreur.

    Lors de mon premier semestre d’internat, je me suis retrouvé dans une situation où, au lieu de soigner, j’ai aggravé l’état d’un patient. Ce moment est toujours dans mon esprit depuis et il m’a beaucoup appris sur ce que peut signifier également prendre soin.

    Le patient avait un peu plus de 50 ans, atteint d’un cancer pulmonaire avec une atteinte de la plèvre. Il avait du mal à respirer. Il fallait évacuer l’épanchement qui l’étouffait. Tout semblait se dérouler comme prévu. J’ai demandé à sa famille de quitter la chambre, leur promettant qu’après la ponction, il serait soulagé. Avec cette assurance que l’on prend parfois sans vraiment la questionner.

    Puis est survenue la complication.

    L’air est entré dans l’espace pleural, créant un pneumothorax. Ce genre de situations, on sait qu’elles peuvent arriver, mais quand elles se produisent, on est toujours pris de court. Nous avons agi vite, interrompu le geste et informé la famille. Leurs visages disaient tout : ils espéraient le mieux, et se retrouvaient face à un pire.

    Ce n’était pourtant pas la première fois que je réalisais cette procédure. Mon geste n’avait rien de différent de ceux que j’avais effectués auparavant. Et pourtant, c’est celui-là qui a mené à une complication.

    Les jours qui ont suivi ont été les plus formateurs. Chaque matin, je suis retourné le voir, comme avant. J’étais celui qui avait aggravé son état, mais il fallait être là. Parce que prendre soin ne s’arrête pas aux complications. Il s’agit d’assumer les aléas, de reconstruire le lien, d’être présent même quand le geste technique a échoué.

    Comme l’explique Paul Ricoeur dans Soi-même comme un autre, la condition humaine est marquée par notre faillibilité. Nous sommes vulnérables à l'erreur et à l’imprévu. Cependant, cette vulnérabilité n’est pas seulement une faiblesse : elle ouvre également la voie à la responsabilité.
    En tant que soignants, accepter cette réalité implique de ne pas fuir nos échecs, mais de les reconnaître et de les assumer, car c’est dans cette reconnaissance que réside l’authenticité de notre engagement moral.

    Cet évènement m’a fait prendre conscience de l’importance de rester, même en cas d’échec, et peut-être même surtout en cas d’échec.


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    2 分
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