エピソード

  • Yémen: la guerre des récits se renforce après l’intensification des combats
    2026/09/11

    Les combats s’intensifient au Yémen. Cette guerre, longtemps gelée, oppose les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, au gouvernement yéménite internationalement reconnu et soutenu par l’Arabie saoudite. Les Houthis, ciblés par des frappes aériennes de Riyad, ont pris le contrôle de la ville portuaire stratégique de Mokha jeudi 10 septembre. Sur fond d’embrasement régional, cette nouvelle crise s’accompagne d’une intensification de la désinformation sur les réseaux sociaux.

    Images détournées, contenus générés par intelligence artificielle... Au Yémen, tous les moyens sont bons pour gagner la guerre des récits. C’est le cas de cette vidéo censée documenter les conséquences d’une frappe des rebelles Houthis sur un aéroport saoudien. On y voit des passagers évacuant en urgence un avion en feu, sur une piste de décollage. Les commentaires parlent d’une scène de panique filmée à l’aéroport international du roi Khaled, au nord de Riyad.

    Vérification faite, ces images sont sorties de leur contexte. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver l’origine précise de cette vidéo. Elle a été filmée aux États-Unis, à l’aéroport de Denver, en juillet 2025. Un Boeing de la compagnie American Airlines avait pris feu durant le décollage.

    Des frappes et des infox

    Des comptes pro-rebelles Houthis cherchent ainsi à faire croire à une panique générale dans les aéroports saoudiens visés par des frappes. Autre exemple avec cette vidéo d’un terminal en feu où des passagers courent sur les décombres. La légende évoque une scène de « chaos résultant de l'attaque des Houthis contre l'aéroport international d’Abha ».

    En réalité, elle montre l’aéroport international du Koweït touché par des drones iraniens en juin 2026.

    Des rebelles déposent les armes ?

    Sur l'évolution des combats en cours aussi, tout et son contraire circule sur les réseaux sociaux. Alors que les rebelles Houthis gagnent du terrain sur la côte ouest du pays, une vidéo prétend que certains de ses membres auraient déposé les armes, capturés par les forces gouvernementales. On y voit des hommes, jeunes pour la plupart, filmés un par un, en gros plan, quelque part dans le désert.

    Dans les faits, ces images ont été publiées sur YouTube par un journaliste yéménite, le 27 février 2021.

    Désinformation régionale

    Cette désinformation cible aussi les autres pays de la région, à l’image de la Syrie, où une photo diffusée en ligne prétend montrer, à tort, le recrutement par l’Arabie saoudite de mercenaires syriens pour se battre au Yémen. On y voit un combattant en habits traditionnels yéménites, prendre la pose devant plusieurs soldats. En réalité, cette photo a été manipulée via l’intelligence artificielle.

    Sur le cliché original, en ligne depuis 2025, l’homme ne porte pas la tenue traditionnelle yéménite. Nous l’avons retrouvé, c’est un instructeur militaire ouzbek pris en photo en Syrie, il y a plus d’un an. Rien n’indique qu’il soit parti au Yémen.

    Compliquer le travail des analystes

    Derrière ce flot de fausses informations, on retrouve un mélange de faux comptes, de médias peu fiables et d’influenceurs habitués à diffuser de la propagande. Toutes ces images mensongères rendent très difficile le travail en sources ouvertes et le suivi de l’évolution de la situation sur place.

    À lire aussiYémen: l’offensive des Houthis se joue aussi sur les réseaux sociaux

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  • Moyen-Orient: la guerre des images autour des frappes américaines et iraniennes
    2026/09/04

    Après un mois d'accalmie, les frappes américaines sur l’Iran ont repris cette semaine. Les États-Unis affirment avoir détruit des sites de défense aérienne, des systèmes radar et des dispositifs permettant d’installer des mines dans le détroit d'Ormuz. En représailles, les Gardiens de la Révolution ont ciblé des bases américaines aux Émirats arabes unis, au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie. Sur les réseaux sociaux, une guerre des images se joue autour de ce nouvel épisode de tensions.

    Les vidéos mensongères censées documenter ces bombardements iraniens et américains se multiplient ces derniers jours. L’un des exemples marquants est un clip de dix-neuf secondes filmé de nuit. On y voit une zone industrielle ravagée par les flammes. Les commentaires parlent d’un « bombardement américain sur le port de Bandar Abbas », une ville iranienne stratégique, donnant sur le détroit d’Ormuz.

    Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours au Moyen-Orient. Cette vidéo a été filmée en Russie, en janvier 2025. Elle montre une raffinerie de pétrole en feu à la suite d’une attaque de drone ukrainienne, dans la région de Nijni Novgorod. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver la trace de ce clip, diffusé dans plusieurs articles de presse.

    Des explosions ont été signalées à Bandar Abbas ces derniers jours mais sans confirmation visuelle à ce stade.

    L’IA au service de la propagande

    Au-delà des vidéos sorties de leur contexte, nous avons également repéré des images générées par intelligence artificielle. C’est le cas de cet extrait prétendument lié à la riposte iranienne. On y voit cinq lanceurs de missiles fixes, alignés quelque part dans le désert. À proximité du pas de tir, plusieurs soldats observent la mise à feu et le décollage des engins.

    La légende avance que « l'Iran serait capable de répondre aux frappes américaines en moins de 10 minutes grâce à ces lanceurs de missiles ». En réalité, ces images ont été générées par intelligence artificielle.

    Au début de la vidéo, on compte précisément cinq lanceurs sur le pas de tir. Mais lors de la mise à feu, six missiles montent dans le ciel. En regardant au ralenti, on se rend compte que l’un d’eux apparaît comme par magie.

    Les détecteurs d’IA que nous avons utilisés confirment que ces images sont synthétiques.

    Comptes anonymes et président américain

    Derrière ces vidéos artificielles, on retrouve souvent des comptes anonymes, habitués à diffuser de la désinformation autour de la situation au Moyen-Orient. Ces contenus mensongers ultra-réalistes leur permettent de générer facilement des millions de vues sur les réseaux.

    Le compte le plus influent qui utilise l’intelligence artificielle pour communiquer sur les frappes en Iran n’est autre que celui du président américain en personne. Donald Trump a notamment diffusé une vidéo artificielle de l’île iranienne de Kharg, en feu, sans préciser l’utilisation de l’IA.

    Ces images mensongères sèment le trouble et rendent encore plus difficile la distinction entre le vrai et le faux.

    À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: les images artificielles saturent l’espace informationnel

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  • Syrie: les tensions entre Israël et la Turquie ciblées par les infox
    2026/08/28

    Après des frappes israéliennes sur une base militaire syrienne, près de la frontière turque, les relations se sont encore dégradées ces derniers jours entre Tel-Aviv et Ankara. Dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la flottille pour Gaza, la Turquie a émis un mandat d’arrêt international contre Benyamin Netanyahu, qui a lui qualifié Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite ». Cette situation inflammable n’échappe pas à la désinformation.

    Les fausses informations que nous avons repérées laissent croire à un déploiement militaire massif de la Turquie en Syrie. C’est le cas de cette vidéo censée montrer l’arrivée de 250 véhicules et d’une vingtaine de chars turcs dans le sud-ouest de la Syrie. On y voit des engins de transport de troupes, modèle Kirpi, et des blindés légers, Otokar Cobra, alignés sur une route bitumée. Les commentaires parlent d’un « renforcement militaire récent et massif ».

    Vérification faite, cette vidéo n'est pas récente. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé sa trace il y a près de neuf ans. Elle a été publiée sur YouTube par la chaîne de télévision turque, TRT, le 1ᵉʳ octobre 2017. La légende évoque un rassemblement de troupes, à la frontière syrienne.

    Ce déploiement était intervenu quelques jours seulement avant le lancement par Ankara d’une opération militaire contre les jihadistes d'al-Qaïda, dans la région d'Idleb.

    L’intelligence artificielle s’en mêle

    Cette fausse information n’est pas un cas isolé, loin de là. Nous en avons repéré plus d’une dizaine ces derniers jours. La dernière en date est une photo du palais présidentiel de Damas. Elle prétend montrer le déploiement sur place d’un système de défense anti-aérien, de fabrication turque.

    On y voit un radar et des modules d’interception, reconnaissables par leurs tubes de lancement de missiles. La description affirme que « la Turquie aurait déployé son dôme de fer en prévision d'une frappe israélienne ».

    Dans les faits, cette image n’est pas réelle. Les proportions du radar et des lanceurs de missiles ne sont pas correctes. Les modules font la même taille que des bâtiments hauts de plusieurs étages. D’un point de vue militaire, leur placement, à seulement quelques mètres du palais présidentiel, n’a aucun sens.

    Ces incohérences montrent que ce cliché a été généré ou modifié par une intelligence artificielle. Les outils de détection que nous avons utilisés le confirment.

    Marché numérique de la peur

    Derrière ces infox, on retrouve un mélange de comptes de propagande et de profils bien ancrés sur le marché numérique de la peur. Les premiers cherchent à vanter la puissance militaire turque. Les autres exploitent de façon opportuniste les différentes tensions internationales, ici entre la Turquie et Israël.

    En agitant le spectre d’une confrontation militaire imminente, ils parviennent à générer de l'audience et à gagner de l’argent. Souvent sensationnalistes, ces contenus sont mis en avant par les algorithmes de recommandation. Cette désinformation pollue l’espace numérique et participe à éclipser les informations fiables et vérifiées.

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  • Mali: la désinformation s'active autour de la libération des 82 militaires
    2026/08/21

    Au Mali, 82 militaires détenus par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et le Front de libération de l'Azawad (FLA) ont été libérés jeudi 13 août, capturés après des affrontements avec l'armée malienne. Sur les réseaux sociaux, cette libération n’échappe pas à la désinformation, notamment aux fausses déclarations attribuées à des chefs d’État étrangers.

    À en croire une vidéo diffusée sur TikTok, Vladimir Poutine aurait réagi en personne à cette libération des 82 militaires maliens. À l’image, l’extrait d’une prise de parole officielle du président russe défile. Côté son, une voix de mauvaise qualité, générée par intelligence artificielle, prétend traduire ses propos. On pense alors l’entendre féliciter longuement Assimi Goïta.

    Le reste de ce prétendu discours fait l’éloge du président de la transition malienne.

    Faux discours et intelligence artificielle

    Vérification faite, tout est faux. Sur le fond d’abord, Vladimir Poutine n’a jamais prononcé ces mots. Ni son cabinet, ni les médias russes ou maliens n’ont évoqué une telle déclaration. Le Kremlin et les autorités maliennes ont rapporté mercredi une conversation téléphonique, à l'initiative du Mali, entre le président russe et Assimi Goïta. Aucun des communiqués ne mentionne la libération de ces 82 soldats.

    Quelqu'un a donc simplement recyclé une vieille vidéo de Vladimir Poutine en y ajoutant un faux discours, lu par une intelligence artificielle.

    Kim Jong-un ciblé

    Le président russe n’est pas le seul chef d’État ciblé par ce genre de rumeur. Un discours similaire est aussi attribué au leader nord-coréen Kim Jong-un. Une voix artificielle prétend là encore que le dirigeant nord-coréen aurait longuement félicité Assimi Goïta.

    Une nouvelle fois, tout est faux. Cette déclaration a été inventée de toutes pièces. Malgré cela, les commentaires montrent que certains se font avoir.

    Un mode opératoire à la mode

    Ce n’est pas la première fois que de fausses déclarations de Vladimir Poutine et Kim Jong-un circulent sur les réseaux sociaux. Il s'agit d’un mode opératoire à la mode depuis plusieurs années, particulièrement en Afrique de l’Ouest. De nouveaux cas circulent tous les jours sur TikTok.

    Nous en avions déjà parlé dans cette chronique, en septembre 2023, avec une fausse vidéo du leader nord-coréen, menaçant de détruire les pays hostiles au Niger.

    Symboles d’autorité et assez populaires, Kim Jong-un et Vladimir Poutine ne sont pas choisis au hasard. Les mentionner dans un contexte politique local permet de maximiser ses chances de faire de l’audience sur les réseaux sociaux.

    Occuper l’espace informationnel

    Derrière ces infox, on retrouve souvent des comptes TikTok anonymes, se présentant, à tort, comme des médias. Certains cumulent des dizaines de milliers d’abonnés et enregistrent des millions de vues. Leur activité se résume à la diffusion d’infox souvent sensationnalistes, en lien avec l’actualité internationale. La majorité de ces contenus sont ouvertement pro-russes.

    Comme un bruit de fond permanent, cette désinformation sème le trouble et brouille l’espace informationnel.

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  • Ceuta: comment la désinformation encourage la traversée de la frontière
    2026/08/14

    Les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla vont-elles faire face à une nouvelle crise migratoire, samedi 15 août ? Deux semaines après l’afflux d’au moins 70 000 migrants, de nouveaux appels à la traversée circulent sur les réseaux sociaux. L'enquête menée par RFI montre que ce mouvement numérique est, une nouvelle fois, marqué par la désinformation et amplifié par des faux comptes.

    À en croire une rumeur insistante sur les réseaux marocains, la frontière espagnole sera exceptionnellement ouverte, samedi 15 août, pour cause de jour férié dans le pays. « C’est le moment ou jamais », commentent certains internautes, dans des publications vues plusieurs millions de fois. En réalité, aucun passage ne sera ouvert, ni côté marocain, ni côté espagnol. Cette fausse information a été montée de toutes pièces, pour piéger les candidats à la migration.

    Face à la montée en puissance de cette rumeur, les autorités des deux pays ont, au contraire, annoncé le renforcement de leur dispositif sécuritaire sur place. Dans un message publié sur Instagram, la Guardia civil, la police militaire espagnole insiste : « la frontière ne s’ouvrira pas. De nouvelles barrières de sécurité ont été installées. Ne vous laissez pas tromper ».

    Rappelons que ce n’est pas la première fois que ce type de rumeurs circulent sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées. À cela s'ajoutent différents types d’arnaques avec des fausses promesses de contrats de travail en France, en Italie et ailleurs en Europe.

    Grâce à l’analyse des schémas de diffusion nous avons documenté plusieurs comportements, factices, inauthentiques.

    L’enquête est à retrouver en intégralité ici.

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  • Crise migratoire à Ceuta: attention à la récupération de certaines images par la droite radicale
    2026/08/07
    Les images de l'afflux massif de dizaines de milliers de Marocains dans l’enclave espagnole de Ceuta le 30 juillet dernier ont fait l’objet d’une récupération de la part de la mouvance d’extrême droite européenne. Certaines vidéos impressionnantes ont notamment été détournées pour faire croire à un complot des autorités marocaines et à un déferlement de violences de la part des migrants au cœur de Ceuta. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Des véhicules calcinés sur une route coincée entre la colline et la mer, des restes de motos, un bus incendié dont ne subsiste que la carcasse noircie. Commentaires sur X de la part de comptes francophones de la droite radicale : « Voilà à quoi ressemble Ceuta », la ville espagnole serait : « presque totalement dévastée ». « Il n'a fallu qu'une journée aux migrants pour détruire Ceuta », conclut un contributeur sur le réseau d’Elon Musk. Un visionnage attentif révèle des images de bonne qualité, tournées pour le compte d’une agence de presse ou d'une télévision, mais reprises sans aucune voix off, dans des posts mensongers. Géolocalisations et chronologie des faits Dans le cadre de notre travail de vérification, nous avons tout d’abord cherché à savoir avec précision où ces images avaient été tournées. Sur la vidéo de 45 secondes, une capture a retenu notre attention. À 22 secondes, sur un rond-point tout proche des carcasses, deux panneaux routiers indiquent Ceuta 0,5 km et Tétouan au Maroc, à 32 kilomètres. En utilisant une image satellite issue de Google Earth, disponible gratuitement en ligne, nous avons retrouvé le rond-point : il se situe en territoire marocain et non dans l’enclave espagnole. En utilisant la plateforme Mapillary, qui compile des images de rues prises par des internautes du monde entier, nous avons retrouvé ce lieu, en 2016. On distingue des voitures stationnées sur le bas-côté, exactement au même endroit que celles qui ont été filmées après avoir été incendiées en 2026. Conclusion : les véhicules ont été incendiés devant l’immense poste de douanes qui permet de pénétrer dans l’enclave espagnole, mais côté marocain, sur la route de Fnideq. Ce que confirme notre correspondant au Maroc Matthias Raynal, qui précise que : « ces images ont été prises au niveau de la frontière, du rond-point et sur la route qui mène au poste de douane ». Quelques voitures marocaines brûlées au Maroc Il ne fait aucun doute que Ceuta a dû faire face à des pillages et s’est retrouvée submergée par l’arrivée de ces milliers de jeunes migrants marocains et subsahariens, mais ces images de voitures brûlées n’ont pas été tournées au sein même de la ville, lors de l'arrivée des migrants, contrairement à ce qu’affirment plusieurs post mensongers. L’agence Reuters écrivait enfin le 31 juillet : « Aux portes de Ceuta, les autorités marocaines ont déployé des camions lance-eau et tentaient de repousser la foule. On pouvait apercevoir les carcasses calcinées d'un bus et de sept voitures, stigmates des affrontements de la veille ». Sur certains véhicules, endommagés dans ce secteur, on aperçoit d’ailleurs des plaques d’immatriculation marocaines et non espagnoles. Ces dégâts ont visiblement été causés dans la nuit du 30 au 31. Le 3 août, Madrid annonçait enfin, que la quasi-totalité des migrants marocains ayant franchi la frontière avaient été renvoyés dans leur pays d'origine. Théories bancales sur la complicité des gendarmes marocains L’autre vidéo qui a été vue des milliers de fois sur les réseaux, c’est celle d’un camion benne marocain duquel descendent des dizaines de jeunes migrants sous l’œil d’un gendarme marocain. L’image dénote une certaine passivité des forces de l’ordre face aux évènements, mais certains commentaires vont jusqu’à parler de complicité directe des autorités qui auraient organisé le transport en camion de ces jeunes Marocains jusqu'à Ceuta. Là encore, nous avons cherché à géolocaliser ces images. Dans l’enregistrement, on entend la personne qui filme dire en dialecte marocain, que la scène a été tournée « aux portes de Tétouan ». En nous basant sur ce qu’on voit à l’écran, nous avons donc recherché une route à deux fois deux voies, dans les environs de cette ville du nord du Maroc. En remontant la N2 sur Mapillary, nous avons retrouvé un point de vue identique à celui de la vidéo. La route, le relief, la signalisation concordent. Toutefois, l’endroit est situé à 50 km de Ceuta. Si les jeunes migrants avaient dû continuer leur route à pied, ils auraient dû marcher une dizaine d’heures pour atteindre la frontière espagnole. Des camions bondés filmés à plusieurs reprises On retrouve cette vidéo sur une publication locale sur Facebook. La vidéo a été mise en ligne le 30 juillet...
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  • Comment l’intelligence artificielle alimente la désinformation historique
    2026/07/31

    Avec le perfectionnement des outils de génération d’images, les vidéos artificielles, censées donner vie à des moments historiques, se multiplient sur les réseaux sociaux. Souvent remplis d’erreurs et d’anachronismes, ces clips alimentent la désinformation historique.

    Imaginez-vous en train de déambuler dans les rues de Rome durant l’Antiquité, dans une tranchée lors de la Première Guerre mondiale ou dans une forêt à l’époque des dinosaures. Voici le genre de voyage temporel que proposent ces vidéos artificielles diffusées sur les réseaux sociaux.

    Ce que vous venez d’entendre, c’est Chloé, une jeune femme entièrement générée par IA. On peut la voir assister à différents événements qui ont marqué l’histoire : la Révolution française, le naufrage du Titanic ou encore l'éruption du Vésuve.

    Aucune période historique n’est épargnée. Les vidéos de ce compte cumulent des dizaines de millions de vues sur les réseaux sociaux.

    Erreurs et anachronismes

    Visuellement, l’illusion est presque totale, à tel point que des internautes se demandent en commentaire s’il s’agit d’un clip synthétique ou d’une reconstitution historique réalisée avec de vrais acteurs. La qualité des images, le son et l’esthétique générale donnent l’impression de visionner un contenu pédagogique, pensé pour se documenter sur une période ou un événement de notre histoire. Sauf que, en réalité, c’est tout le contraire.

    En effet, ces vidéos comportent énormément d’erreurs factuelles et d’anachronismes : un drapeau bleu-blanc-rouge trois cent cinquante ans avant sa création, un Moyen-Âge sinistre, sombre et très sale, la France sacrée lors de la première Coupe du monde en Uruguay, etc.

    Déformer notre vision du passé

    Ces vidéos, souvent courtes, enchaînent les infox mais aussi les anachronismes. Basées non pas sur le travail d’historiens reconnus, mais sur un ensemble de sources abstraites, elles véhiculent aussi de nombreux stéréotypes.

    S’y ajoutent, parfois, des motivations politiques voire une forme de révisionnisme. Résultat, ces clips bouleversent notre vision du passé et participent aussi à invisibiliser les sources fiables et les documents historiques. C’est notamment le cas pour la Shoah avec des vidéos artificielles mettant en scène des victimes de l’Holocauste.

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    La quête du buzz

    Derrière ces vidéos historiques artificielles, on retrouve une pluralité d’acteurs, allant des passionnés d’histoire peu soucieux de la réalité des faits aux internautes en quête de profit. Ces vidéos, souvent virales sur les réseaux sociaux, peuvent se transformer en une véritable source de revenus.

    La concurrence grandissante entre les créateurs de vidéos historiques artificielles aboutit à une surenchère, avec des contenus toujours plus sensationnalistes et donc toujours plus mensongers. Souvent présentées comme des contenus synthétiques, ces vidéos ne sont pas supprimées par les plateformes. Au contraire, les algorithmes les mettent en avant. Le phénomène n’est donc probablement pas près de s’arrêter.

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  • Guerre en Iran: comment l'embargo sur les images satellites US a entravé la vérification des faits
    2026/07/24
    Le bras de fer entre les États-Unis et l'Iran se poursuit avec une reprise le 8 juillet des frappes américaines. À partir de mars, les premières images spatiales de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis avaient permis d’avoir une idée assez précise des dégâts subis par les belligérants. Elles provenaient principalement d'entreprises américaines. Des clichés récupérés par les propagandistes des deux camps, ce qui a poussé les États-Unis à fermer progressivement le robinet à images. Parmi les entreprises américaines spécialisées dans la diffusion d’images satellites, certaines sont bien connues comme Planet Labs, ou encore Maxar devenu Vantor. Au total, on compte aux États-Unis une dizaine d'entreprises proposant des solutions d'exploitation des données spatiales. Il s’agit de partenaires importants dans le travail d’enquête numérique et de vérification des faits. Planet Labs et Maxar ont toujours fait preuve de transparence avec la presse internationale. Pour autant, ces entreprises commerciales ne sont pas autorisées à mettre tout et n'importe quoi entre les mains du public. Dès 1992, le Congrès avait fait voter une loi suivie deux ans plus tard d’une directive présidentielle, imposant aux opérateurs de satellites commerciaux de restreindre l’accès aux données en temps de guerre. Avant le conflit dans le golfe Persique, ces entreprises avaient une politique de publication assez stricte mais très claire. Par exemple, en juin 2025 (8 mois avant la guerre), RFI avait cherché à se procurer des images satellites de l’île de Diego Garcia dans l’océan Indien : « une île porte-avions », puisqu’une base aérienne américaine est construite sur cet archipel : Réponse de Maxar : « Par principe, nous ne fournissons pas d'images haute résolution des bases militaires américaines ou de la coalition ». Restrictions croissantes Ces derniers mois, on a assisté à une réduction progressive de l’accès à l’imagerie commerciale américaine. En 2026, dans les premiers jours ayant suivi l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, beaucoup d’images ont été diffusées. Planet Labs fournissait même en service de presse (donc gratuitement) des clichés détaillant les sites iraniens visés par les Américains. On pouvait y voir les destructions sur le port militaire de Bandar Abbas, sur la base aérienne de Tabriz, l’aéroport de Mehrabad, ou encore le site nucléaire de Natanz. Quand nous avons travaillé sur le bombardement d’une école située à proximité immédiate de la base des pasdarans de Minab, Planet Labs a fourni des images documentant l’attaque du site, nous permettant dès le 5 mars d’apporter la preuve d’un raid massif mené par les États-Unis, et ayant conduit à une frappe meurtrière sur l’école. Le dossier libre d’accès a été clôturé le 7 mars. Les photos contredisent Trump Les choses se sont compliquées quand les pertes matérielles américaines ont commencé à être évoquées, images à l’appui. Dans un premier temps, les « Osinter » : la communauté qui exploite les données librement accessibles sur internet, les journalistes, les ONG s’en sont saisis, suivis de la propagande iranienne qui désormais fournit des images appuyant son narratif. Parallèlement, on sait que l'Iran dispose d'une capacité d'appréciation de la situation via des satellites d'observation dont on ignore les performances. Sur les réseaux, le voile a commencé alors à se lever, laissant apparaître des frappes significatives contre des bases américaines dans le golfe. Des raids de drones ou de missiles iraniens contre des radars, des drones US sous leurs hangars et d'autres infrastructures. Il ne fait aucun doute que l'Iran a répliqué avec une certaine efficacité et continue de le faire à l'été 2026. Cela va à l’encontre du discours de l’administration Trump qui, dès le début, a tenté de minimiser les pertes, évoquant : « Une réponse très faible de l’Iran (…) l’absence de pertes humaines côté américain (…) une guerre qui devait se terminer rapidement ». Discours qui a ensuite évolué, sur un ton plus menaçant : « Nous allons frapper très fort pour honorer nos soldats tombés ». L’épisode de l’AWACS : un déclencheur ? Le tournant a peut-être été la diffusion des images d’un avion radar américain coupé en deux par un projectile iranien après l’attaque d’une base aérienne saoudienne. C’était la preuve concrète que l’Amérique « prenait des coups » Parallèlement, des soupçons sont apparus concernant l’utilisation d’images satellites commerciales à des fins de ciblage, c’est-à-dire pour permettre à l’armée iranienne de préparer ces actions militaires. Quelques jours après l’affaire de l’AWACS, sans toutefois établir un lien direct, Planet Labs suspend la ...
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