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L’Asie en mouvement

L’Asie en mouvement

著者: RFI
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Tous les vendredis, Joris Zylberman analyse le fait marquant de la semaine écoulée en Asie, de l’Australie à l’Afghanistan en passant par la Chine. Cette chronique dévoile ce qui se joue derrière l’actualité, en se plongeant dans l’univers asiatique.

France Médias Monde
政治・政府
エピソード
  • En Indonésie, le début de mandat chaotique du président Prabowo Subianto
    2026/06/12

    La colère monte en Indonésie contre le président Prabowo Subianto, arrivé au pouvoir en 2024 et qui connaît un début de mandat chaotique. À commencer par sa politique économique dénoncée comme injuste.

    C'est un nouveau mouvement de protestation dans la rue qui est en train de monter à Jakarta. Il est organisé par les étudiants qui contestent une politique fiscale compromise, une Banque centrale qui perd son indépendance – elle va être supervisée par le Parlement –, mais surtout un gouvernement qui ne tient pas compte de l'intérêt du peuple, en pleine tension sur les prix de l'énergie à cause de la guerre au Moyen-Orient.

    Raison principale de cette colère : la décision ce mercredi 10 juin d'augmenter de 32 % les prix des carburants non subventionnés et très largement utilisés. S'ajoute la baisse de la roupie, la monnaie nationale. Voilà deux paramètres inflammables à l'origine de bien des révolutions dans le monde. La classe moyenne en Indonésie est frappée de plein fouet.

    Crimes de gestion

    Les étudiants demandent aussi la fin d'un programme social très controversé : les repas gratuits pour les écoles, les femmes enceintes et allaitantes. C'était la tête de gondole de la politique sociale de Prabowo. L'insécurité alimentaire est un problème majeur en Indonésie : 20 % des enfants souffrent de retards de croissance à cause de la malnutrition. Pour lutter contre ce fléau, Prabowo avait fixé un objectif ambitieux : fournir des repas gratuits à au moins 83 millions de personnes : enfants, femmes enceintes et femmes allaitantes. Autrement dit, un tiers de la population.

    Or ce programme, qui a coûté des milliards de roupies, a été perverti. Son responsable, Dadan Hindayana, qui dirigeait l'Agence nationale de nutrition, a été limogé le 2 juin dernier puis arrêté. En cause : une mauvaise qualité nutritive des repas et surtout 11 000 cas d'intoxication alimentaire, dont 600 personnes hospitalisées.

    Plus grave encore : le responsable du programme est accusé de crimes de gestion. Il avait sélectionné des fondations pour superviser les cuisines du programme d'aide alimentaire. Des fondations qui recevaient des milliards de roupies et qui étaient liées ou même détenues par ce responsable et ses deux adjoints, eux aussi arrêtés. Ils auraient organisé des marges frauduleuses sur les produits alimentaires. Et avec l'argent, ils auraient acheté illégalement des motos électriques, des chaussures, des tablettes et des téléviseurs. Même si 61 millions de personnes avaient bénéficié de ce programme en mars dernier, on comprend mieux les appels qui se multiplient à l'abandon de ce programme.

    « Une dose d'autoritarisme »

    Ce n'est pas tout : le président Prabowo est accusé d'autoritarisme et de répression. En effet, l'homme a un passé sulfureux. Ancien commandant des forces spéciales sous la dictature de Suharto – dont il est le gendre –,, il est impliqué dans de multiples exactions au Timor oriental, en Papouasie et lors des manifestations anti-Suharto de 1998.

    Aujourd'hui devenu président, il a lissé son image pour passer pour un grand-père sympathique. Mais il a fait amender une loi qui permet aux militaires d'occuper à nouveau des responsabilités civiles. Les opposants, les dissidents voient leur liberté de parole de plus en plus entravée. Ils subissent même des agressions qui rappellent la dictature, comme cette attaque à l'acide contre Andriye Yunus, défenseur des droits de l'homme et dirigeant de l'ONG Kontras. Ses assaillants ont été condamnés ce mercredi 10 juin à des peines jugées bien trop légères, pas plus de trois ans de prison.

    Prabowo, quant à lui, se plait à jouer sur les mots. Il déclare tour à tour que la « critique est constructive », puis qu'il faut une « dose d'autoritarisme pour lutter contre la corruption » et que les ONG, « financées par les puissances étrangères, sèment la discorde en prétendant défendre la démocratie ». L'ambiguïté d'un ancien commandant avec du sang sur les mains est inévitable.

    À lire aussiIndonésie: derrière la croissance, le recul inquiétant de la classe moyenne

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  • Massacre de Tiananmen: mémoire effacée, mémoire reconstruite
    2026/06/05
    Cette semaine marquait le 37ᵉ anniversaire du massacre de Tiananmen à Pékin, le 4 juin 1989. Le Parti communiste chinois est allé plus loin que d'habitude dans l'étouffement de la mémoire de cette répression sanglante. Pour la première fois, les Mères de Tiananmen n'ont pas pu se rendre au cimetière de Wan'an, près du cinquième périphérique de Pékin, dans le nord-ouest de la capitale. Les Mères de Tiananmen, c'est une association de familles de victimes du massacre du 4 juin 1989 qui demandent la vérité sur ce qui s'est passé. La vérité sur cette répression d'un mouvement pro-démocratie qui a commencé au printemps 1989. Des milliers de jeunes et d'ouvriers réunis sur la plus grande place de Chine. Un mouvement qui s'est terminé par l'intervention brutale des chars de l'armée populaire de libération dans la nuit du 3 au 4 juin. Les chiffres exacts sont toujours inconnus : des centaines, voire des milliers de personnes tuées, le long des avenues près de la place Tiananmen. C'est le message que porte l'une de ces mères, Zhang Xianling, 88 ans, dans une vidéo publiée le 30 mai dernier sur Facebook, qui est censurée en Chine. « Merci à vous, dit-elle, de ne pas oublier celles et ceux qui ont versé leur sang dans les rues de Pékin pour porter la voix du peuple. » Depuis plus de trente ans, les Mères de Tiananmen venaient chaque année déposer des fleurs et accomplir les cérémonies rituelles sur la tombe de leurs enfants tués par l'armée. Cette fois, les membres du groupe ont reçu un avis du Bureau municipal de la sécurité de Pékin : interdiction de se rendre dans l'enceinte du cimetière ni d'y tenir leurs rites en hommage aux morts, ce jeudi 4 juin. « Vrais héros » et « terroristes » La censure d'internet, elle, a atteint des sommets cette année aussi. Ce jeudi 4 juin, les internautes chinois pouvaient se voir interdire de comptes sur les réseaux sociaux mais aussi bloqués sur des sites d'achats en ligne comme Taopao, l'équivalent d'Ebay. Ainsi un utilisateur a vu son compte bloqué instantanément et ses posts devenir inaccessibles, pour avoir seulement liké une photo de bougies. Rappelons que l'intelligence artificielle est ici massivement utilisée pour la cybercensure. Mais le Parti communiste chinois est allé encore plus loin : il a communiqué sur « l'incident du 4 juin », selon l'expression officielle en Chine, en réécrivant l'histoire complètement. En effet, après 13 ans de règne de Xi Jinping, le Parti a décidé de ne plus seulement effacer tout travail de mémoire documenté sur le massacre, comme il le fait depuis 37 ans. Désormais, il présente les soldats de l'armée populaire de libération comme les « vrais héros » de Tiananmen, ceux qui se sont « sacrifiés » pour sauver le pays des ennemis de la nation. À savoir, les manifestants, maintenant appelés des « terroristes » et plus seulement des contre-révolutionnaires comme par le passé. Cette nouvelle propagande vient couronner trois décennies de rupture du fil mémoriel organisé rigoureusement par le Parti chez les générations nées après Tiananmen. Trente années de censure et de désinformation qui ont créé une page blanche dans la conscience publique. Une page blanche qui peut être désormais remplie par le nouveau récit. Quand la question ressurgit par hasard Cela fonctionne-t-il sans faille auprès de la jeunesse chinoise ? Justement, dans cet océan d'amnésie générale en Chine, les jeunes ont parfois l'occasion d'apprendre qu'il s'est passé autre chose à Tiananmen que ce que dit la propagande officielle. Par exemple, en février dernier, quand la patineuse américaine Alysa Liu a remporté l'or aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina, des rumeurs ont circulé en Chine à propos de son père. C'est qu'Arthur Liu avait participé aux manifestations de la place Tiananmen. Après la répression, il s'était réfugié aux États-Unis, où sa fille Alysa est née en 2005. Évidemment ces discussions ont été rapidement censurées. Mais on voit bien que sur les réseaux sociaux chinois, la question de Tiananmen peut ressurgir par hasard dans des contenus de divertissement, des jeux en ligne, des vidéos d'influenceurs. Et quand politique et divertissement vont de pair avec une audience maximale, la censure est beaucoup moins rapide.
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  • Cambodge: derrière la grâce de l'opposant Kem Sokha, le système de Hun Sen perdure
    2026/05/29
    Cette semaine, le principal opposant au Cambodge a été partiellement gracié. Un geste qui en dit long sur l'identité politique du pays et en particulier sur celui qui en reste l'homme fort. C'était ce mardi 26 mai : Kem Sokha, 72 ans, recevait la grâce royale. Arrêté en 2017, condamné en 2023 à 27 ans de prison pour trahison, complot avec des étrangers pour renverser le gouvernement, il était en résidence surveillée. Kem Sokha est l'ancien chef du Parti du sauvetage national du Cambodge, principale coalition de l'opposition, née d'une fusion du Parti des droits de l'homme et du parti de l'autre opposant historique Sam Rainsy. La seule formation politique capable de défier le Parti du peuple cambodgien au pouvoir. Cette coalition avait en effet créé la surprise en remportant 43 % des sièges à l'Assemblée aux élections de 2013. Une percée éclatante qui menaçait de se traduire en victoire au scrutin suivant de 2018. Or en 2017, le Premier ministre de l'époque, Hun Sen, décide de tout stopper. La répression politique est totale avec l'emprisonnement de Kem Sokha, le retour en exil de Sam Rainsy et la dissolution de leur coalition. Ce qui a fait du Cambodge de fait un régime à parti unique. Et aujourd'hui, Hun Sen, Premier ministre pendant 38 ans, a beau avoir passé officiellement la main à son fils Hun Manet, chef du gouvernement depuis 2023, il reste l'homme qui prend les décisions importantes, au poste de président du Sénat et d'actuel chef de l'État par intérim. C'est lui qui a signé la grâce royale, au nom du roi Norodom Sihamoni, atteint d'un cancer et qui se remet tout juste d'une opération chirurgicale à Pékin. À lire aussiCambodge: Kem Sokha libéré après plus d'un an passé derrière les barreaux L'opposition neutralisée Mais cette grâce de l'opposant Kem Sokha est seulement partielle. Kem Sokha reste interdit de voter, de faire de la politique de manière générale et de quitter le Cambodge. Ce n'est donc pas le signal d'une libéralisation politique, d'un pas vers la démocratie. L'opposition reste étouffée, victime d'arrestations et de restrictions arbitraires. Cette grâce partielle est davantage un calcul géopolitique de la part de Hun Sen. En libérant Kem Sokha sans lui rétablir ses droits politiques, il le neutralise en l'empêchant de dénoncer au monde l'autoritarisme du gouvernement cambodgien. Hun Sen donne ainsi à son fils Hun Manet l'image d'un Premier ministre modéré. Objectif : montrer patte blanche à l'Occident, éviter les pressions, surtout les sanctions, en espérant attirer les investisseurs étrangers. Le pouvoir craignait aussi la renaissance d'une opposition qui agite le sentiment nationaliste contre la Thaïlande dans le conflit frontalier qui n'est toujours pas résolu. À lire aussiCambodge-Thaïlande: après les combats, vivre dans l'ombre de la guerre Cybercriminalité et répression politique Sans opposition reconstituée, pas de critique non plus contre la corruption autour de la cybercriminalité. À ce sujet, Hun Sen a fait une déclaration ce lundi 25 mai, juste à la veille de la grâce de Kem Sokha. Il a appelé à arrêter non seulement les membres des réseaux criminels qui opèrent les centres d'arnaque en ligne, mais aussi les responsables politiques qui les protègent et qui en tirent de l'argent. Une annonce faite sous la pression internationale, notamment de la Chine et des États-Unis. Ces dernières années, le Cambodge est devenu le pays au cœur des réseaux internationaux de cyberarnaque. Principale raison : cette criminalité numérique est le dernier monstre né d'un système économique et politique plus ancien dans lequel des acteurs interconnectés, des réseaux de sécurité privés, des fonctionnaires corrompus et des groupes criminels transnationaux opèrent en toute liberté. Exemple avec ce sénateur et homme d'affaires cambodgien, Kok An, sanctionné fin avril par le département américain du Trésor, qui l'accuse de contrôler des centres d'arnaque en ligne et de protéger un réseau criminel qui a extorqué des milliards de dollars à des victimes américaines. C'est ce même système fondamentalement corrompu qui fait taire toute opposition politique. Et le Cambodge est loin d'en être sorti.
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