エピソード

  • Mory Sacko, de la gastronomie africaine de haut vol
    2026/03/09
    La gastronomie africaine est à l'honneur avec le chef étoilé Mory Sacko. D'origine malienne et sénégalaise, il devient le premier chef « signature Air France » au départ de l'Afrique. La compagnie aérienne, qui sollicite le savoir-faire de chefs étoilés pour différentes destinations – en Asie, en Amérique ou en Europe – a demandé à Mory Sacko de concevoir plusieurs plats qui seront servis au départ d'Abidjan, puis de Dakar, Nairobi et d'autres destinations africaines. « Pour l'instant, je n'ai que des bons retours. On l'a bien bossé ce menu et c'est trop cool ! Je reçois plein de photos de gens dans l'avion avec le plat et c'est cool, parce que je sens que ça fait plaisir aux gens de goûter ma cuisine en vol », s'exclame le chef. C'est dans son restaurant parisien, le Mosuke, au milieu de ses casseroles, que Mory Sacko a conçu les plats qui seront servis, désormais, sur les vols Air France au départ d'Abidjan, et plus tard d'autres capitales subsahariennes. Une rencontre naturelle entre la compagnie et l'un des chefs africains les plus réputés. Mory Sacko, dans sa cuisine du Mosuke à Paris, nous décrit sa rencontre avec la compagnie aérienne : « C'est la compagnie Air France qui est venue me voir. Donc, c'était une volonté de leur part de développer des plats signature. Ils le font déjà sur plein d'autres lignes et là, ils avaient cette volonté de développer des recettes sur les vols au départ d'Afrique de l'Ouest. On s'est mis à parler de produits, d'idées aussi, de développer des choses directement sur le continent. Moi, c'est une idée qui me plaisait, et je pense que nos envies se sont trouvées au bon moment, et ça s'est fait assez simplement. » C'est ainsi que le poisson braisé attiéké est devenu un bar accommodé à une sauce. L'image du mafé à bord d'un vol Business « On a, par exemple, fait le mafé avec une volaille, parce que c'est un plat qui est assez important pour moi. Et je trouvais ça cool d'avoir l'image de quelqu'un qui mange du mafé avec son riz, à bord d'un vol Abidjan-Paris, en business ou en première dans l'avion. Je trouvais l'image assez belle et assez drôle. On mange aussi un attiéké-poisson parce que bon, c'est la Côte d'Ivoire ! Et voilà, s'il y a un truc qui représente bien ce pays pour moi, en tout cas d'un point de vue gastronomique, c'est bien l'attiéké-poisson. Je trouvais cela sympa justement de venir le travailler avec ma vision à moi, de l'amener différemment, mais pouvoir proposer des recettes qui sont des recettes assez iconiques. Tout en parallèle avec des plats qui sont un peu plus croisés, comme un paleron de bœuf braisé. On vient l'assaisonner avec des poivres qui viennent de Madagascar qu'on sert avec un gratin de manioc et donc, tout de suite, ça l'amène ailleurs. Voilà, il y a ces plats un peu plus en trait d'union », se régale le chef. Des plats qui ont été adaptés aux contraintes des repas en vol assurés par le prestataire Servair. François Adamski, meilleur ouvrier de France, est responsable de l'identité culinaire. Il se réjouit du résultat : « Il y a une recette qui m'a beaucoup plu, c'était le filet de volaille avec une sauce. Filet au riz pilaf carottes, au piment d'Espelette. Tous les plats qu'a faits Mory avaient vraiment du sens. Il a compris les contraintes. Ça a été vraiment très intéressant, très goûteux, très savoureux. Vous voyez, il a vraiment réussi à mettre les petites touches des produits africains avec de la francité. Et ça, c'était vraiment le brief important pour ces développements. » Fabien Peloux est lui le directeur de l'expérience client pour Air France. Pour lui, cette collaboration était logique : « Le nom de Mory Sacko s'est effectivement affiché comme une évidence puisque c'est cette parfaite incarnation, avec ce talent de savoir-faire à la française et puis cette attirance pour les saveurs africaines. Et donc, on a trouvé aussi à travers sa notoriété, et puis son étoile Michelin, qui est quand même aussi une belle reconnaissance, le parfait acteur pour travailler avec nous. Parce que ce n'est pas si facile de décliner sa cuisine sur une expérience aérienne. » Nouveau chapitre de la gastronomie mondiale Mory Sacko, chef étoilé servi dans les nuages entre Abidjan et Paris, c'est un peu la consécration d'une cuisine africaine d'excellence, comme en témoigne Verane Frediani, autrice d'un ouvrage de référence en la matière : L'Afrique, cuisine en France. « Pour moi, ils sont en train d'inventer un nouveau chapitre de la gastronomie mondiale. C'est ça qui est intéressant. C'est l'influence qu'ont ces chefs qui ont des restaurants en France sur ce qui se passe en fait dans les pays d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique centrale sur finalement, les nouveaux restaurants qui se montent dans les capitales de ces pays. Bon, il y avait effectivement Georgiana Viou à Cotonou, Dieuveil ...
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  • Côte d'Ivoire: le chocolat Tafissa, un cacao transformé localement à Cocody
    2026/03/09

    En Côte d'Ivoire, il y a ceux qui disent qu'il faut transformer les matières premières du pays et celles qui le font. Olga Yenou a créé en 2012 la marque Tafissa, qui propose poudre et pâte à tartiner « made in Abidjan ». Reportage dans une unité de conditionnement à Cocody. (Rediffusion du 03/08/2025).

    Lorsqu'elle vous invite à visiter son unité de conditionnement à Abidjan, Madame Yenou ne rigole pas avec l'hygiène et vous montre, si besoin est, que c'est bien elle, la patronne. On ne franchit pas le pas de porte de son unité d'ensachage Tafissa sans enfiler sur-chaussures, blouse et charlotte sur la tête. Hygiène oblige.

    La poudre de cacao pour les boissons chaudes ou froides et la pâte à tartiner Tafissa sont l'une des rares marques ivoiriennes qui propose, de la cabosse jusqu'au produit fini, une transformation 100% locale. Olga Yenou est une ancienne directrice d'usine chez Cémoi, un chocolatier français également implanté en Côte d'Ivoire. En 2012, elle décide de se lancer dans l'aventure sous sa propre marque. Ancienne de polytechnique à Yamoussoukro, Olga Yenou a misé sur le plaisir procuré par le cacao, mais surtout sur les bienfaits d'un produit qui – lorsqu'il n'est pas saturé de potasse ou de sucre ajouté – est précieux pour l'organisme.

    Bienfaits d'un produit précieux pour l'organisme

    « Arriver sur le marché avec une poudre de cacao sans sucre du tout, il fallait le faire, raconte-t-elle. Cela existait, mais très peu. La majorité des produits du chocolat sont sucrés, donc venir avec une poudre sans sucre adressée aux adultes (parce que moi-même, je suis une adulte) et que je commence à faire attention à ma santé. Je me suis éloignée des produits chocolatés à cause de la présence du sucre. J'ai pris vraiment le contre-pied de ce qui se faisait. Et aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a quand même une population qui veut consommer du cacao, mais en dosant son sucre soi-même. »

    Marina est l'une des 40 salariées qui s'occupent de mettre de la poudre 35, 70 ou 100% cacao dans des sachets que l'on retrouve dans les supermarchés ivoiriens. « Si tu es diabétique, tu peux le prendre. C'est aussi aphrodisiaque, explique cette mère de deux enfants en rigolant. En tout cas, c'est très bon. Il n'y a rien à dire. Avec ce travail et mon salaire, mes enfants peuvent aller à l'école. Je ne me plains pas. »

    Fabriqué par des Ivoiriens

    Pas besoin de se plaindre donc, d'autant plus que Lucille Yango, responsable commerciale, se félicite, elle, des commentaires des consommateurs quand elle fait des visites surprises dans les supermarchés : « Je demande systématiquement : ''Pourquoi prenez-vous ce produit ?''. En général, ils ne savent pas que c'est fait par des Ivoiriens, ils sont encore plus fiers. Je pense que le défi majeur ici en Côte d'Ivoire, c'est la consommation locale. C'est bien de le transformer, mais aujourd'hui, 90% de notre production va à l'exportation. Ce serait bien que 100% de notre production soit transformée et vendue de façon locale. »

    Une production pour un marché national qui reste à développer. Sur les 1,8 million de tonnes de cacao produites en 2024, Tafissa n'en transforme qu'une centaine de tonnes par an. Le chemin est encore long. Mais pas d'inquiétude, Madame Yenou et son équipe se dopent au cacao.

    À lire aussiRécolte intermédiaire de cacao très incertaine en Côte d'Ivoire

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  • WIC, club d'investisseuses ivoiriennes pour dirigeantes «Wictorieuses»
    2026/03/09
    À Dakar et à Abidjan, les associations WIC (Women’s Investment Club) ont été créées en 2016 et 2018 pour accompagner, financer des entreprises, portées par des femmes. À Abidjan, depuis deux ans, cette association se regroupe pour désigner vingt lauréates auxquelles l'association apporte conseil et financement. (Rediffusion du 13/07/2025) Ce jour-là, dans un grand hôtel d'Abidjan, les adhérentes du WIC Côte d'Ivoire cooptent pour la deuxième année consécutive, vingt femmes. Des femmes patronnes de PME, dont les projets ont retenu l'attention de leur sœur entrepreneuse. Manon Karamoko Coulibaly est la directrice régionale de la société pharmaceutique Novartis, mais elle est aussi la présidente du WIC Abidjan. Elle nous explique le sens de ce club de dirigeantes ivoiriennes qui ressemble à une tontine des temps modernes. « En fait, ce sont des femmes qui ont décidé de mettre leur épargne en commun pour investir dans les entreprises de femmes. On sait que naturellement, dans les banques traditionnelles, c'est un peu difficile d'obtenir des prêts en général pour les entrepreneurs, mais encore pire pour les femmes parce que la confiance n'y est pas. Donc, nous avons décidé de mettre nos épargnes à contribution. Nous recrutons des femmes que nous mettons dans des cohortes que nous accompagnons. D'abord parce que c'est quand même un investissement, ce n'est pas un don. Il s’agit plus souvent, d'ailleurs, de prises de participation dans leur capital, parce que ce sont des petites entreprises qui ont besoin de grandir. Quand on prend des prises de participation, ce qu'on fait, c'est qu'on a toujours un ou deux de nos membres qui vont siéger au conseil d'administration et permettre de guider l'entreprise. Donc, au-delà du retour sur investissement, c'est beaucoup plus l'impact que ces entreprises-là auront dans cinq ou sept ans que nous visons, afin qu’elles soient beaucoup plus grandes, beaucoup plus pérennes, beaucoup plus solides. » Pour cela, le Women's Investment Club ne se contente pas de financer des projets portés par des femmes, mais a mis en place une académie, un cercle de réseaux d'affaires et même – quand cela est nécessaire – un coaching et de l'accompagnement psychologique, ce qui est primordial pour Manon Karamoko Coulibaly. Beaucoup plus grandes, beaucoup plus pérennes, beaucoup plus solides « Je dis toujours qu'on ne coache pas une femme de la même manière qu'on coache un homme, encore moins en Afrique, parce que les femmes ont des situations personnelles à gérer qui vont impacter leur manière de gérer leurs activités professionnelles. Il faut gérer les enfants, il faut gérer la famille, les parents, il faut être disponible et quand on a une activité à plein temps et qu'on s'investit là-dedans, en général, ça sera au détriment de tout cela. Des difficultés auxquelles l’époux n’est parfois pas étranger », souligne la patronne du WIC. « En fait, il considère que l'activité de la femme, son business, devient littéralement un concurrent parce que lui, il souhaite que son épouse soit dévouée à lui et à la famille. Les hommes n'ont pas encore compris l'utilité d'avoir une femme qui est active. Une femme qui est active n'est pas aux antipodes d'une femme qui est investie dans sa maison, bien au contraire. Donc notre but, c'est de renforcer ce qu’elles veulent. Une fois qu’elles ont confiance en elles, qu'elles sont soutenues par un réseau, les résultats sont juste fantastiques ! ». Femi Yéo a 40 ans. Elle est mère de trois enfants, ingénieure en logistique et transport, elle a été l'une des premières à bénéficier des financements du Women's Investment Club. Sa société Wood Packaging Industry fabrique à Grand Bassam des palettes en bois. « L'entreprise reste dans la main de l'entrepreneur. Eux, ils sont là en appui et en soutien. Donc dès que j'ai besoin d'aide sur un aspect, on active le réseau. Si je souhaite par exemple rencontrer le DG de telles entreprises, démarcher une société potentiellement cliente et qu'une dame du WIC la connaît, elle facilite le rendez-vous. C'est vraiment cet appui-là qu'on a derrière nous et qu'on n'a pas quand on bénéficie du financement d’une banque ». Les femmes savent gérer un portefeuille, c'est un gage de stabilité L'expérience réussie de ces deux années d'entrepreneuriat féminin attire de nouveaux partenaires financiers. Ainsi, cette année, une banque a décidé de s'associer au WIC de Côte d'Ivoire pour participer aux appels de fonds. Antoine Resk Diomandé, Directeur Général de la Fondation de la Banque Atlantic Groupe, atteste de cet intérêt : « Les femmes savent gérer un portefeuille et c'est vrai que c'est un gage de stabilité. Les femmes remboursent et donc forcément, elles sont une assurance pour nous. Et c'est vrai qu'être partenaire du WIC par exemple, qui va permettre de sélectionner les ...
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  • Pas de «trucs bizarres» dans le karité guinéen de Mama Sango
    2026/02/08
    Le fruit du karité est une noix qui pousse à l'état sauvage et qui est de plus en plus utilisé dans l'industrie agro-alimentaire, notamment dans la fabrication du chocolat. Mais c'est aussi une oléagineuse qui permet aux femmes africaines de se créer des revenus grâce à sa récolte et sa transformation pour l'industrie cosmétique. C'est ainsi qu'en France, la Guinéenne Zéna Barry a créé une marque de produits cosmétiques, Mama Sango, sur la base du beurre fabriqué en Guinée. « Mama Sango, c'est ma mamie chérie, ma mamie maternelle avec qui j'ai grandi, qui m'a appris plein, plein de choses. J'étais tout bébé, j'ai fait plein de villes avec elle et mon grand-père maternel qui, lui, était enseignant... ». Zéna Barry est intarissable sur son pays et ses origines. Il faut dire que ce petit bout de femme, toujours gaie et extrêmement loquace, est une Peule un peu particulière. Guinéenne d'origine, spécialiste en droit des affaires en France, cette entrepreneuse dynamique a décidé de promouvoir le karité guinéen dans le Berry, dans le centre de l'Hexagone, où elle s'est installée avec son mari. Rencontrée au Salon du bien-être à Paris, elle nous vante ses produits cosmétiques et alimentaires à base de beurre de karité. « On produit déjà des merveilles autour du vrai beurre de karité qui vient de Guinée, produit par les braves femmes de ce merveilleux pays que j'aime beaucoup, mon pays d'origine ! Je suis arrivée en France pour mes études de droit, et en 2011, j'ai décidé de valoriser le vrai karité, parce que je voyais beaucoup de karité sur le marché français. J'ai compris qu'il y avait du karité industriel, extrait par des industriels avec des produits douteux. Et côté artisanal, je trouvais que ce produit n'était pas mis en valeur. C'est comme ça que j'ai décidé de créer Mama Sango, pour permettre aux femmes productrices de karité du village de mes grands-parents en Guinée, et d'autres villages bien évidemment, de vivre du fruit de leur travail. Le karité Mama Sango vient de la Haute-Guinée. » Mama Sango, du nom de sa grand-mère, est une gamme de produits cosmétiques à base de beurre de karité. Avec « 0% de trucs bizarres dedans », assure Zéna Barry. À lire aussiKarité, quatre pays producteurs ferment leurs exportations d'amandes brutes « On formule nos produits » « Avant 2011 déjà, j'ai constitué une équipe toxicologue, aromatologue et moi-même. On a formulé nos produits et fait quatre ans de recherche et développement et on a créé nos formules. Puis, on les a fait valider, et aujourd'hui, on a une cinquantaine de formules. Tous les ans, on achète le karité aux femmes et – très important ! – c'est elles qui fixent le prix, donc c'est du vrai commerce équitable. Ça leur permet de vivre de leur travail et c'était un de mes objectifs. On amène tout dans notre labo, dans le Berry, à Argenton-sur-Creuse, une très belle ville dont je fais la promotion, que j'aime beaucoup ! Et toutes ces merveilles sont fabriquées là-bas », poursuit-elle. De cinq kilos de beurre de karité importés de Guinée à ses débuts en 2011, Zéna Barry est passée à plusieurs tonnes transformées chaque année. Grâce à cela, elle arrive à faire travailler près de 300 femmes en Guinée qui récoltent, sèchent, décortiquent et barattent le beurre de karité. Une activité rémunératrice et de plus en plus valorisée sur le marché international, comme nous le confirme l'agroéconomiste Anaïs Chotard du cabinet d'expertise Nitidae. Favoriser la transformation nationale « C'est une matière grasse végétale qui est de plus en plus consommée, exportée et recherchée parce qu'effectivement, elle peut remplacer le beurre de cacao dans certains produits chocolatés sur le marché européen. Et donc, vu le prix du beurre de cacao actuellement, c'est quand même très intéressant de se tourner vers le beurre de karité à la place, de faire des mélanges ou des recettes. C'est donc une matière végétale qui est recherchée. Il y a vraiment une stratégie très répandue dans les zones de production pour favoriser la transformation nationale », explique l'experte. Chaque année, ce sont quelque 500 000 tonnes de noix de karité qui sont exportées d'Afrique. La tonne de beurre, elle, est estimée à 1 500 dollars, avec une demande toujours croissante, d'où le fait que Zéna Barry, à son niveau, milite pour une structuration de la filière karité, dans son pays, la Guinée. À lire aussiLe karité atteint des prix jamais vus en en dix ans
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  • ToumAI rend les langues africaines intelligibles pour l'intelligence artificielle
    2026/02/03

    Gros plan sur ToumAI une start-up marocaine qui travaille à intégrer les langues et dialectes africains dans les usages que l’on fait de l’intelligence artificielle. L'entreprise, qui compte une quinzaine d'employés, propose une application permettant de mieux communiquer entre clients et plateforme téléphonique de service.

    Ce n'est pas toujours évident lorsque l'on parle hausa, bambara ou le darija d'utiliser des plateformes de service téléphonique pour gérer son compte bancaire, réserver un hôtel ou bien régler ses problèmes de connexion internet. Les serveurs téléphoniques ou les plateformes d'appel ne parlent pas toutes ces langues, loin s'en faut. Aussi, la start-up ToumAI a-t-elle mis au point une application qui permet, avec l'intelligence artificielle, de répondre aux demandes des clients dans différentes langues africaines.

    Youcef Rahmani, l'un des trois fondateurs de ToumAI et de l'application HolistiCX : « On a, à peu près, huit langues aujourd'hui qui sont vraiment prêtes en production et déployées d'ailleurs sur des applications. Donc vraiment, notre objectif, c'est finalement de couvrir les langues les plus parlées. Dans un premier temps, le swahili, le lingala en Afrique de l'Est et en Afrique du Sud, le zoulou, le xhosa. il y a plusieurs langues, souvent mal considérées par les logiciels et l' IA et que nous, on souhaite couvrir. »

    « L'IA ne comprend pas votre accent »

    Une intelligence artificielle qui s'adapte à l'oral, aux vocables africains, mais également aux intonations, si importantes, à la bonne compréhension d'une langue afin de mieux répondre aux besoins de celui qui l'exprime. Un service qui comble, pour toute une clientèle, un risque de fracture numérique et linguistique, souligne Youcef Rahmani

    « En fait, c'est exactement ça ! ToumAI est né d'une de cette frustration. C'est que pendant longtemps, l'intelligence artificielle a été développée pour quelques langues et quelques cultures. Beaucoup de personnes se sont retrouvées exclues sans même que l'on s'en aperçoive. Au début, on ne s'en rendait pas compte parce que l'IA était reléguée à des rôles un peu obscurs pour le commun des mortels. Mais, lorsque Chatgpt est sorti, je pense que c'est là où les gens se sont rendus compte de la puissance de l'IA. Et en fait, pendant très longtemps, Chatgpt ne parlait pas vraiment d'autres langues à part les langues principales. Quand une IA ne comprend pas votre accent ou votre façon de parler ou votre langue, ce n'est pas juste un problème technique, ça devient un problème d'accès aux services, parce que l'on va avoir des logiciels qui intègrent de l'IA un peu partout, mais sans justement prendre en compte les différences culturelles et linguistiques. Nous avons voulu partir de la voix parce que la voix c'est l'univers où tout le monde parle. Et même quand on ne lit pas ou même lorsque l'on ne maîtrise pas le digital, on peut s'exprimer et obtenir des choses en parlant

    Résoudre le problème d'accès au service

    HolistiCX a séduit des entreprises bancaires comme le marocain Attijariwafa Bank, des opérateurs téléphoniques comme Orange ou Inoui, et certaines entreprises immobilières comme Héritage. Les clients de ces entreprises ne se sentent plus exclus des services à cause d'une inadaptation technologique à la langue. Une solution pertinente qu'a accompagné le fonds de soutien Digital Africa et Malek Lagha, cheffe de projet.

    « C'est très pertinent parce qu’ils ont besoin de collecter de la donnée et qu’aujourd’hui, les logiciels en IA n'arrivent pas à traduire des langues africaines. C'est un marché qui a beaucoup de potentiel. C'est de la donnée très précieuse et qui compte également pour beaucoup d'entreprises dans le monde. Aujourd'hui, ToumAI a conçu une IA pensée dès le départ pour des contextes complexes, capable de comprendre non seulement les mots, mais les intonations. Je pense que c'est pour ça que c'est pertinent pour des entreprises internationales. »

    Pour le moment, la solution proposée par ToumAI concerne huit langues africaines, mais le projet futur est d'adapter une quarantaine d'autres langues à des solutions IA.

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  • Avec l'application e-pineA, les agriculteurs béninois gagnent leur pain de sucre
    2026/02/01

    Au royaume des start-up, e-pineA fait office de petit prince du Bénin, puisque les deux fondateurs de cette société, basée à Abomey Calavi, ont permis aux agriculteurs de mieux écouler leur production de fruit et de trouver des acheteurs.

    (Rediffusion du 27/07/2025)

    Qui n'a jamais goûté un pain de sucre dans sa vie ne connaît pas la douceur de la saveur de l'ananas. Et pourtant, chaque année au Bénin, une bonne partie des récoltes ne trouve pas preneur, faute de lien entre paysans-producteurs et revendeurs-exportateurs. Mais cela, c'était avant ! Avant qu'Ulrich et Lucien ne créent Biolife, une start-up béninoise qui a conçu e-pineA, une application sur smartphone qui permet de signaler quand un champ arrive à maturité pour des intermédiaires qui prennent des options d'achat. Lucien Medjiko est le cocréateur de l'application smartphone.

    « Le principe est simple : la plateforme va permettre aux agriculteurs de donner la cartographie de son champ en renseignant les données : "Combien je suis en train de produire. J'ai planté à certaines dates et j'ai certaines variétés". Tout un tas de données que le producteur va fournir et sur la base de ces informations, notre technologie va analyser tout ça, pour prédire la période de maturité, le rendement. Donc c'est sur cette base-là que les acheteurs, que ce soit à Cotonou ou à Niamey se renseigneront sur le niveau de maturité des champs, la quantité disponible. Il fait tout cela à partir de notre application qu’il télécharge sur Play store », détaille Lucien Medjik, cocréateur de l'application smartphone.

    E-pineA est donc une application sur Android qui permet à environ 1 800 producteurs et 200 acheteurs de faire affaire et d'éviter les pertes. Mais au sein de leur start-up Biolife, Lucien et Ulrich font aussi du conseil pour un bon usage des parcelles.

    « Aujourd'hui, il y a un constat que les terres sont fatiguées. Il faut repenser leur mode de production. Ce qui a fait que nous faisons la promotion des pratiques durables telles que la rotation des parcelles, l'utilisation de légumineuses à cycle court et des intrants d'origine organique, fabriqués localement. Ces producteurs, petit à petit, nous devons les accompagner aussi dans ce processus », explique Ulrich Djido, agronome et cofondateur d'e-pineA.

    Depuis deux ans qu'il travaille avec Biolife et utilise leur application, Apollinaire Houeton, producteur d'ananas bio dans la commune de Zé, sent nettement la différence dans ses revenus : « Je fais de l’ananas biologique. Des fois, on produit, mais cela reste dans le champ et cela pourrit. Mais avec Biolife, actuellement, on n'a pas problème de marché, parce qu'ils nous aident à vendre nos produits à l'intérieur. Avant, sur 50 tonnes d'ananas, on se trouvait avec 3 à 5 tonnes d'ananas exportables. Mais avec Biolife, on a commencé par trouver jusqu'à 10 tonnes exportées. C'est bien mieux. »

    Biolife et l'appli e-pineA ont bénéficié du soutien financier de Digital Africa, une filiale de Proparco qui a investi 32 millions de francs CFA (50 000 euros) dans cette start-up béninoise pour l'aider à grandir. « Pour moi, le digital est l'une des solutions qui peut considérablement améliorer l'efficacité de cette industrie en améliorant la distribution et la logistique, du producteur au distributeur. C'est ce que vient faire e-pineA qui permet à une myriade de petits producteurs, très fragmentés, d'avoir accès à un marché énorme qui est celui de l'export ou de la transformation locale, ce qui n'existait pas. C'est-à-dire qu’un producteur avant pouvait produire et perdre 30 à 40 % de sa production juste parce qu’il n'avait pas de débouché au moment où son produit était prêt à être vendu », argumente Grégoire De Padirac, directeur général de Digital Africa.

    Et nos startupeurs ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Leur application, qui évite déchets et gâchis de production, pourraient aisément se décliner pour d'autres produits périssables et pourtant recherchés, comme la mangue ou le karité.

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  • À Abidjan, des cantines scolaires pour bien se nourrir et mieux apprendre
    2026/01/18
    À Abidjan, devant la faiblesse de la restauration scolaire, Krys Digbehi a eu l’idée il y a cinq ans de créer une chaîne de restaurants pour les écoles ou les lycées. Yéyiba, une start-up ivoirienne, permet aux enfants qui ont une tête bien pleine d’avoir aussi un ventre bien nourri. Yéyiba, cela veut dire « succès » en langue yacouba, la langue maternelle de Krys Digbehi. Cet Ivoirien originaire de Danané, après des études scientifiques, a changé de voie en décidant de se rediriger vers la gastronomie et les cantines scolaires. Krys Digbehi, rencontré lors du forum Euroafrica à Montpellier, exposait son projet aux participants de ces rencontres. « Initialement, j'ai fait une formation de mathématique-informatique et après j'ai fait une reconversion en cuisine professionnelle à l'école hôtelière de Bassam et j'ai lancé mon business, mon entreprise de restauration, en étant autodidacte. » Ne plus manger par défaut Il a choisi la restauration scolaire « d’abord parce qu'il y a de la demande, il y a des milliers et des milliers d'écoles d'Abidjan qui n'ont pas de cantine. Je pense que selon les derniers chiffres, plus de 64 % des écoles en Côte d'Ivoire n'ont pas de cantine scolaire. Il y a aussi la précarité des cantines qui sont dans les écoles. Étant moi-même étudiant, j'ai vu comment c'était vraiment difficile de trouver à manger ou de trouver de la bonne nourriture. Il n’y avait pas vraiment de professionnalisme dans la nourriture. Donc, le midi, j’étais obligé de manger par défaut et ça coûtait cher. Donc, pour un élève lambda, qui n'a pas de revenu, il est obligé de mal se nourrir et puis après, il peut avoir des intoxications. » Sur fonds propres et avec quelques prix remportés dans des concours de start-up, Krys Digbehi a investi dans des containers ambulants et dans du matériel de restauration professionnelle. Avec ses quinze employés, il travaille pour quatre établissements abidjanais. « Dans les écoles, j'installe un conteneur, j’ai une cuisine, un conteneur équipé de matériaux, des tables en inox, du matériel vraiment professionnel et nous installons ce dispositif-là ainsi qu’un espace pour manger avec des chaises. Tout est bien aménagé, propre ! Et ces élèves-là, à l'heure de la pause, ils n'ont plus besoin de sortir pour chercher la bonne nourriture, vu que le cadre est là. On sert un repas classique à l'ivoirienne, des plats locaux, par exemple, attiéké-poulet, alloco-attiéké, poisson... Mais la différence, c'est que c'est fait vraiment de façon professionnelle et saine. Préparé avec amour surtout. Parce que quand il n’y a pas d'amour dans le plat, que tu déposes de l'attiéké, un poisson sec, ça descend pas bien… » Yeyiba fournit 1 500 repas par jour. Des élèves qui mangent mieux et qui donc sont mieux disposés pour apprendre, comme le confirme Marc Delphin Kambou, ancien client de Yeyiba au Lycée Classique d’Abidjan. Manger consistant pour suivre les cours « Je vois clairement la différence parce qu’il y a un adage qui dit ici : "Un homme qui a faim n'est pas un homme libre". Parce que tu ne peux pas venir à l'école toute la journée, ne rien manger. Juste une barre chocolatée, ça ne va rien te faire ! Tu es obligé de manger un truc consistant pour pouvoir suivre le reste des cours. Là, c'est clair que celui qui mange, qui est rassasié, est clairement au-dessus de celui qui a faim, parce que si ton estomac est vide, tu ne vas pas suivre correctement ». Et les élèves ne sont pas les seuls à apprécier une alimentation saine et roborative. Bruno Digbehi Zeli est le directeur de 2IMPE, un centre de formation technique à Abidjan. Et quand les apprentis ingénieurs commandent leurs plats, les professeurs ne sont pas loin derrière dans la queue de la cantine, explique-t-il. « Moi-même, j'ai l'habitude de manger avec eux. C'est vrai que nos plats sont plus élaborés. Nous commandons un peu plus que les élèves qui ont un pouvoir [d'achat] un peu limité. Mais en tout cas, c'est à la portée quand même des jeunes gens. Ils sont ingénieurs, on ne voit personne dormir dans l'après-midi, parce que soit il a faim, soit il a mangé trop d'huile. Je pense qu’il y a quand même une contribution à bien manger. Quand vous voyez beaucoup d'enfants dormir parce qu’ils ont faim, c’est qu’il y a un souci ». L'ambition de Yeyiba est de passer plus de contrats avec d'autres établissements scolaires abidjanais et de trouver une solution pour la restauration des écoles en milieu rural. À écouter dans 8 milliards de voisinsComment garantir l’autonomie des cantines scolaires ?
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  • L'île d'Idjwi en RDC sanctuaire des singes bleus
    2026/01/12

    L'organisation Icopren RDC dans la région de Bukavu et particulièrement sur l’île d’Idjwi travaille à la préservation de la biodiversité en développant des techniques de compost, en œuvrant à la reforestation et surtout en préservant une espèce rare sur l’ile le singe bleu…

    Idjwi est l'une des plus grandes îles lacustres du continent, située à l'est de la RDC, sur le lac Kivu. Elle est aussi riche de nombreuses cultures comme l'ananas, le café et le singe bleu, une espèce de primate menacé. Des singes que Hobereau Kitumaini au sein de son association, Icopren (Initiative Communautaire pour la Protection et la Restauration de la Nature en RDC), s'efforce de préserver.

    Basé à Bukavu mais originaire de l'île d'Idjwi, Hobereau est profondément attaché à la préservation de la flore et de la faune, et particulièrement à celle de ces singes bleus. « Idjwi est très attrayant. C'est une entité complètement touristique, qui regorge d’une biodiversité exceptionnelle. Notre activité principale est de sensibiliser les populations sur la protection des singes bleus. Il y a eu des cas de braconnage et nous avons trouvé que si l'on continue à braconner cette population, on devrait perdre trop d’individus liés à la biodiversité ».

    Biodiversité exceptionnelle

    « Nous le faisons parce que, d'abord, c'est un élément capital qui attire les touristes. Ça, c'est la première des choses. Deuxièmement, ces singes bleus donnent l'identité à l'international pour l'île d'Idjwi. C'est déjà quelque chose quand même qui attire le monde de l'environnement. Et c'est ainsi que nous, on est en train de faire ce genre d'activités de sensibilisation des jeunes et pour aussi les encadrer à faire de l’élevage afin qu'ils n'aient pas l'esprit de chercher de la viande en braconnant des singes bleus ».

    Hobereau, qui est également représentant du club RFI d'Idjwi, travaille au sein de son association avec une autre structure, l'ONG spécialisée dans la protection des singes en RDC, « Primate Expertise » en collaboration avec la structure américaine Wild Earth Allies. Ces deux dernières travaillent à la restauration des habitats et à la protection des espèces tout en autonomisant les communautés locales. Salomon Bazibuhé est l'un des représentants de Primate Expertise responsable de la reforestation des sites .

    « La population des singes bleus vit dans un site qui est fortement dégradé et autour du site vit une population humaine vulnérable qui a besoin de moyens de subsistance pour améliorer leurs conditions de vie. Alors, en même temps que nous sommes en train de restaurer le site qui abrite les singes bleus, nous l’appuyons à une initiative de développement communautaire. C'est pourquoi souvent on a recours à Icopren RDC ou au Club RFI pour qu'ils nous accompagnent dans le cadre de la sensibilisation et sur l’ éducation environnementale. Lorsque j'ai commencé à « Primate Expertise », c'était en 2018 et à cette période-là, on comptait 50 singes, mais actuellement, les décomptes nous permet de recenser 100 individus actuellement. Et nous espérons, avec les efforts de conservation, que la population va s'améliorer au fur et à mesure ».

    Malgré des résultats encourageants, l'ambition d'Icopren est de permettre de sensibiliser encore plus les populations de l'île d’Idjwi sur l'importance de préserver cette espèce de chimpanzé. Pour cela, l'association est à la recherche de financement afin de créer des élevages de chèvres et de poules pour que les habitants d'Idjwi cessent de chasser la viande de brousse.

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