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La fabrique du monde

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著者: RFI
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Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

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政治・政府 日次
エピソード
  • Le président argentin Javier Milei en opération séduction à Paris
    2026/09/29

    Le président argentin Javier Milei arrive dans la capitale française mardi 29 septembre. Il y restera jusqu’à la fin de la semaine. Au programme, sa participation à un forum d’affaires et une rencontre annoncée comme privée avec Emmanuel Macron. Javier Milei se sent pousser des ailes ces derniers mois.

    À Paris, le président argentin vient chercher de l’argent. Puisque c’est aux investisseurs qu’est consacré l’« Argentina Week », la semaine de l’Argentine, un événement dont la première édition a été organisée en mars dernier à New York, chez l’allié américain. Avec sa politique de dégraissage de l’État symbolisé par une tronçonneuse, Javier Milei a réussi à dégager un excédent budgétaire et à réduire l’inflation, de 200% à son arrivée en 2023 à environ 30%. Cela reste élevé selon les standards des pays les plus développés. Et il y a un coût important en termes de croissance et d’emploi.

    Lithium

    Lui aussi apporte des opportunités. Là encore économiques. Et d’ailleurs, les investisseurs français l’ont compris. La France est le septième pays investisseur en Argentine et ses investissements ont très fortement augmenté sur la dernière année. Dans un secteur en particulier : les minerais critiques. L’Argentine est très largement pourvue en lithium utilisé pour fabriquer des batteries. Elle a la main, avec le Pérou et le Chili sur ce que l’on appelle le triangle du lithium. C’est un atout géopolitique majeur dans la course aux terres rares qui occupe les plus grandes puissances de la planète. Par ailleurs, il y a sur la table un contrat pour la construction de sous-marins pour plusieurs milliards d’euros et pour laquelle la France est sur les rangs.

    Discours sur le déclin de l'Europe

    Mais tout cela vient accompagné d’un discours idéologique, similaire à celui de Donald Trump sur le déclin idéologique de l’Europe, qui serait dû à la politique migratoire, aux trop nombreuses régulations européennes. Javier Milei se place dans le sillage de Donald Trump, qui affirme la volonté de domination américaine sur l’hémisphère occidental. Mais il se voit davantage que comme un simple affidé. Il affirme aussi sa personnalité et se voit un rôle au moins régional, exemple son soutien au clan Bolsonaro dans l'actuelle campagne électorale au Brésil. Mais il voit plus loin. Il a aussi noué une alliance stratégique avec Israël. Et il y a donc, ce voyage en France.

    Malouines

    Il intervient à un moment où Javier Milei pousse ses revendications sur les îles Malouines. Il se sent encouragé par Donald Trump qui au début du mois a laissé entendre qu’il pourrait revoir la position américaine de neutralité dans ce dossier. Le président américain est mécontent de qu’il considère comme un manque de soutien britannique dans sa guerre en Iran Les îles malouines sont administrées par la Grande-Bretagne mais revendiquées par l’Argentine. C’est une revendication nationale argentine historique qui a même été portée dans les stades de la dernière coupe du monde aux États-Unis. Les Malouines ont causé une guerre entre les deux pays en 1982. Mais depuis, l'environnement géopolitique à changé. Les relations entre États-Unis et Royaume-Uni sont moins proches et le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne. Alors Javier Milei essaye de les récupérer. Pour l’instant par la voie diplomatique.

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  • Suisse, Vatican, une neutralité de plus en plus difficile à cultiver
    2026/09/28

    Ce sont deux événements du moment. Ils montrent la difficulté de rester neutre dans les relations internationales et en géopolitique. Premier exemple hier dimanche en Suisse, avec un référendum justement sur la neutralité.

    La neutralité fait partie de l’identité suisse depuis le milieu du XIXe siècle. Les citoyens étaient appelés ce dimanche à se prononcer par référendum sur un projet de renforcement de la neutralité du pays. Un projet qui prévoyait par exemple de limiter l’application de sanctions par la Suisse à celles décidées par l’ONU. Ces dernières années, le pays s’est associé aux sanctions européennes contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Ce projet a été rejeté par plus de 70% des votants, selon une ligne de partage très politique et même géopolitique.

    Neutralité adaptée

    Le projet était soutenu par le parti de droite nationaliste Union démocratique du centre, première force politique du pays et présenté comme pro-russe par les opposants au texte et notamment le gouvernement, qui sans grande surprise, ont eu gain de cause dans cette affaire. Il faut dire que la Russie a fait savoir publiquement son mécontentement à la Suisse. Le gouvernement et notamment le ministre des Affaires étrangères a lui plaidé pour une neutralité permettant de s’adapter aux circonstances politiques du moment, par exemple, collaborer avec l’Otan sans y adhérer. Pas simple, donc.

    Ne froisser personne

    Pas simple non plus le voyage du pape en France. Le Vatican est tout petit par sa superficie, mais il pèse lourd sur le plan diplomatique. Il assume souvent des missions de bons offices, par exemple traditionnellement entre les États-Unis et Cuba. Le pape est le chef spirituel de plus d’un milliard 400 millions de catholiques qui ne voient pas tous la religion de la même façon, certains étant plus libéraux ou plus conservateurs que d’autres. Il faut donc faire attention à ne froisser personne.

    Laïcité

    Et ce n’est pas facile en particulier en France. L’enthousiasme des foules qui ont participé aux différentes étapes de la visite jusque-là est réel. Mais il ne faut pas oublier que dans le pays qui a inventé une forme très particulière de laïcité souvent mal comprise ailleurs, plus de la moitié des habitants se déclarent sans religion. Il faut en tenir compte tout en faisant passer le message de l’Église, opposée la loi sur l'aide à mourir par exemple, réclamée depuis des années par l'opinion française. Il faut aussi tenir compte du contexte électoral et éviter la récupération politique. De nombreux candidats à la présidentielle tentent de se faire valoir pendant cette séquence papale.

    Ligne de crête

    Même chose aujourd’hui avec l’étape de Metz. Le pape aurait pu choisir Strasbourg et le Parlement européen. Il a préféré rendre hommage à l’un des pères de l’Europe, le Lorrain Robert Schuman, qui fait actuellement l’objet d’un procès en béatification. Mais la politique n’est jamais loin. Emmanuel Macron a invité l’ensemble des dirigeants des 27 pays membres de l’Union. Là aussi ce sera délicat. Le prédécesseur de Léon XIV, François avait dit qu’il fallait savoir hisser le drapeau blanc quand un pays est attaqué. Cela avait agacé les soutiens de l’Ukraine. Nouvelle illustration que la diplomatie et une certaine forme de neutralité sont une véritable ligne de crête dans un monde qui demande de plus en plus souvent de choisir un camp.

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  • Le roi d'Espagne en visite sensible à Ceuta après la crise migratoire
    2026/10/13

    Le roi Felipe VI et la reine Letizia d'Espagne sont attendus à Ceuta aujourd'hui avant un passage à Melilla demain. Les deux enclaves espagnoles sont toujours revendiquées par le Maroc. Cette visite intervient un peu plus de deux mois après la crise migratoire qui a vu plus de 70 000 marocains arriver à Ceuta. Une crise migratoire avec des conséquences en cascade et notamment un risque sur les relations bilatérales entre les deux pays.

    La dernière fois qu'un roi d'Espagne était venu à Ceuta, c'était en 2007 et c'était le roi Juan Carlos. Cela avait entraîné une vive réaction marocaine. Le roi Mohammed VI avait à l'époque rappelé son ambassadeur à Madrid. Cette fois-ci, pour l'instant, rien de tout ça. Pas de commentaire officiel en provenance de Rabat sur une éventuelle communication entre les deux palais pour préparer la visite, même si le ministre espagnol des Affaires étrangères a déclaré que le roi Felipe VI n'avait besoin de l'accord de personne pour se rendre à Ceuta.

    Sahara occidental

    Il y a plusieurs explications à cette mesure remarquable. La première, c'est que malgré des fuites de rapports la police espagnole, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a bien pris soin de ne pas incriminer les autorités marocaines dans la crise de la fin du mois de juillet. Cela a sans doute été apprécié à Rabat. Il y a aussi le soutien espagnol depuis 2022 au plan marocain d'autonomie du Sahara occidental qualifié de « base la plus sérieuse crédible et réaliste » pour résoudre le conflit. La question du Sahara occidental, autrefois sous tutelle espagnole est l'alpha et l'omega de la politique étrangère marocaine. Enfin, les deux pays ont des relations et des dossiers en commun à gérer, comme par exemple la co-organisation de la coupe du monde football en 2030.

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    Limites du modèle actuel

    D'ailleurs le roi du Maroc n'a pas dit autre chose. Dans un discours pour l'ouverture de la première session du nouveau Parlement issu des dernières législatives, le roi n'a pas remis en cause pour l'instant le partenariat avec l'Espagne et il a admis que le modèle actuel de coopération migratoire a atteint ses limites. Il reconnait donc des dysfonctionnements et annonce une vision stratégique et une orientation nouvelle.

    Thème de campagne électorale

    En revanche, Mohammed VI a dénoncé l'exploitation politique de la crise. Il a bien remarqué que la crise migratoire est bien partie pour être l'un des thèmes majeurs de la campagne des élections anticipées du 29 novembre en Espagne. Le président du parti populaire, en tête des sondages, est venu lancer sa campagne à Ceuta. Le président du parti d'extrême droite Vox a fait la même chose hier. Il était accompagné du président du Rassemblement national français, Jordan Bardella. En essayant d'oublier les accusations d'antisémitisme dont il fait l'objet en France et qu'il conteste, il a prévenu que ce qui s'est passé à Ceuta pourrait être le destin de l'Europe. Il a par ailleurs salué la décision de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni de mettre en place des contrôles aux frontières avec l'Espagne. C'est peut-être aussi l'une des raisons du calme affiché par les autorités marocaines. Elles savent qu'une importante série d'élections arrive en Europe. Et elles n'ont peut-être pas envie d'alimenter une crise qui a le potentiel de s'étendre aux plus importants pays du continent européen.

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