エピソード

  • Coupe du monde de football : un modèle économique durable ?
    2026/07/03
    La Coupe du monde de football 2026 s'impose comme une révolution économique et technologique : une pluie de milliards, de nouvelles sources de revenus, un nouveau modèle de sponsoring basé sur la tech et l'IA. Au final, un jackpot attendu par la FIFA et son président Gianni Infantino, ami personnel de Donald Trump qui attend lui-même un bénéfice de cet événement à l'approche des élections de mi-mandat et alors que les Etats-Unis célèbrent le 250ème anniversaire de leur indépendance. NOS INVITES - Mustafa Curlu — Directeur sport & international, BPI France - Aurélie Dyèvre — Directrice générale de Sporsora - Tancrède Thiellay — Consultant en stratégie, auteur d'une note pour Terra Nova sur la régulation du football - Thérèse Rebière — professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail aux Etats-Unis Les nouveaux horizons du sport business Directeur Sport & International de BPI France, Mustapha Curlu présente Sport Définition, événement annuel dédié aux industries sportives, dont c'est la troisième édition. Son constat : entre pratique sportive, fans et marques, une multitude d'entreprises et de secteurs coexistent sans vraiment se connaître. L'événement réunit stars du sport — Ciryl Gane, Violette Dorange, Antoine Dupont — et acteurs économiques pour décortiquer ces transformations. L'innovation y occupe une place centrale, de la data à l'expérience fan, en passant par la durabilité, avec des entreprises qui recyclent des matériaux pour fabriquer des équipements sportifs. BPI France y annonce une poche d'investissement de 50 millions d'euros pour accélérer le développement du sport business français, jugé trop lent malgré des atouts considérables. Mustapha Curlu évoque aussi les missions menées au Maroc, où près de 100 entreprises françaises ont été accompagnées pour se positionner sur les marchés liés à la Coupe du monde 2030. Le Mondial 2026, une Coupe du monde devenue plateforme 👉 Une révolution à 13 milliards Avec 48 équipes et 104 matchs — presque le double des éditions précédentes — la FIFA attend sur son cycle 2023-2026 près de 13 milliards de dollars de revenus, en hausse de 72 % par rapport au cycle d'avant. Le format s'inspire même du sport américain, avec ses pauses fraîcheur publicitaires et son show de mi-temps façon Super Bowl. « Un match de plus, c'est un produit de plus à vendre. Une équipe de plus, c'est un marché de plus à conquérir, une histoire de plus à raconter. » — Tancrède Thiellay 👉 La tech s'invite dans le vestiaire financier Le sponsoring classique — panneaux publicitaires et droits télé — ne suffit plus à financer une compétition passée de 64 à 104 matchs. Google, TikTok et YouTube sont devenus partenaires ; Lenovo a déployé 10 000 équipements et 200 ingénieurs pour la compétition. Le spectateur, lui, devient une source de données autant qu'une audience. « On voit même l'intelligence artificielle générative utilisée pour créer des résumés de match personnalisables en temps réel. » — Aurélie Dyèvre 👉 Sur le terrain, le business déborde du stade Thomas de Saint-Léger, envoyé spécial de RFI raconte comment Boston a été envahie par les supporters écossais : les publicités pour le tourisme fleurissaient déjà sur les écrans de la ville quelques jours après leur départ. Dans les parkings comme dans les tribunes, tout se monnaye — jusqu'aux places de stationnement chez les particuliers, revendues entre 80 et 150 dollars les jours de match. 👉 Une FIFA juge et partie ? Pour Tancrède Thiellay, le problème n'est pas l'absence de régulateurs — FIFA, UEFA, fédérations nationales existent déjà — mais l'absence d'un arbitre au-dessus d'eux, capable de défendre un bien commun du football que personne ne définit aujourd'hui. Sur 211 fédérations affiliées à la FIFA, l'immense majorité dépend de ses subventions. « La FIFA est à la fois juge et partie : elle écrit les règles, elle les fait appliquer, elle encaisse l'argent lié au marché du football. » — Tancrède Thiellet 👉 Conquérir l'Amérique, puis le Golfe et l'Afrique Devant des investisseurs en Floride, Gianni Infantino a chiffré le potentiel : le football pèse 300 milliards de dollars par an dans le monde, dont seulement 10 milliards aux États-Unis contre 70 % en Europe. Au-delà des États-Unis, la FIFA regarde vers le Golfe — Qatar 2022, Arabie Saoudite 2034 — et vers l'Afrique, où le talent abonde mais où l'exode des jeunes joueurs reste massif. « Il y a une sorte d'angle mort du football continental aujourd'hui en Afrique, puisqu'il y a un nombre de talents et des audiences qui sont vraiment massifs, mais qui aujourd'hui ne génèrent pas vraiment de croissance économique. » — Tancrède Thiellay 👉 L'héritage : peu d'infrastructures, beaucoup de CO2 Les villes hôtes ont financé les infrastructures, ...
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  • Afrique, le temps des possibles, épisode 1 : gouverner dans un monde brutal
    2026/07/11
    Dans un contexte mondial marqué par les rivalités géopolitiques, les guerres économiques et la remise en cause de la mondialisation, l'Afrique peut-elle construire un développement plus souverain, inclusif et durable ? Comment gouverner face au « tournant brutaliste » ? Nous vous proposons une série d'émissions « Afrique, le temps des possibles » qui réunit plusieurs grands intellectuels suite à la publication d'un livre blanc de 60 propositions coordonnées par l'historien Achille Mbembe. 💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien NOS INVITÉS Achille Mbembe – Philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), Directeur Général de la Fondation de l'innovation pour la démocratie, coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa Forward.Kako Nubukpo – Économiste togolais, professeur des universités, ancien commissaire de l'UEMOA chargé de l'Agriculture, des Ressources en eau et de l'Environnement, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob)Fatoumata Ngom – Analyste des politiques publiques à l'OCDE, écrivaine, ingénieure en informatique et diplômée en mathématiques financières, auteure de Le silence du totem (L'Harmattan). « Le modèle économique dominant est en crise » La première partie de l'émission dresse un diagnostic sans concession des mutations du monde. Les invités estiment que le modèle de développement hérité de la mondialisation ne répond plus aux défis actuels et que l'Afrique doit inventer de nouvelles trajectoires. 🎤 Achille Mbembe : « Le modèle économique dominant est en crise aujourd'hui et ne nous permet plus de faire ce saut civilisationnel. Nous assistons à un tournant brutaliste. » 🎤 Fatoumata Ngom : « Il est temps de mesurer le progrès au-delà du seul PIB. » « Peut-on développer une économie sans démocratie ? » Les échanges portent ensuite sur la qualité des institutions, la démocratie, les régimes autoritaires et les conditions d'une croissance durable. 🎤 Achille Mbembe : « Il faut contester l'idée selon laquelle l'autoritarisme serait plus efficace. » 🎤 Kako Nubukpo : « À long terme, il n'y a pas de succès possible sans institutions inclusives. » « Restaurer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants » Comment recréer un contrat social ? Les intervenants défendent une gouvernance davantage fondée sur la participation, la redevabilité et l'implication des citoyens. 🎤 Kako Nubukpo : « On ne peut pas demander aux marchés financiers l'autorisation de construire un hôpital. » 🎤 Fatoumata Ngom : « Les gouvernants doivent savoir qu'ils sont là pour le peuple, et pas pour eux-mêmes. » « Sortir du piège de l'extractivisme » L'Afrique reste indispensable à la transition énergétique mondiale mais continue de capter une faible part de la richesse créée à partir de ses ressources. 🎤 Achille Mbembe : « Les mutations économiques doivent être guidées par le soin des communautés et des institutions. » 🎤 Kako Nubukpo : « Le monde dépend de l'Afrique, mais cela produit surtout la primarisation de ses économies. » « Mieux répartir les richesses » Les invités analysent les conséquences économiques des inégalités, de la pauvreté et des flux financiers illicites. 🎤 Kako Nubukpo : « Les insécurités sont liées à une mauvaise redistribution de la richesse. » 🎤 Fatoumata Ngom : « L'Afrique perd davantage avec les flux financiers illicites qu'elle ne reçoit parfois en aide au développement. » « Compter d'abord sur les ressources africaines » Le débat s'intéresse ensuite au financement du développement, aux capacités d'épargne du continent et au rôle de l'aide internationale. 🎤 Achille Mbembe : « L'Afrique dispose des ressources nécessaires. Il faut les mobiliser au service du continent. » 🎤 Fatoumata Ngom : « L'objectif de l'aide au développement est que plus aucun pays n'en dépende durablement. » « Repenser les relations entre l'Afrique et le reste du monde » Les échanges se concluent sur les rapports entre l'Afrique, la France et les anciennes puissances coloniales, ainsi que sur les nouvelles formes de coopération internationale. 🎤 Achille Mbembe : « La relation entre la France et l'Afrique doit reposer sur le principe de la juste distance. » 🎤 Kako Nubukpo : « L'enjeu est de passer d'une dépendance subie à des interdépendances choisies. » « La force des sociétés » En conclusion, les trois invités convergent sur une idée centrale : le développement du continent ne pourra venir uniquement des capitaux, des institutions internationales ou des grandes puissances. Il reposera d'abord sur les citoyens, les territoires, les savoirs, les initiatives locales et la capacité des sociétés africaines à ...
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    48 分
  • Afrique, le temps des possibles, épisode 2 : un avenir économique pour la jeunesse
    2026/07/18
    C'est le deuxième épisode de la série « Afrique, le temps des possibles ». Continent le plus jeune du monde, l'Afrique verra un jeune sur trois de la planète y vivre d'ici 2050. L'historien Achille Mbembe, l'économiste Kako Nubukpo, les entrepreneurs Matina Razafimahefa et Mamby Laye Diomandé débattent de formation, d'emploi, de numérique, d'intelligence artificielle et d'industries créatives pour transformer ce dividende démographique en véritable moteur de développement pour le continent. 💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien NOS INVITÉS Achille Mbembe – philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa ForwardKako Nubukpo – économiste togolais, professeur des universités, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob)Matina Razafimahefa – cofondatrice de Sayna, plateforme de formation aux métiers du numérique et à l'employabilitéMamby Laye Diomandé, fondateur et commissaire général du Salon des Industries musicales francophones (SIMA). « Le dividende démographique : espérance ou crise ? » Face à l'explosion démographique de sa jeunesse, l'Afrique doit transformer un potentiel encore incertain en véritable levier de développement. 🎤 Kako Nubukpo : « Nous attendons pour les 40 prochaines années 600 millions de jeunes Africains sur le marché du travail, à raison de 15 millions par an. Tant que nous n'allons pas transformer la matière première, on aura du mal à les absorber. » 🎤 Matina Razafimahefa : « On parle de dividende démographique comme d'un chèque qu'on attendrait d'encaisser. Mais il ne se décrète pas, il se construit compétence par compétence, mission par mission. » « Emploi informel et inadéquation des formations » Entre chômage officiel, travail informel et systèmes éducatifs déconnectés du marché, l'insertion professionnelle des jeunes reste un défi majeur. 🎤 Achille Mbembe : « Beaucoup de gens sont au travail dans ce que l'on appelle l'informel. Ces besoins ne sont pas pris en charge par l'économie formelle. » 🎤 Matina Razafimahefa : « La migration ce n'est pas une pathologie, c'est la réponse rationnelle d'un jeune face à un système qui ne lui offre pas d'autres chemins. » « Numérique, intelligence artificielle et industries créatives » Portée par le numérique et l'intelligence artificielle, la jeunesse africaine invente déjà de nouveaux modèles économiques et culturels. 🎤 Mamby Diomandé : « Il est important de pouvoir fournir de la data à l'État […] qui justifie des investissements sur les industries culturelles et créatives. » 🎤 Matina Razafimahefa : « Il y a 650 millions d'emplois qui vont nécessiter des compétences numériques d'ici 2030. […] Nous ne sommes plus à la recherche d'un job, nous avons des compétences à monétiser. » 🎤 Achille Mbembe : « Sans ces éléments-là [littérature, musique, peinture, théâtre], il est impossible de donner sens à ce que l'on fait. […] Il faut les considérer dans ce sens plénier et pas les réduire à des marchandises. » « Quel avenir laisser à la jeunesse ? » Au-delà des trajectoires individuelles, c'est la solidarité et l'action collective qui, selon les intervenants, façonneront l'avenir du continent. 🎤 Achille Mbembe : « L'avenir du continent africain, il est entre nos mains. […] Les forces endogènes transformeront le continent davantage que les forces exogènes. » 🎤 Kako Nubukpo : « La réussite d'un continent ne peut pas être la somme des réussites individuelles. […] Ce qui fonde l'Afrique, c'est la solidarité. » Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.
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  • Afrique, le temps des possibles, épisode 3: financer le développement sans l'aide étrangère
    2026/07/25
    Troisième volet de notre série « Afrique, le temps des possibles » : comment les économies africaines peuvent-elles se financer sans dépendre systématiquement des aides extérieures ? Le banquier d'affaires Lionel Zinsou, l'économiste Kako Nubukpo et le juriste Benjamin Allahamne Minda croisent leurs regards sur la dette, la monnaie, l'intégration régionale et les droits de douane américains pour dessiner les voies d'un financement plus endogène du continent. 💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien. Nos invités Lionel Zinsou — banquier d'affaires et financier, ancien Premier ministre du Bénin. Il siège aujourd'hui dans plusieurs conseils d'administration de groupes en Afrique, notamment celui de Shelter Afrique, institution panafricaine dédiée au financement du logement social.Kako Nubukpo — économiste togolais.Benjamin Allahamne Minda — chercheur en droit international, chargé d'enseignement à l'université de Lyon et à l'Institut catholique de Paris. Auteur de l'ouvrage La coopération intra-africaine, un essai sur la Zlecaf (éditions L'Harmattan). Le déficit chronique de financement des économies africaines Les finances publiques africaines souffrent d'un rendement fiscal trop faible et d'une base productive étroite, tandis que le crédit disponible pour les ménages et les entreprises reste très inférieur à celui des pays avancés. 🎤 Lionel Zinsou : « On n'a que 15% de prélèvements obligatoires, contre plus de 50% en France, on n'est pas capable d'éduquer, d'assurer la santé et de lutter contre la pauvreté avec ça. » 🎤 Kako Nubukpo : « Le ratio crédit sur PIB aux États-Unis frôle les 300%, et il y a un enjeu d'intermédiation financière : les banques ont des ressources courtes qu'elles peinent à transformer en emplois longs. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « On n'arrive pas à investir sur les PME, malgré l'existence d'institutions de garantie comme le Fonds africain de garantie, le Faga. » La dette africaine : outil nécessaire ou risque systémique ? Face à des déficits publics structurels, la dette est jugée indispensable au financement du développement, mais elle absorbe une part croissante des recettes fiscales de plusieurs pays. 🎤 Lionel Zinsou : « C'est les deux en fait… mais il ne faut pas que les pays en situation critique fassent oublier qu'il y en a quarante qui n'ont absolument pas ce problème. » 🎤 Kako Nubukpo : « Le ratio service de la dette sur recettes totales est de 54%, ce qui veut dire que plus de la moitié de nos recettes va au remboursement de la dette. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Le problème de la dette, c'est aussi qu'elle ne répond pas aux bons besoins du développement, elle est souvent utilisée pour financer la sécurité plutôt que la production. » Architecture financière internationale et avenir de l'aide au développement Avec le tarissement de l'aide publique, notamment depuis le retour de Donald Trump, les intervenants plaident pour une mobilisation accrue de l'épargne domestique et un « multilatéralisme équitable » plutôt qu'une rupture totale avec les partenaires extérieurs. 🎤 Lionel Zinsou : « L'aide publique au développement, c'est seulement 2 à 3% du PIB du continent ; passer de 15 à 18% de recettes fiscales sur dix ans, ce n'est pas quelque chose d'impossible. » 🎤 Kako Nubukpo : « Il faut qu'on co-construise les chemins de la prospérité africaine à partir des fondamentaux africains, pas de ce qui est imaginé depuis Pékin, Washington ou Moscou. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « L'aide au développement a créé des dépendances structurelles devenues évidentes lorsque Donald Trump a annoncé le gel de certaines aides américaines. » La question monétaire et l'avenir du franc CFA Entre dépendance perçue au dollar, montée possible du yuan et débat sur la garantie française du franc CFA, la souveraineté monétaire du continent reste un sujet éminemment politique. 🎤 Lionel Zinsou : « La dépendance au dollar, c'est un thème populiste ; on a simplement besoin d'un numéraire international, et le marché le plus profond est aujourd'hui en dollars. » 🎤 Kako Nubukpo : « Il y a une décision du Conseil de l'Union européenne selon laquelle toute modification substantielle du fonctionnement de la zone franc nécessite désormais l'aval de Bruxelles. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Sur la question monétaire, qui reste toujours d'actualité, on est face à l'un des éléments les plus inachevés de la souveraineté internationale des pays africains. » Intégration régionale, ZLECAf et fragmentation des économies La multiplicité des frontières, des monnaies et des barrières non tarifaires freine le commerce intra-africain, malgré les espoirs portés par la Zone de libre-échange continentale africaine. 🎤 Lionel Zinsou : « Imaginez que la France ait quarante monnaies : c'est autant de...
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    48 分
  • Dette sénégalaise : comment éviter une catastrophe - Abdoulaye Ndiaye, économiste
    2026/06/26
    Abdoulaye Ndiaye, économiste sénégalais et professeur à la Stern School of Business de l'Université de New York (États-Unis) est le grand invité de l'émission économie RFI Jeune Afrique. Premier lauréat du prix Africa NextGen Economist, il décrypte sans détour les grands défis économiques de l'Afrique et du Sénégal : crise de la dette, déficits de financement, enjeux fiscaux, emploi des jeunes, développement de l’IA. Un entretien sans concession animé par Bruno Faure et Aurélie M’Bida. 👉Découvrez l'émission enrichie en vidéo en cliquant sur ce lien Une nouvelle réalité géoéconomique pour l’Afrique Face à la montée des tensions entre les grandes puissances, l’Afrique ne peut plus compter sur les mêmes flux d’aide au développement qu’auparavant. Pour Abdoulaye Ndiaye, le continent doit désormais s’appuyer davantage sur ses propres ressources, tout en multipliant les partenariats économiques. L’économiste appelle à sortir des logiques d’alignement idéologique pour privilégier des relations de coopération fondées sur les intérêts économiques. « La position de force de l’Afrique, ce n’est pas de clamer la souveraineté, c’est de pouvoir substituer un partenaire à un autre. » Selon lui, l’enjeu est de faire jouer la concurrence entre les partenaires internationaux afin d’obtenir de meilleures conditions de financement et d’investissement. « La priorité pour toutes les économies africaines, c’est une croissance soutenable et durable de 10% sur une génération. » Finances publiques : le défi de la mobilisation des ressources L’Afrique souffre d’un déficit chronique de ressources fiscales et de financement du développement. Mais pour Abdoulaye Ndiaye, la question n’est pas seulement le niveau des impôts collectés, mais l’efficacité des administrations fiscales. Il souligne que les pays développés collectent des centaines de dollars de recettes pour chaque dollar dépensé dans l’administration fiscale, quand de nombreux pays africains restent très en retrait. L’amélioration de la collecte passe par des réformes de long terme : digitalisation, prélèvement à la source, élargissement de l’assiette fiscale et intégration progressive du secteur informel. « Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on change la productivité de la collecte fiscale, mais il y a des réformes progressives à faire. » Dette publique : emprunter pour investir, pas pour consommer Pour l’économiste, le principal problème de nombreuses économies africaines réside dans l’usage de la dette. Trop souvent, les emprunts servent à financer des dépenses de consommation ou des subventions, sans générer suffisamment de croissance pour assurer leur remboursement. « Même si le Sénégal résout son problème de la dette aujourd’hui, dans vingt ou vingt-cinq ans, il peut se retrouver dans une nouvelle crise de la dette liée au fait qu’on s’endette pour consommer. » Abdoulaye Ndiaye défend une gestion plus sélective de l’endettement : réserver la dette de marché aux fonctions régaliennes et utiliser les financements concessionnels pour l’éducation et la santé, qu’il considère comme de véritables investissements. L’emploi des jeunes, l’urgence absolue du continent Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Pour Abdoulaye Ndiaye, cette réalité démographique doit être considérée comme une priorité politique absolue. « L'emploi des jeunes doit être une urgence pour tous les décideurs africains. » L’économiste estime que l’Afrique ne pourra absorber cette vague de nouveaux actifs sans une véritable stratégie d’industrialisation. Le continent a besoin de grandes entreprises capables d’employer des milliers de personnes, et non uniquement de petites structures ou de start-up. « Il nous faut des entreprises qui peuvent employer 20 000 personnes à la fois. Il nous en faudrait cent comme Dangote » Selon lui, le rôle des États n’est pas de créer eux-mêmes les industries, mais de lever les obstacles qui empêchent leur émergence : coût de l’énergie, accès au foncier, lourdeurs administratives ou manque de compétences. Sénégal : une crise budgétaire et une crise de confiance Concernant son pays, Abdoulaye Ndiaye parle clairement d’une crise budgétaire, aggravée par les tensions politiques et la dégradation de la perception du Sénégal auprès des investisseurs. Le pays doit, selon lui, restaurer la transparence sur sa dette et retrouver une trajectoire de croissance durable. « La destination Sénégal n’est plus ce qu’elle était avant. » Pour autant, il estime que le pays dispose encore d’atouts importants et que les nouvelles autorités ont pris la mesure de la gravité de la situation. « Il est essentiel que la croissance inclusive soit restaurée au plus tôt. » Restructuration de la dette...
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  • Investir malgré les crises : du Moyen-Orient à l'Afrique, les nouvelles routes du commerce mondial
    2026/06/19
    Corridors économiques, nouvelles routes maritimes, investissements innovants, diversification vers l'Afrique : malgré les tensions géopolitiques, les entreprises continuent d'investir. Dans l'attente de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient, décideurs économiques et chefs d'entreprise expliquent comment ils s'adaptent à un monde où la géographie redevient un facteur stratégique majeur. Le Moyen-Orient, entre attractivité économique et instabilité géopolitique Depuis plusieurs décennies, le Moyen-Orient s'est imposé comme une région incontournable pour le commerce mondial. Les États du Golfe investissent massivement dans les infrastructures, la logistique, l'énergie, les technologies et les services financiers. Mais la région demeure exposée aux tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part considérable des exportations mondiales d'hydrocarbures. Malgré ces incertitudes, les investisseurs continuent de croire au potentiel de la région. Pour Khalifah Al Yaqout, avocat d'affaires koweïtien, associé gérant du cabinet Al-Yaqout & Al-Fouzan Legal Group, la priorité reste avant tout la stabilité. Rencontré à l'occasion de l'événement Vision Golfe 2026 organisé par Business France à Paris, il indique que les pays du Moyen-Orient continueront à attirer les compétences internationales et les investissements tant qu'ils préserveront un environnement stable et prévisible. Gérard Mestrallet et le pari du corridor Inde–Moyen-Orient–Europe Ancien dirigeant d'Engie et de GDF Suez, Gérard Mestrallet pilote aujourd'hui pour la France le projet IMEC (India-Middle East-Europe Economic Corridor), lancé lors du sommet du G20 en 2023. L'objectif est ambitieux : relier l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe grâce à un vaste réseau combinant infrastructures portuaires, ferroviaires, énergétiques et numériques. À l'origine, le corridor reposait sur un itinéraire unique reliant Mumbai à Marseille via les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et Israël. Mais les crises récentes ont conduit les promoteurs du projet à revoir leur copie. Gérard Mestrallet explique que le corridor s'appuie désormais sur plusieurs routes alternatives afin de limiter les risques liés aux conflits ou aux accidents logistiques. Des ports en Égypte, au Liban et à Oman pourraient ainsi compléter les infrastructures initialement prévues. L'Égypte, le Maroc et plusieurs ports méditerranéens pourraient devenir des points d'entrée stratégiques dans ce nouvel écosystème logistique. Des projets de câbles sous-marins numériques sont également envisagés. Les entreprises françaises regardent désormais vers l'Afrique L'émission donne ensuite la parole à plusieurs entreprises confrontées aux conséquences concrètes des tensions géopolitiques. C'est le cas de Petroseal, société normande spécialisée dans le colmatage de fuites sur installations industrielles à haute pression. Sa directrice opérationnelle Emmanuelle Mayor explique que l'entreprise continue de travailler dans le Golfe mais accélère désormais son développement en Afrique notamment au Nigeria, en Libye, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Ces pays cherchent à augmenter rapidement leurs capacités de production de pétrole et de gaz, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les entreprises de services industrielles. Pour les acteurs de la logistique internationale, la réorientation progressive des flux maritimes vers l'Afrique constitue une tendance de fond. Le contournement de certaines zones à risque favorise de nouvelles connexions avec les ports africains. Le Havre bénéficie notamment de l'intensification des échanges avec l'Afrique de l'Ouest. Le développement du « nearshoring », qui consiste à rapprocher les chaînes d'approvisionnement des marchés finaux, renforce également cette dynamique. Le Havre, carrefour stratégique des échanges mondiaux L'émission se poursuit dans le port du Havre, premier port français pour le commerce maritime international. Kris Danaradjou, directeur général adjoint d'Haropa Port, responsable du développement rappelle que la plateforme traite environ 85 millions de tonnes de marchandises chaque année et plus de trois millions de conteneurs. Malgré les perturbations géopolitiques, les routes commerciales se réorganisent : diversification des fournisseurs énergétiques ;développement de nouvelles escales ;adaptation des chaînes logistiques ;recours à des itinéraires alternatifs. Ludivine Bayon, déléguée générale de l'Union maritime et portuaire du Havre, présente les investissements réalisés sur Port 2000. Le site accueille certains des plus grands porte-conteneurs du monde et bénéficie d'un accès maritime permanent. Les opérateurs portuaires visent désormais six millions de conteneurs par an à l'horizon 2030, soit quasiment le double du trafic actuel. ...
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  • Mondialisation : qui profite de la fragmentation de l'économie mondiale?
    2026/06/12
    Pendant plusieurs décennies, la mondialisation a été le moteur principal de l’expansion économique mondiale. Fondée sur la baisse des barrières commerciales, l’essor des chaînes de valeur internationales et la circulation croissante des capitaux, elle a profondément transformé les économies et les sociétés. Pourtant, depuis la crise financière de 2008, puis les chocs du Covid-19, de la guerre en Ukraine et des tensions sino-américaines, ce modèle semble entrer dans une nouvelle phase. NOS INVITÉS Elvire Fabry, directrice du programme Commerce et sécurité économique à l'Institut Jacques Delors et Rapporteure du groupe de travail sur les relations entre l’Union européenne et la Chine. Son expertise : Commerce internationalSouveraineté économique européenneRelations commerciales UE-ChineRéorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales Christophe Rodrigues, professeur d’économie et de sciences sociales en classes préparatoires et à l’École normale supérieure de Lyon. Son expertise : MondialisationGouvernance économique mondialeHistoire économiquePolitiques industrielles Il est co-auteur de l’ouvrage La mondialisation fragmentée, Comprendre les mutations de l’économie mondiale (DBS). Eric Keslassy, professeur d’économie et de sciences sociales à LPA. Son expertise : Sociologie économiqueInégalitésConséquences sociales de la mondialisationRelations entre économie et politique Pauline Pic, titulaire de la Chaire de géopolitique des mers et des océans à l’Université du Québec à Rimouski. Son expertise : Géopolitique maritimeRoutes commerciales mondialesEnjeux stratégiques des océansRessources marines et transition énergétique Les grandes thématiques abordées 1. La mondialisation : une histoire ancienne Les intervenants rappellent que la mondialisation ne date pas des années 1990. Une première phase d’intégration économique existe déjà à la fin du XIXᵉ siècle, avec l’intensification des échanges commerciaux et financiers entre les grandes puissances. Les économistes soulignent qu’il existe depuis toujours une tension entre deux réalités : les bénéfices de l’ouverture économiquela crainte d’une perte de souveraineté des États Cette opposition traverse toute l’histoire économique moderne. 2. L’âge d’or de l’hypermondialisation Les années 1990-2007 constituent ce que l’économiste Dani Rodrik appelle « l’hyperglobalisation ». Cette période est marquée par : l’ouverture massive des marchésl’explosion des chaînes de valeur mondialesla montée en puissance des multinationalesla globalisation financière L’entrée de la Chine dans l’économie mondiale accélère fortement ce mouvement. Les entreprises délocalisent leur production pour réduire les coûts et les échanges internationaux atteignent des niveaux inédits. 3. La crise de 2008 : un tournant majeur Pour Christophe Rodrigues et Eric Keslassy, la crise financière de 2008 marque le début d’une nouvelle époque. Elle révèle plusieurs faiblesses : des inégalités croissantesune gouvernance mondiale insuffisanteune dépendance excessive à certains marchésune défiance grandissante envers la mondialisation Les intervenants considèrent que les difficultés actuelles ne sont pas nées avec Donald Trump mais s’inscrivent dans une tendance plus ancienne de repli économique et politique. 4. Les États-Unis remettent en cause le modèle L’émission revient longuement sur la politique commerciale américaine. Selon l’administration Trump, la mondialisation aurait : affaibli l’industrie américainedétruit des emplois industrielsrenforcé la dépendance envers la Chine Les invités nuancent fortement cette analyse. Ils rappellent que les États-Unis restent parmi les grands gagnants de la mondialisation, notamment dans les services et les technologies. Ils soulignent également que les droits de douane pénalisent souvent les entreprises et consommateurs américains eux-mêmes. 5. La Chine, grande gagnante de la mondialisation La Chine apparaît comme le pays ayant le mieux profité de l’ouverture des marchés mondiaux. Les intervenants expliquent qu’elle est passée : d’une économie à bas coûts ;à une puissance technologique de premier plan. Aujourd’hui, elle domine de nombreux secteurs industriels : batteriesvéhicules électriquespanneaux solairesterres raresraffinage de minerais stratégiques La Chine représente déjà plus du tiers de la production manufacturière mondiale et pourrait encore accroître son poids dans les prochaines années. 6. Une mondialisation qui se réorganise Pour Elvire Fabry, il n’y a pas de véritable démondialisation. Les flux commerciaux continuent d’exister mais changent de forme. Les entreprises cherchent désormais : à diversifier leurs fournisseursà sécuriser leurs approvisionnementsà réduire certains risques géopolitiques Des concepts comme : ...
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  • Dette française : faut-il vraiment en avoir peur?
    2026/06/05
    La dette publique française dépasse 115% du PIB et alimente un débat permanent entre politiques, économistes et citoyens. Faut-il s'en inquiéter ? Peut-on continuer à emprunter ? Quels sont les risques réels pour l'avenir ? Nous avons réuni deux expertes aux approches complémentaires : la journaliste économique Philippine Robert et l'économiste Dorothée Rouzet analysent les causes de cet endettement, les contraintes européennes, le rôle des marchés financiers et les défis économiques à venir. NOS INVITÉES 🎙️ Dorothée Rouzet est cheffe économiste à la Direction générale du Trésor français. Cette administration rattachée au ministère de l'Économie produit des analyses économiques, élabore des prévisions et conseille les pouvoirs publics sur les politiques économiques. Elle adopte une approche rigoureuse et pédagogique. Son analyse repose sur les mécanismes économiques de long terme : soutenabilité de la dette, croissance, emploi, attractivité du territoire, investissements publics et stabilité financière. Pour elle, la dette n'est pas un problème en soi. Tout dépend de son utilisation. Elle rappelle qu'un État peut s'endetter pour investir ou pour amortir une crise, mais qu'il doit ensuite retrouver une trajectoire soutenable. 💬 « On peut s'endetter aujourd'hui et laisser aussi un plus gros gâteau à la prochaine génération. La difficulté aujourd'hui, c'est qu'une partie de la dette finance les dépenses courantes et notamment sociales. » Son intervention met également en avant plusieurs atouts de l'économie française : une démographie relativement dynamique, une économie diversifiée, une forte capacité à lever l'impôt, une énergie largement décarbonée et une attractivité toujours importante pour les investisseurs étrangers. 💬 « La dette française est valorisée parce qu'elle est de bonne qualité et très liquide. » Dorothée Rouzet insiste enfin sur la nécessité d'investir dans des investissements productifs ou pour la transition écologique. 💬 « Le plus facile à couper, c'est l'investissement. Mais c'est le plus idiot aussi. » 🎙️ Philippine Robert est journaliste spécialisée en économie à l'hebdomadaire Le Point. Elle est également l'auteure du livre Faut-il avoir peur de la dette ? Enquête sur un débat qui déchaîne les passions, publié aux éditions du Rocher. Son intervention se concentre davantage sur les dimensions politiques, historiques et sociologiques de la dette publique. 💬 « Aujourd'hui, en France, le sujet de la dette est très instrumentalisé politiquement. » Elle explique pourquoi cette question provoque autant de tensions dans le débat public et comment elle est régulièrement instrumentalisée par les responsables politiques. Selon elle, la dette est devenue un sujet émotionnel qui cristallise les oppositions entre générations, catégories sociales et sensibilités politiques. Elle souligne également que la France a manqué plusieurs occasions de réformer durablement ses finances publiques pendant les années de taux d'intérêt très faibles. 💬 « Très peu de gouvernements français ont eu une bonne gestion des finances publiques. Les réformes structurelles qui auraient permis de ne pas être dans cette situation-là n'ont jamais été faites. On a loupé la fenêtre d'opportunité. » CE QU'IL FAUT RETENIR DE L'ÉMISSION Nos deux invitées s'accordent sur un point essentiel : la dette n'est pas nécessairement mauvaise. Elle peut même être utile lorsqu'elle finance ou lorsqu'elle permet de protéger l'économie pendant une crise. En revanche, elles considèrent que la situation française devient préoccupante parce qu'une partie importante de la dette sert désormais à financer des dépenses courantes plutôt que des investissements d'avenir. L'émission montre également que la question de la dette ne peut être séparée de nombreux autres enjeux : la croissance économique, l'emploi, le vieillissement démographique, les dépenses sociales, la compétitivité, l'attractivité internationale, les relations avec les partenaires européens. NOTRE ENTRETIEN VIDÉO Alors que la France revoit apparaître le spectre des fermetures d'entreprises, du chômage et des licenciements, nous avons reçu l'avocat en droit du Travail Avi Bitton, auteur d'une web-série pour défendre les intérêts des cadres supérieurs. Découvrez la vidéo en cliquant ici. 💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musicaux : Annie Lalalove / Donne moi Charles Trenet / Paie tes dettes.
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