エピソード

  • Moscou 2026 : beaucoup de bruit, peu de roubles
    2026/10/31
    Moscou a déroulé le tapis rouge pour l'Afrique, cartes bancaires prépayées à l'appui. Bilan officiel mirobolant, 146 accords annoncés. Mais derrière la vitrine, une question : où est l'argent ? Newton Ahmed BARRY vous faites les comptes du 3e sommet Russie-Afrique. Le troisième sommet Russie-Afrique s'est achevé sur une note de satisfaction générale. La Russie se constitue sa cour africaine pour mieux se poser en puissance internationale. Le Kremlin renvoie à l'Élysée les images de ses anciennes heures de gloire. La tutelle change, mais grosso modo, le modus operandi reste intact. Celui de la Françafrique. L'hôte du sommet et à ses côtés, le président en exercice de l'Union africaine, plus en faire-valoir qu'en véritable co-président. Comme on dit : celui qui paie dicte le menu. Et c'est la Russie qui a payé rubis sur l'ongle. À l'arrivée, la majorité des chefs de délégation ont reçu une carte bancaire prépayée, pour payer l'hôtel, le transport, les restos du forum. Le paiement, justement, un des désagréments du séjour moscovite Depuis 2022, la Russie est exclue de SWIFT. Les cartes Visa et Mastercard étrangères ne passent plus à Moscou. Les Africains qui vont en Russie doivent venir avec du cash. Ou, pour les happy few - Sud-Africains, Égyptiens, Marocains - avec une carte UnionPay chinoise. À lire aussiÀ Moscou, le sommet Russie-Afrique sous le signe de la coopération militaire Le modèle alternatif que la Russie essaie de pousser avec les BRICS – (SPFS - CIPS chinois ) - ne prend pas. Même dans son pré carré AES et Centrafrique. Et pour une raison simple. En dehors des Kalachs et des chars qu'elle leur vend, la Russie leur achète peu. Les chiffres sont têtus : moins de 1% des Investissement Directs Etrangers entrants en Afrique, moins de 2% du commerce ouest-africain. Pour l'instant, les Africains vont tous les deux ans écouter Poutine parler, et gardent soigneusement leur portefeuille SWIFT. Moscou commence quand même à prendre le pli de ces sommets Le bilan publié à chaud par Roscongress, l'organisateur officiel, est mirobolant : 92 accords, 54 mémorandums et le Plan d'action 2027-2029 en 19 domaines. Les Russes vendent du volume. Les Africains, eux, instruits par l'expérience, ont répété le même mot : « passer de la planification à la mise en œuvre », avec financement, calendrier et évaluation. C'est la substance des messages du Burundais Ndayishimiye, président de l'UA, de Tshisekedi, de Sassou et d'Azali Assoumani. C'est l'aveu que Sotchi 2019 et Saint-Pétersbourg 2023 n'ont pas débouché sur grand-chose. La guerre en Ukraine et les sanctions vident les caisses de Moscou, elles ne vont pas les remplir en Afrique. L'accord entre la banque de l'AES et la banque russe VEB, c'est inédit, malgré tout ? Sur le papier, c'est inédit. Dans les faits, c'est un accord-cadre : pas de montant, pas de calendrier. La BCID-AES cherche 1000 milliards de FCFA pour doubler son capital. Problème : VEB.RF, son partenaire russe, n'a jamais géré de banque en Afrique, n'a pas de licence UEMOA, et est exclue de SWIFT depuis 2022. Elle ne peut pas envoyer un euro à la BCEAO. Alors comment faire ? Trois pistes : un compte en roubles converti via Dubaï, le paiement en nature - modèle Wagner - ou passer par une filiale non sanctionnée, mais il faudra l'aval de la BCEAO et de la Banque de France. Tout ça est complexe, lent, et risqué : en contournant SWIFT, l'AES s'expose à des sanctions européennes. D'où le flou. C'est une première, mais sur le papier seulement. À lire aussiSommet Russie-Afrique: Moscou affiche ses ambitions économiques, l’UA réclame des résultats concrets
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  • L'entente cordiale des cyniques
    2026/10/24

    Les infiltrations des manifestations des lycéens en France ont occasionné des chaos dans les rues de plusieurs grandes villes françaises. De Washington à l'Alliance des États du Sahel (AES), on voit dans les malheurs de la France la justification des postures locales.

    Deux mondes qui n'ont rien en commun, du moins en apparence, rient ensemble des malheurs de la France. D'un côté, les populistes occidentaux, trumpistes en tête, casquette vissée sur la tête, regard fixé sur Paris. De l'autre, les juntes de l'AES, treillis impeccable, entourées de leur horde de néo-panafricains, le regard fixé sur le même Paris. Tous se réjouissent de la France qui brûle.

    Pour eux, ce n'est pas n'importe quelle France, mais bien celle de l'immigration, des émeutes, des lycéens qui jettent des pavés. Pour les uns, c'est la preuve que l'immigration détruit l'Occident, que les élites européennes sont faibles, que le modèle multiculturaliste est mort.

    À lire aussiInterdictions de manifester en France: «Une attaque des fondements de la démocratie»

    Pour les autres, c'est la revanche. La revanche de l'histoire. La preuve que la France n'a aucune leçon à donner, que sa démocratie est une coquille vide, que sa doctrine de maintien de l'ordre est un mensonge. Ils se réjouissent donc ensemble, chacun avec son dictionnaire, mais avec le même sourire.

    Les Américains de la droite dure se frottent les mains et s'empressent de dire que « l'Europe s'effondre, heureusement que nous, nous avons le mur, la fermeté, "America first". »

    Les militaires du Sahel et leurs idéologues se frottent les mains aussi : « vous voyez, Paris brûle, alors taisez-vous quand nous dissolvons vos partis, vos associations de défense des droits humains, quand nous interdisons vos syndicats, quand nous rétablissons la peine de mort, quand nous faisons disparaître vos leaders étudiants. »

    C'est la belle entente cordiale des cyniques.

    Une entente des contraires à court terme

    Mais cette entente des contraires serait de courte durée et c'est là que l'ironie devient cruelle. Dans les rues de France, des lycéens manifestent contre un programme trop chargé, contre des classes surchargées, contre l'avenir bouché. Ils manifestent, ils sont gazés, interpellés, parfois blessés. Et le lendemain, ils manifestent encore. Ils crient leur colère dans les médias - qui n’existent plus sous les juntes -, ils saisissent la justice. La machine continue, imparfaite, brutale parfois, mais elle continue.

    Maintenant, transposez la scène. Mêmes revendications, mêmes jeunes, mêmes colères. Mais placez-les à Ouagadougou, à Bamako, à Niamey. Combien de morts allions-nous déplorer ? Combien de disparus ? Combien d'organisations d'élèves et d'étudiants auraient été immédiatement dissoutes ?

    Dans les souverainetés impériales sahéliennes, un capitaine rêve la nuit de nouveaux curricula et le lendemain, sans concertation ni murmure, ils sont transposés dans les manuels scolaires et immédiatement enseignés avec un préambule d'éloges à la gloire de l'infaillible camarade. Le débat est proscrit. Un homme providentiel ne se trompe jamais. Juste l'ordre, L'ordre de « l’État garnison », selon le bon mot de Harold Laswell.

    Un silence pesant chez les étudiants sahéliens

    L'histoire se joue de ces ironies, et très souvent, aux dépens de celui qui croit en user. La jeunesse des lycées et des universités au Sahel, en regardant ce chaos en France, voit des jeunes de son âge qui ont le droit de crier. Elle entend le fracas, oui, mais elle entend surtout le silence chez elle. Et ce silence, à force, il pèse. L'écran de fumée allume une lampe ? Une lampe qui montre aux lycéens sahéliens ce qu'ils n'ont plus : la voix.

    Le printemps arabe ne s'est pas exporté par camions. Il a voyagé par images, par envies. Vous riez aujourd'hui de la France qui brûle. Ce que vous montrez à vos peuples, ce n'est pas la mort de la France. C'est la preuve qu'ailleurs, on peut encore brûler sans mourir. Et ça, pour une jeunesse muselée et sans avenir, c'est la leçon la plus dangereuse que vous pouviez lui donner.

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  • Les lettres de cachet de l'AES ou les souverainistes qui plagient le Roi Soleil
    2026/10/10

    Il y a une phrase qui a suscité cette chronique. Elle vient du Niger. Interrogé sur le sort de Moussa Kaka, journaliste détenu depuis le 31 août, un ministre répond : « Il est en vie et sa famille le sait ». Une phrase qui rappelle la lettre de cachet, abolie en 1789.

    Des panafricains adeptes du roi du Soleil, ce n’est pas la chose à laquelle on pense de prime abord. Démonstration à travers trois visages, une même matrice.

    Visage 1 : Moussa Kaka, au Niger. Le doyen. 40 ans de journalisme, « ancienne voix de RFI ». Il quitte son bureau le 30 août à Niamey, il ne rentre jamais. Un mois de silence. Puis le 7 octobre, le ministre nigérien de la Justice lâche : « Il est en vie et sa famille le sait ». Où ? Pourquoi ? Mystère. C'est la lettre de cachet dans sa forme brute : le Prince reconnaît qu'il a le corps, mais pas le droit.

    Visage 2 : Atiana Serge Oulon, au Burkina. Directeur de L'Événement. Il écrit que 400 millions de FCFA destinés aux VDP ont été détournés à Kaya. Le 24 juin 2024, au petit matin, neuf hommes en civil l'enlèvent chez lui, devant sa femme et son enfant. Ibrahim Traoré dira un mois plus tard qu'un journaliste a été « arrêté pour fausses informations et enrôlé au front ». Mensonge. En mai 2026, RSF révèle : il n'est pas au front, mais dans une villa à Ouaga 2000, transformée en prison privée, où il est torturé avec d'autres civils. C'est la lettre de cachet version contre-insurrectionnelle : on ne met plus à la Bastille, on met dans une villa sans adresse.

    Visage 3 : Tata Rose et Ras Bath, au Mali. Le registre le plus pervers. Elle, Rokia Doumbia, 48 ans, vend des tomates et dit que la vie est chère. Lui, Mohamed Bathily, lui tend un micro. On ne les fait pas disparaître. On leur fait un procès. Trois ans de préventive, puis le 17 août dernier : 10 ans dont 7 fermes pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l'État ». Parler dans une radio = association de malfaiteurs. Dire que la tomate est chère = atteinte au crédit de l'État. C'est la lettre de cachet judiciarisée. Le juge signe ce que le Roi ordonne.

    Alors, n'est-ce pas forcer le trait de parler de lettre de cachet pour des juntes qui se disent anti-France ?

    Non. Pour le traduire j’emprunte le mot savant « l'énantiodromie ». Un vieux mot inventé par Héraclite, 500 ans avant Jésus-Christ qui a établi qu' « à force de combattre une chose, on devient cette chose ». Nietzsche le dira plus tard : « Qui combat des monstres doit veiller à ne pas devenir monstre lui-même ». Le comble est là. Ces régimes disent se battre contre la France. Ils n'ont jamais autant ressemblé à la France de 1750. Ils parlent de peuple souverain mais ont peur de la parole la plus populaire qui soit : celle d'une vendeuse de condiments qui parle du prix de la tomate. La lettre de cachet avait été inventée pour protéger le pouvoir absolu de la contestation morale. C'est exactement ce qui se passe en AES. Et en français facile, ça veut dire quoi ? Une petite lettre avec le cachet de cire du Roi de France et ses soldats pouvaient arrêter et enfermer. Pas de juge, pas d'avocat, pas de date de sortie. Moussa Kaka, Atiana Oulon, Tata Rose... n’ont pas reçu un mandat d’un juge. Des personnes se sont présentés, sans « lettre de cachet » (en plus) et les ont contraint à les suivre. Pas de droit. En 1789, les Français se sont révoltés pour ça. 237 ans plus tard, les militaires de l'AES prennent de la France exactement ce que son peuple ne veut plus. C'est ça, l'énantiodromie parfaite.

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  • La fièvre de l'or raffiné
    2026/10/03

    De la mine extravertie à la raffinerie extravertie. La fièvre des raffineries d'or s'est emparée des juntes de l'AES au nom du panafricanisme. Mais une usine sans marché intérieur, surdimensionnée, sans label pour vendre, et chacun pour soi, est-ce vraiment panafricain ?

    Une nouvelle mode chez les juntes du Sahel. Après les treillis, la raffinerie. Le 28 septembre, en prélude au quatrième anniversaire de son putsch, à Ouaga 2000, Ibrahim Traoré inaugurait la sienne : RAFFINOR. 11 milliards FCFA, (soit 17 millions d’euros) 164 tonnes de capacité par an, extensibles à 515. Le Mali annonce la sienne, 200 tonnes avec les Russes. Le Niger a la sienne dans les cartons. Une usine de farine, ça nourrit le pays. Une usine de ciment, ça construit le pays. Une raffinerie d'or n'a pas de marché intérieur. Un lingot de 12 kilos coûte un million d'euros, soit 656 millions de francs CFA. Son produit fini est 100% destiné à l'export. Comme l’exportation de l’or brut qu'on dénonçait hier.

    Raffiner sur place apporte quand même une plus-value ?

    Dans l'or, le raffinage est une opération de pressing. Le vrai argent n'est pas dans le four qui fond, il est dans le tampon qui certifie. Et ce tampon, pour l'instant, les raffineries de l'AES ne l'ont pas. Le marché mondial n'achète pas un lingot parce qu'il est pur, même à 99,99%. Il l'achète parce qu'il est certifié LBMA, le label de Londres. Sans ce label, votre lingot est acheté avec décote par un trader de Dubaï qui le refondra pour le faire certifier là-bas.

    Pour avoir cette certification de Londres, il faut cinq ans d'audits. La traçabilité de l'orpaillage artisanal, la preuve de la lutte anti-blanchiment, les normes environnementales... Or l'or qui va remplir RAFFINOR vient à 60% de l'artisanat informel, celui qui part aujourd'hui en contrebande vers le Togo. On a critiqué 60 ans d'économie extravertie où on exportait brut sans valeur ajoutée. On exportera demain le lingot sans label. Même extraversion.

    Un panafricanisme de symbole

    Nous sommes face à trois pays confédérés, panafricains, incapables d'entreprendre ensemble. Trois pays, trois raffineries surdimensionnées. L'AES entière produit 230 tonnes, on construit des raffineries pour plus de 800 tonnes de capacité cumulée. Les panafricanistes ne mutualisent pas. Ils se font concurrence pour le même or artisanal. C'est un panafricanisme de symboles. Chacun veut le ruban à couper, la photo du lingot estampillé national. Chacun préférant, comme le dit un adage, « être tête de rat que queue de lion ».

    L'or a aussi le désavantage d'être une ressource non renouvelable. L'or n'est pas du coton. On ne le replante pas. Les réserves prouvées du Burkina, c'est 10 à 15 ans au rythme actuel d’exploitation. Le Mali, même horizon. On construit des usines pour 30 ans pour une ressource qui n’en a que 10.

    Et il y a l'environnement. Pour sortir un gramme d'or, il faut deux tonnes d'eau, du cyanure et du mercure. Des sols stériles pour 100 ans. On accélère l'extraction d'une ressource finie pour des usines surdimensionnées qui n'ont ni marché intérieur, ni label. Le Burkina a prévu un fonds minier, Siniyan-Sigui. Quelle chance qu'il ne ressemble pas à la fameuse réserve d'or, ces 36 tonnes que personne n'a certifiées ? Proportionnelle à la chance qu'on voie un audit indépendant demain. Nulle. Sauf que quand le four s'éteindra, il ne restera plus rien dans le sous-sol.

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  • Migrants déportés par les États-Unis en Afrique: le business des indésirables
    2026/09/26
    Depuis 2025, Washington et l'Europe ne cherchent plus à expulser les migrants chez eux, mais en Afrique. Contre de l'argent. Un nouveau marché de la déportation est ainsi né, à bas bruit. Dans le tumulte des guerres et des déchirements africains entre néo-panafricains et valets supposés de l'impérialisme, l'Afrique se positionne à bas bruit, effectivement, comme une décharge migratoire. Washington a même créé un bureau pour ça en mai 2025 : l'Office of Remigration. 15 fonctionnaires dont le seul travail est de faire le tour de l'Afrique pour proposer un marché. 49 pays démarchés selon le New York Times. Le marché est simple : vous prenez nos déportés, on vous paye. Ce marché de la déportation est libellé comment ? Il est libellé en dollars et parfois en facilité de visa. Pour le modeste royaume d'Eswatini, 5,1 millions de dollars, soit moins de 0,3% de son budget 2026, pour un premier contingent de cinq personnes, extensible. Pour la richissime Guinée équatoriale, un peu plus de 7,5 millions de dollars, pour une quarantaine de personnes, selon l'Associated Press, parquées dans un hôtel de la famille Obiang, transformé en prison : L'Hôtel Bamy. Pour le Rwanda, montant confidentiel, estimé à 7,5 millions par le Sénat américain pour 250 personnes annoncées. Au Cameroun, protocole de 400 millions, mais c'est un paquet global incluant l'aide santé. Qui a signé ? Neuf pays à ce jour : Eswatini, Rwanda, Ghana, Soudan du Sud, Ouganda, Cameroun, Guinée équatoriale et la RDC depuis avril 2026. En droite ligne des Accords de Washington pour la paix avec le Rwanda. Le triptyque est clair : paix, minerais, migrants. À lire aussiMigrants expulsés vers l'Afrique: plongée dans la mécanique de l’administration Trump L'Europe n'est pas en reste L'Italie a ouvert la voie avec l'Albanie. Dans son sillage, en juin, l'UE a voté une règle historique ouvrant la possibilité d'expulser un demandeur d'asile vers un pays avec lequel il n'a aucun lien, pourvu qu'il y ait un accord. Fin août, Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce, Pays-Bas sont allés à Kigali pour négocier le premier « hub », un centre de retour européen en Afrique. Quelles sont les dispositions qui encadrent tout ça ? Pour l'essentiel, ces expulsions sont couvertes par des décrets. Aux États-Unis, Trump use de l'executive agreement. Pour contourner l'obligation de notifier le Congrès 60 jours après, le département d'État invoque les « non-binding instruments », des protocoles sécuritaires non contraignants. En Afrique ? Aucun parlement n'a été saisi. Les acceptations sont opérées par décret ou parfois par un simple communiqué, comme en RDC. Il y a quelques protestations : les avocats swazis ont attaqué la décision du roi Mswati III, en invoquant un coup de force sans consentement parlementaire. En RDC, la société civile dénonce un accord opaque dans un pays qui a déjà 6 millions de déplacés internes. C'est le retour de ce qui avait nourri la haine des néo-panafricains contre la France : des accords secrets, imposés aux exécutifs, faibles ou cupides, sans le peuple, contre de l'argent. À lire aussiMigrants expulsés par les États-Unis : en Afrique, des vies en suspens et des droits bafoués Pourquoi ce silence ? Peut-être le double standard. L'indignation contre les accords secrets est gélatineuse selon qu'il s'agit des forts, Américains et Russes, ou des faibles, l'Europe et la France. Ces deals sont simples : « Vous payez, on prend vos indésirables », sans contrepartie contraignante sur les droits. Les déportés, parfois en quasi incarcération, subissent bastonnade et ré-expulsion vers leur pays d'origine au péril de leur vie. Ce que les avocats appellent le « chain refoulement » ou « refoulement indirect en cascade ». Si le panafricanisme, c'est défendre la dignité humaine contre les accords secrets, alors il doit s'appliquer à Washington, à Moscou comme à Paris. Sinon, c'est du panafricanisme à la carte. À lire aussiForbidden Stories: une enquête révèle la mécanique mise en place par les États-Unis pour expulser en masse
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  • L'AES, une case française à logiciel russe
    2026/09/19

    L'Alliance des États du Sahel (AES), on nous la vend comme la revanche sur la colonisation. C'est exactement l'inverse selon Newton Ahmed Barry.

    C'est la formule de Fanon qu'on a oubliée : « Le colonisé qui fait son drapeau avec la haine de l'ancien maître garde l'ancien maître au centre du drapeau ». De façon atavique, sans l'Afrique Occidentale Française (AOF), pas de Burkina-Mali-Niger. C'est Paris qui a tracé ces frontières au cordeau entre 1919 et 1947 pour des besoins de l’administration coloniale. L’AES une case dessinée à Paris, qui tourne en 2026 avec un logiciel écrit à Moscou en 2014. La Russie n’a pas inventé la colère contre la France au Sahel. Elle l’a industrialisée. Après des tests en Centrafrique en 2018, elle a sorti un livrable : « une souveraineté sans la France, sans Cédéao, sans conditionnalité démocratique ». Un attendu qui va comme un gant aux souverainistes du Sahel.

    L’AES retour aux sources africaines ou pure tradition coloniale française ?

    Plutôt un legs de la colonisation française. Il y avait, en Afrique, de la violence en politique, des régicides. Mais pas de coup d’État militaire. Askia renverse Sonni Barou au Songhaï, les princes s'entretuent au Buganda, Bokar Biro prend le Fouta par la force. Oui. Mais ce n'était jamais l'institution militaire qui prenait le pouvoir. Un roturier en treillis qui devient roi, ça, ça n'existait pas.

    Pourquoi ? Parce que la France a tout inversé. Jusqu'en 1946, le commandant de cercle, c'est un militaire. Il gouverne la colonie, il juge, il taxe, il construit l'école. Dans la tête des gens, État = homme en treillis. En 1960, quand la France décolonise, elle laisse, en partant, des casernes mais pas des Écoles Nationales d’Administration. L’armée est l’institution qui permet à un fils de pauvre, de « devenir quelqu’un ». Dans le modèle mossi, peul ou Bambara, un général qui prend le pouvoir est maudit. Dans le modèle AOF, ancêtre de l'AES, un colonel qui prend le pouvoir, c'est juste le commandant de cercle qui reprend son bureau.

    Les trois chefs de l'AES sont des produits purs de l'école militaire française : Goïta, Prytanée de Kati, formé au Gabon et en France. Tiani, infanterie à Montpellier. Traoré, académie Georges Namoano, calquée sur Saint-Cyr. Le militaire africain, héritier du commandant de cercle français, est certain qu’il est plus légitime et mieux outillé pour gouverner que le civil.

    Pourquoi le pur produit de la France est-il devenu son meilleur ennemi ?

    Parce que la France n'est pas victime d'une exception, mais d'un classique. On ne déteste intimement que ceux qui ont été intimes. La France paie possiblement son modèle colonial. À vouloir trop assimiler, elle est devenue responsable de tout.

    Dans l'AES, tout est la faute de Paris. La dette, les coupures d’électricité, les pénuries d’oignons sur les marchés du Niger, les jihadistes. Absolument tout. La France, contrairement au Royaume-Uni a décolonisé, pour rester. Le franc CFA dont elle continue de garantir la convertibilité illimité. Bases militaires permanentes à Dakar, à Abidjan à Ndjamena, depuis fermées. Coopérants dans les lycées. La majorité de l’élite militaire AES formée à Montpellier et Saint-Cyr.

    Au fond, l'AES, c'est la Françafrique qui a échoué son indépendance. Elle garde le père comme ennemi, pour ne pas avoir à se regarder elle-même.

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  • Tshisekedi, fait son troisième mandat sur la guerre à l’Est !
    2026/09/12

    RDC : le dialogue inclusif est-il un piège ? Alors que l’opposition annonce une marche le 15 septembre contre un troisième mandat, Félix Tshisekedi met en avant son grand dialogue pour la paix. Une manœuvre qui rappelle des précédents au Sahel.

    Les chefs des juntes du Sahel ont compris qu’une crise sécuritaire insoluble, on ne s’épuise pas à la résoudre. On la cantonne et on s’en sert comme épouvantail pour ne jamais quitter le pouvoir. Tshisekedi, qui a, en vain, il faut le lui reconnaître, fait des concessions pour obtenir la paix, n’a pas toujours été bien récompensé en retour. Il pourrait être tenté de copier l’exemple venu du Sahel. Depuis 2021, le M23 tient. Goma est tombée en janvier 2025. Beaucoup d’accords ; Luanda, Washington, Doha. Mais toujours rien. L’Est est une crise structurellement insoluble à court terme. Mais un contexte de guerre peut devenir une opportunité politique.

    Que fait Tshisekedi ? Imagine-t-il un mécanisme en deux temps ?

    Premièrement, il cloisonne. Il exclut le militaire pour gérer le politique. Il s’évite la synergie des crises. Il n’a pas l’avantage militaire à l’Est. Une jonction AFC/M23 et C64, c’est la perte du contrôle du processus. Le dialogue n’est pas fait pour régler la guerre. Il utilise la guerre comme argument : « Pas d’élections sans paix à l’Est ». Donc il faut un pacte, donc il faut prolonger le mandat, donc il faut réviser la Constitution.

    Tshisekedi exploite les fragilités.

    La Cenco n’est plus ce qu’elle était. De faiseuse de rois en 2016, elle est passée à figurante. Tshisekedi sait ce qu’il lui doit depuis 2018. Il a depuis travaillé à s’en émanciper. En la fragilisant, au besoin. Le coup de grâce, c’est le poker menteur du 17 juillet. La CENCO-ECC est faite médiatrice en chef. Puis par ordonnance du 27 août, elle est réduite à simple « équipe intégrée » à une commission préparatoire pilotée depuis la Présidence. En langage administratif congolais, « intégré » veut dire « neutralisé ». Par la même ordonnance, Tshisekedi atomise l’opposition. En imposant Kinshasa pour abriter les discussions, il exclut d’office Katumbi, en exil et visé par des procédures intempestives. Et il met dans le vent « Sauvons la RDC », qui demandait un terrain neutre et un dialogue hors institutions. C’est ce qu’un éminent membre du C64 appelle le « Dialogue corseté » : imposition du lieu, de l’ordre du jour, des participants, et des conclusions écrites à l’avance. Au fond, le dialogue inclusif n’est pas fait pour inclure les Congolais. Il est fait pour inclure le troisième mandat dans la Constitution.

    Tshisekedi a-t-il les moyens de conduire le processus jusqu’à la modification de la constitution ?

    Pour l’instant, oui. Alignement des planètes. Le processus a passé le Sénat le 15 juin et la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Le dialogue est verrouillé. La crise militaire est séparée du processus politique, mais utilisée comme argument pour écrire une nouvelle concorde nationale. La Cenco-ECC est piégée. Si elle claque la porte, on l’accusera de refuser la paix. Si elle reste, elle bénit un processus qui prépare le 3e mandat. À moins que de commun accord avec le C64 et « Sauvons la RDC », ils ne réussissent à imposer une ligne rouge publique et non négociable, telle qu’ils la formulent déjà : 2028 - Terminus pour Tshisekedi !

    À lire aussiRDC: «Si notre peuple le décide, on va changer la Constitution», affirme le Premier vice-président de l'Assemblée nationale

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  • Niger: Abdourahamane Tiani s’en remet désormais aux Russes
    2026/09/05
    Un putschiste renversé par un putsch. Samedi 29 août à Niamey, le général Abdourahamane Tiani a failli vivre ce qu'il a fait subir à Bazoum. Il a fallu les Russes pour lui sauver la mise, face au refus d’une partie de l'armée régulière de tirer sur les mutins. Abdourahamane Tiani sauvé, mais désormais otages des Russes ! C'est une victoire à la Pyrrhus. Abdourahamane Tiani a sauvé son pouvoir et a perdu l'estime de bon nombre de Nigériens. Lesquels se sont souvenus qu'en juillet 2023, face à une situation semblable, Mohamed Bazoum avait refusé l'offre d'Emmanuel Macron qui proposait de le réinstaller avec les 1 500 soldats français de la base 101 de Diori Hamani. Trois ans après, face aux promesses non tenues, des jeunes officiers des unités de Ouallam, Téra et Dosso – qui ont subi d'énormes pertes face aux groupes d'EI, Boko Haram et au Jnim –, ces gamins du front, comme on les désigne affectueusement à Niamey, se sont mutinés. Pour les vaincre, Tiani a fait appel à Africa Corps. Une victoire au prix de la fraternité d'armes. Pour autant Tiani s’est-il tiré d'affaire ? C'est la malédiction des putschistes : pour ne plus avoir d'adversaires, ils suppriment la politique. Quand on ferme toutes les soupapes démocratiques, on ne supprime pas l'opposition. On la déplace dans les casernes. Au Niger, il y a deux armées. La Garde présidentielle, choyée, à Niamey, et les gamins qu'on envoie mourir à Bankilaré ou Diffa, démunis, discriminés jusque dans la mort. Le double standard que les Niaméyens ont observé, alors que les armes venaient à peine de se taire ; obsèques officielles avec fastes et les larmes de la République pour trois officiers de la Garde présidentielle morts pour Abdourahamane Tiani, enterrement à la sauvette pour les autres, morts au front pour le Niger. Abdourahamane Tiani l'a échappé grâce à sa garde et surtout aux Russes, sauvé par un garant extérieur, dans des conditions inconnues. Ni traité, ni cadre législatif connus. Le fait du prince, dans la panique. Une souveraineté sous-traitée. Abdourahamane Tiani, le souverainiste ombrageux, appelle les Russes dans sa propre base pour reprendre son propre aéroport. Ce n'est plus un partenariat, c'est une dépendance sécuritaire. L'armée nigérienne avait mis Abdourahamane Tiani au pouvoir le 26 juillet 2023. Les Russes l'y maintiennent depuis ce 29 août. Il y a aussi Alger et Ankara, qui a fait un simple communiqué. Les Turcs de SADAT ne sont pas les gardes du corps d'Abdourahamane Tiani. Alger a su réagir pour protéger ses énormes investissements et pour éclipser le Maroc, son frère ennemi. Russes et Algériens ne sont pas alliés au Sahel. Ils ont en commun que jamais plus Paris ne revienne, mais des projets opposés : Moscou veut un Sahel en guerre permanente, qui a besoin de mercenaires, qui paie en or, en uranium, en concessions. Le chaos est son business model. Tiani n'a plus la confiance de son armée, c’est une proie idéale. Alger, à l’opposé, veut des États stables pour protéger ses gazoducs. Elle ne veut pas de concurrents militaires dans sa profondeur stratégique. Moscou est son fournisseur – elle lui achète 80 % de ses armes –, mais elle ne le veut pas comme voisin. Tiani joue sur les deux tableaux. Il prend l'argent algérien pour ne pas mourir de faim et les fusils de Moscou pour ne pas mourir tout court. Enfin, terminons avec cette sentence, d’un brillant universitaire nigérien, Rhamane Idrissa. « Au Niger, dit-il, un coup d’État n’est pas une surprise, c’est une probabilité statistique ». Encore plus probable quand on interdit les urnes : le seul vote qui reste, c'est une rafale à 1h du matin. À lire aussiNiger: des dizaines d'arrestations parmi les soldats mutinés, retour au calme à Niamey
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