エピソード

  • Statue de «femme de réconfort»: quand la Nouvelle-Zélande cède aux pressions du Japon
    2026/05/01
    C'est une question qui hante l'Asie orientale et qui empoisonne les relations de Tokyo avec ses voisins. Comment rendre hommage aux femmes esclaves sexuelles de l'armée japonaise durant la Seconde Guerre mondiale ? Les monuments en leur honneur sont des objets de contestation politique et diplomatique. Cette question a resurgi cette semaine à l'autre bout de l'Asie-Pacifique : en Nouvelle-Zélande. L'histoire a lieu à Auckland, la plus grande ville néo-zélandaise. Mardi 28 avril, le conseil municipal a décidé de ne pas installer ce que les Sud-Coréens appellent une « statue de la paix » (pyeonghwaui yeosinsang). Soit une jeune femme assise près d'une chaise vide : la survivante et la disparue. Un hommage aux quelque 200 000 femmes asiatiques, sud-coréennes mais aussi chinoises ou indonésiennes, toutes esclaves sexuelles de l'armée impériale japonaise dans les années 1940. Elles sont connues sous l'appellation « femmes de réconfort ». Les guillemets comptent car l'euphémisme est insultant. Âgées souvent d'une vingtaine d'années à l'époque, elles étaient recrutées systématiquement par l'armée du Japon, sans savoir qu'elles devraient se prostituer dans des maisons closes réservées aux soldats de l'empereur. Là, violées tous les jours, vendues comme des marchandises, elles vivaient dans des conditions misérables. Consultation publique Pourquoi la municipalité d'Auckland a-t-elle refusé d'ériger une statue en leur mémoire ? À l'évidence, elle a été débordée par l'affaire. Le projet avait pourtant été validé par les autorités locales en juin 2025. Cette statue de la paix, offerte par une organisation sud-coréenne, devait être installée dans un jardin culturel coréen sur un terrain municipal à Devenport-Takapuna, dans la banlieue d'Auckland. Mais quand le conseil local de cette banlieue a pris conscience du symbole historique très sensible de cette statue, il a suspendu son approbation en septembre 2025 et lancé une consultation publique en janvier dernier. Résultat : 60 % ont voté « non » à la statue. Parmi les votants, un tiers de résidents d'origine japonaise et un tiers d'origine coréenne, ajoutés à des organisations locales au trois quarts réfractaires, craignant la polémique politique. Pas de vagues Puis, l'affaire est devenue internationale. L'ambassadeur du Japon en Nouvelle-Zélande est lui-même monté au créneau dans une lettre formelle. La statue est, selon lui, soutenue par un « mouvement anti-japonais porté par certains Coréens » et elle pourrait « abîmer les relations diplomatiques entre le Japon et la Nouvelle-Zélande ». Le gouvernement de Tokyo a lui aussi émis une « protestation solennelle » auprès du ministère néo-zélandais des Affaires étrangères et du Commerce. Résultat donc : pas de statue de la paix à Auckland. Pas de vagues avec un allié japonais essentiel face à la Chine et, surtout dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, crucial pour l'approvisionnement en énergie et en matières premières critiques. Jumelage rompu Cette affaire de la statue à Auckland est le dernier épisode d'une longue série. En effet, depuis la première « statue de la paix » érigée à Séoul en 2011, des dizaines d'autres ont été installées à l'étranger, de San Francisco à Berlin. Une occasion de sensibiliser aussi aux violences sexuelles subies par les femmes en général. Chaque fois, le gouvernement japonais allié à des organisations locales s'y est opposé bruyamment. La mairie d'Osaka a même rompu son jumelage avec San Francisco en 2018 et la mairie de Berlin en 2025 a finalement retiré la statue face à la pression japonaise. Même s'il a fait des excuses publiques, le gouvernement du Japon n'a jamais reconnu précisément sa responsabilité dans ce système d'esclavage sexuel. Tokyo considère l'affaire réglée depuis l'accord de 2015 avec Séoul autour d'un fond de dédommagement, mais qui ne satisfait pas les Sud-Coréens. Plus grave, le 22 mars dernier, l'actuelle Première ministre ultra-conservatrice Sanae Takaichi a fait approuver de nouveaux manuels scolaires japonais qui n'évoquent même plus l'expression « femmes de réconfort ». Et encore moins les esclaves sexuelles de guerre de l'armée impériale. À lire et à écouterCorée du Sud: le dernier combat des esclaves sexuelles de l’armée impériale japonaise
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  • Le tour de magie de la junte birmane
    2026/04/24
    L'Asie en mouvement, cette semaine, nous raconte la transformation de la dictature militaire birmane en un gouvernement d'apparence civile. Les 55 millions d'habitants vivent toujours au milieu de la guerre civile qui fait rage depuis le violent coup d'État de 2021. L'opposition démocratique est en prison, les combats sont toujours en cours dans une large partie du territoire et l'armée contrôle fermement les grandes aires urbaines. Malgré cela, les chefs des diplomaties chinoise et thaïlandaise sont de passage cette semaine en Birmanie. Un véritable coup de baguette magique en Birmanie. Des élections largement truquées, un général sanguinaire devenu président, quelques milliers de prisonniers graciés et une dictature militaire qui vient de se donner l'apparence d'un gouvernement civil... Min Aung Hlaing, le leader de la junte, devenu officiellement chef de l'État le 3 avril, caresse l'espoir de voir sa légitimité reconnue sur la scène internationale. Ses alliés historiques, Pékin et Bangkok, l'aident à entrevoir l'espoir d'un retour du pays au sein de l'Organisation des nations d'Asie du Sud-Est (Asean). Cette semaine, les ministres des Affaires étrangères chinois et thaïlandais se sont déplacés dans le pays. Des visites qui sont loin d'être une surprise. Tout eci amorce tout de même la fin de l'isolement de la junte, mise au ban des nations après le coup d'État de 2021. À lire aussiBirmanie: le chef de la junte Min Aung Hlaing prête serment en tant que président 96 000 morts en cinq ans À sa prise de pouvoir, le 1er février 2021, le général Min Aung Hlaing renverse un gouvernement démocratiquement élu d'Aung San Suu Kyi. La prix Nobel de la paix 1991, leader du principal parti politique, la Ligue nationale pour la démocratie, est envoyée en prison, comme la plupart des opposants. Au total, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques, la junte aurait fait 31 000 prisonniers politiques. Les manifestations suivant le coup d'État sont réprimées dans le sang, la liberté de la presse disparaît, toute critique est muselée et une guerre civile éclate. L'armée se distingue par sa violence et la multiplication des crimes de guerre, prenant fréquemment pour cible la population civile. L'ONG ACLED estime qu'au moins 96 000 personnes sont mortes en plus de cinq ans d'un conflit largement oublié. Maintenant, le chef de la junte se trouve en position de force sur le terrain. Cette semaine, il a même proposé un plan de paix largement rejeté par les groupes rebelles. Un retournement de situation par rapport à l'année 2023 : une alliance d'armées ethniques situées proche de la frontière chinoise avançait à grands pas, l'armée manquait cruellement d'hommes, les villes tombaient... Mais la Chine, justement, lasse de voir autant d'agitation et d'instabilité chez un voisin aux ressources minières considérables, a décidé d'agir. À lire aussiEn Birmanie, un bombardement de la junte militaire sur un marché fait au moins 17 morts Mascarade électorale En soutenant l'armée et en jouant de son influence sur les armées ethniques, la Chine a permis à l'armée birmane de récupérer du terrain. La junte a également eu recours à la conscription forcée pour regarnir ses effectifs. Ensuite, Pékin a poussé son nouvel allié à organiser des élections. Elles ont eu lieu en décembre 2025 et janvier 2026. Sur place, RFI a pu constater que le processus n'était ni libre ni juste, sans réelle opposition. Une mascarade électorale qui a permis à l'armée et à l'USDP, le parti politique de la junte, de prendre le contrôle de 86% des sièges à l'Assemblée. Un score qui a permis au général Min Aung Hlaing d'atteindre son rêve : celui de devenir président. Arrivé au pouvoir, il a déclaré l'amnistie pour plus de 4 000 condamnés, dont l'ancien chef d'État Win Myint. Une manœuvre visant à marquer le grand retour de la junte sur la scène internationale. Même si l'Union européenne et les États-Unis restent très critiques, leur aide aux groupes rebelles est nettement inférieure aux livraisons d'armes de Pékin et Moscou. Certains à Naypyidaw ou Yangon craignent maintenant de voir les États-Unis engager le dialogue avec la junte, notamment pour contrer les intérêts chinois. En 2025, en menaçant le pouvoir birman de droits de douane dans une lettre, Donald Trump avait de fait commencé à reconnaître le contrôle exercé par la junte. À lire aussiBirmanie: après cinq années de guerre, le gouvernement de résistance dans l'impasse
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  • Chine: la patience selon Xi Jinping
    2026/04/17
    La Chine a été au centre d'une intense valse diplomatique ces derniers jours. L'empire du milieu semble courtisé pour remplacer un allié américain plus très fiable… Mais le maître-mot du président chinois, Xi Jinping, n'est surtout pas la précipitation. Ne pas se hâter, être patient. C'est un concept majeur de la propagande de Xi Jinping. Le président chinois parle de la « patience historique », soit le fil rouge de la lutte du Parti communiste chinois depuis un siècle pour moderniser le pays. Autre référence : la « patience stratégique » qu'on retrouve dans le livre de Sun Tzu, L'Art de la guerre. Avant d'agir, avant d'attaquer, on attend que l'adversaire se fatigue tout seul, qu'il se mette lui-même en situation de faiblesse. La Chine de Xi Jinping, grâce à cette patience, va-t-elle profiter de la perte d'influence des États-Unis de Trump pour tenter de prendre leur place ? C'est ce que pensent certains analystes occidentaux. Pékin aurait ainsi un boulevard pour s'imposer au Moyen-Orient, envahir Taïwan et établir son nouveau rôle de superpuissance globale. Mais ce raisonnement revient à calquer sur la Chine le modèle des grandes puissances occidentales. Sans aucun doute, Pékin souhaite la fin la plus rapide du conflit avec l'Iran et la réouverture du détroit d'Ormuz. Mais la Chine ne veut surtout pas assumer le fardeau d'une domination mondiale, ni être le garant de la sécurité dans le Golfe. La Chine attend son heure, comme disait l'ancien numéro un Deng Xiaoping. Narratif bien ficelé Inutile pour elle de prendre des mesures spectaculaires pour consolider cette influence mondiale. En effet, les États-Unis et Donald Trump se fragilisent eux-mêmes : une guerre sans objectifs clairs, qui mobilise des ressources militaires américaines cruciales et qui détourne l'attention des menaces sécuritaires en Asie-Pacifique. La hausse des prix du pétrole pénalise les États-Unis plus que la Chine, laquelle profite de ses stocks d'énergie fossiles et de sa force dans les renouvelables. Le narratif de Pékin est bien ficelé : la Chine n'aurait plus qu'à attendre que le monde entier vienne la chercher. C'est l'impression qui s'est dégagée cette semaine. En 48 heures, Xi Jinping a rencontré le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le président vietnamien To Lam, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le prince héritier d'Abou Dhabi Mohammed ben Zayed. Le président chinois a présenté une nouvelle proposition de paix en quatre points pour le Moyen-Orient, appelant à « respecter l'État de droit », que la Chine respecte pourtant très peu chez elle. Menace sur la sécurité énergétique Mais le pari sera-t-il automatiquement gagnant ? Pas sûr. Derrière cette « patience stratégique » claironnée, la réalité est plus complexe. Malgré ses grandes réserves énergétiques, la Chine risque de subir des pénuries. Le prix du carburant à la pompe a déjà augmenté, ce qui compromet la sécurité énergétique du pays, notamment pour les transports et l'aviation, essentiels à l'armée. Sans compter la récession mondiale qui pointe son nez, alors que l'économie chinoise est encore très dépendante des exportations. Ce qui compromet, par ricochet, les projets chinois d'invasion de Taïwan. Comment déclencher une guerre avec l'île s'il y a des coupures énergétiques ? Justement, Xi Jinping a joué l'apaisement en recevant la semaine dernière la cheffe de l'opposition taïwanaise à Pékin. Il a appelé à la patience pour réaliser la réunification de Taïwan au continent chinois, selon ce qu'a rapporté jeudi 16 avril Zheng Li-wen, la présidente du Kuomintang, à la radio taïwanaise. Xi Jinping a même cité l'un des vieux proverbes chinois favoris de Mao : « Yugong ou le vieux fou qui déplaça des montagnes » (Yugong Yishan), pour débloquer la route devant sa maison. Et tout cela par la seule force de sa persévérance et bien sûr, de sa patience.
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  • Comment la Corée du Nord tire les leçons de la guerre au Moyen-Orient
    2026/04/10

    La Corée du Nord s’est encore fait remarquer cette semaine avec de nouveaux tests de missiles balistiques. Mais ces tests prennent un sens très particulier avec la guerre au Moyen-Orient.

    Kim Jong-un observe de très près l’évolution de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Et pour lui, il y a déjà une leçon à tirer : si Donald Trump a décidé d’accepter un cessez-le-feu avec Téhéran, c’est que l’armée américaine n’a pas réussi à éliminer ce qu'on appelle les armes « symétriques » des Iraniens – les drones, entre autres. Et c'est là que la Corée du Nord veut se positionner.

    Selon KCNA, l'agence de presse étatique à Pyongyang, l'armée nord-coréenne a mené pendant trois jours cette semaine des tests de missiles balistiques avec de nouvelles armes. Et le message est clair : nous aussi, les Nord-Coréens, nous possédons des armes asymétriques, ne nous attaquez pas imprudemment comme l'Iran.

    Nouvelle arme asymétrique

    Quelles sont ces armes asymétriques dévoilées et testées par la Corée du Nord ? Un exemple : ce mercredi, parmi les armes testées par les Nord-Coréens, figuraient des missiles équipés de bombes à fragmentation. Il s'agit d'une bombe aérienne qui explose soit avant de toucher sa cible, soit au moment de l'impact et qui libère des milliers d'éclats à très grande vitesse, dans des directions aléatoires ou non selon les effets désirés.

    C'est une arme facile à concevoir, pas chère à produire et qui est utilisée par l'Iran contre les États-Unis et Israël. Et elle est asymétrique parce qu'elle coûte moins cher que les systèmes d'interception, eux, très coûteux. Donc, cela épuise les finances d'un ennemi qui a pourtant la supériorité militaire.

    Doctrine nucléaire qui inquiète

    Ces nouvelles armes s'ajoutent au reste de l'arsenal nord-coréen : les missiles longue portée développés pour atteindre le territoire américain et surtout l'arme nucléaire. Contrairement à l'Iran, la Corée du Nord est de fait une puissance nucléaire, et c'est « irréversible », martèle à l'envi Kim Jong-un. Selon les experts, Pyongyang possèderait plus de 60 ogives nucléaires. C'est peu par rapport aux plus de 5 000 têtes de l'arsenal américain.

    Mais c'est la doctrine nucléaire de Pyongyang qui inquiète. En 2022, Kim Jong-un avait annoncé une nouvelle loi qui autorise à utiliser la bombe nucléaire en réponse à une attaque nucléaire ou non, c'est-à-dire même si l'attaque a lieu avec des armes conventionnelles.

    Glacial avec Séoul, Kim ménage Trump

    Ces tests de missiles nord-coréens interviennent sur fond de diplomatie très subtile de la part de la Corée du Nord. D'un côté, c'est glacial avec la Corée du Sud. Les tests de missile le confirment : pas question de reprendre le dialogue, comme le voudrait le président sud-coréen Lee Jae-myung. Car Pyongyang considère Séoul comme « l'ennemi le plus hostile », car il veut toujours la dénucléarisation de la Corée du Nord.

    De l'autre côté, c'est plus chaleureux avec la Chine : ce jeudi et ce vendredi, le chef de la diplomatie chinoise était à Pyongyang, la première visite depuis 2019. Wang Yi a salué les « succès » de Pyongyang, que Washington veut « étouffer ».

    Cependant, en toile de fond, Kim Jong-un pense à Donald Trump, qui doit venir à Pékin à la mi-mai. Kim sait que le président américain veut organiser un nouveau sommet avec lui. Le dirigeant nord-coréen y est prêt, à condition que les États-Unis renoncent à l'idée de priver son pays de l'arme atomique. Et pour le convaincre, Kim Jong-un ménage Trump. Ainsi, en ce moment, il garde ses distances avec l'Iran. Selon les renseignements sud-coréens, Pyongyang n'aurait pas envoyé d'armes à Téhéran depuis le début de la guerre avec les États-Unis et Israël.

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  • Pourquoi la Chine et le Pakistan s’activent ensemble face à la guerre au Moyen-Orient
    2026/04/03
    L’onde de choc de la guerre au Moyen-Orient bouleverse les intérêts vitaux de Pékin et d'Islamabad. Les deux partenaires asiatiques ont proposé cette semaine un plan de paix entre les États-Unis et l’Iran. Qu'attendre du plan en cinq points annoncé à Pékin le 31 mars ? Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi recevait son homologue pakistanais Ishaq Dar, et l'important était de se placer ensemble. Parmi les points saillants du plan : cessez-le-feu immédiat, discussions de paix et bien sûr, le crucial rétablissement de la circulation dans le détroit d’Ormuz. Islamabad a besoin de Pékin à cause d'une angoisse nouvelle : le manque de fiabilité de Washington. Les pays du Golfe sont vulnérables aux frappes iraniennes malgré les bases américaines sur leur sol. Il faut donc une autre grande puissance garante de la paix, en plus du groupe des quatre pays réunis par Islamabad pour intercéder entre l’Iran et les États-Unis : à savoir, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte et donc le Pakistan. Pékin aux côtés d’Islamabad, de l’Iran à l’Afghanistan La Chine est également le partenaire implicite du Pakistan dans sa guerre avec l’Afghanistan. C’est en effet à Urumqi, capitale de la région ouïghoure du Xinjiang dans l’ouest de la Chine, qu’ont débuté le 2 avril les négociations entre diplomates pakistanais et afghans. Des pourparlers à la demande de Pékin, qui s’est offert comme médiateur de ce conflit, le pire entre les deux voisins de l’Asie du Sud depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, des centaines de victimes et plus de 115 000 déplacés. Islamabad accuse les talibans d’abriter des militants du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Aussi appelés talibans pakistanais, ils mènent, toujours selon Islamabad, une insurrection sur le territoire du Pakistan. Accusation rejetée par les Talibans afghans, pour qui c’est un problème interne à Islamabad. Ces deux guerres, d’un côté au Moyen-Orient et de l’autre entre Afghanistan et Pakistan, sont catastrophiques pour les Nouvelles routes de la soie chinoises. Outre son approvisionnement en pétrole, Pékin veut protéger et sécuriser ses voies commerciales. Et ne pas dilapider ses dizaines de milliards de dollars investis dans le corridor économique Chine-Pakistan. Mais aussi dans sa ligne ferroviaire de marchandises avec l’Iran, soit 10 000 km reliant Xi'an, au centre de la Chine, à Téhéran. Le Pakistan, médiateur stratégique pour éviter l’effondrement Cependant, le partenariat avec Pékin ne va pas tout résoudre pour Islamabad. Les Chinois ont certes leur place désormais sur la scène diplomatique du Moyen-Orient à l’Asie du Sud, mais pas de bases militaires ailleurs qu’à Djibouti. Pour l’instant, la Chine, c’est de l’argent et des mots, mais pas des armes. Et donc pas une solution de remplacement au parapluie militaire américain pour le Pakistan. Résultat, Islamabad doit affronter une crise multiple inédite. C’est même ce que l’on appelle une crise de corrélation : pas de lien de cause à effet, mais un ensemble de stratégies qui s'effondrent en même temps, alors qu'elles protégeaient le Pakistan depuis des décennies. Le soutien aux talibans afghans donnait une profondeur stratégique face à l’Inde ? Aujourd’hui, ils sont l’ennemi. L’Iran était censé être un voisin gérable pour empêcher une insurrection au Baloutchistan à cheval sur la frontière ? Voilà que Téhéran s’affaiblit. Sans oublier la crise économique abyssale au Pakistan, encore aggravée par la guerre contre l'Iran. Une guerre dans laquelle Islamabad pourrait être entraîné si l'Arabie saoudite lui demandait d'honorer son accord de défense mutuelle signé en 2025. Face à ce vertige, le Pakistan, État doté de l’arme nucléaire, se pose comme le médiateur incontournable pour les États-Unis et la Chine. Mais jusqu'à quand ce jeu d'équilibriste ? C'est ce qui inquiète à Pékin, comme à Washington. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: la Chine et le Pakistan présentent un plan en cinq points pour une résolution du conflit
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