エピソード

  • Le Burkina ne rompt pas avec la France, il organise son isolement
    2026/07/04
    Le 26 juin dernier, la junte au Burkina prenait l’initiative de rompre ses relations diplomatiques avec la France. Vous nous donnez quelques clés pour comprendre cette décision. Une singulière conception des relations internationales fonctionnant au culot à la façon du caïd du quartier. La souveraineté n’appartient pas au peuple, mais au souverain qui a tous les droits. Une conception singulière aussi du pays. Un enclos où vivent des habitants dont il faut organiser l’accès aux prairies où l’herbe a des vertus endorphines. Mais comme on n’est jamais assez prudent, il faut couper le pays des mauvaises influences extérieures. La France, ancienne puissance coloniale, promeut la démocratie et les droits humains, valeurs désormais exécrées sous ces latitudes sahéliennes. Dans l’enclos, on prend le pouvoir par la Kalachnikov et on tient le peuple par la terreur, en prenant soin d’éloigner les organisations régionales et internationales, enquiquineuses, la presse libre manipulatrice, interdite et honnie, mais regardée, malgré tout, en cachette par les censeurs. C’est la cour de Néron. Si l’empereur est fou, son entourage l’entretient dans cet état. À lire aussiLe Burkina Faso annonce «rompre ses relations diplomatiques» avec la France Y aurait-il un contentieux spécifique avec la France ? Contrairement à Thomas Sankara, Ibrahim Traoré est né bien longtemps après les indépendances. Il a souffert bien plus de la malgouvernance des nationaux, qu’il reproduit, que des méfaits directs d’une ancienne colonisation. Mais dans cette Afrique des souffrances, chaque génération recycle les douleurs d’un passé, au lieu de le dépasser. La vision de Sankara était le dépassement. Celle d'Ibrahim Traoré est l’instrumentalisation. Sur son échiquier, il y a la France épouvantail, coupable parfait, qu’il faut brandir à chaque fois que tout va mal. Puis la myriade de petites mains, les activistes et les trolls, les chiens de garde de cette souveraineté qui aboient à la commande. Lénine les aurait qualifiés d’idiots utiles. Avec les réseaux sociaux, pour reprendre Umberto Eco : « Une légion de malfaisants qui avant ne parlaient que dans les grains, et ne causaient aucun tort à la collectivité ». À lire aussiEntre le Burkina Faso et la France, «la rupture est consommée depuis longtemps» La France n’est pas seule à ne plus être la bienvenue au Burkina Le Haut-Commissariat des droits de l’homme des Nations Unies, la junte fait fermer ses bureaux pour ne plus entendre les jérémiades de Volker Türk sur un « espace civique à préserver ». La CPI, un isolement pour s’aménager une impunité. Dans un Sahel tenaillé par les groupes terroristes, les juntes n’imaginent pas une stratégie de contreterrorisme différente de celle pratiquée par ceux qu’elles combattent. Elles veulent donc escalader avec les terroristes, sans témoins gênants. Elles appliquent ce que disait Staline : « Plus d’hommes, plus de problèmes. » À lire aussiAprès le Niger, le Mali et le Burkina Faso rompent à leur tour avec la Cour pénale internationale Ibrahim Traoré en difficulté, pense-t-il à la postérité ? La base sociale de la junte, le mouvement sunnite, est en ébullition depuis l’arrestation, le 26 mai, de son guide spirituel, Imam Kindo. Ses partisans qui lisaient, à en perdre le souffle, le qunut – invocations spéciales en islam – pour que rien de fâcheux n’arrive à Ibrahim Traoré, n’en reviennent toujours pas de la brutale répression qui s’est abattue sur eux, quand ils ont exprimé leur réprobation. Au sommet du pouvoir, le numéro deux, le redoutable chef des Renseignements, Oumarou Yabré, qu’on dit proche de l’imam Kindo, n’a plus été vu en public depuis le 26 mai. Scénario classique de la guerre des numéros des pouvoirs militaires ? Fort possible. Rompre avec la France, quand tout va mal, c’est anticiper un récit de martyr. La rancunière France endossera d’avoir brisé le destin d’un authentique héros africain. À lire aussiBurkina Faso: l'arrestation d'un imam suscite de vives réactions chez certains fidèles
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  • RDC: Félix Tshisekedi et la malédiction africaine du troisième mandat
    2026/07/11

    L’attrait du troisième mandat, peu y résiste en Afrique. Félix Tshisekedi, à la troisième année de son deuxième et dernier mandat, y pense. Que la Constitution de 2006 l’interdise, lui importe peu. La loi n’arrête pas l’homme politique africain.

    C’est l’Afrique des paradoxes. L’interdit, en politique, appelle systématiquement la transgression. À l’opposé, le totem ou le tabou, personne n’y touche. Au village, par exemple « l’arbre sacré on n’y touche pas ». Au palais présidentiel, le tabou attire. N’y touchez pas, est une incitation à y toucher. Pourquoi ? Peut-être parce qu’en Afrique l’interdit a une valeur rituelle, pas juridique. Le tabou protège. L’interdit politique, lui, est un défi. La transgression politique n’est pas un acte gratuit. Elle rapporte à celui qui l’ose. S’il réussit, c’est le graal total. Pour lui, pour les siens, pour toute la horde des partisans. À l’opposé transgresser le totem, c’est la mort. Personne ne s’y risque. Pour le contraindre à tenir parole, l’homme politique africain devrait peut-être prêter serment sur les totems... et subsidiairement sur la Constitution.

    En RDC, malgré le verrou constitutionnel, on reparle encore d’un troisième mandat

    Il y a les actes. Et il y a la parole. En RDC, la parole s’appelle l’article 220. Un mandat présidentiel de 5 ans, renouvelable une seule fois. Une disposition insusceptible de modification. Elle est verrouillée. L’article 220 avait été pensé pour cadenasser la volonté des Congolais. Pour couper court. Pour éviter le débat. Les actes, c’est l’actuelle posture de Félix Tshisekedi. En 2019, il avait été élu sur cette promesse. 7 ans plus tard, la malédiction des troisièmes mandats l’a rattrapé. C’est lui qui réintroduit le débat, alors qu’il avait été tranché en 2006.

    À lire aussiChangement de Constitution en RDC: «Aucune question d'intérêt national ne doit être confisquée», affirme le président

    Même maladie, mêmes symptômes

    Cette malheureuse malédiction se justifie partout pareillement. On en appelle d’abord au peuple. Tshisekedi, en l’occurrence, ne sollicite rien. Comme Tartufe, il mange son piment dans la bouche des Congolais. Pour parler comme les Ivoiriens Il feint d’ignorer que les Congolais ont tranché. Ensuite, l’alibi ! Au Congo c’est la guerre dans l’Est. En 2018 et en 2023, les présidentielles ont eu lieu malgré la guerre à l’Est. Qu’est-ce qui a changé? Rien. Ou si. On pourrait prêter au président Tshisekedi de faire ce qu’on proscrit aux étudiants en droit : « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». Si la guerre s’aggrave après ses dix ans au pouvoir, à qui la faute? Il faut bien qu’il prenne sa part. En général, on ne demande pas un bonus quand on n’a pas de succès.

    Mais pourquoi rouvrir ce débat maintenant?

    Dans le guide à l’usage des candidats au troisième mandat, le timing idéal, c’est le début du deuxième mandat. Tshisekedi entame la troisième année, de son deuxième mandat. C’est le bon moment pour ouvrir ce débat. Qui n’est pas nouveau à la vérité. Sous Joseph Kabila, les termes qui sont repris aujourd’hui « mandat supplémentaire » ou « glissement » avaient fleuri sans que le verrou de 220 ne saute. Invoquer la guerre à l’Est donnera t-il plus de chance à Tshisekedi ? Le risque, comme prévient, la Conférence épiscopale du Congo (la Cenco), c’est que « au conflit à l’Est, s’ajoute la guerre civile et la partition du Congo ». Plutôt que le « glissement », Tshisekedi aurait gagné à contribuer à institutionnaliser les alternances politiques qui ont l’avantage de renouveler les Espérances. Partout où il y a de l’espoir, le meilleur devient possible.

    À lire aussiRévision de la Constitution en RDC: le Sénat adopte la proposition de loi pour un référendum

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  • Assimi Goïta et l’Algérie, une réconciliation avec effet immédiat
    2026/07/18

    Pendant 15 mois, Bamako a traité Alger de tous les noms d’oiseaux. Puis, sans crier gare, le 10 juillet dernier, une réconciliation, avec effet immédiat, était annoncée, presque simultanément à Bamako et à Alger. Que s’est-il passé entre-temps ?

    Il y a eu le 25 avril 2026, samedi noir pour le Mali : Kati est frappée, le ministre Sadio Camara est tué, et au nord, le totem d'Assimi Goïta, Kidal, est tombé. Pas seulement aux mains des rebelles, mais d'une coalition inédite : rebelles du FLA et jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim). Puis dans leur base, les forces maliennes (Fama) et les Russes d'Africa Corps sont encerclés. Scène impensable, voire humiliante.

    Pour leur survie, les Russes lèvent le drapeau blanc, quittent Kidal en convoi, sous escorte rebelle. Assimi Goïta, revenu d’entre les survivants, 96 heures après, œuvre depuis pour reprendre une situation volatile et le voilà encore confronté à Anéfis, à une nouvelle attaque complexe, le 4 juillet 2026. Même scénario : siège, embuscade, hélicoptère abattu et des renforts partis de Gao, qui n’arrivent pas.

    Selon toutes vraisemblances, lourdement sollicités par les Russes, les Algériens auraient encore sauvé la mise aux supplétifs des Fama dans le camp d'Anéfis. Deux fois, en moins d’un semestre, il a fallu Alger pour sauver les meubles maliens dans le bourbier azawadien.

    Selon un dicton bambara, la fierté du faible est comme les larmes du patriarche : elle coule en silence, dans son ventre. Assimi Goïta, à l’abri des regards, a alors appelé Tebboune, pour dire « initché » (Merci) !

    Ravaler la fierté

    Assimi Goïta a donc dû ravaler sa fierté. Ce n'est pas une réconciliation d'amour, c'est une réconciliation de survie. Il y a les réalités du terrain qui se sont conjuguées avec deux autres facteurs.

    Acte 1 : La réalité du terrain. Sans Alger, on ne tient pas le Nord. Depuis 1963, c'est quasiment la loi d’airain, à cette frontière, entre les frères algériens et maliens.

    Acte 2 : Moscou commence à fatiguer. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, à Niamey, le 8 juillet, descendant la passerelle de son immense avion, a failli manquer de peu une marche. Un moment reflet de la fragilité d’une présence russe au Sahel qui dandine. Moscou a vu ses hommes humiliés à Kidal. Il en rage face à la faiblesse structurelle des armées de son nouveau précarré. Il veut à tout prix éviter l’effondrement. Moscou prend les devants. Fais les entremetteurs, exige de Goïta de parler avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune.

    Acte 3 : Moscou s’est trouvé comme alter ego pour rendre la pilule moins amère à Goïta : le général Tiani. Ce dernier s’était réconcilié, en premier, en février avec Alger. Depuis, il avait entrepris une discrète médiation entre Alger et Bamako, qui n’avait pas intéressé Goïta.

    Six ans après, la victoire totale promise par la junte malienne n’est pas au rendez-vous !

    Il y a loin de la coupe aux lèvres ! L'option tout-militaire, 100 % russe, a montré ses limites. Et ironie du sort, ce sont les Russes en premier qui ont imposé le constat de cet échec. Ensuite, les possibilités infinies de la souveraineté se sont révélées pas aussi infinies que cela. Goïta a cru pouvoir se passer de l’Algérie. Pendant 15 mois, Bamako et Alger se sont déchirés. Ciel fermé, ambassadeurs rappelés, Alger accusé de parrainer les terroristes.

    Depuis le 10 juillet, tout cela est oublié, avec effet immédiat ! Et son prix, on le devine : le Mali doit rediscuter avec ses Touaregs et ressusciter l'Accord d'Alger. Ce n'est pas un hasard si le premier à applaudir la détente, c'est le CSIA, les Imghads du Nord. Une façon de préparer déjà l'opinion à Bamako.

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  • Comment le Niger s'est acheté sa tragédie
    2026/07/25
    Il y a trois ans, le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani renversait le gouvernement élu du président Mohamed Bazoum et le Niger basculait. C'est un paradoxe : c'était le pays le moins touché par le terrorisme au Sahel et sur une trajectoire économique qui faisait envie à toute l'Afrique. Comment comprendre ce basculement ? C'est un cocktail qui est à la base de toute tragédie au Sahel. Un chef de la Garde qui refuse sa retraite : le général Tiani. Des généraux qui sentent venir le boulet d'une enquête pour près de 400 milliards de francs CFA de détournement et des réseaux russes aux aguets, avec toute une myriade de relais prépositionnés. Le M62 pour crier dans la rue, African Initiative pour crier sur Facebook, et une partie de la vieille société civile anticorruption pour l'onction morale. Même Moussa Tchangari a trempé au début, avant de se ressaisir. Trop tard, il croupit aujourd'hui en prison. Les juntes de l'AES ont ça en commun : elles sont encore plus cruelles avec ceux qui ont un moment fricoté avec elles. Quel rôle la Russie a-t-elle joué ? À quelques exceptions près, l'armée nigérienne est pro-occidentale. Pas de tradition avec Moscou comme au Mali. Une fois le coup consommé et face à l'hostilité de la Cédéao, les militaires se sont jetés dans les bras de Moscou. Il fallait bien un protecteur. Mais la Russie avait su, depuis juillet 2022 quand Bazoum accepte Barkhane, mettre en place un soft power qui a préparé le terrain pour qu'une révolution de palais devienne un coup d'État populaire. Les Russes ont si bien manœuvré que même un vieux briscard comme Hama Amadou y a succombé. Fatigué de son exil en France, l'enfant chéri de Niamey et Tillabéry pensait son heure arrivée. Et la xénophobie d'ambiance dans les rues de Niamey ne réclamait-elle pas le « Niger aux Nigériens » ? Pour exorciser ces deux ans et demi de Bazoum – le minoritaire, l'Arabe, le Libyen... – qui mieux qu'un Djerma-Songhaï ? En cela, le 26 juillet est une bascule : de l'ancrage occidental à une inféodation russe totale. À lire aussiAu Niger, logique de junte: plutôt l’uniforme que la blouse Trois ans après, qu'est-ce que le Niger a gagné ? On est obligé de constater que le pays s'est tiré une balle dans le pied. De modèle de liberté au Sahel, il est devenu une machine à fabriquer des apatrides pour délit d'opinion. Le cas de la Dr Mayra, déchue de sa nationalité le 11 juin dernier, en est le symbole. Elle rallonge la liste à neuf Nigériens apatrides de Tiani. Des prisons pleines, une crise terroriste qui flambe. Des cimetières avec des tombes fraîches qui s'étalent à perte de vue. Virage à Moscou, avec des gains mitigés, surtout militairement. En janvier 2026, quand l'aéroport de Niamey a été attaqué, Africa Corps qui occupe le camp américain d'Agadez a mis deux heures pour réagir. Par contre, le gain politique est réel : avec la Russie, la junte est sécurisée, elle a aussi un veto à l'ONU, contre la France. Économiquement ? De putative puissance pétrolière du Sahel, le Niger est réduit à vendre son pétrole au bénéfice exclusif des Chinois de la CNPC qui se remboursent d'une dette qui n'a pas servi les Nigériens. Trois ans après, que deviennent Mohamed Bazoum et son épouse ? Toujours otages et séquestrés, condamnés à purger une peine dont on ignore la nature et la durée. En dehors du Parlement européen et de l’ONU, peu s'en préoccupent. Pourtant, la France lui doit, à tout le moins, une dette morale. Il a payé d'avoir accueilli Barkhane, expulsée du Mali et snobée au Burkina. La France est-elle encore la France si sa tutelle vaut peu de chose ? S’il fallait qualifier la situation au Niger ; le constat est celui-là : les militaires sont rois et les Nigériens résignés. À lire aussiAssimi Goïta et l’Algérie, une réconciliation avec effet immédiat
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  • Diomaye-Sonko, comme on le redoutait!
    2026/08/01

    Au Sénégal, Bassirou Diomaye Faye crée Kiiraay, son parti. C'est la fin du « Diomaye moy Sonko ». Quelle va être la suite ? Le divorce, tout simplement. Diomaye n'a plus l'intention d'être le doublon de Sonko, après seulement deux ans de pouvoir.

    Pourquoi une rupture aussi rapide ? Parce que le mépris fabrique des monstres. Sonko, inéligible en 2024, pense prêter son électorat à Diomaye. Du Poutine-Medvedev. Diomaye joue le jeu, puis la fonction fait l'homme. Il n'y a pas de président en dilettante. Quand Sonko voit Diomaye lui échapper, il mobilise le Pastef pour lui faire pièce. Erreur fatale. Au Sénégal, tous ceux qui ont cru être propriétaires des suffrages ont eu un réveil douloureux.

    C'est le 4ème épisode de la même série. Le scénario a été noué en 1960 et dénoué en décembre 1962 : Senghor fait arrêter Dia, son frère ! En 2008, Wade broie Macky à l'Assemblée, Macky revient et le bat en 2012. En 2024, Sonko inéligible ouvre un boulevard, les Sénégalais élisent Diomaye au premier tour. Toujours le même scénario.

    Sonko pourra-t-il se présenter en 2029 ?

    Il existe une autre constante de la vie politique sénégalaise. Le fameux premier tour judiciaire. En 2019, Macky élimine Karim Wade et Khalifa Sall par la justice, il passe au premier tour. En 2024, il élimine Sonko et fait élire Diomaye et non Amadou Ba, son poulain. Pour 2029, alors ? Flou total. Sonko a levé le verrou de la diffamation par la loi du 28 avril 2026, mais c'est taillé sur mesure, avec l'écueil de la non-rétroactivité. Le 17 juin, le juge constitutionnel a refusé de trancher. Peut-être nous réserve-t-il l'orechnik pour 2029.

    Diomaye peut-il gouverner sans dissoudre l'Assemblée de Sonko ?

    Non. Et c'est là que la loi anti-transhumance change tout. Sans dissolution, ou même avec, Diomaye n'a pas besoin que des députés Pastef le rejoignent. La loi le leur interdit, ils perdraient leur siège. Il a besoin, minimum, que cinquante le soutiennent tout en restant Pastef sur le papier. Additionné aux députés de l’opposition, Takku Wallu et les autres, ça lui fait, ric rac, une majorité de survie. C'est le calcul possible avant novembre 2026, date où il peut enfin dissoudre. Après, c’est aussi la loterie !

    Trois scénarios pour 2029

    Premier scénario : le Conseil déclare Sonko inéligible, Diomaye est réélu, haut la main. Deuxième scénario : comme le juge français, dans l’affaire Marine Le Pen, le juge constitutionnel sénégalais ne s’en mêle pas. On a alors un duel en 2029, Pastef maître de la rue, Diomaye roi des institutions, avec pour le Sénégal le spectre ivoirien 2010. Troisième scénario : à la sénégalaise, Touba et Tivaouane imposent la réconciliation, Sonko contre une amnistie totale accepte de rogner jusqu'en 2034.

    À lire aussiSénégal: le président Diomaye Faye présente son nouveau parti, «Kiiraay: les patriotes républicains»

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  • La France candidate à l’AES des canicules?
    2026/06/27

    Une température en journée à 42 degrés, des nuits à 28 degrés, des infrastructures qui plient et le bitume qui fond. La France coche désormais toutes les cases pour adhérer à l’AES des canicules.

    Regardons les faits, froidement, pendant qu’il fait chaud. Depuis 1850, l’humanité a émis 2 500 milliards de tonnes de CO2. 66% de ces émissions sont le fait de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Lesquels ont été rejoints depuis par la Chine. L’Afrique subsaharienne, elle, n’en représente qu’à peine 4%.

    Conséquence physique : au nord, le réchauffement crée des « pics ». Des vagues. Un plateau qui monte par à-coups. Au Sahel, pas de plateau. Pas de saison fraîche compensatoire. Juste une dérive continue. Même phénomène, deux régimes d’attention. Le double standard est aussi dans le climat.

    Si 4% des émissions produisent 100% de l’urgence médiatique, à quel seuil la souffrance devient-elle visible ? Au Nord, la canicule, un accident ? On en doute à présent. Elle continue de choquer, mais elle repart avec l’hiver. Au sud, c’est une installation. Nuits à 32°C, murs qui crachent la chaleur à 3 h du matin, des enfants sur les nattes dehors. On parle de « dérèglement », pour les Sahéliens, ça ressemble plus à un « règlement de compte ». Ceux qui ont le moins pollué sont les premiers à brûler. Ceux qui ont le moins de moyens sont les premiers à payer. Il n’y a pas de seuil pour la souffrance. Il y a les résilients et les exigeants. Le vrai scandale climatique n’est pas les degrés. C’est l’injustice.

    La dictature des opinions pousse à des réponses réflexes. Le débat est complexe. Mais dans l’urgence, les réponses réflexes prennent le dessus. Ce qui est souvent cité, c’est le modèle singapourien de Lee Kuan Yew : la climatisation de masse. Le confort immédiat.

    Sauf que la physique est têtue. Une clim rejette deux chaleurs : celle de la pièce, dehors, plus les fameux hydrofluorocarbures, les HFC. Le gaz qui fait le froid mais qui réchauffe outrageusement le climat. Un kilogramme de ce gaz réchauffe la planète 2 000 fois plus qu’un kilogramme de CO₂. Ce qui revient à remplacer un trou dans l’ozone par un four dans l’atmosphère.

    La clim, c’est soigner la fièvre en mettant le feu à la maison, avec la facture qui explose. Il existerait pourtant une clim climato-compatible, avec l’utilisation du gaz R290, un gaz naturel : le propane. Il existe dans l’air et, même en cas de fuite, il se dégrade en 12 jours. Alors que ce terrible HFC reste 15 à 20 ans et réchauffe 2 000 fois plus. Il n’y a donc pas photo. Le R290 a un autre avantage, et pas des moindres : il est très sobre en consommation d’électricité, avec 15% de moins de consommation électrique. Malgré tout, l’utilisation du gaz R290 dans une passoire thermique mal isolée, fonctionnant à l’électricité produite 24 heures sur 24 au charbon, ne nous sort pas du problème. La vraie climato-compatibilité, c’est le trio : gaz propre, bâtiment intelligent et électricité propre.

    En attendant, l’Afrique reste au HFC. Pour le continent, il y a encore du chemin. Le R290 n’intéresse pas les géants du marché de la climatisation, qui ont déjà breveté un nouveau gaz, l’hydrofluorooléfine (HFO). Ensuite, l’Afrique, pour l’instant, produit l’essentiel de son électricité en brûlant du fioul. Dans les perspectives immédiates, l’Europe ayant banni les HFC et l’Inde adoptant le R290 dans ses climatiseurs, il reste l’Afrique, dépotoir qui continue d’importer 80% des clim d’occasion – les « au revoir l’Europe ».

    La température s’est démocratisée. Que les solutions le soient aussi. Nous sommes les passagers de la même planète. Peu importe la classe dans laquelle nous voyageons. Un « Titanic climatique » n’épargnera pas les passagers de la première.

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  • Au Niger, logique de junte: plutôt l’uniforme que la blouse
    2026/06/20

    Le regard de Newton Ahmed Barry, porte sur la décision du général Tiani, au Niger de déchoir une médecin de sa nationalité, pour avoir usé de son droit constitutionnel. Décision incongrue, dans un pays qui en manque cruellement.

    Il y a deux incongruités dans cette affaire : en premier, la criminalisation de la parole, comme un moyen assumé d’une stratégie de lutte contre le terrorisme. Dr Mariama Djibrine, dit Mayra, en fait les frais, comme une vingtaine de Nigériens avant elle. Et pour avoir osé créer, avec d’autres ressortissants de l’AES, l’Alliance des démocrates du Sahel, elle a été jugée indigne d’être nigérienne.

    Ensuite, l’incongruité d’une mesure qui interroge sur l’ordre des priorités. Mayra, est un médecin. Ce dont manque cruellement le Niger. Avec ses 28 millions d’habitants, environ, le Niger compte 30 000 militaires. Soit 1 militaire pour 960 habitants. Et de l’autre côté, un médecin pour 40 000 Nigériens.

    Et c’est dans ce pays-là que Dr Mayra est fait apatride. C’est vrai que nulle n’est au-dessus de la loi. Mais encore faut-il que la loi serve l’intérêt général. L’ordonnance de Tiani ne sert que Tiani. Pas les Nigériens.

    On en revient à l’ordre des priorités ?

    Dr Mayra soigne. Elle sauve des vies. Les militaires ont en charge la sécurité qu’ils n’arrivent pas à assurer aux Nigériens. Depuis trois ans qu’ils gouvernent, l’insécurité persiste, l’économie peine, les hôpitaux manquent de tout. Même l’aéroport, de Niamey, le seul du pays, le général Tiani peine à le sécuriser.

    Le régime militaire à Niamey cherche des boucs émissaires

    Il fait ce que font tous les régimes en panne de résultats. Quand on n’a pas de bilan à montrer, on montre un coupable. Le Niger n’est pas seul dans ce schéma. Au Mali, au Burkina Faso, c’est le même réflexe. Les ratios sont différents, les uniformes aussi, mais la mécanique est identique. Quand les juntes échouent à sécuriser, elles répriment. Elles déchoient, elles emprisonnent.

    Chaque junte a sa boîte à outils

    Au Niger, c’est la déchéance de nationalité. Au Mali, ce sont les suspensions de partis et de médias. Au Burkina, les mobilisations forcées, les enlèvements, les suppressions d’associations des étudiants, l’embastillement des Imams. Des outils différents, pour le même objectif : masquer l’incompétence par la répression.

    Mais la répression ne soigne pas. Un décret qui fait perdre un médecin à un pays qui en manque, aggrave le ratio médecin/ population. Ce décret est aussi nocif que les effets du trouble à l’ordre public qu’il est supposé corriger. Le remède est pire que le mal. Au Niger on a 1 médecin pour 40 000 habitants. Idéalement, selon l’OMS, c’est un médecin pour 1 000 habitants. On mesure le gap qui rend encore plus absurde le décret de Tiani.

    Et c’est là que le ratio redevient politique

    Mayra, nigérienne, aurait surement contribué à réduire la mortalité infantile qui est encore à 61 décès pour 1 000 naissances au Niger. Elle aurait sensibilisé les femmes qui ont 5,6 enfants en moyenne, sur la sexualité responsable. Elle aurait contribué à tenir debout un système de santé sur les rotules. Le décret de Tiani donne la préférence à l’uniforme au détriment de la blouse.

    Un régime qui déchoit ses médecins avoue une chose : il n’a plus rien à offrir à son peuple. Pour rester dans le temps du mondial de foot, sur la bourse du mercato. Disons que Tiani est un poids et Dr Mayra, une pépite. Le Niger devrait faire, comme toutes les équipes qui veulent gagner. Préférer la pépite au poids.

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  • Guerre au Moyen-Orient: il faut désormais parler de «victoire à la Trump !»
    2026/06/13
    Cette fois pourrait être la bonne. Un accord en vue entre Américains et Iraniens, non démenti, pour une fois par les seconds. Le spectre de la guerre s’éloigne. Mais on en cherche toujours le bien-fondé. C’est vrai, plus les perspectives d’une fin de ce conflit sont tangibles, plus on en cherche les raisons. On en vient à craindre un gâchis. Une guerre pour rien, si d’aventure, comme les prémices du « protocole d’accord » ou « mémorandum d’entente », le laissent entrevoir, l’on devrait aboutir à quelque chose de moins ambitieux que l’accord de 2015 avec Barack Obama. Trump l’avait dénoncé, à son premier mandat et à toutes les occasions il ne manque pas de le dénigrer. Ce serait une ironie du sort, qu’après une guerre avec autant de démonstrations de forces, qu'il se contente d’un moins bon accord que celui de 2015. Un « bon accord » en perspective selon Trump Si les déclarations à l’emporte-pièce faisaient un accord, la gibecière de Trump en aurait surement débordé. Nos confrères de CNN se sont amusés à faire le décompte. Le résultat est sans appel. En 79 jours, Trump a annoncé 38 fois qu’un accord était sur le point d’être conclu ou que l’Iran le suppliait d’en conclure un. Ce que les Iraniens ne tardaient jamais à démentir, évidemment. Le 39ᵉ qui est annoncé semble être néanmoins probable. C’est un protocole d’accord qui devrait permettre dans 30 jours, à l’issue de la trêve prolongée, d’entamer de vraies négociations pour un accord définitif. À lire aussiMoyen-Orient: le protocole d’accord avec les États-Unis pourrait être signé «dans les prochains jours», selon l'Iran Focus sur le contenu de ce protocole d’accord Le mémorandum d’entente serait constitué de 14 points, dont deux constituent les clés pour la suite des discussions. D'abord un cessez-le-feu, sur tous les fronts, incluant le Liban, quitte à tordre le bras à Netanyahu. Ensuite, la levée du blocus du détroit d’Ormuz, même si les Iraniens insinuent que ce serait à leurs conditions. Tandis que sur l’uranium enrichi et le déblocage de la moitié des 24 milliards de dollars, constituant une partie des avoirs iraniens bloqués, la polémique continue. L’ambiguïté des mollahs est encore plus grande en ce qui concerne le programme nucléaire. Ce qui ravive les inquiétudes de Tel Aviv, conduisant Netanyahu à faire une promesse – électorale, surement – qui, dans l’absolu, devrait plutôt ravir les mollahs : « Tant que je serai premier ministre d’Israël, dit-il, l’Iran n’aura pas l’arme nucléaire. » Les chances qu’il le reste après 2026 étant minces, les retords ayatollahs vont installer un sablier plutôt que de s’épuiser dans de vaines discussions pour une issue qui pourrait dépendre d’un sort individuel. À lire aussiLes avoirs gelés et le nucléaire au cœur des négociations entre l'Iran et les États-Unis Le bilan de cette guerre est plutôt mitigé On connaissait la victoire à la Pyrrhus. Désormais il faudra parler de la victoire à la Trump. Des annonces enthousiastes chaque fois démenties. C’est pourquoi il faut se garder de conclusions hâtives. On peut juste faire le constat de l’embarras des Israéliens et du désappointement des monarchies du Moyen-Orient. L’Iran sorti de cette guerre fait encore plus peur à ses voisins. Quid des démocrates iraniens ? Ils ont vainement attendu les promesses de Trump. Ils vont devoir compter que sur eux-mêmes. Il ne faut jamais dormir sur la natte d’autrui, prévient un adage africain. Rien n’est vraiment réglé. Les mollahs, à ce stade, ont toutes les raisons de se réjouir. Ils ont sauvé leur régime et se sont acheté une tranquillité pour plusieurs années. Il ne reste plus qu'à ce que Mojtaba Khamenei daigne prendre la main tendue de Trump. À lire aussiAccord entre l'Iran et les États-Unis: «Ceux qui ont le mot final, ce sont les Gardiens de la Révolution»
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