エピソード

  • Les librairies indépendantes sont-elles en voie de disparition à Hong Kong?
    2026/07/31
    Elles comptent parmi les derniers remparts pour la liberté d’expression à Hong Kong. Depuis le début de l’année 2026, les librairies indépendantes font l’objet de perquisitions, leurs propriétaires et employés sont arrêtés et les ouvrages saisis, à la faveur d’un arsenal législatif répressif imposé par Pékin depuis quelques années. Ces espaces finissent par plier sous le poids de la censure. Greenfield ferme ses portes. Cette librairie indépendante était une institution nichée dans le quartier animé de Mong Kok à Hong Kong depuis 1976. Il y a deux semaines, elle avait été perquisitionnée, la police a saisi ses livres et menotté ses libraires. En mars, des perquisitions avaient eu lieu chez Book Punch. Et, en juin, le couple propriétaire de la librairie Hunter avait été arrêté, apparemment pour avoir dans ses rayons la biographie de Jimmy Lai, magnat de la presse emprisonné et figure emblématique du mouvement prodémocratie. L’un après l’autre, ces établissements finissent par mettre la clef sous la porte. Elmbook, banni de la foire du livre de Hong Kong cette année, cessera son activité en avril. Pour la librairie Have a Nice Stay, ce sera le 30 août prochain. Elle avait été fondée en 2022 par d’anciens journalistes, qui invoquent des pertes financières mais surtout des « lignes rouges difficiles à cerner ». Ce sont au total une dizaine de libraires qui ont été détenus – souvent libérés sous caution –, tous accusés de vendre des publications à contenu séditieux. Ils risquent jusqu’à sept ans de prison. À lire aussiHong Kong: 6000 manifestants contre la disparition de libraires L’infraction de sédition Depuis 2019 et les manifestations prodémocratie, une série de textes législatifs est venue donner un tour de vis à la censure. Les actes « séditieux » sont mentionnés dans l’article 23 de la loi de Hong Kong, promulguée en 2024 pour blinder la législation sur « la sécurité nationale ». On y a réintroduit cette infraction qui datait de l’époque coloniale. Dès lors, la « sédition » est punie même s’il n’y a pas d’incitation à la violence. Alors que la sédition est stricto sensu un appel à des actes d’émeute. Cette loi fourre-tout ouvre donc la voie à criminaliser toute parole critique. Pour les clients, ces espaces sont irremplaçables, puisqu’on y trouvait des ouvrages politiques et sociaux qui sont – de fait – absents des rayons des grandes enseignes, mais aussi des bibliothèques scolaires ou publiques, puisque les autorités les ont vidées de titres comme 1984 de George Orwell. À lire aussiHong Kong: l'appel à la mobilisation d'un des libraires enlevés par Pékin La fin des « champs verdoyants » ? Des internautes hongkongais ont même cartographié la liste des derniers établissements, parmi les rares lieux jusque-là consacrés au débat d’idées. Sur Instagram, un utilisateur réagissait à la fermeture de Greenfield en se demandant : « Où fleuriront les fleurs s’il n’y a plus de champs verdoyants ? », une référence à un ouvrage saisi par la police intitulé Ne laisser fleurir que les fleurs rouges : identité et appartenance dans la Chine de Xi Jinping, publié par la journaliste multiprimée Emily Feng. Ce vendredi 31 juillet ont également eu lieu les funérailles d’une figure de la dissidence hongkongaise, celles du libraire Lam Wing-kee, considéré comme un héros par les manifestants. Il est décédé début juillet à Taïwan des suites d’un cancer. Il avait été appréhendé en 2015 par la Chine, qui l’a ensuite renvoyé à Hong Kong – forcé de récupérer un disque dur avec les données de tous ses clients. Ce qu’il a refusé de faire. Le libraire s’est exilé par la suite à Taipei, où il a rouvert une librairie. Il n’a jamais revu sa ville natale. Avec la mort de Lam Wing-kee, les arrestations, les saisies de livres et les fermetures en série, c’est tout un écosystème qui s’éteint à petit feu à Hong Kong. À lire aussiUn Hongkongais emprisonné pour l'importation de livres pour enfants «séditieux»
    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Donald Trump, une bonne nouvelle pour Xi Jinping?
    2026/07/24
    Est-ce que le mandat de Donald Trump ne serait pas finalement une très bonne affaire pour la Chine ? Le Républicain, à la rhétorique particulièrement hostile envers Pékin durant la campagne, s’est progressivement adouci. Après s’être rendu lui-même en Chine, il a annoncé cette semaine la visite d'État de Xi Jinping aux États-Unis le 24 septembre. « Le plus grand piratage de données électorales de l’histoire, des journalistes achetés par Pékin »... La semaine dernière, le président américain attaquait ouvertement la Chine dans un discours télévisé pour justifier sa défaite électorale en 2020. La réponse de la diplomatie chinoise, rejetant les accusations et les qualifiant de « calomnie », est restée mesurée. Poursuite des discussions Preuve en est la rencontre ce mercredi entre le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, et son homologue américain Marco Rubio. Les deux hommes, présents à Manille pour le sommet de l’Association des pays d’Asie du Sud-Est, ont avancé sur la visite d'État de Xi Jinping aux États-Unis, annoncée rapidement ensuite à la date du 24 septembre par le locataire de la Maison Blanche. Une visite qui peut surprendre au vu des relations particulièrement dégradées entre les deux pays lors du premier mandat de Donald Trump. La guerre commerciale et la rhétorique hostile du Républicain avaient engendré des réponses de même niveau de la part de Pékin, et des sanctions sévères. Exemple phare du grand écart dans les relations sino-américaines : Marco Rubio. Le secrétaire d'État, sous sanction chinoise pour ses critiques de la violente répression des mouvements pro-démocratie à Hong Kong, était interdit de territoire. Il faisait pourtant partie de la délégation américaine présente à Pékin en mai. À lire aussiUn mois après la visite de Trump à Pékin, la Chine sanctionne des entreprises américaines stratégiques Les autorités chinoises semblent être ouvertes à l’idée de discuter avec cette administration américaine. Cela rentre pleinement dans sa rhétorique de puissance d’équilibre, prête à parler à tout le monde, mais cela semble aussi épouser les intérêts d’un pays en position de force face à son grand rival, notamment grâce aux décisions du président américain. La Chine a réussi à absorber relativement bien le choc économique de la crise au Moyen-Orient, notamment grâce à ses investissements massifs pour diversifier ses sources d'énergies. Ses liens avec le médiateur pakistanais ont aussi permis de l'afficher en puissance d'équilibre, avec des visites de chefs d'État qui se sont succédé à Pékin ces derniers mois. Dans le même temps, les États-Unis sont englués dans le conflit iranien, et toujours incapables de parvenir à trouver une solution pérenne pour la guerre en Ukraine, leur économie est impactée par la hausse des cours du pétrole. Les alliés de Washington, eux, semblent en plein doute sur la capacité américaine à les protéger, de Riyad à Abou Dabi en passant par Séoul et surtout Taïwan. L’île, de fait indépendante, mais que Pékin veut récupérer, attend toujours ses livraisons d’armements à hauteur de 14 milliards de dollars. Washington a gelé cette vente, quelques jours après la visite de Donald Trump en Chine. Officiellement, afin de garantir que l'armée américaine ait assez d’armes pour sa guerre contre l'Iran, mais cela a aussi pour effet de ne pas froisser Xi Jinping. Mais l’effet reste le même pour Taipei, qui dépend uniquement des États-Unis pour ses importations de matériel de défense. Pékin s'enhardit sur tous les points stratégiques de la région Cette semaine, que cela soit à Taïwan, aux Philippines et au Japon, la Chine a montré les dents sur tous les points chauds de la région. Au lendemain de la rencontre avec Marco Rubio, l’Armée populaire de libération a lancé ce jeudi deux jours d’exercices de tir réel dans le détroit de Taïwan. L’arsenal chinois s’est déployé dans le détroit, proche de ses côtes certes, mais accentuant très clairement la pression sur l’île. En mer de Chine méridionale, où les Philippines et la Chine revendiquent la souveraineté de plusieurs atolls, un nouvel accrochage a eu lieu entre des pêcheurs philippins et des garde-côtes chinois ce lundi. Cela a donné lieu à un échange diplomatique musclé entre Pékin et Manille en marge du sommet de l'Asean : Wang Yi a menacé son voisin philippin de « graves conséquences » si ces incidents se reproduisent. À nouveau, jeudi 23 juillet, les garde-côtes chinois ont assuré avoir repoussé des navires philippins, à l’aide de canons à eau. Enfin, dimanche dernier, Pékin a conduit avec la Russie des exercices militaires à l’intérieur de la zone économique exclusive japonaise. Trois alliés des États-Unis, ...
    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Quel sort pour les trois millions d'Afghans contraints de rentrer dans leur pays?
    2026/07/17
    Après le Pakistan ou l'Iran, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions d'Afghans. On ne parle, pour le moment au sein de l'Union européenne, que de personnes condamnées pour des faits de crimes, mais cette perspective relance un double débat : le sort réservé aux personnes renvoyées sous le régime taliban et la question d'une éventuelle normalisation des relations avec Kaboul. L'ONU le répète : l'Afghanistan reste l'un des pays les plus dangereux au monde. Dangereux pour les femmes, privées de la quasi-totalité de leurs droits. Dangereux aussi pour les anciens fonctionnaires, les ex-militaires de l'ancien régime, les journalistes ou encore les militants des droits humains. Les Nations Unies l'ont documenté : les retours ne sont pas sûrs. Des rapatriés ont été arrêtés arbitrairement et certains ont été torturés. D'où l'appel de l'ONU à suspendre les expulsions au nom d'un principe simple : celui du « non-refoulement ». Autrement dit, le droit international interdit le renvoi d'une personne vers un pays où elle risque des persécutions. C'est aujourd'hui le cas de l'Afghanistan. Audition au Parlement européen sous tension Malgré ces risques, plusieurs pays européens envisagent de reprendre les expulsions. Cette semaine, le commissaire européen chargé des migrations, l'Autrichien Magnus Brenner, a été auditionné par les eurodéputés dans un climat tendu. En cause : l'invitation, le 23 juin près de Bruxelles, d'une délégation talibane, à l'initiative d'une quinzaine d'États membres. La Belgique ou encore la Suède souhaitent pouvoir expulser les Afghans condamnés pour des faits de crimes en Europe. Cela concernerait, selon plusieurs sources, « quelques centaines » de personnes. Mais des ONG et plusieurs eurodéputés dénoncent cette évolution. Au-delà des risques pour la sécurité des personnes expulsées, ils s'inquiètent des discussions engagées avec les talibans. « On ne peut pas, d'un côté, défendre les droits humains et, de l'autre, négocier avec un régime accusé de les bafouer », résume l'eurodéputée belge Saskia Bricmont. Vers une normalisation des relations ? Cette question renvoie à un autre enjeu : discuter avec les talibans n'est-il pas déjà une forme de reconnaissance ? L'organisation des retours implique en effet des interlocuteurs officiels en Afghanistan. Or, la position des Vingt-Sept est claire : l'Union européenne n'entretient pas de relations diplomatiques avec les talibans. Dans les faits pourtant, l'unité européenne se fissure. Fin 2025, l'Allemagne a accepté, pour la première fois, l'installation à Bonn et à Berlin de diplomates afghans nommés par les talibans. Depuis, au moins 50 Afghans ont été expulsés du pays. Du Pakistan à l'Iran… Trois millions de retours attendus en 2026 La question des retours des Afghans dépasse largement le cadre européen. Selon le HCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, 1,1 million d'Afghans devraient rentrer cette année du Pakistan. Ils seraient plus de 1,6 million à revenir d'Iran. La majorité de ces personnes vivent à l'étranger depuis parfois 40 ans. Beaucoup ont des enfants nés hors d'Afghanistan. Le Pakistan et l'Iran justifient cette politique par le poids que représentent ces réfugiés pour leur économie. Au total, trois millions de retours sont attendus en 2026. Un défi humanitaire pour un Afghanistan déjà sous tension Ces trois millions de retours s'ajouteraient aux six millions d'Afghans déjà revenus depuis 2023. C'est aussi un défi majeur pour le régime taliban. Dans un pays de 43 millions d'habitants, l'aide internationale s'est effondrée. L'économie, le système de santé, l'éducation et l'emploi sont déjà sous forte pression. Les ONG, elles aussi, travaillent désormais sous une surveillance étroite. Résultat : les Afghans vivant à l'étranger se retrouvent pris en étau, entre des pays qui veulent accélérer leur départ et un Afghanistan qui semble incapable de les accueillir. À lire aussi«Ils me tueront»: en Suède, l'angoisse des Afghans face aux négociations avec les talibans
    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Indo-Pacifique: face à la Chine, Narendra Modi mise sur des partenariats vitaux
    2026/07/10

    Le Premier ministre indien Narendra Modi est en tournée cette semaine en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Avec des étapes en Indonésie, en Australie et en Nouvelle-Zélande, trois pays qui occupent une place stratégique dans la vision indopacifique de l’Inde, New Delhi cherche à consolider son influence dans cette région qu’elle juge vitale. Elle y joue une carte essentielle : sécuriser ses routes maritimes et ses approvisionnements énergétiques.

    Le contexte mondial a changé la donne. Avec la guerre au Moyen-Orient et les tensions dans le détroit d'Ormuz, les approvisionnements énergétiques de toute l'Asie sont devenus extrêmement fragiles. L'Inde se retrouve doublement exposée : elle dépend du Golfe pour son énergie et de l'Indo-Pacifique pour ses routes commerciales. Par conséquent, elle cherche des alliés capables de la rendre plus résiliente sur la durée.

    L'Indonésie coche justement toutes les cases. L'archipel contrôle une bonne partie du détroit de Malacca, l'un des passages maritimes les plus fréquentés au monde. Jakarta joue en effet un rôle central dans la sécurisation du corridor maritime par lequel transite une part importante du commerce indien.

    Autre élément : la Chine muscle sa présence maritime dans la région. Pour New Delhi, c'est une menace directe sur la liberté de navigation. Autant dire que Malacca, pour l'Inde, c'est un axe stratégique vital et irremplaçable.

    En Australie, de l'uranium et des minerais critiques

    Autre étape stratégique : l’Australie, où il a été question de défense et de sécurité. Les deux pays sont membres du Quad, un forum de dialogue stratégique composé également des États-Unis et du Japon. Les liens militaires indo-australiens n’ont cessé de croître ces dernières années.

    Mais le sujet qui a dominé les discussions, c'est l'uranium. L'Australie détient près de 28% des réserves mondiales. Une ressource capitale pour l'Inde, qui veut développer massivement son nucléaire civil. Ce partenariat lui permet surtout une chose : de réduire sa dépendance au Moyen-Orient et à la Russie. Un enjeu d'autant plus sensible avec la crise dans le détroit d'Ormuz.

    Canberra représente aussi une alternative de poids sur les minerais critiques, indispensables à la transition énergétique et à l'industrie indienne de haute technologie, et dans un contexte de mainmise chinoise sur ces chaînes d'approvisionnement.

    En Nouvelle-Zélande, une visite historique

    La tournée se termine par une étape en Nouvelle-Zélande, qualifiée d'historique : c'est la première visite d'un Premier ministre indien en Nouvelle-Zélande depuis quarante ans.

    Ce n'est pas un hasard. La Nouvelle-Zélande pèse de plus en plus dans l'équation indo-pacifique, surtout géographiquement, dans une zone où la Chine multiplie les accords de sécurité et les investissements. L'Inde veut y renforcer sa présence, pour ne pas laisser le champ libre à Pékin.

    Avec cette tournée, Narendra Modi tisse patiemment un filet d'alliances pour sécuriser à long terme minerais et lignes maritimes vitales dans un espace de plus en plus disputé.

    À lire aussiIndo-Pacifique: Narendra Modi en tournée en Indonésie, Australie et Nouvelle-Zélande

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Chine: ce que «l'accident» d'avion à Pékin dit du pays de Xi Jinping
    2026/07/03
    C'est un accident qui n'est pas censé arrivé en plein de coeur de Pékin. Un avion de tourisme s'est écrasé sur le plus haut gratte-ciel de la capitale. Une brèche de sécurité inédite dans un État qui veut tout contrôler. Des actes de violence suicidaire, la Chine en connaît périodiquement, y compris dans sa capitale sous haute surveillance : de l'attaque à la voiture-bélier sur la place Tiananmen en 2013 au bulldozer lancé sur un marché bondé de Pékin fin mars dernier. Mais un avion qui s'écrase sur une tour, c'est inédit. L'accident date du vendredi 26 juin, mais les circonstances et une partie des détails sur le pilote ont été révélées ces tout derniers jours. C'est un homme de 66 ans dénommé Liu qui a précipité peu avant 18h heures locales son petit avion de tourisme contre une fenêtre de la Tour CITIC, du nom d'un énorme conglomérat étatique, en plein cœur du quartier d'affaires de la capitale. Soir le plus haut gratte-ciel de Pékin - 528 mètres -, le 7e plus grand de Chine. L'avion a percuté le 83e étage à quelque 400 mètres de hauteur. Ce jeudi, les autorités ont donné leur version des faits : l'homme était suicidaire, en témoigne son journal intime. L'accident fut néanmoins très angoissant pour les Pékinois dans l'immeuble et autour : des photos d'évacuation dans les escaliers ont circulé. Dans l'imaginaire de tous, un avion qui s'écrase sur un gratte-ciel, c'est la peur du 11 septembre à New York. Heureusement, rien de comparable à Pékin. Pas moins de 13 blessés tout de même en plus du pilote décédé et des images, rapidement censurées, de flammes au pied de la tour et du train arrière de l'avion de tourisme. Mauvais timing Cette censure immédiate s'explique d'abord par un mauvais timing politique. L'accident n'arrive pas au bon moment pour le gouvernement chinois. Quelque jours plus tard, mercredi 1er juillet, le Parti communiste chinois marquait le 105e anniversaire de sa fondation. Le même jour, une nouvelle sur l'unité ethnique entrait en vigueur. Une loi très critiquée qui appelle à forger une « identité nationale partagée ». Concrètement, elle amplifie l'assimilation forcée des minorités - le mandarin est imposé à tous - et donne un cadre juridique à la répression des dissidents à l'étranger. Pour l'anniversaire du Parti, Xi Jinping a prononcé un discours très évocateur : il a appelé à l'adaptation du PCC mais surtout, à la discipline dans l'armée et à « mener résolument la bataille décisive, de longue haleine et globale contre la corruption ». Autant de mots d'ordre qui résonnent avec sa « lutte anti-corruption », une campagne de purges sans fin lancée en 2013 par le numéro un chinois, en particulier chez les militaires ces derniers temps. Cocktail explosif Or, la question de la corruption au sein de l'armée chinoise se télescope avec l'accident d'avion de la tour de Pékin. Car ce sont des divisions militaires qui sont chargées de la surveillance de 70% du ciel de la capitale, et du quartier d'affaires en l'occurrence. Des têtes pourraient tomber. La question agite les esprits : pourquoi l'avion de tourisme n'a-t-il pas été arrêté avant de percuter la tour CITIC ? Les experts nuancent : à Pékin comme à Washington, il est difficile d'envoyer un avion de chasse détruire en plein vol un petit appareil au-dessus de la ville. Cela provoquerait des débris, des blessés et un mouvement de panique disproportionnée. Par ailleurs, cet avion de tourisme a d'abord fait cinq fois le tour de l'espace au-dessus d'un des aéroports de Pékin, avait de disparaître des radars pour se diriger vers la tour CITIC. La supervision du ciel n'est pas prévue dans ce cas. Problème : la tour percutée était juste à côté de la zone interdite au survol parce qu'elle comprend les bâtiments clés du pouvoir central, dont Zhongnanhai, la résidence des plus hauts dirigeants du Parti et donc de Xi Jinping. Ce genre d'avion privé renvoie enfin à la question du privilège des élites qui ont les moyens de le piloter et souvent des laissez-passer officieux de la part d'une armée dont la corruption est une maladie bien réelle. Brèche dans la sécurité du ciel, image désastreuse d'inégalité sociale au moment d'une loi sur l'unité de la nation... Un cocktail explosif pour Xi Jinping, à faire disparaître de toute urgence.
    続きを読む 一部表示
    4 分
  • Quels gains pour le Pakistan, médiateur entre l'Iran et les États-Unis?
    2026/06/26

    Le Pakistan et son puissant chef de l'armée, le maréchal Asim Munir, restent au centre du jeu diplomatique dans le conflit entre Washington et Téhéran. Un rôle de médiateur qu'il a obtenu de manière inattendue et qu'il espère fructueux.

    Le paradoxe continue après plus de trois mois de conflit au Moyen-Orient. Voici le Pakistan, un pays déchiré par les divisions, notamment dans les zones tribales à l'ouest et au Balouchistan sur la côte, un pays en guerre avec son voisin, l'Afghanistan. Ce même pays a signé un accord pour mettre fin à un conflit impliquant la superpuissance américaine et l'Iran, un autre voisin avec lequel il a rarement entretenu de bonnes relations.

    Islamabad a pourtant su gagner la confiance de Téhéran en condamnant l'attaque américano-israélienne sur l'Iran, en condamnant l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei ainsi que la frappe sur une école iranienne. Mais le Pakistan a aussi gagné les faveurs de Washington en condamnant les attaques iraniennes contre ses voisins du Golfe et en demandant la réouverture du détroit d'Ormuz, où transitent 80 % des importations pakistanaises de pétrole brut.

    À lire aussiComment le Pakistan a su tirer avantage de son rôle de médiateur entre les États-Unis et l'Iran

    Plaisanterie de JD Vance

    Plus que des faveurs, on peut même dire que les dirigeants américains adorent le chef de l'armée pakistanaise. Publiquement, en tout cas. Donald Trump avait d'abord dit tout le bien qu'il pensait de son « maréchal préféré ». Puis, il y a quelques jours, lors des négociations en Suisse, son vice-président JD Vance s'est même permis une plaisanterie devenue virale sur les réseaux sociaux – et qui en dit long : « J'ai deux personnes très, très importantes dans ma vie… L'une est indienne et l'autre est pakistanaise. L'Indienne est ma femme et le Pakistanais est le maréchal Munir. » Au-delà de la blague, le chef de l'armée pakistanaise est sérieusement complimenté par JD Vance pour avoir rapproché les belligérants alors que le processus de négociations était en train de dérailler.

    Certains analystes vont même jusqu'à soutenir que ce rôle de médiateur est extrêmement confortable pour le Pakistan. Il se trouve dans les petits papiers de la Maison Blanche, et il fait de l'ombre à l'Inde, qui a cherché en vain à l'isoler sur la scène diplomatique mondiale. Pourtant, le gouvernement d'Islamabad affirme attendre la signature d'un véritable accord de paix irano-américain comme une victoire diplomatique majeure.

    Manne d'investissement espérée

    D'autant que le Pakistan en attend des bénéfices économiques sonnants et trébuchants. Or, selon les experts, la médiation d'Islamabad pourrait ne générer que des gains économiques limités : essentiellement une réduction de ses coûts d'importations d'énergie grâce à la réouverture du détroit d'Ormuz, à quoi s'ajouterait une éventuelle relance du projet de gazoduc avec l'Iran. Islamabad espère aussi et surtout une manne d'investissement américain et occidental. Mais les bonnes paroles des diplomates ne garantissent jamais des contrats d'investissement en bonne et due forme. Le gouvernement pakistanais espère enfin à l'avenir une place durablement reconnue sur la scène des puissances régionales au Moyen-Orient.

    Mais il faut voir aussi à qui profite cette médiation au Pakistan. Aux militaires, bien sûr, avec le maréchal Asim Munir, toujours lui, qui est le dirigeant de fait d'un État dominé par l'armée depuis 30 ans. Mais le pays ne retrouvera la paix et la prospérité que s'il partage les dividendes éventuels de sa grande opération diplomatique avec son peuple et ses minorités.

    À lire aussiNégociations États-Unis-Iran: «Le Pakistan, un médiateur improbable, intéressé, mais efficace»

    続きを読む 一部表示
    3 分
  • Birmanie: la Chine, grande gagnante de la guerre civile?
    2026/06/19
    Cette semaine, après un voyage en Inde, c'était la première visite en Chine de Min Aung Hlaing, le chef de la junte birmane, en sa nouvelle qualité de président, après des élections contestées dans un pays toujours déchiré par la guerre civile. Il a été reçu en grande pompe par Xi Jinping, qui lui a accordé son plein soutien. Le président chinois a utilisé une expression emblématique pour accueillir et soutenir son homologue birman Min Aung Hlaing. « Nos peuples, insiste Xi Jinping, unis par une même source d'amitié, partagent une profonde affection. Cette image illustre parfaitement l'amitié fraternelle qui unit la Chine et la Birmanie. » Cela sonne très conventionnel, certes, mais « l'amitié fraternelle », qui se dit « baobo » en mandarin et « pauk-phaw » en birman, c'est le concept qui définit les relations sino-birmanes depuis 1950. Pour les Birmans, le terme désigne la relation asymétrique avec le grand frère chinois. Pour Pékin, le sens a fluctué. Au XXe siècle, c'était essentiellement la lutte de deux pays frères contre l'impérialisme. Aujourd'hui, c'est un concept beaucoup plus madré dans la bouche de Xi Jinping : diplomatie amicale du bon voisin, sauvegarde de la souveraineté – le président chinois l'a redit cette semaine au dirigeant birman – et surtout intérêts mutuels bien compris. « Dilemme de Malacca » Encore de la langue de bois ? Pas du tout. Pour la Chine, la Birmanie représente un intérêt vital. C'est l'une des voies pour contourner le détroit de Malacca, un point de passage maritime crucial, un euphémisme. Car Pékin en dépend pour le transit de 80% de ses importations de pétrole et pour l'exportation de ses produits manufacturés. Or, les pays qui contrôlent le détroit de Malacca, Singapour, la Malaisie et l'Indonésie, sont tous proches des États-Unis. Pour la Chine, c'est, selon le mot de son ancien président Hu Jintao, le « dilemme de Malacca » : Pékin a peur que les Américains ferment le détroit grâce à leurs alliances et à leurs bases militaires en Asie du Sud-Est. Sortir de ce dilemme, c'est pratiquement la raison d'être du projet pharaonique des « Nouvelles routes de la soie », lancé en 2013 par Xi Jinping. La Chine a ainsi monté en Birmanie la construction d'un terminal d'oléoduc et de gazoduc et d'un port dans l'État Rakhine, dans l'ouest du pays. Impatience et pari La Chine attend donc du président birman qu'il protège ce projet existentiel. Et elle s'impatiente : elle a besoin de sécurité, de stabilité en Birmanie, notamment à sa frontière de plus de deux mille kilomètres avec son voisin. Frontière qui est un foyer de criminalité organisée. En cause, le trafic de drogue mais aussi les centres d'arnaque en ligne – 120 000 victimes rien qu'en Birmanie. La Chine mise sur la junte pour qu'elle en finisse avec la guerre civile, la plus longue au monde, et qu'elle instaure la paix. Tout ce dont le régime de Min Aung Hlaing s'est montré incapable. Les Chinois ont d'ailleurs manœuvré avec les groupes ethniques armés quand ça les arrangeaient. Mais Xi Jinping poursuit son pari : en accueillant cette semaine Min Aung Hlaing, il l'a adoubé officiellement. C'est Pékin qui a fait pression pour la tenue d'élections en Birmanie en début d'année. Peu importe s'il n'y a pas eu de vote dans une large partie du pays contrôlé par les rebelles, et si l'opposition a été anéantie. L'essentiel était de donner les habits neufs, plus respectables, d'un président de la République au chef de la junte putschiste de 2021, mis au ban de la communauté internationale. D'ailleurs, le numéro un chinois a laissé entendre à son homologue birman que la force militaire brute, c'était fini, et qu'il fallait maintenant miser sur un contrôle totalitaire de la Birmanie pour la pacifier, à la manière du Parti communiste chinois.
    続きを読む 一部表示
    3 分
  • En Indonésie, le début de mandat chaotique du président Prabowo Subianto
    2026/06/12

    La colère monte en Indonésie contre le président Prabowo Subianto, arrivé au pouvoir en 2024 et qui connaît un début de mandat chaotique. À commencer par sa politique économique dénoncée comme injuste.

    C'est un nouveau mouvement de protestation dans la rue qui est en train de monter à Jakarta. Il est organisé par les étudiants qui contestent une politique fiscale compromise, une Banque centrale qui perd son indépendance – elle va être supervisée par le Parlement –, mais surtout un gouvernement qui ne tient pas compte de l'intérêt du peuple, en pleine tension sur les prix de l'énergie à cause de la guerre au Moyen-Orient.

    Raison principale de cette colère : la décision ce mercredi 10 juin d'augmenter de 32 % les prix des carburants non subventionnés et très largement utilisés. S'ajoute la baisse de la roupie, la monnaie nationale. Voilà deux paramètres inflammables à l'origine de bien des révolutions dans le monde. La classe moyenne en Indonésie est frappée de plein fouet.

    Crimes de gestion

    Les étudiants demandent aussi la fin d'un programme social très controversé : les repas gratuits pour les écoles, les femmes enceintes et allaitantes. C'était la tête de gondole de la politique sociale de Prabowo. L'insécurité alimentaire est un problème majeur en Indonésie : 20 % des enfants souffrent de retards de croissance à cause de la malnutrition. Pour lutter contre ce fléau, Prabowo avait fixé un objectif ambitieux : fournir des repas gratuits à au moins 83 millions de personnes : enfants, femmes enceintes et femmes allaitantes. Autrement dit, un tiers de la population.

    Or ce programme, qui a coûté des milliards de roupies, a été perverti. Son responsable, Dadan Hindayana, qui dirigeait l'Agence nationale de nutrition, a été limogé le 2 juin dernier puis arrêté. En cause : une mauvaise qualité nutritive des repas et surtout 11 000 cas d'intoxication alimentaire, dont 600 personnes hospitalisées.

    Plus grave encore : le responsable du programme est accusé de crimes de gestion. Il avait sélectionné des fondations pour superviser les cuisines du programme d'aide alimentaire. Des fondations qui recevaient des milliards de roupies et qui étaient liées ou même détenues par ce responsable et ses deux adjoints, eux aussi arrêtés. Ils auraient organisé des marges frauduleuses sur les produits alimentaires. Et avec l'argent, ils auraient acheté illégalement des motos électriques, des chaussures, des tablettes et des téléviseurs. Même si 61 millions de personnes avaient bénéficié de ce programme en mars dernier, on comprend mieux les appels qui se multiplient à l'abandon de ce programme.

    « Une dose d'autoritarisme »

    Ce n'est pas tout : le président Prabowo est accusé d'autoritarisme et de répression. En effet, l'homme a un passé sulfureux. Ancien commandant des forces spéciales sous la dictature de Suharto – dont il est le gendre –,, il est impliqué dans de multiples exactions au Timor oriental, en Papouasie et lors des manifestations anti-Suharto de 1998.

    Aujourd'hui devenu président, il a lissé son image pour passer pour un grand-père sympathique. Mais il a fait amender une loi qui permet aux militaires d'occuper à nouveau des responsabilités civiles. Les opposants, les dissidents voient leur liberté de parole de plus en plus entravée. Ils subissent même des agressions qui rappellent la dictature, comme cette attaque à l'acide contre Andriye Yunus, défenseur des droits de l'homme et dirigeant de l'ONG Kontras. Ses assaillants ont été condamnés ce mercredi 10 juin à des peines jugées bien trop légères, pas plus de trois ans de prison.

    Prabowo, quant à lui, se plait à jouer sur les mots. Il déclare tour à tour que la « critique est constructive », puis qu'il faut une « dose d'autoritarisme pour lutter contre la corruption » et que les ONG, « financées par les puissances étrangères, sèment la discorde en prétendant défendre la démocratie ». L'ambiguïté d'un ancien commandant avec du sang sur les mains est inévitable.

    À lire aussiIndonésie: derrière la croissance, le recul inquiétant de la classe moyenne

    続きを読む 一部表示
    4 分