エピソード

  • Manon Aubry : «L’UE est en train de disparaître de l'histoire du monde»
    2026/04/24
    Cette semaine, nous recevons Manon Aubry, députée européenne et co-présidente du groupe de la Gauche au Parlement. Elle dénonce une inaction de l’UE face au conflit au Moyen-Orient et à l’expansion de l’influence russe. La Bulgarie et la Hongrie viennent de vivre des élections législatives clés pour l’avenir de l’Europe. L’ancien président bulgare Roumen Radev a remporté les élections sur la promesse de mettre fin à la corruption endémique et l'instabilité politique. « Nous assistons aujourd'hui en Europe à un grand renversement, en particulier en Europe de l'Est. […] Cette élection est une vague contre la corruption. Il y a eu de grandes mobilisations en Bulgarie contre la corruption et la vie chère. Ces mobilisations ont mené à ce résultat électoral », remarque Manon Aubry, eurodéputée et membre de La France insoumise. Si Roumen Radev exclut de faire jouer son droit de veto pour bloquer les décisions des États membres, il s’affiche cependant comme partisan de la reprise du dialogue avec Moscou, en opposition avec certains dirigeants européens. « Il semble qu'il ait un certain nombre d'inclinaisons pro-russes qui peuvent nous inquiéter vis-à-vis du soutien que l'Union européenne (UE) apporte à l'Ukraine », reconnaît la députée européenne du groupe la Gauche. « Est-ce qu'une partie de l'Europe ne sera pas de nouveau tentée de regarder vers la Russie ? », s’interroge-t-elle. « La Russie utilise l'ensemble de ses proxys pour étendre son influence et mettre en place une forme renouvelée de guerre froide. Il y a aujourd'hui dans le monde des blocs qui s'affrontent les uns par rapport aux autres. » Elle note cependant qu’il y a « un principe de souveraineté et un principe démocratique » à respecter dans cette élection : « Qui sommes-nous pour donner des leçons aux Bulgares ? » À lire aussiBulgarie: la coalition de l'ex-président Roumen Radev donnée en tête des législatives « J’aimerais que l'UE porte une voie médiane qui est une voie de la paix » Face à cette influence grandissante de la Russie et ce bouleversement de l’ordre mondial, Manon Aubry estime qu’il « n’y a plus d'Union européenne » : « J’aimerais que l'UE porte une voie médiane qui est une voie de la paix, de la défense du droit international. Mais l’UE est en train de disparaître de l'histoire du monde. Les États-Unis et Donald Trump violent allègrement le droit international au Venezuela, en Iran et soutiennent le gouvernement israélien dans son opération génocidaire en Palestine, dans ses crimes de guerre au Liban. De l'autre côté, vous avez la Russie qui tente de redessiner les cartes du monde et d'étendre son influence, qui viole le droit international et envahit illégalement l'Ukraine. » « Peter Magyar n'est pas un changement radical » En Hongrie, la victoire de Peter Magyar aux élections législatives va mettre fin aux 16 ans de règne du nationaliste Viktor Orban. Le futur Premier ministre a annoncé vouloir restaurer un État de droit fonctionnel notamment en termes de justice ou de liberté de la presse. Il se montre plus progressiste que son prédécesseur mais Manon Aubry reste vigilante : « Viktor Orban ne va manquer à personne dans l'UE mais je tiens quand même à alerter sur le fait que Peter Magyar n'est pas un changement extrêmement radical. […] Je le trouve assez silencieux sur un certain nombre de sujets qui me semblent fondamentaux comme la défense des droits des LGBT, des femmes, des exilés. […] D’un point de vue de la démocratie et des valeurs démocratiques fondamentales, évidemment que nous pouvons être soulagés mais il n’est pas non plus un changement révolutionnaire. […] J'espère qu'il y aura une gauche qui pourra renaître de cette nouvelle situation politique. » En Europe de l’Est, les duels politiques ont principalement lieu entre des partis de droite conservatrice et de droite extrême face à une difficulté pour les partis de gauche de s’unir : « Je crois à la renaissance d'une gauche, y compris dans les pays d'Europe de l'Est. C'est ce à quoi nous travaillons avec l'Alliance de Gauche Européenne, le nouveau parti européen que la France insoumise a contribué à fonder il y a un an. […] Je pense que le fait de s'être débarrassé de Viktor Orban en Hongrie peut permettre aussi cette perspective, plus que jamais indispensable pour les peuples. » « Nous pourrions être favorables à l'élargissement de l'UE » En ce qui concerne la possible future adhésion de l’Ukraine à l’UE, Manon Aubry explique que le groupe de la Gauche « pose des conditions strictes ». « Ces conditions valent pour l'Ukraine mais également pour tous les autres États qui sont candidats. […] Il s’agit notamment de lutter contre le dumping et la concurrence déloyale en matière sociale, environnementale et fiscale. » Elle cite l’exemple de l'Ukraine qui « a un salaire ...
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  • Thierry Breton: «Ceux qui ont soutenu le mouvement MAGA de Trump s'en mordent les doigts»
    2026/04/17

    Cette semaine, nous recevons Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur et ancien ministre français de l’Économie. Il commente la position de l’UE sur le conflit au Moyen-Orient et salue la victoire de Peter Magyar en Hongrie, signe de renouveau pour le pays.

    Alors qu’un cessez-le-feu est en cours entre l’Iran et les États-Unis, Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur estime que « les Européens ne sont pas concernés » car n’ayant pas été « informés de cette guerre, ni consultés. »

    « Les États membres ne doivent pas gagner d’argent grâce à cette situation »

    Les prix du gaz ont bondi de 70% et ceux du pétrole de 60% dans l’Union européenne (UE) en conséquence des frappes américano-israéliennes sur des infrastructures énergétiques et du blocage du détroit d’Ormuz. 22 États membres ont déjà introduit plus de 120 mesures non coordonnées, pour un coût de plus de 9 milliards, afin de faire face à cette hausse des prix de l’énergie. Ce que déplore la Commission européenne qui souhaite faire adopter une posture commune.

    Thierry Breton incite les États membres à ne pas « gagner d’argent grâce à cette situation » car il s’agit « un choc des prix », « temporaire » et « artificiel » selon lui : « Cette situation est la conséquence du choix d'un homme, Donald Trump, d'avoir rejoint cette guerre. Pour les Européens, il me semble qu'aucun pays ne doit gagner de l'argent de façon indue. »

    Il prend l’exemple de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en France, payée par les consommateurs sur les achats de carburant : « Cette TVA va générer des revenus supplémentaires. À chaque tranche de 10 dollars d'augmentation du prix du baril de pétrole, l'État engrange entre 30 et 60 millions d'euros supplémentaires par mois en TVA. [...] Il faut redistribuer l'intégralité de ces montants à ceux qui en ont le plus besoin, qui sont le plus impactés. Par exemple les agriculteurs, les marins-pêcheurs, les transporteurs, ou tous ceux qui ont besoin de leur voiture, notamment dans le domaine de la santé et de l'accompagnement des personnes. » Il salue le cessez-le-feu : « Il est normé et donc dans le cadre, il y a encore des négociations. »

    « Nous n’avons jamais vu une telle ingérence dans une élection »

    En Hongrie, la victoire écrasante de Peter Magyar aux élections législatives va mettre fin aux 16 ans de règne du nationaliste Viktor Orban. Le futur Premier ministre a annoncé vouloir restaurer un État de droit fonctionnel notamment en termes de justice ou de liberté de la presse avec pour objectif de récupérer une partie des fonds européens gelés à cause des manquements de Viktor Orban.

    Thierry Breton s’insurge de l'implication des États-Unis dans cette élection, notamment de la venue du vice-président J.D. Vance pour soutenir le candidat du Fidesz : « Nous n’avons jamais vu une telle ingérence d'un pays étranger dans une élection. C'est absolument inédit. [...] À quelques jours des élections, le vice-président s’y est rendu pour dire comment il fallait voter. »

    Selon lui, cela n’a pas suffi à faire basculer le vote en faveur de Viktor Orban : « Qu'ont dit les Hongrois aujourd'hui ? Être soutenu par le mouvement « MAGA » (Make America Great Again), cela ne marche plus. [...] Tous ceux qui se sont revendiqués précisément de cette connexion, de cette amitié, aujourd'hui s'en mordent les doigts parce qu'ils voient bien comment réagissent les citoyens européens à cette volonté de vassalisation absolue de l'Europe, qui est totalement inacceptable pour nous. »

    Il est optimiste quant à l’avenir de la Hongrie : « Ce sera compliqué évidemment de changer plusieurs années de Fidesz en Hongrie mais Peter Magyar à la majorité des deux tiers au Parlement, ce qui va lui donner le moyen de faire beaucoup. Nous sommes dans une nouvelle phase politique. »

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  • Enrico Letta : «Le gouvernement hongrois a trahi l'Europe»
    2026/04/10

    Les guerres s’intensifient. Au Moyen-Orient, le conflit déclenché par Donald Trump embrase une région déjà sous tension. En Ukraine, la guerre initiée par Vladimir Poutine continue de redessiner l’équilibre du continent. Si l’Union européenne n’est pas directement engagée sur le terrain, elle en subit de plein fouet les répercussions économiques, énergétiques, mais aussi politiques et morales.

    Fragilisée et divisée, elle doit aujourd’hui composer avec ses propres limites. Pour en décrypter les enjeux, l’invité d’Ici l’Europe est Enrico Letta, ancien président du Conseil italien, président de l’Institut Jacques Delors et auteur d’un rapport de référence pour la Commission européenne sur la compétitivité et le marché unique.

    Une Europe affaiblie par ses divisions

    Pour Enrico Letta, le constat est clair : l'Union européenne paie le prix fort de son incapacité à parler d'une seule voix. Face à la guerre déclenchée par l'administration Trump au Moyen-Orient, les Vingt-Sept se retrouvent spectateurs impuissants. « Les Européens sont hélas divisés et ça, c'est le grand problème. Cette division nous empêche d'être unis et d'être capables de bloquer quand il est nécessaire de le faire les folies, comme cette folie de l'administration Trump qui est en train de faire chuter l'économie mondiale et de mettre le Moyen-Orient à feu », explique-t-il.

    Les conséquences économiques s'annoncent lourdes pour le continent : prix de l'énergie en hausse, avions cloués au sol, faute de carburant. « On va payer un prix très grave. Les Européens vont le payer double parce que, à cause des divisions, on n'est pas capable de dire non et de bloquer », avertit-il.

    Le chantage américain sur l'Ukraine

    La question ukrainienne cristallise selon lui toutes les vulnérabilités de l'Europe. L'absence d'une défense commune intégrée offre à Washington un levier de pression considérable. « Nous n'avons pas de défense européenne totalement unie, et les industries de défense européenne ne sont pas complètement intégrées comme elles devraient l'être », décrit Enrico Letta.

    Pourtant, le président de l’Institut Jacques Delors refuse tout désengagement européen envers Kiev : « L'Ukraine mérite le soutien de l'Europe. C'est un soutien coûteux, mais c'est un soutien qui nous fait faire des pas en avant vers l'intégration européenne ». Il souligne notamment l'enjeu industriel : « Défendre les Ukrainiens avec 27 systèmes de défense séparés, cela veut dire acheter des armes aux Américains, créer des emplois aux États-Unis, alors que s'intégrer, ça veut dire que cet argent qu'on dépense devient des emplois chez nous », explique-t-il.

    Hongrie : « c’est une trahison »

    Sur le blocage hongrois des aides européennes à l'Ukraine, l'ancien président du Conseil italien ne mâche pas ses mots. Viktor Orbán, qui avait accepté une clause de non-participation au prêt de 90 milliards d'euros voté en décembre, oppose désormais son veto. « Ce qui a été fait au mois de décembre vient d'être mis sous chantage par Orbán. C'est la démonstration que là aussi, peut-être, on a été trop mou ».

    Il va plus loin en évoquant les révélations sur le ministre hongrois des Affaires étrangères, accusé d'avoir transmis des informations à son homologue russe depuis les réunions européennes : « Quelques-uns des représentants hongrois ont été les espions de Moscou. Je pense que c'est de la trahison. Il faut appeler les choses comme elles le sont. La solidarité européenne a été cassée par le gouvernement hongrois », poursuit-il.

    À quelques jours des élections du 12 avril, où Viktor Orbán reçoit le soutien de l'extrême droite européenne et du vice-président américain Vance, Enrico Letta appelle à une réponse ferme : « Si on veut déclencher toutes les clauses et toutes les règles pour bloquer complètement tout argent qui arrive à la Hongrie, je pense que le moment est venu de commencer à y réfléchir ».

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  • Christophe Hansen : « Les accords commerciaux apporteront de nouveaux débouchés »
    2026/04/03
    Face aux crises qui secouent le monde agricole : colère contre le Mercosur et hausses de carburant liées à la guerre du Moyen-Orient, le Luxembourgeois Christophe Hansen, commissaire européen à l’Agriculture et à l’alimentation, s’exprime sur l’impact de l’actualité sur ce secteur bousculé. S’il défend les accords commerciaux, il détaille les solutions de la Commission pour accompagner les agriculteurs et l’importance de la Politique agricole commune. Après plus d’un mois de guerre en Iran, la flambée des prix du diesel mais aussi des engrais impacte directement les agriculteurs et leurs moyens de production. « Sans compter les flux commerciaux », explique Christophe Hansen, « parce qu'on exporte beaucoup de nos biens agricoles vers ces pays qui sont en guerre actuellement. La crise en cours peut avoir un impact très grave sur notre production européenne ». Sur la question très sensible du Mercosur, le commissaire Hansen justifie la décision d’Ursula von der Leyen de mettre en œuvre provisoirement cet accord de libre-échange, malgré le vote du Parlement européen qui avait saisi la Cour européenne de justice. « Ursula von der Leyen agit sur mandat des États membres » – si la France comme d’autres États étaient contre – « la majorité est là, les traités sont là aussi pour être respectés. » Par ailleurs, le commissaire Hansen met en avant les clauses de sauvegarde spécifiques négociées et l’opportunité pour des secteurs en crise comme les vins et spiritueux d’y trouver de nouveaux débouchés. Sur l’accord commercial signé avec l’Inde, Christophe Hansen rappelle : « Nous avons décidé d'exclure par exemple la viande bovine, mais aussi des produits comme le riz ou encore le sucre qui sont des secteurs sensibles pour l'Union européenne. » Idem pour le récent accord avec l’Australie où les négociations ont tenu compte pour les quotas de viande du niveau d’absorption possible pour les marchés européens. Une attribution de 40 millions d'aides de l'UE aux viticulteurs français Le commissaire Hansen revient sur les difficultés du monde agricole comme la dermatose nodulaire qui a décimé les troupeaux de bovins en début d’année. « Je crois qu'il y a une augmentation alarmante des maladies animales à travers toute l'Union européenne ». Selon lui, la mondialisation n’est pas le problème. Mais, pour augmenter la sécurité alimentaire, il faudrait par exemple avoir une chaîne de transfert plus courte : « Parce qu'on a de moins en moins d'abattoirs, par exemple. Je vois dans certains États membres qu’il est encore possible d'avoir des abattoirs mobiles ou à taille réduite. Si effectivement, on transporte moins les animaux vivants, le risque déjà est minimisé. » Selon lui, ces maladies animales ont un impact sur la sécurité alimentaire. Face à la crise qui frappe de plein fouet les agriculteurs et en particulier les viticulteurs, le commissaire Hansen a annoncé en février, lors du dernier salon de l’agriculture, l'attribution de 40 millions d'aides de l'Union européenne aux viticulteurs français pour aider cette filière viticole à distiller ses surproductions. « Mais ça me fait quand même un peu mal au cœur de voir qu'on détruit des vins de qualité, qu'on procède aussi à l'arrachage, et détruit en quelque sorte nos paysages historiques. » L'adhésion de l'Ukraine à l'UE est loin d’être acquise Le commissaire Hansen récuse aussi les critiques sur le nouveau budget de la Politique agricole commune qui stagne et constitue à peine un quart du budget européen. « On parle de quasiment 400 milliards. C'est déjà une grande victoire et on n'est pas encore au bout des discussions qui vont aussi dépendre de la volonté des États membres à contribuer à ce budget. » Quant aux craintes et fake news sur la possible future adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, un pays céréalier, le Commissaire relativise. « C’est vrai, c'est que pendant la libéralisation temporaire en 2023/2024, on a eu des perturbations considérables sur nos marchés. Mais maintenant on a des quotas très fixes qui sont contrôlés et qui sont aussi fortement liés à l'alignement des standards de production de l'Ukraine. » Quant à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, elle est, selon le Commissaire, loin d’être acquise et cela demandera beaucoup de temps. Sur la ligne de son groupe politique, le Parti populaire européen qui demande beaucoup de simplifications et revient sur certaines clauses du pacte vert, en particulier les nouvelles techniques génomiques, les NGT (qu'on n'appelle pas OGM), le commissaire Christophe Hansen refuse la polémique. « Ces nouvelles techniques génomiques permettent aussi d'utiliser moins d'engrais et moins de produits phytosanitaires, d'être plus résilients aux sécheresses. Donc, il ne faut pas diaboliser les produits qui ...
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  • Nadia Calviño : «L'Europe doit se libérer de ses dépendances excessives»
    2026/03/27

    Chocs pétroliers, guerre tarifaire, pressions sur le Groenland, désengagement en Ukraine… Jamais l’Europe n’a été autant bousculée par son allié américain, ni autant poussée à repenser sa puissance.

    Au cœur de cette réponse, la Banque européenne d’investissement (BEI), détenue par les 27 États membres, joue un rôle-clé : lever des fonds sur les marchés pour financer les priorités européennes, de la transition écologique à la souveraineté énergétique, en passant par l’innovation, le logement, la défense et la sécurité. Face à un contexte international plus instable, l’institution a élargi son action. Comment agit-elle, et avec quels moyens ? Sa présidente, Nadia Calviño, est l’invitée d’Ici l’Europe.

    Face aux tensions, la BEI élargit son action à la défense

    Longtemps centrée sur la transition écologique et le développement économique, la Banque européenne d’investissement (BEI) élargit désormais son action aux enjeux de sécurité et de défense. Une évolution assumée par sa présidente, Nadia Calviño : « Il est indispensable que l’Europe renforce ses capacités et son indépendance dans ces domaines ». Les chiffres illustrent cette réorientation : les financements dédiés sont passés d’environ 1 milliard d’euros en 2024 à 4 milliards l’an dernier (2025).

    La BEI finance désormais des groupes comme Thalès et soutient les PME du secteur, tout en maintenant une ligne rouge claire. « On donne du financement surtout pour que les banques puissent prêter aux petites et moyennes entreprises dans les domaines de la sécurité et de la défense, en excluant l'armement », explique la présidente de l’institution.

    Réduire les dépendances énergétiques

    Sur le front énergétique, la présidente de la BEI se veut rassurante. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l'Europe a progressé : « Il y a beaucoup plus de renouvelables, et on a aussi renforcé nos capacités nucléaires », explique-t-elle. Face à la guerre tarifaire lancée par Washington, elle souligne la résilience européenne : « L'économie européenne est beaucoup plus résistante qu'on ne le croyait, mais il faut continuer à investir pour qu'on puisse jouer le rôle qui correspond à une économie de 450 millions de personnes. »

    Le logement, nouvelle priorité européenne

    Depuis 2013, les prix des logements à l’achat et à la location ont bondi en Europe. Pour la première fois de son histoire, l'UE vient de se doter d’un plan pour le logement abordable et d’un commissaire au logement. Nos équipes se sont rendues à Barcelone, l’un des symboles de cette crise du logement, à la rencontre de ses habitants dont beaucoup connaissent des difficultés pour se loger. Ils visitent également des initiatives locales de rénovation ou de construction de logements, en partie financées par des fonds européens.

    Par ailleurs, la BEI a doublé ses financements dans ce secteur et s'est fixé un objectif ambitieux : « On a un objectif très clair de financer 1 million de logements d'ici 2030. Cette année, on a prévu d'investir 6 milliards d'euros. » La France est le premier bénéficiaire de ces financements, avec plus de 3,4 milliards d'euros investis ces cinq dernières années dans le logement social et intermédiaire.

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  • Rafał Trzaskowski : «L'investissement européen a soutenu le miracle économique de la Pologne»
    2026/03/20

    Cette semaine, nous recevons Rafał Trzaskowski, maire de Varsovie et candidat battu au second tour de l'élection présidentielle polonaise de 2025. Pro-européen, il défend les réformes du gouvernement de Donald Tusk et fustige les vétos répétés du président Karol Nawrocki.

    En juin 2025, Rafał Trzaskowski, proche du Premier ministre Donald Tusk au sein du parti Coalition civique, a perdu le second tour de l’élection présidentielle face à Karol Nawrocki du parti conservateur Droit et justice, qui l’emporte avec 50,89% des voix.

    Depuis, ce président souverainiste a mis son veto sur de nombreuses lois et pratique une cohabitation très dure avec le gouvernement pro-européen de Donald Tusk. « C’est un président souverainiste populiste », commente le maire de Varsovie. « Il est en train de mettre son veto sur plusieurs initiatives du gouvernement, juste pour créer de l'imprévisibilité avant les élections parlementaires de 2027. »

    « Nous avons introduit beaucoup de mesures vraiment importantes »

    La Commission européenne a débloqué un montant de 137 milliards d’euros de fonds pour la Pologne après l’arrivée au pouvoir de ce nouveau gouvernement pro-européen. La somme avait initialement été gelée pour non-respect de l'État de droit du précédent gouvernement. Pourtant, les réformes se font attendre à cause des multiples blocages du président.

    Le maire de Varsovie nuance la situation : « Nous avons introduit beaucoup de mesures vraiment importantes comme par exemple l’accès gratuit aux crèches pour les familles. Nous menons une politique très pro-européenne [...] Mais il est vrai que les présidents Andrzej Duda puis Karol Nawrocki ont mis leur veto sur toutes les lois pour réformer le système judiciaire. »

    « Nous devons avoir la meilleure relation possible avec les États-Unis »

    Le pays effectue un effort sans précédent pour se réarmer en consacrant 5% de son budget à la défense. Pourtant, le président Karol Nawrocki a rejeté la participation de son pays au mécanisme de financement européen SAFE qui prévoyait de lui accorder 40 milliards d’euros pour renforcer sa défense.

    Un refus que déplore le maire de Varsovie : « C’est vraiment triste car cela était dans notre intérêt pour notre armée et notre industrie. [...] Karol Nawrocki pense que les États-Unis défendront seuls la Pologne. Le gouvernement de Donald Tusk et moi-même, nous pensons que nous devons avoir la meilleure relation possible avec les États-Unis et investir dans l'OTAN, mais en même temps investir dans l'Union européenne pour avoir la capacité de défense la plus forte possible. Il faut faire les deux. [...] En Pologne, Karol Nawrocki veut se placer comme l’un des plus anti-européens, c’est pourquoi il prend toutes ces décisions anti-européennes. »

    Face à l’imprévisibilité du conflit au Moyen-Orient, Rafał Trzaskowski défend une Europe forte : « Il faut se battre pour la position de l'Europe. Cela nécessite de la détermination afin de la renforcer d’un point de vue politique ou sécuritaire. »

    « La plupart des Polonais soutiennent l'Ukraine »

    Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Pologne a accueilli plus d’un million d'Ukrainiens, principalement des femmes et des enfants. Une nouvelle loi a cependant restreint les prestations sociales, les soins médicaux ou encore le séjour légal accordés aux Ukrainiens. Rafał Trzaskowski reconnaît qu’« une partie de la société polonaise est fatiguée par la guerre [...] Cependant, la plupart des Polonais soutiennent l'Ukraine dans sa lutte contre l'agresseur russe. Mais les partis populistes ont décidé d’avoir un discours anti-Ukrainien pendant leur campagne électorale. »

    La Pologne affiche une croissance de 3,6% en 2025, bien au-dessus de la moyenne européenne ainsi qu'un taux de chômage très bas, à environ 3%. Un miracle économique notamment porté par les fonds de l’UE : « En effet, l'investissement européen a soutenu notre miracle économique. Par exemple, à Varsovie, 5 milliards d’euros ont été investis dans divers projets : le métro, le tramway, les navettes électriques [...] Nous avons beaucoup investi dans des projets écologiques. [...] Il y a beaucoup de programmes d'innovation, notamment des start-up soutenues par l'argent européen. »

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  • Pierre Vimont : «Il faut essayer d’arrêter le conflit le plus vite possible»
    2026/03/13
    Cette semaine, nous recevons Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe, ambassadeur aux États-Unis de 2007 à 2010, et ancien secrétaire général du Service d'action extérieure de l'Union européenne jusqu'en 2015. Il revient sur le conflit au Moyen-Orient et la position de l’Union européenne, dont il déplore la passivité. L'Union européenne ne sait que faire ni penser des bombardements décidés par Donald Trump et Benyamin Netanyahu contre l'Iran, sans qu'elle ait eu son mot à dire dans l'embrasement de la région. Elle doit subir de lourdes conséquences géopolitiques et économiques, et peine à réagir. « Face à cette réalité qu'est l'Iran, les 27 États membres n'ont pas toujours les mêmes positions. Ça prend beaucoup de temps pour se mettre d'accord et plus encore pour passer à l'action », explique Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe. « Ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est une Europe un peu plus active, un peu plus agile sur le plan diplomatique et capable de se faire entendre », poursuit-il. Si l’Espagne a été la première à critiquer l’opération israélo-américaine, plusieurs pays européens lui ont ensuite emboîté le pas. Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont tous deux souligné qu’il y avait eu violation du droit international. « Peu à peu, une certaine ligne européenne se dessine et c'est utile », commente Pierre Vimont. À lire aussiConflit au Moyen-Orient: Pedro Sanchez tient tête à Donald Trump et dit «Non à la guerre !» Le blocage du détroit d’Ormuz a, par ailleurs, affolé les marchés financiers. Le cours du Brent a dépassé les 100 dollars le baril à deux reprises cette semaine, obligeant l’Agence internationale de l’énergie à débloquer des stocks d’urgence. 400 millions de barils ont été mis à disposition du marché par les 32 pays membres de l’organisation. « C'est un effort considérable qui visiblement a eu l'effet d'apaiser un peu les marchés. [...] Mais la pression demeure, et il faut continuer à mettre l'accent sur ce qui est le plus important, c'est-à-dire essayer d'arrêter ce conflit le plus vite possible », analyse Pierre Vimont. La flambée des hydrocarbures est une aubaine pour un acteur international : le Kremlin. Antonio Costa, président du Conseil européen, a déclaré que la Russie de Vladimir Poutine est, pour l'instant, le seul « gagnant » de la guerre au Moyen-Orient. « Les sanctions qui avaient été prises par les Américains contre le pétrole russe ont été suspendues donc oui, la Russie se retrouve dans une meilleure position », explique Pierre Vimont. Le conflit au Moyen-Orient a aussi eu pour effet de détourner l’attention d’un autre conflit, central pour les Européens, celui de l’invasion russe en Ukraine. « On voit bien que Volodymyr Zelensky est un peu frustré de cette situation », constate Pierre Vimont. Alors que Budapest bloque toujours le prêt européen de 90 milliards d'euros destiné à Kiev, « Il faut que les Européens restent attentifs à la situation en Ukraine », ajoute-t-il. À lire aussiMacron reçoit Zelensky à l'Élysée pour éviter que l'Ukraine soit éclipsée par l'Iran
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  • Arancha González Laya : «L’escalade est déjà là au Moyen-Orient»
    2026/03/06
    Cette semaine, nous recevons Arancha González Laya, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole et actuelle doyenne de la Paris School of International Affairs à Sciences Po. Elle revient sur le conflit au Moyen-Orient et le risque d’embrasement de la région ainsi que sur la brouille diplomatique entre les États-Unis et l’Espagne, seul pays européen à avoir ouvertement condamné les frappes américaines et israéliennes comme une violation du droit international. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël bombardent la République islamique d’Iran. De son côté, Téhéran lance des missiles contre des bases américains et contre les alliés de Washington dans la région. Ni prévenus, ni partie prenante, les Européens sont pris de court et craignent un embrasement du Moyen-Orient. « L’escalade est déjà là », estime Arancha González Laya, ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole. « L’Iran a décidé que la manière de se défendre était d’étendre le conflit à d’autres pays de la région. On est donc dans un conflit à dimension régionale avec des conséquences globales », dit-elle en référence au blocage du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution entraînant un ralentissement de l’économie mondiale. La doyenne de la Paris School of International affairs à Sciences Po Paris dénonce le « choix » de Washington et Tel-Aviv d’attaquer l’Iran « sans l’accord des alliés, notamment ceux de l’OTAN ». « Ce n’est pas une guerre de nécessité, dénonce Arancha González Laya. Il n’y avait pas une urgence ou un risque imminent qui demandait une riposte de la part des États-Unis et d’Israël. Et ce n'est pas non plus une intervention à caractère humanitaire car chaque jour qui passe, on voit bien les conséquences de cette guerre sur les populations civiles. » En Europe, les Vingt-sept sont partagés sur ces frappes. Pourtant, certains pays font partie du théâtre des opérations, à l’image de Chypre visée par des missiles iraniens lancés sur une base militaire britannique installée sur l’île. « L’Europe se retrouve à devoir réagir, mais elle réagit de manière prudente, en disant ne pas vouloir rentrer dans l’offensive, explique Arancha González Laya. Mais il est aussi clair qu’ils sont prêts à se défendre quand ils sont attaqués, d’où l’envoi par certains pays européens, y compris l’Espagne, de moyens militaires, surtout navals, en Méditerranée. » Seule l’Espagne condamne les bombardements et dénonce clairement une violation du droit international. Une position qui déplaît à Donald Trump et qui l’a fait savoir en s’en prenant vertement à Pedro Sanchez, lors d’un point presse en compagnie du chancelier allemand Friedrich Merz. « Ce n’est pas la première fois que le président des États-Unis a une posture dure vis-à-vis d’un leader européen », nuance l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, prenant en exemple les brouilles avec l’Ukraine, le Danemark ou le Royaume-Uni. « Les leaders de ces pays ont eu des postures non-alignées avec les intérêts des États-Unis, donc Donald Trump les menace d’embargo. Le langage de la force est le seul que comprend Trump. Là où il voit de la faiblesse, il s’acharne. C’est une leçon que nous avons apprise depuis son retour à la Maison Blanche et qu’il nous faut garder à l’esprit quand nous avons un sujet sur lequel nous ne voulons pas transiger. »
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