Près de 100 milliards de burgers consommés chaque année dans le monde : derrière ce sandwich devenu universel se cache une véritable industrie mondialisée. Viande, blé, énergie, transport, livraison : tous les ingrédients subissent les tensions économiques et géopolitiques. Entre inflation, nouvelles habitudes alimentaires et adaptation aux goûts locaux, enquête sur les ressorts d'un marché qui pèse lourd. Le prix des burgers est devenu un sujet de campagne pour les mid-terms aux Etats-Unis. NOS INVITÉS Maria Bertoch, directrice de la branche New Business Food Services chez Circana, société d'études de marché, spécialiste des comportements de consommation et du marché de la restauration rapide. Sébastien Abis, directeur du Club DEMETER et chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Spécialiste des questions agricoles, alimentaires et géopolitiques. Découvrer le rapport DEMETER 2026 ici Le burger, un marché mondial Le burger est devenu un incontournable de la restauration mondiale. Rien qu'en Europe, sur ces cinq grands marchés (France, Allemagne, Espagne, Italie et Royaume-Uni), il représente 41 milliards d'euros et 4,8 milliards de visites. Malgré un recul de la fréquentation globale de la restauration, le segment du fast-food burger continue de progresser. Le profil des consommateurs évolue également. Si les jeunes adultes et les familles restent les principaux clients, les générations plus âgées fréquentent de plus en plus les enseignes spécialisées. La montée en gamme : le burger devient un produit gastronomique Face aux grandes chaînes internationales, de nouveaux restaurateurs misent sur la qualité des ingrédients, la créativité des recettes et la personnalisation. Le smash burger et les burgers gastronomiques séduisent notamment une clientèle jeune, en quête de produits différenciants. Christopher, cofondateur de Madison Smash Burger à Saragosse, explique : « Les consommateurs sont toujours plus exigeants. Ils recherchent des produits de qualité. » Thomas Gomez, organisateur en France des Champions Burger, observe lui aussi cette évolution : « L'idée, c'est vraiment de mettre en avant le burger comme un produit gourmet et véritablement le faire sortir un peu de la représentation qu'on peut en avoir dans le fast-food. » Mais cette montée en gamme a un prix. Entre la viande, le pain, les emballages et la logistique, les coûts augmentent et les restaurateurs doivent arbitrer entre qualité, marges et accessibilité. Inflation : jusqu'où les consommateurs peuvent-ils payer leur burger ? Aux États-Unis comme en Europe, la hausse du prix des matières premières pèse sur les consommateurs et les restaurateurs. Aux États-Unis, le prix du bœuf a particulièrement augmenté, notamment en raison de la diminution des troupeaux et des conséquences de la sécheresse. Le correspondant de RFI à Los Angeles, Loïc Pialat, rapporte que certains menus dans les grandes chaînes américaines approchent désormais les 18 dollars, contre moins de 10 dollars quelques années auparavant. Maria Bertoch identifie plusieurs seuils psychologiques : « À partir d'à peu près 15 €, les consommateurs ne voient plus tellement la valeur de fast-food. » Pour les ménages les plus modestes, le décrochage peut intervenir dès que le burger dépasse les 10 euros. Les enseignes multiplient donc les promotions et les menus à prix cassés pour conserver leur clientèle. Les prix alimentaires, enjeu majeur pour Donald Trump lors des mid-terms aux USA À l'occasion des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, l’enjeu est considérable pour Donald Trump. Ces élections, qui renouvellent l’ensemble de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, constituent un test national pour sa présidence et pour sa politique économique. Le pouvoir d’achat, le coût de l’alimentation et le prix des dépenses quotidiennes figurent parmi les sujets susceptibles de peser dans le débat électoral : le burger, produit emblématique de la consommation américaine, devient ainsi un révélateur très concret des préoccupations des ménages. Livraison et dark kitchens : la nouvelle économie du burger La digitalisation transforme profondément la restauration rapide. Bornes de commande, applications, drive et livraison à domicile sont devenus des éléments essentiels du modèle économique. Maria Bertoch souligne que la livraison progresse de 5 % sur douze mois en Europe. Le drive représente quant à lui 15 % du trafic du fast-food burger sur les cinq grands marchés européens. Mais ce modèle a aussi ses perdants. Le reportage de Marguerite Lecas dans une dark kitchen de la région parisienne met en évidence les commissions des plateformes, qui peuvent atteindre 25 à 33 % selon le responsable interrogé. Pour les clients, les frais s'accumulent. Pour les livreurs, la rémunération par course ...
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