エピソード

  • Les historiens submergés par les infox et l'IA
    2026/10/16
    Elles inondent les réseaux sociaux : les fausses informations concernant l'histoire ou l'archéologie sont légion. Des théories fumeuses sur les pyramides d'Égypte aux vidéos fantaisistes sur des découvertes improbables, les historiens assistent à une recrudescence de cette désinformation parfois motivée par des logiques politiques. Certains commencent déjà à s'organiser pour sensibiliser le public, mais comme souvent quand on parle d'infox, la tâche est immense. C'est une vidéo à succès sur le réseau X, avec 3,3 millions de vues. Elle montre la découverte de l'arche de Noé lors de fouilles sur le mont Ararat dans l'est de la Turquie. Sauf qu'il s'agit d'une vidéo générée artificiellement. D'autres existent d'ailleurs, surfant sur ce succès et sur la passion des internautes pour l'histoire. Lara Fabian, professeure assistante d'archéologie à l'université de Californie à Los Angeles et spécialiste de la région, n'en est pas du tout étonnée : « Les humains sont fascinés par le passé et l'arche de Noé, tout le monde connait cette histoire. Par ailleurs, ces vidéos ont du succès grâce à la controverse. Et leur manière de fonctionner et d'atteindre autant de personnes, c'est parce que les gens ressentent le besoin de réagir et de dire : "Vous savez, c'est faux !" » À écouter dans La marche du mondeHistoire et IA, voix recrées, archives falsifiées ? Des vidéos parfois manipulées à des fins politiques Générer du clic et des abonnements, c'est évidemment une manière de gagner de l'argent pour ces comptes sur les réseaux sociaux. Le problème, c'est que cela cache parfois d'autres motivations. Car la manipulation de l'histoire via ce type de publications peut servir des objectifs politiques et idéologiques selon Lara Fabian : « Le meilleur endroit actuellement pour voir à l'œuvre une manipulation politique, ce sont les publications sur l'ADN et plus précisément les anciens ADN, précise-t-elle. C'est devenu une obsession pour les mouvements de droite radicale : qui est la vraie population originelle de tel endroit, etc. Alors oui, là aussi, il y a une quête de clics, mais surtout une motivation politique sous-jacente qui n'est pas accidentelle. » Autre exemple assez commun : de la désinformation historique autour des Vikings, alimentée par des comptes masculinistes ou racistes. Mais les chercheurs sont aussi confrontés à un autre problème : la multiplication de données erronées. Lara Fabian l'a déjà constaté : « J'ai vu une carte générée par IA des villes de l'ancienne Route de la soie, c'est un sujet sur lequel je travaille. Et toutes les villes étaient mal placées. Je me suis dit que dans 5 ans, j'allais retrouver cette carte dans un article que je devrais relire avant publication et qu'il faudrait que j'écrive tout un paragraphe pour expliquer que les villes ne sont pas au bon endroit, explique-t-elle. Ce sont des choses que nous n'avions pas l'habitude de faire avant. » L'IA de plus en plus utilisée pour traduire les travaux scientifiques Conséquence de cette abondance de données douteuses : davantage de temps passé à la relecture de travaux scientifiques, une étape indispensable avant toute publication. Sans compter le recours accru à l'intelligence artificielle pour traduire ces travaux. Là aussi le risque d'information déformée ou erronée est grand, juge Lara Fabian : « Mes collègues qui publiaient seulement en arménien, en russe ou en géorgien sont maintenant plus à l'aise pour le faire en anglais. C'est mieux écrit, mais ces manuscrits sont très difficiles à vérifier parce que l'IA fait des erreurs de traduction qui sont très subtiles ! » Malgré la sensibilisation, le risque d'intoxication Si beaucoup de fausses informations sur l'Histoire prennent des formes anecdotiques ou divertissantes, elles peuvent donc avoir des conséquences très concrètes sur le travail des chercheurs. La réponse à ce défi est comme souvent la sensibilisation. C'est d'ailleurs ce que fait Lara Fabian avec ses élèves à qui elle donne un cours sur ces vidéos générées artificiellement : « Les étudiants sont déjà très méfiants vis-à-vis de l'IA. Le problème, c'est que quand on se renseigne en ligne sur des sujets historiques, les faux, ce sont les premières choses que l'on trouve et souvent elles sont de bonne qualité, alerte l'archéologue. Prenez ces vidéos sur l'arche de Noé, si vous êtes archéologiste, vous savez immédiatement que c'est faux. Mais si vous ne l'êtes pas, ça peut s'insinuer dans votre esprit et influencer la manière dont vous traitez l'information. » Sans compter que lutter contre la désinformation demande beaucoup de temps et des moyens que les universités, par exemple, n'ont pas toujours. Avec un autre risque selon Lara Fabian, que le public en vienne à considérer toutes les vidéos et sources historiques ou archéologiques comme non fiables et donc à...
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  • Présidentielle au Brésil: l’IA comme arme de propagande et de désinformation
    2026/10/23
    Au Brésil, le second tour de l’élection présidentielle aura lieu dimanche 25 octobre. Après un premier tour serré, les électeurs devront choisir entre le président sortant de gauche Lula da Silva et le sénateur d’extrême droite Flavio Bolsonaro. Alors que l’influence des réseaux sociaux dans ce scrutin est au cœur des débats, cette campagne électorale est marquée par la prolifération de contenus générés par intelligence artificielle. L’IA est utilisée par les candidats et leurs soutiens, à des fins de propagande électorale, mais aussi de désinformation. La banalisation de l'utilisation de l’intelligence artificielle durant cette campagne électorale au Brésil se traduit d’abord par la diffusion de fausses informations ultraréalistes. Dernier exemple en date avec une fausse couverture de journal usurpant l’identité du magazine IstoÉ. On pense y voir un portrait flatteur de Flavio Bolsonaro avec ce titre « L'anti-Lula est né ». Vérification faite, l’hebdomadaire brésilien, qui a cessé ses activités en mai dernier, n’a jamais publié cette Une. L’outil de vérification de la société américaine OpenAI confirme que c’est son outil d’IA qui a permis de générer cette infox. Ce recours à l’IA entraîne également une diversification des modes opératoires, à commencer par la manipulation d’images. C’est le cas de cette photo censée montrer Renan Santos, arrivé en quatrième position au premier tour, faisant un L avec ses doigts, en soutien à Lula. En réalité, le candidat du parti d’extrême droite « Mission » n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour : ce cliché a été modifié à l'aide de l'IA. Il y a également des procédés plus pernicieux. Des journalistes de l’agence brésilienne Lupa ont par exemple identifié des avatars érotiques à vocation politique. Concrètement, des jeunes femmes générées par IA semblent apparaître dans des événements de campagne organisés par le camp Bolsonaro. Ces vidéos mensongères dépassent les 45 millions de vues. « Ce qu’il faut rappeler, c’est que l’on n’a pas attendu l'IA pour fabriquer et diffuser des fausses informations. Cependant, l’IA permet l’industrialisation de cette désinformation. C'est la première campagne électorale au Brésil où l'IA peut être aussi facilement utilisée par tout un chacun », explique Allan Deneuville, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication. Si les deux camps ont eu recours à l’intelligence artificielle dans leur propagande politique, leur usage est différent, note cet expert des infrastructures numériques brésiliennes. « La communication du camp bolsonariste utilise l’IA pour mettre en scène une certaine forme de virilité, de force, de puissance. On a ainsi pu voir Flavio Bolsonaro tirer avec un fusil, utiliser un lance-roquette ou bien conduire une voiture de sport. Cela en devient parfois caricatural. » De faux bébés comme vecteurs de propagande À la désinformation s'ajoutent les contenus artificiels présentés comme tels, mais diffusant de la propagande politique sous couvert d’humour. Nous avons ainsi identifié une série de vidéos synthétiques montrant de faux bébés commentant l’actualité. Ces clips enregistrent des dizaines de millions de vues. Contrairement à ce que veut le proverbe, la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, d’autant plus lorsqu’ils sont générés par IA. Un usage réglementé Au-delà des règlements propres à chaque plateforme en matière de productions synthétiques, le Brésil est en avance sur l’encadrement de ces contenus. La résolution nᵒ 23732 adoptée par le Tribunal supérieur électoral (TSE), en février 2024, stipule que « l’utilisation, sous quelque forme que ce soit, à des fins de propagande électorale, de contenu multimédia synthétique généré par intelligence artificielle pour créer, remplacer, omettre, fusionner ou modifier la vitesse ou superposer des images ou des sons impose à la personne responsable de la propagande l’obligation d’informer, de manière explicite, visible et accessible, que le contenu a été fabriqué ou manipulé et de préciser la technologie utilisée ». « Le Brésil a mis en place des mesures et un encadrement électoral qui est relativement ambitieux concernant les contenus synthétiques, analyse Allan Deneuville. Ce cadre n'existe pas partout dans le monde et pourrait même servir d’exemple pour certaines campagnes politiques à venir en Europe ou ailleurs. Ce qui est important, c'est qu'il existe un décalage considérable entre la vitesse de production des images et les capacités de contrôle des institutions. Il y a aussi des difficultés techniques, notamment dans la détection des contenus artificiels. La question de la liberté d'expression des candidats se pose également, avec des usages de l’IA qui ne sont pas ...
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  • États-Unis: l’intelligence artificielle s’invite dans la campagne des midterms
    2026/10/30

    Aux États-Unis, Donald Trump va-t-il perdre le soutien de la Chambre des représentants et du Sénat ? À l’approche des élections de mi-mandat, les démocrates sont en position favorable selon les derniers sondages. Les midterms doivent permettre de renouveler les élus de la chambre basse, un tiers des sénateurs et 36 gouverneurs. Cette campagne, où tous les coups semblent permis, est marquée par un recours massif et décomplexé à l’intelligence artificielle.

    Spots de publicité électorale, affiches, hypertrucages sonores : les contenus générés par intelligence artificielle (IA) sont omniprésents durant cette campagne des midterms aux États-Unis. C’est le cas de ce clip musical mettant en scène l’actuelle gouverneure démocrate de l'État de New York, Kathy Hochul, et le maire de la ville, Zohran Mamdani.

    Cette reprise du tube Oops ! I Did It Again de Britney Spears présente la démocrate comme la candidate des taxes et de la vie chère. Cette vidéo a été diffusée par son adversaire républicain, Bruce Blakeman. Son camp est également à l’origine d’une vidéo synthétique ultraréaliste montrant Kathy Hochul et Zohran Mamdani marchant dans un parc. Les commentaires indiquent que certains internautes pensent, à tort, regarder une scène authentique.

    Le « slopaganda »

    Cette vidéo artificielle n’est pas un cas isolé. On a pu voir le candidat démocrate au Sénat, Abdul El-Sayed, jouant à un jeu de société avec une carte « Mort à l'Amérique », ou encore la sénatrice républicaine du Wyoming, Cynthia Lummis, en reine déchue de la cryptomonnaie. « Dans un contexte où les gens ont une faible littératie médiatique et ne savent pas forcément bien discriminer les sources, le potentiel de désinformation de ces contenus synthétiques devient non négligeable », analyse Antoine Marie, chercheur en psychologie politique au Centre de recherches politiques de Sciences Po.

    Au total, plus de 220 publicités électorales en partie générées par IA ont été repérées par les analystes du Wesleyan Media Project. Cet organisme américain ajoute que 81 % de ces spots synthétiques ont été financés par des organisations ou des candidats pro-républicains.

    En opposition à ce phénomène, des candidats ont fait de leur non-utilisation de l’IA un argument électoral. C’est notamment le cas de James Talarico, candidat démocrate dans le Texas.

    Un bouleversement de la communication politique ?

    Au-delà du contexte étasunien, l’intelligence artificielle est-elle en train de bouleverser les codes de la communication politique ? Pour Antoine Marie, « ce qui change, c’est d’abord la capacité à produire facilement du texte, de l'image, de l'affiche de campagne, du podcast ou des clips promotionnels pour un candidat. L'incitation à produire ce genre de contenu est gigantesque car le coût de production est extrêmement faible. Tout parti qui ne se saisit pas de cette opportunité va payer un coût en termes d'avantages compétitifs. Il y a donc une sorte de course à l'armement avec les effets potentiels de désinformation que cela peut engendrer ».

    Se pose également la question de l’impact de ces contenus synthétiques sur le vote des électeurs. « Les recherches suggèrent que la communication politique de masse dans laquelle le message est le même pour tout le monde, le même texte, une même publication sur les réseaux sociaux, un même clip radio ou télé, reste globalement peu persuasive car on n’a pas la possibilité de s’adapter aux objections de chacun, aux idiosyncrasies, aux contre-arguments, etc. Elle peut renforcer les gens dans leurs convictions préexistantes mais elle ne va pas les faire bouger énormément. Et l'IA, de ce point de vue-là, ne change pas grand-chose. »

    Cette désinformation renforce aussi l’agressivité des campagnes électorales avec des contenus synthétiques toujours plus diffamatoires et violents. Une évolution déjà largement visible lors de ces élections de mi-mandat aux États-Unis.

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  • Arabie saoudite: la désinformation accompagne les frappes de missiles houthis
    2026/10/09

    Au Yémen, les forces gouvernementales soutenues par l'Arabie saoudite ont lancé une contre-offensive sur plusieurs fronts. Elles affirment avoir repris des zones stratégiques le long de la mer Rouge. En représailles, les Houthis ont ciblé à plusieurs reprises l'aéroport international de Riyad. Une maternelle et un complexe médical ont été endommagés par l'interception d'un missile. Sur les réseaux sociaux, ces frappes s’accompagnent d’une vague de désinformation.

    Les images mensongères autour de ces attaques menées par les rebelles houthis contre la capitale saoudienne se comptent par dizaines ces derniers jours. C’est le cas de cette vidéo de neuf secondes filmée de nuit, par un civil. On y voit un missile tombé quelque part, en plein centre-ville. La légende parle « d'explosions massives dans les rues de Riyad » appelant à « quitter la ville tant qu’il est encore temps ». Cette affirmation cumule plus d’un million de vues.

    Vérification faite, ce clip n’a rien à voir avec l’Arabie saoudite et la situation au Yémen. Il a été filmé à Tel-Aviv, en Israël, à 1 400 kilomètres de Riyad. Une recherche par image inversée [voir ici comment faire] nous a d’abord permis de retrouver la trace de ce clip, publié sur Facebook le 15 juin 2025. Les commentaires mentionnent une attaque de missile balistique iranien à Tel-Aviv.

    La géolocalisation des images confirme que cette scène s’est déroulée sur le Boulevard Jérusalem, devant l’immeuble situé au numéro 209. Nous avons identifié l’endroit exact grâce aux voies de tram, à un abribus et à ce bâtiment résidentiel visibles sur les images.

    Exploiter le peu d’images disponibles

    Cette infox n’est pas un cas isolé, bien au contraire. Autre exemple avec cette vidéo impressionnante montrant au moins deux missiles balistiques frapper un immeuble en pleine nuit. Plusieurs internautes évoquent, à tort, une « explosion en plein cœur du centre-ville de Riyad ».

    En réalité, nous avons retrouvé ces images sur la chaîne YouTube d’Al Jazeera. Le média qatarien les a diffusées le 15 juin 2026 au moment des frappes iraniennes sur Israël. Ces missiles ont frappé Tel-Aviv et non la capitale saoudienne.

    Le peu d’images authentiques disponibles autour de ces frappes ciblant l’Arabie saoudite est un terreau fertile pour ce type d’infox. Nous en avons recensé plusieurs dizaines ces dernières heures.

    Un écosystème de bots

    D’après nos recherches, notamment sur X, un écosystème de profils arabophones anonymes participe activement à ce flot de désinformation. La plupart ont été créés récemment, entre février et décembre 2025. Leurs données de localisation sont douteuses. La majorité de leurs abonnés sont des bots. Ils utilisent aussi énormément les hashtags et ne sont actifs que depuis quelques mois.

    Tous ces éléments réunis indiquent que ce sont des comptes inauthentiques, utilisés pour diffuser et amplifier des infox. Pour gagner en crédibilité, certains tentent de se faire passer, à tort, pour des Saoudiens, habitant la capitale. Cette opération de désinformation cumule des millions de vues et pollue les réseaux sociaux.

    À lire aussiYémen: la guerre des récits se renforce après l’intensification des combats

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  • RDC: les combats se poursuivent à l’est, la désinformation aussi
    2026/10/02

    En République démocratique du Congo, les combats se poursuivent dans l’est du pays malgré la multiplication des efforts diplomatiques. Les affrontements opposent les Forces armées congolaises et leurs alliés contre le groupe politico-militaire AFC/M23, soutenu par le Rwanda. L’accord de paix signé sous l'égide de Washington n'a toujours pas mis fin au conflit. Sur les réseaux sociaux, une bataille informationnelle se joue, souvent à coups d’images mensongères.

    C’est le cas de cette vidéo censée documenter la capture de plusieurs combattants de l’AFC/M23. On y voit une dizaine d’hommes en tenue militaire, désarmés, entourés par des soldats. Devant eux, des fusils d'assaut AK-47, des mitrailleuses type PKM et des munitions sont exposés en guise de butin de guerre. Plusieurs comptes parlent d’une vague d’arrestations massives de membres de l’AFC/M23 par les Forces armées congolaises.

    Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec la situation dans l’est de la RDC. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), on sait qu’elles ont été filmées en Éthiopie, à plus de 1 500 kilomètres de la RDC. La vidéo originale a été publiée le 10 avril 2025 par l'Armée de libération oromo, un groupe rebelle classé comme « organisation terroriste » par le gouvernement éthiopien.

    Les hommes capturés ne sont pas des combattants de l’AFC/M23 mais des membres des Forces de défense nationale éthiopiennes. Ce type de vidéos, sorties de leur contexte, se comptent par dizaines ces dernières semaines, principalement sur Facebook, TikTok et Instagram.

    Des avions de chasse filmés dans le Sud-Kivu ?

    À cela s'ajoutent aussi les contenus générés par intelligence artificielle. Prenons l'exemple de cette vidéo de quatorze secondes prétendument filmée dans le ciel de Minembwe, une localité située dans la province du Sud-Kivu. On pense y voir deux avions de chasse voler à très basse altitude.

    Les commentaires affirment qu’il s’agit de deux Sukhoï, de fabrication russe. Certains parlent d'appareils appartenant à l’armée congolaise, d’autres évoquent, au contraire, des avions rwandais. En réalité, ces images ne sont pas réelles.

    Détecter l’usage de l’IA

    Pour vérifier l’authenticité de cette vidéo, nous avons d’abord analysé ces images en profondeur, en les regardant à la loupe, plusieurs dizaines de fois. Premier problème : les deux avions de chasse visibles ne sont pas des Sukhoï mais des Eurofighter Typhoon. Or ni l’armée congolaise, ni l’armée rwandaise ne possèdent ce type d’avion de chasse développé par plusieurs pays européens.

    Nous avons aussi repéré un défaut visuel majeur. L’un des canards, ces petites ailes latérales montées sur le nez de l’avion, disparaît étrangement après une rotation de l’appareil. Ce genre d’erreur est typique des vidéos générées par intelligence artificielle.

    Semer le doute

    Derrière ces fausses informations, on retrouve en majorité des comptes anonymes qui commentent l’évolution de la situation dans l’est de la RDC. Ils mélangent du vrai et du faux, souvent à des fins de propagande. Cette désinformation systématique alimente les tensions, pollue les réseaux sociaux et complique le suivi de la situation sur place.

    À lire aussiRDC: RFI ciblée par une série de fausses éditions spéciales

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    3 分
  • L'intelligence artificielle s’invite à la tribune des Nations unies
    2026/09/25

    La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies n’a pas échappé aux images créées par IA. Cette semaine des images cocasses ont circulé sur les réseaux. Des vidéos truquées, parfois caricaturales ou destinées à nuire à l’image de certains chefs d’État, ayant fait le déplacement à New York. La guerre au Moyen-Orient a également alimenté des contenus mensongers.

    La cellule info de vérif de RFI a passé en revue les images disponibles sur les réseaux à l’occasion de cet évènement planétaire. Aux côtés de vidéos officielles comme ici : https://webtv.un.org/fr, certaines images ont attiré notre attention, comme celles censées montrer l’arrivée du président libérien Joseph Boakai. Une série de photos prétendument réalisée au moment où il entre dans le building des Nations unies. Il est accompagné d’une partie de sa délégation, et certaines images publiées le montrent en train de faire une chute, ou d’être victime d’un malaise.

    Sur la vidéo, on voit le président à terre, soutenu par un policier, et un homme en costume noir, peut-être un garde du corps, sous les yeux de la ministre libérienne des Affaires étrangères, Madame Sara Frances Beysolow Nyanti. Commentaires sur certains comptes : « Cet évènement doit nous interroger sur la santé du président libérien ».

    Pas de malaise mais une image créée par IA

    Cette image artificielle s’inspire de la véritable séquence montrant l’arrivée du président libérien. Elle est donc difficile à déceler.

    Tout y est, le logo officiel de la République libérienne en incrustation en bas à droite de l’image. On reconnait le Président avec son chapeau gris, la ministre avec son bandeau orange, le personnel de l’ONU, mais en réalité il n’a jamais chuté.

    Pour le savoir, nous avons retrouvé des vidéos montrant la scène authentique : on le voit passer tranquillement devant la caméra sans incident notable. Enfin, un détail a attiré notre attention. Sur l'image générée par IA, la ministre porte une robe dont les motifs et la couleur du corsage sont différents de ceux de la tenue qu’elle avait ce jour-là.

    Multiples manipulations

    Plusieurs images générées par IA sont destinées à nuire à une personnalité politique ou à un État. Par exemple, une image artificielle du Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, portant des habits déchirés ou une gamelle sur la tête.

    Les posts reprennent l’expression qu’il avait lui-même employée dans un discours en 2022 : « Les mendiants ne peuvent pas faire les difficiles ». Une formation jugée humiliante, reprise depuis par l’opposition pakistanaise qui s’en sert pour critiquer la politique du gouvernement et la dépendance de son pays vis-à-vis de l’extérieur. La séquence générée par IA a été vue des centaines de milliers de fois sur X.

    La situation au Moyen-Orient n’a pas échappé à l’IA

    La veille du discours du président iranien, des images ont circulé, censées montrer Massoud Pezeshkian à la tribune en train de brandir le cartable ensanglanté d’une écolière tuée dans un raid américain contre son école, à Minab dans le sud de l’Iran.

    Cette image a été créée par l’IA, car le lendemain, lors de la véritable allocution, il a montré des images des écoliers tués dans la frappe, mais n’est pas venu avec ce fameux sac d’écolier devenu le symbole des souffrances du peuple iranien après l’attaque du 28 février dernier.

    Enfin, le compte officiel du cabinet du Premier ministre israélien, suivi par 1,5 million d’abonnés sur X, a relayé des images créées par IA de perroquets se succédant au perchoir des Nations unies pour condamner les uns après les autres la politique d’Israël. Les volatiles symbolisant certains pays arabes et occidentaux…

    À lire aussiL'IA dans la guerre de la désinformation: le vrai du faux au Moyen-Orient

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    4 分
  • Yémen: la guerre des récits se renforce après l’intensification des combats
    2026/09/11

    Les combats s’intensifient au Yémen. Cette guerre, longtemps gelée, oppose les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, au gouvernement yéménite internationalement reconnu et soutenu par l’Arabie saoudite. Les Houthis, ciblés par des frappes aériennes de Riyad, ont pris le contrôle de la ville portuaire stratégique de Mokha jeudi 10 septembre. Sur fond d’embrasement régional, cette nouvelle crise s’accompagne d’une intensification de la désinformation sur les réseaux sociaux.

    Images détournées, contenus générés par intelligence artificielle... Au Yémen, tous les moyens sont bons pour gagner la guerre des récits. C’est le cas de cette vidéo censée documenter les conséquences d’une frappe des rebelles Houthis sur un aéroport saoudien. On y voit des passagers évacuant en urgence un avion en feu, sur une piste de décollage. Les commentaires parlent d’une scène de panique filmée à l’aéroport international du roi Khaled, au nord de Riyad.

    Vérification faite, ces images sont sorties de leur contexte. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver l’origine précise de cette vidéo. Elle a été filmée aux États-Unis, à l’aéroport de Denver, en juillet 2025. Un Boeing de la compagnie American Airlines avait pris feu durant le décollage.

    Des frappes et des infox

    Des comptes pro-rebelles Houthis cherchent ainsi à faire croire à une panique générale dans les aéroports saoudiens visés par des frappes. Autre exemple avec cette vidéo d’un terminal en feu où des passagers courent sur les décombres. La légende évoque une scène de « chaos résultant de l'attaque des Houthis contre l'aéroport international d’Abha ».

    En réalité, elle montre l’aéroport international du Koweït touché par des drones iraniens en juin 2026.

    Des rebelles déposent les armes ?

    Sur l'évolution des combats en cours aussi, tout et son contraire circule sur les réseaux sociaux. Alors que les rebelles Houthis gagnent du terrain sur la côte ouest du pays, une vidéo prétend que certains de ses membres auraient déposé les armes, capturés par les forces gouvernementales. On y voit des hommes, jeunes pour la plupart, filmés un par un, en gros plan, quelque part dans le désert.

    Dans les faits, ces images ont été publiées sur YouTube par un journaliste yéménite, le 27 février 2021.

    Désinformation régionale

    Cette désinformation cible aussi les autres pays de la région, à l’image de la Syrie, où une photo diffusée en ligne prétend montrer, à tort, le recrutement par l’Arabie saoudite de mercenaires syriens pour se battre au Yémen. On y voit un combattant en habits traditionnels yéménites, prendre la pose devant plusieurs soldats. En réalité, cette photo a été manipulée via l’intelligence artificielle.

    Sur le cliché original, en ligne depuis 2025, l’homme ne porte pas la tenue traditionnelle yéménite. Nous l’avons retrouvé, c’est un instructeur militaire ouzbek pris en photo en Syrie, il y a plus d’un an. Rien n’indique qu’il soit parti au Yémen.

    Compliquer le travail des analystes

    Derrière ce flot de fausses informations, on retrouve un mélange de faux comptes, de médias peu fiables et d’influenceurs habitués à diffuser de la propagande. Toutes ces images mensongères rendent très difficile le travail en sources ouvertes et le suivi de l’évolution de la situation sur place.

    À lire aussiYémen: l’offensive des Houthis se joue aussi sur les réseaux sociaux

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  • Nigeria: les fausses Unes de journaux se multiplient avant l'élection
    2026/09/18

    Au Nigeria, la commission électorale a publié samedi 12 septembre la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle du 16 janvier 2027. Le président sortant Bola Ahmed Tinubu fera notamment face à Atiku Abubakar, ancien vice-président, et Peter Obi arrivé troisième lors de la présidentielle de 2023. Alors que la campagne électorale bat son plein, la désinformation s’intensifie sur les réseaux sociaux. Un mode opératoire revient en boucle : la fabrication de fausses Unes de journaux.

    C’est le cas de cette couverture attribuée au journal anglophone Daily Tribune, en date du 1er septembre 2026. Le titre principal, en lettres majuscules, prétend rapporter une promesse prétendument formulée par Atiku Abubakar. On peut y lire : « Aucun Nigérian ne paiera de loyer quand je deviendrai président ». Certains affirment, à tort, que le candidat du Congrès démocratique africain (ADC) aurait annoncé une « peine de prison de 10 ans pour les propriétaires qui continueraient de percevoir un loyer ».

    Vérification faite, tout est faux. Sur la forme d’abord, cette Une de journal a été inventée de toutes pièces. Le média en question, le Daily Tribune, n’existe pas. La charte graphique imite assez grossièrement celle du quotidien anglophone, Nigerian Tribune. En réalité, leur couverture du 1er septembre ne parle pas d’une telle annonce.

    Sur le fond, Atiku Abubakar n’a jamais promis la gratuité des logements. Un membre de son équipe a dénoncé sur X « une affirmation entièrement fausse ne reflétant pas les opinions » de l’ancien vice-président.

    Un média fantôme

    Atiku Abubakar n’est pas la seule victime de ce type de manipulation. Bola Ahmed Tinubu et son ministre des Finances, Taiwo Oyedele, en ont aussi fait les frais ces dernières semaines. Une couverture, encore attribuée au Daily Tribune, affirme que le président sortant aurait annoncé une hausse exceptionnelle du prix de l’essence, à compter du mois de mai 2027. Là encore, tout est faux.

    On remarque d’ailleurs plusieurs erreurs assez grossières sur cette fausse Une, avec notamment cette date du 27 mai 2027.

    Exploiter la crédibilité des médias

    Si le phénomène existe depuis des années, la propagande pro-russe s’en est emparée depuis l’invasion de l’Ukraine, il n’a jamais été aussi simple de fabriquer une fausse couverture de journal. Les outils d’intelligence artificielle grand public permettent aujourd’hui de générer ou de modifier une Une mensongère en seulement quelques clics.

    À lire aussiDe fausses couvertures de journaux alimentent le narratif des punaises de lit

    Ce mode opératoire répond à deux objectifs principaux : exploiter la crédibilité des médias, mais aussi les disqualifier en jetant le doute sur l’authenticité de tous leurs contenus.

    Comment ne pas se faire avoir ?

    D’abord, il convient de se méfier des couvertures de journaux qui circulent sous forme de captures d’écran. C’est toujours dans ce format que ce type d’infox circule. Enfin, pour vérifier l’authenticité d’un article ou d’un reportage de presse, il faut penser à revenir à la source en allant consulter le site internet ou les réseaux sociaux officiels du média en question.

    Si le sujet en question n’y figure pas, c’est une fausse information. Face à ces usurpations d’identité à répétition, le Nigerian Tribune a aussi publié un guide de vérification sur son site internet.

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