エピソード

  • Le Japon peut-il se permettre de restreindre l'immigration?
    2026/10/02

    Le Japon a décidé de durcir les règles sur la résidence permanente pour les étrangers. C'est un nouveau tour de vis contre l'immigration dans un archipel qui n'a jamais été historiquement une terre d'accueil.

    Même si elles n'entreront en vigueur que par étapes, les nouvelles règles sont assez strictes. Les étrangers qui veulent rester définitivement vivre au Japon devront prouver deux choses : que leur revenu annuel est supérieur à la moyenne du pays, et qu'ils sont capables de tenir des conversations informelles en japonais. Par ailleurs, depuis ce jeudi 1er octobre, les frais de dossier ont été multipliés par vingt, passant de 10 000 à 200 000 yens, l'équivalent de 61 euros qui grimpent à près de 1 100 euros.

    Autre obligation pour les candidats à la résidence permanente : ils devront démontrer leur « compréhension » des règles sociales dans l'archipel nippon et prouver qu'ils ont cotisé durant 30 ans pour leur retraite. Tout cela est nouveau car auparavant, aucun seuil précis n'était fixé en matière de revenu, de retraites ou de compétences linguistiques.

    Ces nouvelles règles surviennent après les mesures sur les visas touristiques, qui coûtent cinq fois plus chers depuis le 1er juillet - le prix des visas de voyage n'avait pas été augmenté depuis 1978. Mais ce n'est pas tout : le Japon a également instauré de nouvelles règles pour les visas donnés aux étrangers gérant des entreprises. Dorénavant, ils auront trois ans pour se conformer à de nouvelles conditions, notamment de détenir un capital de 30 millions de yens, soit 170 000 euros.

    Sentiment anti-immigration

    Ces mesures vont dans le sens du programme qui a fait élire Sanae Takaichi au poste de Première ministre du Japon. Un programme de contrôle strict de l'immigration, qui place la cheffe du gouvernement très à droite de l'échiquier politique dans l'archipel. Mais il faut préciser que la politique de Takaichi n'est pas en grande rupture avec les normes migratoires établies de longue date dans le pays. Le Japon a longtemps été très réticent à l'idée d'accueillir une immigration importante. L'archipel a longtemps été quasiment fermé aux étrangers. Et quand il a accepté des travailleurs venus d'autres pays, l'État nippon a toujours imposé un apprentissage du japonais, un respect des règles et dans l'idéal, qu'il n'y ait pas trop d'étrangers qui s'installent durablement.

    Deux éléments nouveaux ont changé la donne. D'abord, la forte augmentation récente du nombre d'étrangers, touristes comme travailleurs. À la fin 2025, la population étrangère a atteint un niveau record de 4,12 millions de personnes, soit une hausse de 9,5% par rapport à 2024, et de plus de 80% sur les dix dernières années. Ce qui a fait naître un très fort sentiment anti-immigration dans l'archipel, avec la peur que soit altérée « la culture homogène » de l'archipel. Rappelons quand même que la population japonaise s'élève à 123 millions d'habitants.

    L'autre élément nouveau, c'est que la Première ministre accepte d'aborder le sujet. Ses prédécesseurs, y compris son mentor l'ex-chef du gouvernement assassiné Shinzo Abe, préféraient éluder totalement la question.

    Question de vie ou de mort économique ?

    Cependant, le Japon peut-il se permettre de durcir ses règles d'accueil des travailleurs étrangers ? La très grave pénurie de main d'œuvre engendrée par la baisse vertigineuse de la natalité se combine avec ce que les démographes appellent le « tsunami gris », c'est-à-dire le vieillissement accéléré de la population. Résultat, de nombreux experts s'indignent du durcissement de la politique migratoire : pour eux, il faut absolument que le Japon ouvre davantage les vannes de l'immigration de travail parce que c'est une question de vie ou de mort pour son économie.

    Précisons, pour nuancer, que Sanae Takaichi n'est pas la plus nationaliste au Japon puisqu'elle ne veut pas de remigration, elle ne veut pas vider le Japon de ses étrangers. Elle a créé un nouveau ministère dédié à une « société de coexistence ordonnée et harmonieuse avec les ressortissants étrangers ». On appréciera l'expression. Mais son gouvernement n'est pas fondamentalement contre l'accueil des travailleurs d'autres pays.

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  • Au Laos, la Chine construit à bas bruit sa deuxième base militaire à l'étranger
    2026/10/09
    La Chine est en train de construire sa deuxième base militaire dans le monde hors de ses frontières, après celle de Djibouti. L'installation se trouve en Asie du Sud-Est, au Laos. Officiellement, Pékin ne la présente pas comme une nouvelle base, mais elle en a les contours. Ce sont des images satellites publiées cette semaine qui l'attestent. De petits avions militaires chinois – il y en a huit sur ces images – sont arrivés à Ban Keun, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale laotienne, Vientiane. Il s'agit officiellement d'un centre conjoint sino-laotien de logistique et d'entraînement. Il a été inauguré le 29 septembre, lors d'une cérémonie très formelle à laquelle ont assisté le ministre laotien de la Défense et une délégation de l'Armée populaire de libération (APL) chinoise. L'installation comprend aussi une académie d'aviation de l'amitié sino-laotienne. L'armée populaire laotienne a communiqué : non, ce n'est pas une base chinoise mais un aéroport militaire laotien en construction. Et il est simplement destiné à l'entraînement des pilotes de l'armée de l'air du Laos. C'est la raison pour laquelle, toujours selon les militaires laotiens, la Chine y aménage une longue piste d'atterrissage depuis la fin de l'année 2025. Une piste que l'on voit très clairement d'ailleurs sur les images satellites. Sur les traces de la guerre du Vietnam Sauf que pour les Occidentaux et leurs alliés asiatiques, c'est bel et bien une nouvelle base chinoise. D'abord parce que ce n'est pas une simple piste d'atterrissage, mais un vaste aérodrome en construction. À la place de champs verdoyants, ont émergé une grande piste, une voie de circulation, une aire de stationnement parallèle, ainsi que plusieurs nouveaux bâtiments. Et d'ailleurs, le lieu est très symbolique – et chargé d'histoire. Ce nouvel aéroport a été aménagé sur le site d'un aérodrome connu sous le nom de « Lima Site 44 ». C'était l'une des très nombreuses pistes utilisées par l'armée américaine et la CIA pendant la guerre du Vietnam. Les États-Unis soutenaient alors secrètement l'insurrection des rebelles anticommunistes de l'ethnie hmong, qui est présente dans les montagnes du Laos et du Vietnam. Or, les images satellites montrent aujourd'hui que le nouvel aérodrome construit par la Chine s'étend bien au-delà de la piste en terre rouge assez étroite qui existait durant la guerre du Vietnam. Selon les experts, ce qu'on voit sur ces images ressemble à la structure de la base chinoise de Djibouti ouverte en 2017, et qui était jusqu'à présent l'unique installation militaire de la Chine à l'étranger. Équilibre stratégique bouleversé ? Cette nouvelle base vient renforcer la présence militaire de la Chine en Asie du Sud-Est. Elle complète un autre centre de formation et de logistique établi au Cambodge, dans la base de Ream, dans le golfe de Thaïlande. Une installation inaugurée en 2025 par le Premier ministre cambodgien Hun Manet, après trois années de travaux de rénovation financés par la Chine, pour construire notamment un quai en eau profonde de 300 mètres de long et une cale sèche de 5 000 tonnes. Là aussi, les Américains, les Vietnamiens et les Japonais s'inquiètent d'un site qui peut se transformer en base chinoise. Rappelons par ailleurs qu'au Laos, la présence de la Chine est en expansion rapide depuis 15 ans au moins. Le nord du pays a été de fait intégré économiquement au sud de la Chine, grâce à de nouvelles autoroutes et une ligne ferroviaire imposante réalisée par Pékin. Les investissements chinois sont massifs dans tout le Laos, accompagnés par une importante communauté d'expatriés chinois dans la capitale et les villes du nord du Laos. L'installation de Ban Keun peut modifier l'équilibre stratégique de l'Asie du Sud-Est continentale, en éloignant davantage le Laos et le Cambodge de la sphère d'influence du Vietnam, ce qui réduirait la marge de manœuvre des Vietnamiens en cas de crise avec la Chine. À lire aussiLa Chine inaugure une installation militaire conjointe avec Vientiane au Laos
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  • Birmanie: les calculs de la junte derrière les images d'Aung San Suu Kyi
    2026/10/23
    Cette semaine, pour la première fois en plus de cinq ans de captivité, l'ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a pu parler à son fils au télphone. De rares images d'elle ont aussi circulé alors qu'elle recevait un cadeau du roi Charles III. Une opération de communication bien ficelée. L'opération est distillée sur deux jours. Elle commence mercredi 21 octobre avec cette photo de l'ancienne icône de la démocratie en Birmanie assise face à de deux hommes qui tournent le dos à l'objectif. Le décor est une pièce similaire à celle des dernières images diffusées d'elle au mois d'août dernier avec un représentant de la Croix rouge. On ne sait pas s'il s'agit d'une pièce de sa résidence surveillée où elle a été transférée après des années de prison suite au Coup d'Etat militaire qui l'a renversée le 1er février 2021. Cette fois-ci, l'image s'accompagne d'un élément de langage sur Aung San Suu Kyi, décrite comme une « détenue spéciale de sexe féminin », première fois que les autorités birmanes utilisent ce terme pour désigner celle qu'on surnomme aussi la « Dame de Rangoun ». Sur la photo, les deux hommes face à elle, des officiels du ministère de l'Intérieur, lui remettent un colis de la part du monarque britannique. Charles III lui a notamment envoyé deux ouvrages, l'un sur le jardinage et l'autre sur la cuisine issue de la terre, de l'agriculture biologique. Un cadeau de la part de l'ancienne puissance coloniale et du roi Charles connu pour sa passion de la botanique et de l'environnement, lui qui a reçu Aung San Suu Kyi en 2014 et en 2017 à Londres. Certains commentateurs ont salué une opération très fine de la part de Charles III, pour à la fois attirer l'attention sur le sort d'Aung San Suu Kyi, 81 ans, et sur celui de la population birmane qui meurt de faim, qui n'a pas accès à la gastronomie bio et qui souffre d'une guerre civile meurtrière, 100 000 morts depuis le putsch de 2021. « Illusion de normalité » Cependant, ce n'est pas exactement l'avis du fils d'Aung San Suu Kyi qui dénonce à la fois le cadeau et la mise en scène. Kim Aris, le fils cadet de la Dame de Rangoun, qui milite pour sa libération depuis Londres, a critiqué le monarque britannique, dont il reconnaît les bonnes intentions. Mais pour lui, le roi Charles, par ses cadeaux, risque de « légitimer le régime militaire birman » en lui permettant je cite « d'utiliser des révélations sélectives pour créer une illusion de normalité ou pour une légitimité internationale ». Et cela alors que « les droits fondamentaux de ma mère continuent d'être bafoués », insiste Kim Aris. D'autres experts se demandent pourquoi le Roi Charles III s'est prêté au jeu de la junte birmane. Est-ce un message à Aung San Suu Kyi pour lui suggérer de faire la cuisine et cultiver son jardin plutôt que de chercher à diriger le pays ? Rappelons que le régime birman s'est institutionnalisé grâce à des élections jugées truquées par les observateurs internationaux, mais qui ont permis au général putschiste Min Aung Hlaing de trouver un habillage civil à son pouvoir autoritaire en se faisant nommer président du pays. Il a depuis été reçu en grande pompe en Chine, en Inde, en Russie ou en Thaïlande. Vague américaine C'est que le président birman joue sur plusieurs tableaux avec l'image d'Aung San Suu Kyi. D'un côté, il la montre avec l'apparence d'une personne en bonne santé. C'est ce que son fils a dû reconnaître après lui avoir parlé au téléphone jeudi 22 octobre pour la première fois depuis plus de 5 ans. D'ailleurs, dans une interview au magazine américaine Time en septembre dernier, Min Aung Hlaing a lâché la phrase suivante : « J'ai été extrêmement indulgent avec Aung San Suu Kyi. » Il sait que de nombreux pays d'Asie du Sud-Est et au-delà souhaitent la libération de la prix Nobel de la paix en 1991 et que des images d'elle suivies d'un appel de son fils ont toutes les chances d'être bien accueilli. Peu importe l'hypocrisie de la manœuvre. Car en parallèle Min Aung Hlaing cherche à surfer sur une nouvelle vague de légitimité : une vague américaine. En août, l'administration Trump a envoyé l'un de ses sous-secrétaires d'État rencontrer à Tokyo des responsables birmans, ce qui a brisé des années d'isolement diplomatique. Pas encore de normalisation officielle mais comme ailleurs dans le monde, Donald Trump s'intéresse à la Birmanie pour ses minerais critiques, ce qui arrangerait beaucoup Min Aung Hlaing, lui qui cherche à sortir son pays de la dépendance à la Chine.
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  • Journaliste arrêté en Russie: le Japon victime de la «diplomatie des otages»
    2026/10/16

    Nouveau coup de froid diplomatique entre Tokyo et Moscou. En début de semaine, la Russie a annoncé l'arrestation pour espionnage d'un journaliste japonais sur l'île de Sakhaline, au large de la Sibérie et surtout au nord de l'archipel nippon.

    L'enchaînement des faits est implacable. Mardi 13 octobre, le FSB, le service de renseignement intérieur russe, annonce avoir arrêté un homme soupçonné de recueillir des informations sur les capacités militaires de la Russie pour le compte des services secrets japonais. Il s'agit d'un journaliste nippon, Yuki Imai, correspondant en Russie du quotidien Hokkaido Shimbun. Selon le FSB, il a été arrêté alors qu'il s'apprêtait à quitter la Russie, à Ioujno-Sakhalinsk, la principale ville de Sakhaline. L'île fait partie d'une chaîne insulaire administrée par Moscou, appelée les « Kouriles du Sud » par la Russie et le « Territoire du Nord » par le Japon, qui les revendique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant laquelle elles lui appartenaient.

    Des images de l'agence russe TASS montrent une interpellation violente ce mardi : des agents masqués en train de menotter le journaliste allongé en caleçon dans une chambre d'hôtel, avant de le conduire dans une salle d'interrogatoire. On voit ensuite le reporter monter à bord d'un avion pour Moscou, escorté par deux agents du FSB. Puis il réapparaît dans une cage lors d'une audience devant un tribunal dans la capitale russe. Le juge ordonne son maintien en détention pour deux mois. Yuki Imai risque jusqu'à 20 ans de prison pour ces accusations d'espionnage.

    « Aucun fait de ce genre »

    En effet, lors d'une conférence de presse jeudi 15 octobre, la Première ministre Sanae Takaichi a nié toute accusation d'espionnage : « Il n'y a aucun fait de ce genre, a déclaré la chef du gouvernement nippon. La protection des journalistes est extrêmement importante en ce moment, nous avons l'intention de concentrer nos efforts sur cet objectif. » Réponse de la Russie le même jour, par la voix de son ambassadeur à Tokyo, Nikolay Nozdrev : « Il est inadmissible que les services spéciaux japonais sollicitent la coopération de personnes privées, y compris de journalistes japonais accrédités en Russie, pour la collecte d'informations classifiées. » L'ambassadeur va plus loin : la Russie a « déjà déjoué à plusieurs reprises des tentatives similaires d'espionnage dans le passé ».

    Cette affaire ressemble à d'autres arrestations de journalistes étrangers. À l'image de l'Américain Erwan Gershkovitch, correspondant du Wall Street Journal en Russie, arrêté le 30 mars 2023 lors d'un reportage à Iekaterinbourg en Oural, accusé d'espionnage, emprisonné et finalement libéré lors d'un échange de prisonniers plus d'un an après, le 1er août 2024.

    Comme les États-Unis, la France ou la Suède ces jours-ci, le Japon se retrouve à son tour victime de la « diplomatie des otages » du Kremlin. L'État russe arrête et détient des ressortissants étrangers pour exercer une pression sur leur pays d'origine afin de s'en servir de levier de négociation ou de monnaie d'échange. Moscou partage cette pratique avec la Chine, l'Iran ou la Corée du Nord.

    Pays « inamical »

    Cette arrestation marque un nouveau cap dans la dégradation des relations entre le Japon et la Russie. En août dernier, Vladimir Poutine s'est rendu pour la première fois sur l'une des îles disputées avec Tokyo : l'île d'Iturup, la principale base aérienne russe dans la région, symbole du renforcement de la présence militaire de la Russie dans les îles Kouriles. Tollé au Japon : « Absolument inacceptable », selon les mots de Sanae Takaichi, pour qui ce déplacement a « détérioré le sentiment des Japonais à l'égard de la Russie », ajoutant que l'archipel constituait un « territoire propre au Japon, historiquement et en droit international ».

    Par ailleurs, Moscou a classé le Japon parmi les pays « inamicaux ». En cause, les sanctions imposées dans le contexte de la guerre en Ukraine. Le gouvernement japonais a d'ailleurs approuvé de nouvelles sanctions contre la Russie, notamment davantage d'interdictions d'exportation et le gel des avoirs des personnes liées à l'armée russe.

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  • L'Indonésie face au défi des feux de forêt
    2026/10/30

    L’Asie en mouvement s’arrête aujourd’hui en Indonésie, plongée depuis des semaines dans un brouillard de fumées toxiques. Ce sont les conséquences de feux de forêt, les pires depuis 11 ans, amplifiés par le phénomène climatique El Niño. Près de 2 millions d’hectares sont partis en fumée sur les neuf premiers mois de l’année, selon Nusantara Atlas, qui suit les feux par satellite.

    Les premières victimes sont les Indonésiens. Peut-être avez-vous vu ces images de villes plongées dans un épais brouillard. Sur l’île de Bornéo ou de Sumatra, on respire mal. Au 22 octobre, le ministère indonésien de la Santé recensait plus de 330 000 cas d’infections respiratoires aiguës dans sept provinces du pays. Les enfants, les femmes enceintes et les asthmatiques sont les plus exposés. Les conséquences sont aussi économiques. Des écoles ont fermé, des activités en plein air sont limitées et, pour les petits métiers, les revenus sont en baisse.

    La jeunesse dans la rue

    Face à cette crise, la jeunesse se mobilise. Mercredi 28 octobre, des milliers d'étudiants ont défilé à Jakarta et dans d’autres villes du pays. Leur signe de ralliement est le salut à trois doigts, en référence à la saga Hunger Games, repris par d’autres mouvements de jeunesse dans le monde.

    Le comité organisateur s’appelle « Sadar », « conscient » en indonésien. Il dénonce la corruption, la vie chère et une dérive autoritaire du pouvoir. Il exige aussi que l’État décrète l’urgence nationale, afin de débloquer plus de moyens face aux incendies. Le gouvernement répond que des entreprises ont été poursuivies et que de l’aide a été envoyée aux provinces touchées. Le président Prabowo, au pouvoir depuis deux ans, est fragilisé. Sa cote de popularité est tombée à son plus bas niveau.

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    Une fumée qui pollue aussi les relations avec les voisins

    Ces fumées ne s’arrêtent pas aux frontières. La brume a gagné la Malaisie, jusqu’au Timor oriental. Samedi 24 octobre, scène assez surréaliste à Singapour : des joggeurs sont allés courir dans les allées d’un centre commercial. L’affaire pourrait faire sourire si elle n’avait pas des conséquences graves. La qualité de l’air dans la Cité-Etat a atteint ces dernières semaines son pire niveau depuis plus de dix ans.

    Singapour hausse le ton. La cité-État a mis en cause plusieurs entreprises indonésiennes et demande des comptes à dix d'entre elles enregistrées sur son sol, dont le géant du papier APP. Mardi 27 octobre, après une rencontre des ministres des Affaires étrangères, les deux pays ont annoncé la création d'une cellule commune pour enquêter.

    Que peuvent faire les autorités ?

    À court terme, éteindre les incendies. Selon le gouvernement, plus de 70 000 personnes sont mobilisées, avec des avions et des hélicoptères déployés contre les feux de forêt. L’autre piste - dont l'efficacité est débattue par les scientifiques - est l’ensemencement des nuages pour faire tomber la pluie.

    À plus long terme, les autorités doivent s’attaquer à la cause de ces incendies. Ces feux sont souvent allumés pour défricher des terres agricoles, sur des tourbières, des sols déjà asséchés que le phénomène El Niño rend encore plus inflammables.

    Il faut donc que les poursuites contre les responsables aboutissent et, surtout, éviter que cela se reproduise. Après les feux de 2015, l’Indonésie avait déjà décrété un moratoire sur les aménagements de tourbières. Onze ans plus tard, l’Indonésie brûle de nouveau.

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  • Arnaques en ligne: faut-il croire le Cambodge?
    2026/09/25

    Les centres d'arnaque en ligne, c'est le fléau dont le Cambodge n'arrive pas à se débarrasser. Pour faire bonne figure, le gouvernement cambodgien a organisé le 24 septembre à Phnom Penh une Conférence internationale sur la lutte contre les escroqueries en ligne, avec toute une série de déclarations et de grandes promesses.

    Des promesses, encore des promesses ? Cette semaine, elle sont venues de la bouche du ministre cambodgien en charge de la lutte contre les escroqueries, Chhay Sinarith. Et il s'est montré offensif comme jamais. Le Cambodge, a-t-il déclaré, rassemble des preuves contre les « cerveaux » d'opération de cyberfraude massive. Des poursuites judiciaires visent non seulement, « les cerveaux, mais aussi leurs complices, les propriétaires des centres d'escroqueries, les facilitateurs et leur protecteurs ». Attention, a-t-il reconnu, cela demande du temps.

    Le ministre Chhay s'exprimait à la tribune de cette Conférence internationale qui a réuni à Phnom Penh des représentants de plus d'une douzaine de pays, dont les États-Unis et la Chine, avec aussi un envoyé d'Interpol. Une vaste opération du gouvernement cambodgien pour rétablir la réputation du pays et de son économie, dont l'image a été nettement ternie par ces centres d'arnaque en ligne généralisés.

    Trafic d'êtres humains

    Rappelons que le Cambodge est devenu ces dernières années l'une des plaques tournantes de l'arnaque en ligne. Au sortir de la pandémie de Covid, le pays, comme d'autres nations d'Asie du Sud-Est, Birmanie et Laos en tête, a vu se multiplier ces centres d'escroquerie industrialisée. Des dizaines de milliers de travailleurs-arnaqueurs victimes de trafic d'êtres humains. Ils viennent souvent d'autres pays asiatiques mais ces derniers temps, de plus en plus sont recrutés de façon mensongère en provenance des pays d'Afrique francophone, du Maroc, de Madagascar ou du Cameroun.

    Retenus dans des conditions sordides, ils sont contraints d'escroquer des inconnus en ligne. Selon les États-Unis, cela représente 10 milliards de dollars soutirés aux seuls citoyens américains.

    Réseaux toujours actifs

    Faut-il croire le gouvernement cambodgien dans cette lutte contre la cyberfraude ? Beaucoup d'observateurs restent sceptiques. Le ministre Chhay a beau avoir rappelé la vaste opération de démantèlement de ces centres d'escroqueries en 2025 et il a beau avoir promis de cibler les casinos qui servent de couverture à cette criminalité... Il a même mentionné pour la première fois une enquête ouverte contre deux sénateurs cambodgiens Ly Yong Phat et Kok An, dont tout le monde sait qu'ils protègent et bénéficient de cette cybercriminalité.

    Ces promesses laissent les experts sur leur faim. Car ils sont nombreux à constater que beaucoup de ces vastes complexes d'arnaques restent actifs, alors même que d'autres opérateurs quittent les lieux pour se disperser sur des sites plus petits et décentralisés. La technologie, les infrastructures de paiement, les réseaux de blanchiment d'argent et les facilitateurs des arnaques en ligne continuent également de fonctionner à grande échelle.

    Ce qui signifie que la cybercriminalité, faute d'être vraiment éradiquée, reste un fondement du régime politique dirigé par l'ancien Premier ministre Hun Sen et son fils Hun Manet qui lui a succédé.

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  • Chine-Inde : le rapprochement impossible?
    2026/09/11

    Le président chinois Xi Jinping en Inde pour le Sommet des Brics. C'est son premier déplacement à New Delhi depuis octobre 2019 juste avant la pandémie de Covid-19. Cela ressemble à un début de rapprochement entre la Chine et l'Inde et pourtant, de nombreux blocages subsistent entre les deux puissances asiatiques.

    Un mot symbolise les blocages : la frontière. C'est l'une des causes de l'immense coup de froid diplomatique qui dure depuis six ans. De fait, la relation sino-indienne a été rompue à cause des affrontements violents de juin 2020. Des affrontements survenus le long d'une frontière d'environ 3 500 kilomètres tracée en 1962, après une guerre éclair qui avait permis à la Chine de prendre à l'Inde une grande partie du territoire du Ladakh. Cette « ligne de contrôle », comme on l'appelle, reste très contestée. Et en 2020, les affrontements ont coûté la vie à 20 soldats indiens et à au moins 4 soldats chinois.

    Après ces violences, l'Inde a, comme la Chine, déployé en masse des dizaines de milliers de soldats à la frontière. Le gouvernement indien a interdit 60 applications chinoises, dont le réseau social TikTok et la messagerie instantanée WeChat. Plus encore, des mastodontes chinois de la tech ont été exclus du déploiement de la 5G sur le marché indien, à l'image des deux géants des télécom Huawei et ZTE. Sans compter que les visas touristiques pour les ressortissants chinois ont été suspendus.

    Rivalité géopolitique persistante

    Même si l'Inde et la Chine sont membres des Brics et de l'Organisation de coopération de Shanghai et qu'ils défendent la même vision d'un monde libéré de l'emprise de la superpuissance américaine, a fortiori face à l'imprévisible Donald Trump, les deux puissances asiatiques se livrent une guerre d'influence pour prendre la tête des pays du Sud Global. Cette rivalité s'exerce en particulier sur le continent asiatique. Depuis les affrontements de 2020, New Delhi a renforcé sa coopération avec le Quad, ce forum informel de sécurité dont l'Inde fait partie avec les États-Unis, le Japon et l'Australie.

    En parallèle, les Indiens s'inquiètent de la proximité des Chinois avec le Pakistan, l'ennemi héréditaire. Notamment à travers les « Nouvelles de la soie » chinoises qui passent par le port pakistanais de Gwadar, point d'encrage d'une intense coopération commerciale. Dernière illustration de cette proximité à l'occasion du conflit au Moyen-Orient : Narendra Modi a vu Xi Jinping omniprésent sur la scène diplomatique avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, lui-même au centre de la médiation entre Téhéran et Washington, au grand dam de l'Inde.

    Petits pas

    Impossible de le nier : Indiens et Chinois ont faire des efforts de détente. Depuis 2024, New Delhi et Pékin multiplient les petits gestes de réconciliation. Cette année-là, Xi Jinping et Narendra Modi se sont reparlé en tête-à-tête en marge du sommet des BRICS en Russie - on voit que c'est un rendez-vous propice. Résultat, la Chine a rouvert son territoire du Tibet aux pèlerins indiens du mont Kailash, sacré dans la religion hindoue et dont le chemin a été durement touché par la crue dévastatrice du 26 août.

    Autres geste : les vols directs entre les deux pays ont repris en octobre 2025. Xi et Modi se sont revu dernièrement à Bishkek au sommet de l'organisation de Shanghai. Mais encore une fois, ce ne sont que des petits pas. La relation est stabilisée, mais il n'y a pas de changement radical pour l'instant. Car la méfiance reste profondément ancrée. Il suffit de rappeler que l'Inde accueille sur son sol le chef spirituel tibétain en exil, le Dalaï Lama, considéré comme un dangereux rebelle séparatiste par la Chine.

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  • Chine: l'IA, danger mortel pour le Parti communiste?
    2026/09/18

    Ce sera l'un des sujets majeurs de discussion entre Xi Jinping et Donald Trump à la Maison Blanche le 24 septembre : le contrôle de l'intelligence artificielle. En la matière, la Chine ne partage pas les mêmes peurs que l'Occident. Elle ne veut pas freiner le développement de l'IA. Mais Pékin a peur d'une chose : que l'IA soit un danger mortel pour le Parti communiste…

    C'est le plus haut responsable du renseignement chinois qui a sonné l'alerte. Un cri d'alarme publié dimanche dernier dans un article du magazine officiel China Cyberspace : l'intelligence artificielle pourrait menacer le maintien au pouvoir du Parti communiste en Chine. Ce haut responsable s'appelle Chen Yixing, il est à la tête du ministère de la Sécurité d'État et il écrit ceci dans le style classique du Parti : « des forces hostiles et des individus aux intentions cachées » détournent l'IA pour mener une « guerre de propagande et une guerre cognitive » contre la Chine, ce qui menace directement sa sécurité politique, institutionnelle et idéologique. Qui sont ces « forces hostiles » ? Chen Yixing cite les Américains Anthropic et OpenAI : leurs modèles de pointe d'IA ont, selon lui, été transformés en armes et représentent de nouvelles menaces pour la cybersécurité.

    Guerre froide

    Il faut dire qu'une guerre des mots monte en puissance ces derniers jours entre le gouvernement chinois et les géants américains de l'IA. En effet, Pékin a très mal pris l'appel du PDG et cofondateur d'Anthropic. Dario Amodei a appelé à ralentir le développement de l'IA. Il n'est pas le seul : Elon Musk et le patron d'OpenAI, Sam Altman, ont le même avis. Évidemment, il est impossible de freiner l'IA dans le monde sans la Chine et ses champions nationaux comme DeepSeek, Z.ai et Moonshot qui possèdent des modèles d'IA presque aussi puissants que ceux d'Anthropic et d'OpenAI.

    Or, les dirigeants chinois ont vu rouge – pardon pour l'expression facile : dans un éditorial, le quotidien très nationaliste Global Times, qui est un porte-voix du Parti, a qualifié la déclaration du PDG d'Anthropic d'appel à peine voilé à « contenir » la Chine. C'est un « manuel de guerre froide » pour le secteur de l'IA, dénonce le quotidien chinois.

    Culture technologique

    Pour comprendre ce qu'il y a derrière ce débat, précisons que la Chine ne considère pas l'IA comme un danger pour l'humanité. Aucune trace d'angoisse dans les discours publics de la part des dirigeants chinois ni des patrons des géants nationaux de l'IA. Personne ici ne parle comme Sam Altman en 2015 des dangers d'une IA surhumaine comme « la plus grande menace pour la survie de l'humanité ». Cette crainte n'est ni au cœur de la politique chinoise dans ce secteur ni dans la culture technologique chinoise.

    Et pour cause, selon les experts, les entreprises chinoises de l'IA considèrent avoir un accès encore limité à la puissance de calcul de l'IA, les progrès sont lents à leurs yeux et donc, le décollage technologique est encore loin. Au diapason des acteurs économiques, les décideurs politiques chinois se concentrent sur la mise en place de chaînes d'approvisionnement robustes en IA et sur l'adoption croissante de l'IA dans l'ensemble de l'économie.

    Résultat, pour l'instant, le Parti est davantage préoccupé par la création par l'IA de deepfakes de dirigeants politiques ou qu'elle tienne des propos inappropriés sur Taïwan ou la répression de Tiananmen. Ils craignent que les chatbots d'IA ne créent des addictions psychologiques, qu'ils menacent la sécurité des enfants et, par-dessus tout, qu'ils provoquent de l'instabilité sociale ou, pire, un mouvement de masse suffisamment puissant pour renverser le Parti communiste.

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