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L’Asie en mouvement

L’Asie en mouvement

著者: RFI
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Tous les vendredis, Joris Zylberman analyse le fait marquant de la semaine écoulée en Asie, de l’Australie à l’Afghanistan en passant par la Chine. Cette chronique dévoile ce qui se joue derrière l’actualité, en se plongeant dans l’univers asiatique.

France Médias Monde
政治・政府
エピソード
  • Chine-Inde : le rapprochement impossible?
    2026/09/11

    Le président chinois Xi Jinping en Inde pour le Sommet des Brics. C'est son premier déplacement à New Delhi depuis octobre 2019 juste avant la pandémie de Covid-19. Cela ressemble à un début de rapprochement entre la Chine et l'Inde et pourtant, de nombreux blocages subsistent entre les deux puissances asiatiques.

    Un mot symbolise les blocages : la frontière. C'est l'une des causes de l'immense coup de froid diplomatique qui dure depuis six ans. De fait, la relation sino-indienne a été rompue à cause des affrontements violents de juin 2020. Des affrontements survenus le long d'une frontière d'environ 3 500 kilomètres tracée en 1962, après une guerre éclair qui avait permis à la Chine de prendre à l'Inde une grande partie du territoire du Ladakh. Cette « ligne de contrôle », comme on l'appelle, reste très contestée. Et en 2020, les affrontements ont coûté la vie à 20 soldats indiens et à au moins 4 soldats chinois.

    Après ces violences, l'Inde a, comme la Chine, déployé en masse des dizaines de milliers de soldats à la frontière. Le gouvernement indien a interdit 60 applications chinoises, dont le réseau social TikTok et la messagerie instantanée WeChat. Plus encore, des mastodontes chinois de la tech ont été exclus du déploiement de la 5G sur le marché indien, à l'image des deux géants des télécom Huawei et ZTE. Sans compter que les visas touristiques pour les ressortissants chinois ont été suspendus.

    Rivalité géopolitique persistante

    Même si l'Inde et la Chine sont membres des Brics et de l'Organisation de coopération de Shanghai et qu'ils défendent la même vision d'un monde libéré de l'emprise de la superpuissance américaine, a fortiori face à l'imprévisible Donald Trump, les deux puissances asiatiques se livrent une guerre d'influence pour prendre la tête des pays du Sud Global. Cette rivalité s'exerce en particulier sur le continent asiatique. Depuis les affrontements de 2020, New Delhi a renforcé sa coopération avec le Quad, ce forum informel de sécurité dont l'Inde fait partie avec les États-Unis, le Japon et l'Australie.

    En parallèle, les Indiens s'inquiètent de la proximité des Chinois avec le Pakistan, l'ennemi héréditaire. Notamment à travers les « Nouvelles de la soie » chinoises qui passent par le port pakistanais de Gwadar, point d'encrage d'une intense coopération commerciale. Dernière illustration de cette proximité à l'occasion du conflit au Moyen-Orient : Narendra Modi a vu Xi Jinping omniprésent sur la scène diplomatique avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, lui-même au centre de la médiation entre Téhéran et Washington, au grand dam de l'Inde.

    Petits pas

    Impossible de le nier : Indiens et Chinois ont faire des efforts de détente. Depuis 2024, New Delhi et Pékin multiplient les petits gestes de réconciliation. Cette année-là, Xi Jinping et Narendra Modi se sont reparlé en tête-à-tête en marge du sommet des BRICS en Russie - on voit que c'est un rendez-vous propice. Résultat, la Chine a rouvert son territoire du Tibet aux pèlerins indiens du mont Kailash, sacré dans la religion hindoue et dont le chemin a été durement touché par la crue dévastatrice du 26 août.

    Autres geste : les vols directs entre les deux pays ont repris en octobre 2025. Xi et Modi se sont revu dernièrement à Bishkek au sommet de l'organisation de Shanghai. Mais encore une fois, ce ne sont que des petits pas. La relation est stabilisée, mais il n'y a pas de changement radical pour l'instant. Car la méfiance reste profondément ancrée. Il suffit de rappeler que l'Inde accueille sur son sol le chef spirituel tibétain en exil, le Dalaï Lama, considéré comme un dangereux rebelle séparatiste par la Chine.

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  • Soldats américains «en détente» à Pattaya: les démons de la prostitution militaire
    2026/09/04

    La Thaïlande accueille depuis mercredi 2 septembre plus de 5 000 marines américains. 5 jours de permission avant de rentrer chez eux le 6 septembre. Leur porte-avions Abraham Lincoln a accosté dans le port de Pattaya après un record de 286 jours en mer au Moyen-Orient, mobilisé pour le conflit face à l'Iran. Un symbole fort - et de triste mémoire - qui résonne dans toute l'Asie.

    L'arrivée de ces milliers de marins américains a provoqué une vraie inquiétude dans ce port touristique thaïlandais : l'inquiétude du tourisme sexuel. Pattaya, c'est une station balnéaire qui a très mauvaise réputation, avec sa rue des bars et des boîtes de nuit, qui s'appelle Walking Street, symbole pas seulement d'une vie nocturne débordante mais surtout d'une des principales destinations du tourisme sexuel de masse. Derrière tout cela, un passé sombre auquel les soldats américains sont liés : c'est à Pattaya qu'ils avaient l'habitude de se rendre en permission pendant la guerre du Vietnam.

    D'abord, il faut savoir que la Thaïlande a interdit la prostitution depuis une loi de 1960. Une autre loi de 1966 punit le proxénétisme, le racolage et le trouble à l'ordre public. Mais dans les faits, c'est différent. Car la prostitution est tolérée, elle est même en partie contrôlée et elle très visible. Les revenus générés sont massifs : plus de 6 milliards de dollars par an, ce qui représente environ 1,5 % du PIB de la Thaïlande.

    Guerre du Vietnam

    La prostitution dans le pays, qui est vieille de plusieurs siècles, a été favorisée par l'armée impériale du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, puis par l'armée américaine. Exemple criant avec Pattaya qui n'était qu'un petit village de pêcheurs jusque dans les années 1960. Ce sont les GI's de la base aérienne toute proche d'U-Tapao et leur envie de se détendre des combats au Vietnam qui ont motivé la construction de bungalows, de petits restaurants d'abord sur une plage sauvage. Là, une zone dite de « repos et de détente » a été créée, faisant appel à la prostitution.

    Au moment du départ des derniers soldats états-uniens en 1976, le secteur privé thaïlandais a pris le relais, et le tourisme sexuel a pris la suite de la prostitution militaire. Soit la matrice de ce qui allait faire de Pattaya la « capitale du vice » en Thaïlande, avec Bangkok.

    « Zones spéciales de divertissement »

    Cette histoire sombre résonne dans toute l'Asie. La prostitution militaire américaine a été construite de façon systématique. Ces « zones de repos et de détente », appelées aussi « zones spéciales de divertissement », ont été généralisées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale avec l'implantation des bases américaines en Asie. Outre la Thaïlande, cela concerne principalement le Japon, où stationnent 56 000 soldats américains, la Corée du Sud, qui compte 28 500 GI's, et les Philippines, où le contingent états-unien s'élève à 10 000 hommes.

    Dans ces trois pays, des villes portent ce fardeau, ces blessures de femmes utilisées pour les besoin de l'armée américaines, les affaires de viol et de meurtre. C'est le cas à Okinawa, où la prostitution a été légalement autorisée et où les crimes sexuels ont provoqué un rejet puissant de la présence des forces américaines. C'est le cas aussi à Angeles City dans l'archipel philippin, où l'industrie du sexe au service des GI's a utilisé des dizaines de milliers de femmes. Sans oublier ces villes aux nord de Séoul, où celles qui étaient tristement appelées « Princesses pour Yankees » ou « femmes de réconfort » étaient réduites à la prostitution et à l'esclavage sexuel pour les Américains, avec l'aide du gouvernement sud-coréen.

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  • La Chine et l'Inde face à la guerre économique américaine contre l'Iran
    2026/08/28
    L'Asie face aux menaces américaines de guerre économique contre les pays qui continuent à faire des affaires avec l'Iran. En particulier la Chine et l'Inde, tout deux récemment sanctionnés par Washington. Qui arrivera à tirer son épingle du jeu ? Pékin ne ne veut pas coopérer avec Washington contre Téhéran. Le président chinois Xi Jinping l'a fait savoir ce mercredi 25 août, par la voix de son ministère des Affaires étrangères et de son porte-parole Lin Jian. « La Chine, a déclaré Lin, s'oppose toujours fermement aux sanctions unilatérales illégales, sans fondement en droit international et pas autorisées par le Conseil de sécurité de l'ONU. La guerre économique et la pression maximale ne contribuent pas à résoudre les problèmes. » Une réaction quelques heures après les sanctions américaines contre des dizaines d'entreprises chinoises et les menaces de viser une « grande institution financière » de Pékin, en raison de ses relations avec Téhéran. La Chine prend donc très au sérieux l'opération nommée « Paria économique » lancée ce lundi 24 août par l'administration Trump. Il s'agit de déclencher un « D-Day », un Jour-J économique mondial, l'équivalent du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, selon les mots du secrétaire américain au Trésor Scott Bessent. Objectif : asphyxier l'Iran économiquement. Or, sans la coopération de Pékin, Washington n'y arrivera pas. Car la Chine est la bouée de sauvetage de l'Iran : elle lui achète 80% de son pétrole exporté par voie maritime, principalement par les « flottes de l'ombre », ces navires qui contournent les sanctions américaines en désactivant leurs systèmes de localisation et en naviguant sous de faux pavillon. Dilemme chinois La Chine se trouve face à un dilemme dans ce conflit qui oppose les États-Unis à l'Iran depuis six mois. D'un côté, Pékin souhaite que les hostilités continuent pour une raison simple : elles épuisent les ressources militaires américaines. Ces dernières semaines, les États-Unis ont redéployé vers le Moyen-Orient leur unique porte-avions basé en Asie. Donald Trump a réduit les exercices annuelles avec la Corée du Sud à cause des pénuries de stocks d'armement surutilisés contre l'Iran. Ce qui pourrait donner plus de latitude à Pékin pour affirmer ses ambitions en mer de Chine du Sud et autour de Taïwan, bien sûr. Mais d'un autre côté, Xi Jinping redoute que son pays ne devienne la cible de la nouvelle guerre économique américaine contre l'Iran. Parce que si l'administration Trump renforce encore les sanctions, la hausse des coûts de l'énergie touchera les bénéfices des entreprises chinoises puis le pouvoir d'achat des ménages, à mesure que ces effets se répercuteront sur le transport maritime, les coûts des matières premières et les prix à la consommation. Mauvais calcul de l'Inde L'autre puissance asiatique qui va subir l'opération américaine contre Téhéran, c'est l'Inde. New Dehli est aussi l'un des principaux partenaires commerciaux de Téhéran. L'Inde exporte en Iran du riz basmati, des fruits, des légumes et des produits pharmaceutiques. Elle importe des fruits secs, des produits pétrochimiques et des minéraux iraniens. La grande différence avec Pékin, c'est que New Delhi a cessé d'importer du pétrole iranien en 2019, après les premières sanctions américaines sur l'or noir de l'Iran. Et l'opération "Paria économique" lancée par Washington pourrait voir l'Inde réduire encore ses échanges commerciaux avec Téhéran. Dans le cadre leur opération, les États-Unis ont sanctionné 4 entreprises basées en Inde ce mardi 25 août et trois ressortissants indiens, en raison de leur implication présumée dans le commerce iranien de pétrole et de produits pétrochimiques. Face au conflit entre l' Iran et les États-Unis, l'Inde pourrait perdre beaucoup d'influence, alors que c'est le seul pays asiatique qui entretient de bonne relation à la fois avec l'Iran, l'Arabie saoudite, Israël et les États-Unis. Cette guerre, c'était pour l'Inde l'occasion d'être au centre du jeu. Au final, ce n'est pas le cas. New Delhi a parié sur la défaite de Téhéran, or, le régime iranien a survécu et le Pakistan, ennemi juré de l'Inde, est devenu le principal médiateur. Pire encore : les intérêts indiens dans le port iranien de Chabahar, les corridors de connectivité traversant l'Iran et les accords énergétiques préférentiels pourraient être renégociés par un régime iranien qui a des partenaires alternatifs : le Pakistan, mais surtout la Chine.
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