Rafael Mariano Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), est l'invité de RFI ce 10 mars 2026. Au onzième jour de frappes israélo-américaines sur l'Iran, il dit son inquiétude. Il confirme que les frappes n'ont pas causé de dégâts majeurs sur les installations nucléaires. Il espère la reprise rapide des discussions sur le programme nucléaire iranien. RFI : Après dix jours de guerre en Iran et dix jours de frappes israélo-américaines, en tant que patron de l'AIEA, quelle est votre principale inquiétude ? Rafael Mariano Grossi : Mon inquiétude, c'est que la situation en ce qui concerne les actifs nucléaires de l'Iran demeure à l'état où ils étaient avant la guerre. C'est-à-dire un stock d'uranium enrichi à 60 %, plus de 440 kilogrammes, suffisant pour fabriquer une dizaine d'armes nucléaires. Des capacités technologiques et industrielles qui sont toujours là. Ce qui veut dire qu’au-delà du conflit - et ce conflit aura sa logique et arrivera à la fin, espérons au plus vite - il va falloir retourner à la table des négociations et trouver une fois pour toutes une solution durable à cette histoire qui nous affecte depuis plus de 20 ans. Vous avez évoqué ces 440 kilos d'uranium enrichi dont disposaient les Iraniens avant la guerre de juin 2025. Est-ce qu'on sait si ce matériel est aujourd'hui en lieu sûr ? Je ne sais pas si on peut qualifier l'endroit comme lieu sûr, mais il existe un large consensus autour de l'idée que le matériel se trouve là où il était au mois de juin 2025. Ça veut dire dans les tunnels du complexe nucléaire d'Ispahan, et un peu aussi dans le complexe de Natanz. C'est toujours une question sans réponse, mais il va falloir en trouver une. Si une frappe venait à toucher ce stock d'uranium enrichi, que se passerait-il ? De ce point de vue-là, il n'y a pas tellement de problème. Les conséquences radiologiques d'une frappe directe sur du matériel comme ça pourrait peut-être avoir une conséquence très limitée de type intoxication chimique, mais pas nucléaire dans le sens que l'on peut l'imaginer. Donc techniquement, ce ne serait pas gravissime ? Non. Là, les problèmes sont stratégiques, politiques. Parce que la menace de la possibilité d'un développement de l'armement nucléaire existe. Ça n'a pas disparu. La rumeur de l'envoi de forces spéciales américaines et israéliennes pour sécuriser ce stock d'uranium, qu’en pensez-vous ? Je ne sais pas quels moyens militaires et quelles possibilités de succès une telle opération pourrait avoir. Ça me paraît un peu « difficile », pour le dire diplomatiquement. Mais comme je l'ai dit, la solution reste dans la table des négociations. Quels sont les dégâts causés par les frappes sur les sites nucléaires iraniens ? Vous avez des preuves de dégâts sur certains sites... Oui, on en est certain. Il y a quand même une différence assez marquée entre cet épisode et ce qui est arrivé au mois de juin 2025. L'année dernière, il s'agissait bien clairement de frappes « nucléaires ». L'intérêt, c'était vraiment les installations nucléaires. Maintenant, et c'est évident, les cibles ont été politiques, industrielles. C’est différent. Il y a eu deux frappes sur Ispahan et une sur Natanz. Mais rien de vraiment important. Au niveau des dégâts, ces installations sont déjà très abimées depuis des mois déjà. Il n’y a pas de fuites radioactives ou de radiations détectées ? Pas pour l'instant. Il s'agit ici d'un problème latent, d'un problème stratégique politique et d'une menace de développement d'armement nucléaire qui demeure. Les inspecteurs de l'AIEA ne sont plus en Iran depuis juin 2025. Quelles sont vos sources ? Alors, on a pu y retourner, mais pour des inspections sur des sites qui n'étaient pas attaqués. Donc, les sites pas « sensibles ». On avait essayé de rétablir les inspections, mais sans succès, y compris avec ces fameuses négociations auxquelles j'ai participé. J'étais à Genève avec le ministre des Affaires étrangères d'Oman, monsieur Witkoff, monsieur Kushner et évidemment le ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Abbas Araghchi. Et on n'a malheureusement pas eu un accord. C'est à cause de ça qu'on se retrouve dans cette situation. Est-ce que vous avez des contacts avec les autorités iraniennes depuis le déclenchement de ces frappes, c'est-à-dire depuis le 28 février ? Oui, on n'a pas perdu contact, mais c'est clair, il y a une guerre et ils sont bombardés. Donc, la possibilité d'une reprise d'une négociation n'est pas mentionnée en ce moment. Mais je crois que le moment viendra et au plus vite, je crois qu'il faut le faire. Il existe des possibilités qu'il y ait des secteurs qui, plus radicalisés encore, décident que vu les circonstances, la solution serait de se doter finalement de l'armement nucléaire. Et c'est ça l'hypothèse qui me préoccupe. ...
続きを読む
一部表示