エピソード

  • Pierre Vimont : «Il faut essayer d’arrêter le conflit le plus vite possible»
    2026/03/13
    Cette semaine, nous recevons Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe, ambassadeur aux États-Unis de 2007 à 2010, et ancien secrétaire général du Service d'action extérieure de l'Union européenne jusqu'en 2015. Il revient sur le conflit au Moyen-Orient et la position de l’Union européenne, dont il déplore la passivité. L'Union européenne ne sait que faire ni penser des bombardements décidés par Donald Trump et Benyamin Netanyahu contre l'Iran, sans qu'elle ait eu son mot à dire dans l'embrasement de la région. Elle doit subir de lourdes conséquences géopolitiques et économiques, et peine à réagir. « Face à cette réalité qu'est l'Iran, les 27 États membres n'ont pas toujours les mêmes positions. Ça prend beaucoup de temps pour se mettre d'accord et plus encore pour passer à l'action », explique Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe. « Ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est une Europe un peu plus active, un peu plus agile sur le plan diplomatique et capable de se faire entendre », poursuit-il. Si l’Espagne a été la première à critiquer l’opération israélo-américaine, plusieurs pays européens lui ont ensuite emboîté le pas. Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont tous deux souligné qu’il y avait eu violation du droit international. « Peu à peu, une certaine ligne européenne se dessine et c'est utile », commente Pierre Vimont. À lire aussiConflit au Moyen-Orient: Pedro Sanchez tient tête à Donald Trump et dit «Non à la guerre !» Le blocage du détroit d’Ormuz a, par ailleurs, affolé les marchés financiers. Le cours du Brent a dépassé les 100 dollars le baril à deux reprises cette semaine, obligeant l’Agence internationale de l’énergie à débloquer des stocks d’urgence. 400 millions de barils ont été mis à disposition du marché par les 32 pays membres de l’organisation. « C'est un effort considérable qui visiblement a eu l'effet d'apaiser un peu les marchés. [...] Mais la pression demeure, et il faut continuer à mettre l'accent sur ce qui est le plus important, c'est-à-dire essayer d'arrêter ce conflit le plus vite possible », analyse Pierre Vimont. La flambée des hydrocarbures est une aubaine pour un acteur international : le Kremlin. Antonio Costa, président du Conseil européen, a déclaré que la Russie de Vladimir Poutine est, pour l'instant, le seul « gagnant » de la guerre au Moyen-Orient. « Les sanctions qui avaient été prises par les Américains contre le pétrole russe ont été suspendues donc oui, la Russie se retrouve dans une meilleure position », explique Pierre Vimont. Le conflit au Moyen-Orient a aussi eu pour effet de détourner l’attention d’un autre conflit, central pour les Européens, celui de l’invasion russe en Ukraine. « On voit bien que Volodymyr Zelensky est un peu frustré de cette situation », constate Pierre Vimont. Alors que Budapest bloque toujours le prêt européen de 90 milliards d'euros destiné à Kiev, « Il faut que les Européens restent attentifs à la situation en Ukraine », ajoute-t-il. À lire aussiMacron reçoit Zelensky à l'Élysée pour éviter que l'Ukraine soit éclipsée par l'Iran
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  • Arancha González Laya : «L’escalade est déjà là au Moyen-Orient»
    2026/03/06
    Cette semaine, nous recevons Arancha González Laya, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole et actuelle doyenne de la Paris School of International Affairs à Sciences Po. Elle revient sur le conflit au Moyen-Orient et le risque d’embrasement de la région ainsi que sur la brouille diplomatique entre les États-Unis et l’Espagne, seul pays européen à avoir ouvertement condamné les frappes américaines et israéliennes comme une violation du droit international. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël bombardent la République islamique d’Iran. De son côté, Téhéran lance des missiles contre des bases américains et contre les alliés de Washington dans la région. Ni prévenus, ni partie prenante, les Européens sont pris de court et craignent un embrasement du Moyen-Orient. « L’escalade est déjà là », estime Arancha González Laya, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole. « L’Iran a décidé que la manière de se défendre était d’étendre le conflit à d’autres pays de la région. On est donc dans un conflit à dimension régionale avec des conséquences globales », dit-elle en référence au blocage du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution entraînant un ralentissement de l’économie mondiale. La doyenne de la Paris School of International affairs à Sciences Po Paris dénonce le « choix » de Washington et Tel-Aviv d’attaquer l’Iran « sans l’accord des alliés, notamment ceux de l’OTAN ». « Ce n’est pas une guerre de nécessité, dénonce Arancha González Laya. Il n’y avait pas une urgence ou un risque imminent qui demandait une riposte de la part des États-Unis et d’Israël. Et ce n'est pas non plus une intervention à caractère humanitaire car chaque jour qui passe, on voit bien les conséquences de cette guerre sur les populations civiles. » En Europe, les Vingt-sept sont partagés sur ces frappes. Pourtant, certains pays font partie du théâtre des opérations, à l’image de Chypre visée par des missiles iraniens lancés sur une base militaire britannique installée sur l’île. « L’Europe se retrouve à devoir réagir, mais elle réagit de manière prudente, en disant ne pas vouloir rentrer dans l’offensive, explique Arancha González Laya. Mais il est aussi clair qu’ils sont prêts à se défendre quand ils sont attaqués, d’où l’envoi par certains pays européens, y compris l’Espagne, de moyens militaires, surtout navals, en Méditerranée. » Seule l’Espagne condamne les bombardements et dénonce clairement une violation du droit international. Une position qui déplaît à Donald Trump et qui l’a fait savoir en s’en prenant vertement à Pedro Sanchez, lors d’un point presse en compagnie du chancelier allemand Friedrich Merz. « Ce n’est pas la première fois que le président des États-Unis a une posture dure vis-à-vis d’un leader européen », nuance l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, prenant en exemple les brouilles avec l’Ukraine, le Danemark ou le Royaume-Uni. « Les leaders de ces pays ont eu des postures non-alignées avec les intérêts des États-Unis, donc Donald Trump les menace d’embargo. Le langage de la force est le seul que comprend Trump. Là où il voit de la faiblesse, il s’acharne. C’est une leçon que nous avons apprise depuis son retour à la Maison Blanche et qu’il nous faut garder à l’esprit quand nous avons un sujet sur lequel nous ne voulons pas transiger. »
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  • Philippe Étienne: «On n'est plus dans une époque où les Européens peuvent rester divisés longtemps»
    2026/02/27

    Celui qui a été en poste 13 ans à Bruxelles, mais aussi en Allemagne, Russie, aux États-Unis, et conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, se raconte dans SHERPA (Éditions Tallandier).

    « L’Europe n’est pas une froide diplomatie, mais une affaire d’hommes et de femmes. Nous avons vécu de nombreuses crises, mais ce qui me frappe c’est que l’on voit une Europe qui arrive à y répondre malgré tout », estime Philippe Étienne. Il reconnait avoir embrassé la diplomatie à une époque où « l’on a cru voir la mondialisation heureuse ». Mais les temps ont changé : il met aujourd’hui en garde contre l’émergence de la puissance chinoise… et contre une administration Trump qui n’aime pas l’Union européenne en tant que telle. L’Ambassadeur de France souligne une ambiguïté dans le message de Trump, après son revers devant la Cour suprême qui a invalidé ses taxes supplémentaires pays par pays. Il a annoncé de nouveaux droits de douane envers l’ensemble du monde : ce qu’il a signé in fine est-ce 10% ou 15% ? « Le plus préoccupant, c’est l’incertitude qui n’est jamais bonne en économie ».

    Il déplore la difficulté des Européens à s’accorder sur l’aide à l’Ukraine, « alors que nous entrons dans la 5è année de guerre, la plus longue bataille de tous les conflits mondiaux : c’est incroyable ce que les Ukrainiens ont eu à supporter ! » Il reconnait que la Hongrie de Viktor Orban et la Slovaquie ont une attitude de divergence par rapport à la Russie : « en revanche, il peut y avoir des régions enclavées qui n’ont pas accès aux ressources énergétiques et ça l’UE doit le reconnaitre, en tenir compte, ce qu’elle fait d’ailleurs. » Ce bon connaisseur de Bruxelles considère qu’ « on trouve toujours des solutions pour accorder les 27… On n’est pas dans une époque où l’on peut rester divisés longtemps ! »

    Si les États membres semblent partagés sur la position à tenir sur le « Conseil de la Paix » façon Trump, pour suivre le conflit à Gaza, un Conseil concurrent de l’ONU, Philippe Etienne voit dans ces difficultés « une opportunité : l’Union européenne n’est pas seule : pensez au Canada, à l’Inde, au Proche-Orient, au Japon ! Nous avons beaucoup de partenaires pour défendre le système international. L’UE a l’occasion de devenir une puissance et d’affirmer ses valeurs ».

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  • Émission spéciale Ukraine à l'occasion des quatre ans de la guerre
    2026/02/20

    Notre grand invité est Charles Michel, ancien président du Conseil Européen (2019-2024) et ancien Premier ministre belge.

    Emmanuel Macron a raison de reprendre le dialogue avec Poutine

    Alors qu'il était président du Conseil, quand la guerre à éclaté le 24 février 2022, Charles Michel en garde un souvenir fort. « La nuit de l'invasion russe, Volodymyr Zelensky m'a téléphoné pour me dire que la guerre avait démarré sur l'ensemble du territoire. Un homme qui était traqué : on avait peur qu’il soit capturé ou éliminé par les Russes. C’était un des objectifs de Poutine ! » Il salue la fermeté et la rapidité des Européens. Selon lui, Vladimir Poutine a été pris par surprise, car il pensait que l'Ukraine allait s'effondrer en quelques jours et que l'Europe allait se diviser. Or il y a eu unité chez les Européens pour livrer des armes.

    Pourtant, quatre ans après et avec le 20ème paquet de sanctions européennes, quel est leur impact sur le pouvoir russe ? Selon Charles Michel, « ces sanctions font du mal économiquement à Poutine et la levée des sanctions de l'UE peut être un levier de pression lors des négociations ».

    Si Donald Trump a baissé sa contribution envers l'Ukraine, l'UE prend le relais avec une aide financière de 90 milliards. « Il faut faire plus encore, c'est un investissement pour nous, pour notre paix, soutenir les Ukrainiens c'est soutenir notre propre avenir. Il faut néanmoins que les Européens s'affranchissent des Américains en développant des projets de défense industriels et les programmes de surveillance satellitaire comme Starlink, mais cela prendra du temps ».

    Concernant les négociations de paix ou de cessez le feu, Charles Michel estime que « c’est une honte que les Européens soient mis à l'écart ». Selon lui, Emmanuel Macron a raison de vouloir reprendre le dialogue avec Poutine sans naïveté. « C’est un conflit qui va impacter le sort de nos enfants et petits-enfants. On ne peut pas accepter les bras ballants que les Américains et les Russes jouent à la roulette russe avec notre avenir ».

    Avec un long reportage en Ukraine

    « Ukraine : l'Europe au front »

    Quatre ans après l'invasion russe à grande échelle, l'UE s'impose comme le principal soutien de l'Ukraine. Avec un dernier prêt de 90 milliards d'euros voté en février 2026, elle confirme son engagement massif, alors que les États-Unis se retirent. Ce soutien se heurte aussi à des défis considérables : urgence humanitaire, réforme de l'État de droit, infrastructures énergétiques détruites, près de 9.4 millions de déplacés... Dans un pays qui réforme tout en combattant, l'espoir d'adhésion à l'UE reste le cap qui permet aux Ukrainiens de tenir. Reportage de Mélina Huet.

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  • Hubert Védrine : «Il ne faut pas négliger la relation entre Merz et Meloni»
    2026/02/13
    Cette semaine, nous recevons Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui publie son dernier ouvrage « Après l’Occident ? » (Perrin et Robert Laffont). Soutien à l’Ukraine, autonomie militaire de l’UE et relation avec les États-Unis, il commente les dossiers brûlants auxquels sont confrontés les Européens. Les eurodéputés ont approuvé le prêt européen de 90 milliards d'euros pour aider l'Ukraine face à la Russie, notamment pour acheter des armes. Selon Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), « il faut aider l'Ukraine à tenir bon et à préparer la suite car à un moment donné, il y aura un compromis douloureux ». Hubert Védrine explique partager l’avis « de vieux réalistes américains, bien avant Trump : les États-Unis ont très mal géré la Russie d'après l'URSS [...] Il fallait agir autrement que de traiter la Russie en quantité négligeable. Et de toute façon, la Russie doit redevenir un interlocuteur. [...] L'opinion française et l'opinion européenne sont complètement binaires : tout est la faute de Poutine qui est un monstre. » « Orban avait dit qu’un jour ou l’autre nous devrions reparler à Poutine » Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche opposant à l’aide à l’Ukraine, s’oppose à ce prêt de l’UE destiné aux Ukrainiens. Son pays ne participera d’ailleurs pas à ce prêt commun, tout comme la Slovaquie et la République Tchèque. Selon Hubert Védrine, Viktor Orban est pourtant moins isolé qu’avant sur certains sujets : « Il avait dit qu’un jour ou l’autre, nous devrions reparler à Poutine. Cela scandalisait la plupart des commentateurs en Europe de l'Ouest. Même si nous sommes horrifiés par ce qu'il a fait, cette position commence à être adoptée par d'autres pays, y compris par Macron ou Merz. Les Européens se rendent compte que nous ne pouvons pas laisser Trump gérer tout seul les relations avec la Russie. » Pour la suite, les élections d’avril décideront du sort d’Orban : « Et peut-être les perdra-t-il, ce qui changerait la donne dans un sens plus positif ! » L’autonomie militaire européenne « a toujours été irréaliste » En ce qui concerne les menaces de l’administration américaine de se désengager de l’OTAN, Hubert Védrine estime « que Trump ne va pas au bout de sa démarche ». « Le système militaro-industriel technologique américain veut garder ce lien car 70% des dépenses de défense des Européens ne vont pas à l'Europe mais aux États-Unis. Ils veulent garder cela. Normalement ils n'ont pas intérêt à couper le lien. » L’autonomie militaire européenne et le fait que l’Europe devienne un pilier de l’OTAN « a toujours été irréaliste », estime l’ancien ministre français. Selon lui, l'autonomie est un « objectif » encore difficilement atteignable : « Quand Macron et Starmer réunissent la coalition des volontaires éventuels pour donner des garanties à l'Ukraine dans l'hypothèse du cessez-le-feu, tous les participants disent qu’il faut une garantie américaine. » « Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification » Le couple franco-allemand est scruté car les deux pays sont considérés comme moteurs de l’UE. Entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz, les divergences sont multiples avec une Allemagne plus libérale, contre l’idée d’un grand emprunt européen. Les Allemands ont également soutenu la signature du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur contrairement à la France : « Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification », estime Hubert Védrine. « Nous sommes des pays fondamentalement différents. Si nous ne sommes pas d'accord, rien ne marche. Nous avons des désaccords sur plein de sujets, à commencer par l'énergie et notamment sur la question nucléaire, mais pas que. Il n'empêche que si nous voulons que la machinerie européenne fonctionne mieux, il faut que la France et l'Allemagne soient d'accord. Nous sommes différents, nous avons des désaccords mais qu'est-ce que nous pouvons faire quand même ? Il faut abandonner l'approche un peu sentimentale de la question. Il faut être beaucoup plus concret. » La Première ministre italienne Giorgia Meloni et le chancelier allemand Friedrich Merz sont-ils en pleine « bromance » ? Bien que la dirigeante italienne appartienne à la droite radicale, elle est alignée au chancelier allemand sur certains dossiers. « Il ne faut pas négliger cette relation, c'est très important. Il ne faut pas le traiter de façon polémique. Il y a énormément de sujets où il y a convergence, comme l’immigration. Est-ce que cela veut dire qu’il y a des divergences sur tous les autres ? Non. » Selon lui, la France doit se questionner sur les désaccords entre sa politique et celle de l’Allemagne : « Qu’est-ce que...
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  • Pascal Lamy: «Le Groenland était important pour nous, et Trump a été forcé de reculer»
    2026/02/06

    Cette semaine, nous recevons Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce et actuel vice-président du Forum de Paris sur la Paix. Il revient sur les rapports de l'UE avec les États-Unis de Donald Trump, de la place de l’Europe dans le monde, notamment dans le secteur économique où les industries manquent de compétitivité, et de la défiance croissante des Européens vis-à-vis des institutions.

    Nous vous proposons aussi un reportage inédit sur « l’Arctique, terre de toutes les convoitises », signé Isabelle Romero et Luke Brown, présents à la Conférence Arctic Frontiers à Tromsø.

    L’Europe et les États-Unis font face à une crise de confiance majeure. Même si la tension est retombée, la volonté de Donald Trump d’annexer le Groenland a ébranlé la relation transatlantique. Pour Pascal Lamy, ancien commissaire européen et ancien directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce, les Européens ont une leçon importante à en tirer de cette crise : « Il y a une grande différence entre la rhétorique, cette espèce d’hyperactivité, et la réalité. Le Groenland, c’était important pour nous, et il a été forcé de reculer. » L’UE peut rivaliser dans un rapport de force avec les Américains, estime-t-il.

    Mais les Vingt-Sept doivent s’interroger sur la fiabilité de leur partenaire américain. Notamment en ce qui concerne le dossier ukrainien, le « vrai sujet » pour l’Europe selon Pascal Lamy. Le vice-président du Forum de Paris sur la paix déplore la position changeante de Donald Trump, mettant davantage la pression aux Européens qu’à Vladimir Poutine. Il reconnaît cependant notre dépendance : « Pour obtenir des renseignements sur le positionnement des troupes russes en Ukraine, on aimerait bien se passer des Américains. Il y a des moments où les rapports de force sont les rapports de force, même si cela nous fait mal à l’estomac. Il faut être lucide : il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir. »

    Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, 72% des citoyens de l’UE se disent « très préoccupés », selon une récente enquête Eurobaromètre du Parlement européen, et appellent à une Europe plus unie. C’est aussi ce que note Pascal Lamy. « Les Européens sont très en soutien de l'intégration européenne et les menaces extérieures ont accentué ce soutien dans l'ensemble de l'Europe. » Mais l’Europe doit aussi faire face à la défiance d’une partie de la population face aux institutions européennes. Selon la même enquête, 49% des sondés ont une image positive de l’UE, le chiffre descend même à 38% pour les Français. « Il n’est pas étonnant que la France se distingue par un pessimisme considérable par rapport aux autres car elle se perçoit comme allant plus mal que les autres », reconnaît Pascal Lamy.

    À l’approche d’un Conseil sur la compétitivité, l’ancien directeur général de l’OMC appelle à plus d’investissements dans les années à venir pour augmenter la croissance et la compétitivité de l’Europe. « Notre potentiel de croissance aujourd’hui, c’est la moitié de celui des Américains, le tiers de celui des Chinois et le quart de celui des Indiens. Pour nous développer, il faut renforcer le marché intérieur. Nous avons un gisement sous nos pieds, le marché intérieur, mais on ne l’exploite pas. »

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  • Valdis Dombrovskis: «L’accord commercial UE-USA, bien qu’asymétrique, assure plus de prévisibilité»
    2026/01/30
    Cette semaine, nous vous proposons une émission spéciale sur l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro avec un reportage long format et un entretien de Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l'Économie. Il fait état de la situation économique de l’Union dans un climat instable dû à l’imprévisibilité de l’administration américaine. À la suite des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland, le commissaire se félicite de l’apaisement des relations : « Il est positif que nous ayons réussi à replacer le dossier Groenland sur une base plus constructive. Le président Trump a donc supprimé en quelque sorte ses revendications à l'égard du Groenland (...) L'accent est désormais mis sur le renforcement de la sécurité dans la région arctique. Et les autorités danoises et groenlandaises, soutenues par l'Union européenne (UE), ont indiqué qu'elles étaient disposées à en discuter. » D’un point de vue économique, Donald Trump avait également menacé d’instaurer de nouveaux droits de douane sur les produits européens. Le Parlement européen a alors suspendu le processus de ratification de l’accord commercial encadrant ces droits de douane entre l’UE et les États-Unis, jugé désavantageux pour l’Union. Le président américain a finalement retiré ces menaces de surtaxes douanières. Selon Valdis Dombrovskis, également ancien Premier ministre de Lettonie, du parti de droite Unité affilié au groupe Parti populaire européen, « le choix aujourd'hui est d'accepter cet accord ou de poursuivre l'escalade commerciale » : « Nous avons évalué ces deux possibilités. Nous avons également observé l'expérience de la Chine, qui a opté pour cette escalade dans la guerre commerciale. Très vite, les droits de douane ont dépassé les 200% côté américain et côté chinois, ce qui était prohibitif. La Chine a fini par renoncer à l'escalade et a conclu un accord qui était comme le nôtre, asymétrique. » Il réitère son soutien à cet accord : « Les relations d'échange et d'investissement entre l'UE et les États-Unis sont les plus importantes au monde. Nous avons accepté un accord, même asymétrique, qui permet d'assurer plus de clarté et de prévisibilité. » La croissance des États-Unis devrait atteindre 3% en 2026, contre 1,2% pour les Vingt-Sept. « C'est vrai, l'UE est dépassée par plusieurs autres grandes économies. Certains chocs économiques expliquent cette situation à court terme, comme les conséquences de l'agression de la Russie contre l'Ukraine, ou la nécessité de réduire notre dépendance à l'égard des combustibles fossiles russes », reconnaît le commissaire européen. « C'est pourquoi l'une des premières initiatives de la Commission européenne a été la Boussole pour la compétitivité, qui présente tous les principaux facteurs affectant la compétitivité de l'UE afin de relancer la croissance économique dans l'Union. » Le 1er janvier, la Bulgarie est devenue le 21è membre de la zone euro après avoir rempli les critères de Maastricht. Dans cet État balkanique au bord de la mer Noire, entre la Roumanie, la Grèce et la Turquie, les 6,4 millions d'habitants ont abandonné le lev, la monnaie bulgare. Si cette intégration est bien perçue par les milieux économiques, elle divise une population dont 22% vit sous le seuil de pauvreté, entre espoirs et craintes d’inflation. Nos reporters retrouvent sur le terrain divers acteurs du changement : rencontre avec Mariya Gabriel, ancienne vice-Première ministre et ex-commissaire européenne bulgare, un chef d’entreprise, le vice-ministre de l’économie, la cheffe de la représentation de la Commission en Bulgarie, un député souverainiste, une avocate anti-corruption et surtout, les habitants de Sofia et du reste du pays. Selon Valdis Dombrovskis, cela va permettre « de renforcer l'eurozone et le rôle international de l'euro, car cela projette également la confiance. (...) Cela positionne l'euro comme monnaie ouverte avec un pouvoir d'attraction sur de nouveaux membres », conclut-il.
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  • Andrej Plenkovic: «Donald Trump a fait deux pas en arrière : sur le Groenland et les taxes !»
    2026/01/23
    Cette semaine, nous interrogeons Andrej Plenkovic, Premier ministre de la Croatie, au lendemain d’un sommet européen extraordinaire. Il explique combien les Vingt-Sept sont sceptiques sur l’avenir de la relation transatlantique, malgré le renoncement de Donald Trump concernant le Groenland et la hausse des droits de douane. Le jeudi 22 janvier 2026, les Vingt-Sept se sont réunis pour un sommet extraordinaire convoqué par Antonio Costa à la suite des menaces répétées de Donald Trump d’annexer le Groenland et d’augmenter les droits de douane des pays qui ont engagé des soldats sur place. Andrej Plenkovic, Premier ministre croate depuis 10 ans, qualifie cette réunion de « constructive » : « Il y a eu des débats francs en ce qui concerne les relations entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis. Nous avons discuté de trois points importants : tout d’abord, le fait d’assurer une solidarité complète des Vingt-Sept vis-à-vis de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Danemark et du Groenland. Puis, de revenir à une normalité dans les relations transatlantiques, fondement de l’ordre international. Enfin, nous avons discuté de la nécessité de mettre en place des instruments anti-coercition dans le domaine des droits de douane et de comment les appliquer si besoin. » Ce sommet a cependant eu lieu après un adoucissement des positions de l'administration américaine. Ce revirement est intervenu après une discussion entre le président américain et le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte. « Donald Trump a fait deux pas en arrière », estime le Premier ministre croate. « J'étais au courant que Mark Rutte était en train de chercher une solution plutôt généralisée des pays de l'Arctique, de l'Union européenne et de l'OTAN », explique Andrej Plenkovic qui avait rencontré le secrétaire général de l’Otan la semaine passée. Selon le Premier ministre, la réaction négative des marchés financiers face à ces tensions a poussé Donald Trump à reculer. « Puis, nous voyons que l'opinion publique américaine ne soutient pas vraiment la position de leur gouvernement vis-à-vis du Groenland. Finalement, cette méthode a déjà été utilisée par le président Trump : essayer de faire monter les enchères et ensuite revenir en arrière et calmer le jeu afin de chercher une solution qui pourrait être satisfaisante pour les intérêts de sécurité des États-Unis. » « Les Européens, coordonnés, doivent calmer le jeu » Andrej Plenkovic se veut rassurant : « Il y a eu un peu de tension mais demain ou après-demain, nous aurons d'autres sujets à gérer. L'UE adopte une position assez coordonnée. Nous tenons une ligne selon laquelle la question de l'intégrité territoriale des États membres ne peut pas être remise en question. » Il appelle à « calmer le jeu » : « La ligne de la Croatie est d’essayer de rétablir le dialogue, de nourrir nos rapports car nous devons rester partenaires dans un monde sans cesse en changement. Il faut plutôt cultiver les relations transatlantiques que de mener des actions qui peuvent détériorer la situation. » Il regrette cependant ces désaccords et l’inconsistance de la relation transatlantique : « La montée des tensions politiques entre alliés n'a pas beaucoup de sens. Nous avons énormément d'autres sujets à traiter qui sont des vrais problèmes globaux. Des amis et partenaires comme les États-Unis et les pays de l'UE ne devraient pas avoir ce genre de débat qui est un peu hallucinant. Au mois de décembre, nous parlions de sanctions contre la Russie et quelques semaines après, nous évoquons l’usage d’instruments anti-coercition contre les Américains. C’est un instrument qui n'a pas été conçu contre les États-Unis, mais contre la Chine. » « Nous étudions les implications de Conseil de la paix » Donald Trump a inauguré à Davos son nouveau « Conseil de paix », en présence d'une vingtaine de dirigeants de pays ayant rallié cette instance placée sous sa coupe. La Croatie a reçu une invitation à y participer : « Je suis très reconnaissant pour cette invitation mais comme elle est arrivée environ un jour et demi avant la date de la signature, il était impossible pour nous de signer ce type de document si rapidement en raison de contraintes constitutionnelles juridiques. » Si certains pays, comme la France ou l'Espagne, ont d’ores et déjà décliné l’invitation, Andrej Plenkovic annonce « étudier ce texte ». Le président du Conseil européen Antonio Costa a évoqué de « sérieux doutes » concernant ce « Conseil de paix », en particulier sur sa compatibilité avec les Nations unies. Le Premier ministre croate le rejoint sur ce point : « Quelle est la position de ce Conseil vis-à-vis des structures existantes des Nations unies ? Sommes-nous toujours dans le cadre de ce qui était prévu en accord avec les ...
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