Mithra ou la mémoire invisible du lien
Dans ce cinquième épisode des Chats persans, Lilas et Sina remontent le fil d’une question aussi fascinante qu’inattendue : d’où vient cette importance si particulière accordée, dans la culture iranienne, au lien, à la parole donnée et à la fidélité relationnelle ?
Pour y répondre, ils nous entraînent à la découverte de Mithra, l’une des plus anciennes figures du monde indo-iranien. Bien avant d’être associé à la lumière ou au soleil, Mithra est d’abord le gardien du pacte, du serment et de la confiance. Une divinité singulière qui ne règne ni sur les éléments ni sur la guerre, mais sur ce qui permet aux êtres humains de vivre ensemble : la parole tenue.
« Mithra n’est pas une figure émotionnelle. C’est une structure relationnelle incarnée. »
Au fil de leur conversation, Lilas et Sina explorent les origines de ce dieu méconnu, depuis les textes védiques de l’Inde ancienne jusqu’à l’Avesta iranien. Ils montrent comment son nom a traversé les siècles pour devenir mehr en persan moderne : l’amour, l’affection, la bienveillance. Un étonnant voyage sémantique qui conduit du contrat à l’amitié, puis de l’amitié à l’amour.
Dans l’univers intellectuel iranien ancien, Mithra veille sur les engagements humains. Doté symboliquement de « mille oreilles et dix mille yeux », il observe les promesses qui unissent les hommes entre eux. Car dans cette vision du monde, le mensonge n’est pas seulement une faute morale : il menace l’équilibre même de la société.
« Mithra veille moins sur les consciences intérieures que sur les relations qui unissent les êtres entre eux. »
L’épisode retrace également l’évolution historique de cette figure à travers les empires iraniens, où Mithra devient progressivement le garant symbolique de la légitimité du pouvoir. Il revient aussi sur le célèbre mithraïsme romain, longtemps considéré comme l’héritier direct du dieu iranien, avant que les recherches récentes ne viennent nuancer cette interprétation.
Mais au-delà de l’histoire religieuse, ce qui intéresse surtout Lilas et Sina est ce que Mithra révèle de la civilisation iranienne elle-même. Car derrière cette ancienne divinité se dessine une intuition qui semble avoir traversé les millénaires : une société ne tient pas seulement par ses lois ou ses institutions, mais aussi par la qualité invisible des liens qui l’unissent.
À travers le târof, l’āberu et les subtilités des relations sociales iraniennes, ils interrogent la permanence de cette logique culturelle, où la relation compte parfois davantage que la simple déclaration.
« La relation est plus importante que la déclaration. »
Et si Mithra n’avait jamais totalement disparu ? S’il avait simplement quitté les temples pour survivre dans certaines façons de parler, d’accueillir, d’insister ou de maintenir le lien ?
« Parce que les dieux ne disparaissent pas toujours. Ils survivent parfois dans notre façon d’habiter le monde. »
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