エピソード

  • Tshisekedi, fait son troisième mandat sur la guerre à l’Est !
    2026/09/12

    RDC : le dialogue inclusif est-il un piège ? Alors que l’opposition annonce une marche le 15 septembre contre un troisième mandat, Félix Tshisekedi met en avant son grand dialogue pour la paix. Une manœuvre qui rappelle des précédents au Sahel.

    Les chefs des juntes du Sahel ont compris qu’une crise sécuritaire insoluble, on ne s’épuise pas à la résoudre. On la cantonne et on s’en sert comme épouvantail pour ne jamais quitter le pouvoir. Tshisekedi, qui a, en vain, il faut le lui reconnaître, fait des concessions pour obtenir la paix, n’a pas toujours été bien récompensé en retour. Il pourrait être tenté de copier l’exemple venu du Sahel. Depuis 2021, le M23 tient. Goma est tombée en janvier 2025. Beaucoup d’accords ; Luanda, Washington, Doha. Mais toujours rien. L’Est est une crise structurellement insoluble à court terme. Mais un contexte de guerre peut devenir une opportunité politique.

    Que fait Tshisekedi ? Imagine-t-il un mécanisme en deux temps ?

    Premièrement, il cloisonne. Il exclut le militaire pour gérer le politique. Il s’évite la synergie des crises. Il n’a pas l’avantage militaire à l’Est. Une jonction AFC/M23 et C64, c’est la perte du contrôle du processus. Le dialogue n’est pas fait pour régler la guerre. Il utilise la guerre comme argument : « Pas d’élections sans paix à l’Est ». Donc il faut un pacte, donc il faut prolonger le mandat, donc il faut réviser la Constitution.

    Tshisekedi exploite les fragilités.

    La Cenco n’est plus ce qu’elle était. De faiseuse de rois en 2016, elle est passée à figurante. Tshisekedi sait ce qu’il lui doit depuis 2018. Il a depuis travaillé à s’en émanciper. En la fragilisant, au besoin. Le coup de grâce, c’est le poker menteur du 17 juillet. La CENCO-ECC est faite médiatrice en chef. Puis par ordonnance du 27 août, elle est réduite à simple « équipe intégrée » à une commission préparatoire pilotée depuis la Présidence. En langage administratif congolais, « intégré » veut dire « neutralisé ». Par la même ordonnance, Tshisekedi atomise l’opposition. En imposant Kinshasa pour abriter les discussions, il exclut d’office Katumbi, en exil et visé par des procédures intempestives. Et il met dans le vent « Sauvons la RDC », qui demandait un terrain neutre et un dialogue hors institutions. C’est ce qu’un éminent membre du C64 appelle le « Dialogue corseté » : imposition du lieu, de l’ordre du jour, des participants, et des conclusions écrites à l’avance. Au fond, le dialogue inclusif n’est pas fait pour inclure les Congolais. Il est fait pour inclure le troisième mandat dans la Constitution.

    Tshisekedi a-t-il les moyens de conduire le processus jusqu’à la modification de la constitution ?

    Pour l’instant, oui. Alignement des planètes. Le processus a passé le Sénat le 15 juin et la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Le dialogue est verrouillé. La crise militaire est séparée du processus politique, mais utilisée comme argument pour écrire une nouvelle concorde nationale. La Cenco-ECC est piégée. Si elle claque la porte, on l’accusera de refuser la paix. Si elle reste, elle bénit un processus qui prépare le 3e mandat. À moins que de commun accord avec le C64 et « Sauvons la RDC », ils ne réussissent à imposer une ligne rouge publique et non négociable, telle qu’ils la formulent déjà : 2028 - Terminus pour Tshisekedi !

    À lire aussiRDC: «Si notre peuple le décide, on va changer la Constitution», affirme le Premier vice-président de l'Assemblée nationale

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  • Niger: Abdourahamane Tiani s’en remet désormais aux Russes
    2026/09/05
    Un putschiste renversé par un putsch. Samedi 29 août à Niamey, le général Abdourahamane Tiani a failli vivre ce qu'il a fait subir à Bazoum. Il a fallu les Russes pour lui sauver la mise, face au refus d’une partie de l'armée régulière de tirer sur les mutins. Abdourahamane Tiani sauvé, mais désormais otages des Russes ! C'est une victoire à la Pyrrhus. Abdourahamane Tiani a sauvé son pouvoir et a perdu l'estime de bon nombre de Nigériens. Lesquels se sont souvenus qu'en juillet 2023, face à une situation semblable, Mohamed Bazoum avait refusé l'offre d'Emmanuel Macron qui proposait de le réinstaller avec les 1 500 soldats français de la base 101 de Diori Hamani. Trois ans après, face aux promesses non tenues, des jeunes officiers des unités de Ouallam, Téra et Dosso – qui ont subi d'énormes pertes face aux groupes d'EI, Boko Haram et au Jnim –, ces gamins du front, comme on les désigne affectueusement à Niamey, se sont mutinés. Pour les vaincre, Tiani a fait appel à Africa Corps. Une victoire au prix de la fraternité d'armes. Pour autant Tiani s’est-il tiré d'affaire ? C'est la malédiction des putschistes : pour ne plus avoir d'adversaires, ils suppriment la politique. Quand on ferme toutes les soupapes démocratiques, on ne supprime pas l'opposition. On la déplace dans les casernes. Au Niger, il y a deux armées. La Garde présidentielle, choyée, à Niamey, et les gamins qu'on envoie mourir à Bankilaré ou Diffa, démunis, discriminés jusque dans la mort. Le double standard que les Niaméyens ont observé, alors que les armes venaient à peine de se taire ; obsèques officielles avec fastes et les larmes de la République pour trois officiers de la Garde présidentielle morts pour Abdourahamane Tiani, enterrement à la sauvette pour les autres, morts au front pour le Niger. Abdourahamane Tiani l'a échappé grâce à sa garde et surtout aux Russes, sauvé par un garant extérieur, dans des conditions inconnues. Ni traité, ni cadre législatif connus. Le fait du prince, dans la panique. Une souveraineté sous-traitée. Abdourahamane Tiani, le souverainiste ombrageux, appelle les Russes dans sa propre base pour reprendre son propre aéroport. Ce n'est plus un partenariat, c'est une dépendance sécuritaire. L'armée nigérienne avait mis Abdourahamane Tiani au pouvoir le 26 juillet 2023. Les Russes l'y maintiennent depuis ce 29 août. Il y a aussi Alger et Ankara, qui a fait un simple communiqué. Les Turcs de SADAT ne sont pas les gardes du corps d'Abdourahamane Tiani. Alger a su réagir pour protéger ses énormes investissements et pour éclipser le Maroc, son frère ennemi. Russes et Algériens ne sont pas alliés au Sahel. Ils ont en commun que jamais plus Paris ne revienne, mais des projets opposés : Moscou veut un Sahel en guerre permanente, qui a besoin de mercenaires, qui paie en or, en uranium, en concessions. Le chaos est son business model. Tiani n'a plus la confiance de son armée, c’est une proie idéale. Alger, à l’opposé, veut des États stables pour protéger ses gazoducs. Elle ne veut pas de concurrents militaires dans sa profondeur stratégique. Moscou est son fournisseur – elle lui achète 80 % de ses armes –, mais elle ne le veut pas comme voisin. Tiani joue sur les deux tableaux. Il prend l'argent algérien pour ne pas mourir de faim et les fusils de Moscou pour ne pas mourir tout court. Enfin, terminons avec cette sentence, d’un brillant universitaire nigérien, Rhamane Idrissa. « Au Niger, dit-il, un coup d’État n’est pas une surprise, c’est une probabilité statistique ». Encore plus probable quand on interdit les urnes : le seul vote qui reste, c'est une rafale à 1h du matin. À lire aussiNiger: des dizaines d'arrestations parmi les soldats mutinés, retour au calme à Niamey
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  • La main qui gouverne le Cameroun
    2026/08/29

    Paul Biya est finalement rentré, le jeudi 20 août. Il était en Suisse pour un court séjour qui aura duré 74 jours. Les Camerounais qui l'attendaient ont eu droit à la vision de sa main à travers la vitre légèrement baissée de la limousine présidentielle.

    Les Camerounais attendaient de voir le patriarche au pied de la passerelle, comme à son habitude, serrant les mains des oligarques du palais d’Etoudi. Ils ont eu droit à une main. Ce qui, en politique, n’est pas du tout anodin. La main en politique a quatre degrés. Le premier degré, celui qui tue. Le deuxième, celui qui triche. Le troisième, celui qui bénit. Le quatrième, celui qui gouverne.

    Degré 1 : la main qui tue

    À Rome, dans l'arène, la foule se taisait pour ne regarder qu'une chose : la main de César. Pouce levé, le gladiateur vivait. Pouce baissé, il mourait. Jeudi 20 août, à Yaoundé, c'était l'inverse. Ce n'était plus la main de l'Empereur qui décidait du sort du gladiateur. C'était la main du gladiateur qui devait prouver à l'Empire qu'il était encore vivant. Les Camerounais ont vu la main de Biya les saluer. La preuve qu’il est revenu vivant.

    Degré 2 : la main qui triche

    Quand les jambes ne suivent plus, on triche avec la main. 1986, Diego Maradona, l’Argentin, marque de la main contre l'Angleterre et appelle ça la Main de Dieu. Tout le monde a vu la triche, mais l'arbitre valide le but. Jeudi, tout le monde a vu qu'il n'y avait qu'une main. Mais la CRTV, la télévision nationale du Cameroun, avec ses 200 agents pour filmer le cortège, a validé le miracle.

    Degré 3 : la main qui bénit

    Dans la liturgie, le pouvoir vient de la main. Le prêtre impose les mains, le pape bénit Urbi et orbi, le roi est sacré par l'onction. Une fois ointe, la main devient relique. Jeudi, on a eu une liturgie inversée. Une main-relique sortie à travers une vitre teintée, comme une châsse qu'on promène les jours de fête, pour que les fidèles croient encore.

    Dégré 4 : la main qui gouverne

    Et on arrive au dernier degré. La main qui signe. Pendant 74 jours, le temps du court séjour en Suisse, on nous a dit que l'État continuait. Pourquoi ? Parce que la main signait. Des décrets, des nominations, des lois. La main était là, même si le corps n’était pas là. C’est la définition juridique la plus ancienne du pouvoir : la manus, la main. En latin, manus, c'est la puissance. Il n’y a plus de discours, plus de corps, plus de marche sur le tarmac. Il n’y a plus que la signature et le salut. La main qui signe et la main qui salue.

    À Rome, la main disait si les autres devaient mourir. À l'église, si les autres étaient bénis. À Yaoundé, elle dit surtout que celui qui l’agite est encore en place. Après quarante-trois ans de règne, les Camerounais devront s'habituer, pour un temps indéterminé, probablement plus court que long, à être gouvernés par une main. Marie Roger Biloa, journaliste camerounaise, est plus cash : « Le Cameroun, dit-elle, doit se préparer à affronter la disparition définitive d’un président déjà absent de facto. »

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  • Mali: la diplomatie des prisonniers de Kidal
    2026/08/22

    200 soldats maliens prisonniers à Kidal depuis plus d'un an. 82 ont été libérés le 13 août. Pour les récupérer, Bamako a dû reparler à ceux avec qui il avait coupé les ponts.

    Comment ils ont été libérés ? On ne le dit pas clairement. C'est le bazar. On ne voit pas tous les médiateurs, on voit juste les résultats. Le notable touareg qui négocie un émir émirati contre 50 millions de dollars versés au Jnim. Un diplomate marocain qui aide pour l'otage français Yann Vezilier. Un président congolais, Sassou Nguesso, qui parle au FLA.

    Bamako qui revendiquait la souveraineté totale a dû laisser d'autres pays négocier à sa place. Jusqu'à gracier un Français condamné à 20 ans par sa propre justice. Oublié aussi « la victoire totale » surtout avec la montée en puissance des groupes armés, le FLA, mais surtout le Jnim qui inquiète très sérieusement.

    Moscou manœuvre pour ramener Alger, décidément incontournable ?

    Au centre de ce bazar, il y a Alger. Alger, par ses réseaux, a toujours été celui qui parle aux Touaregs et au Jnim. Bamako avait rompu avec lui. Il est obligé d'y revenir.

    Et les Maliens reviennent vers les Algériens parce que Moscou les pousse. Depuis la défaite de Tinzaouatène en juillet 2024, la Russie porte l'armée malienne. Lavrov l'a dit à Niamey : « Vos armées sont fébriles, la Russie aide dans la limite de ses moyens ». C'est l'aveu que Moscou craint de s'enliser. Pour Moscou, il n'y a que deux solutions : ramener la Cédéao et ramener Alger. Il faut Alger pour parler à la fois au FLA et au Jnim et aussi à une partie de l’opposition malienne.

    Le Mali revient vers Alger par la petite porte des prisonniers. En attendant la réconciliation avec la Cédéao.

    Pour Goïta, revenir vers Alger, c'est manger son totem

    Il en mange trois plus précisément :

    - Un : Il doit se rabibocher avec Alger qu’il accusait d’ingérence.

    - Deux : il doit s'accommoder du Maroc, l'ennemi d'Alger, mais qui a aidé pour l'otage français. Il faut jongler entre deux rivaux qui se detestent.

    - Trois : il doit laisser Sassou Nguesso, un homme, que les dirigeants de l’AES considèrent comme le dernier des Mohicans de la Françafrique, jouer les médiateurs pour le FLA.

    Au nom de la souveraineté totale, Goïta pensait avoir le choix des interlocuteurs. Le voilà obligé de parler à tout le monde pour récupérer ses hommes.

    Au Sahel, c’est la preuve de l’échec du tout militaire. Les médiateurs ont eu plus de résultats en quelques jours que les bombardements de drones depuis avril 2025. Sauf que maintenant la souveraineté est par terre.

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  • CPI: l’aubaine de Trump profite à ceux qui n’ont pas la conscience tranquille en Afrique?
    2026/08/15
    Une porte qui claque, celle de la Cour pénale internationale. Quatre pays africains qui quittent la CPI en un an, dont le Tchad il y a quelques jours. Est-ce la fin de la justice internationale ? Il faut, avant tout, remettre les chiffres à l'endroit, parce qu'on entend tout. Quelque 125 pays ont ratifié le Statut de Rome, adopté en 1998, qui a donné naissance, quatre ans plus tard, à la CPI en 2002. Trente-trois sont africains. C’est le premier groupe continental. L’Afrique a le plus cru à cette idée de 1998 : juger un génocidaire, même s'il est président. Combien ont vraiment quitté la CPI ? Un seul en Afrique : le Burundi, en 2017, parce que la CPI a voulu enquêter sur Pierre Nkurunziza, alors qu’il était encore président. Et, dans le reste du monde, les Philippines en 2019. C'est tout. Ça craque ? Sauf que depuis dix mois, ça craque. Ou c’est l’impression que ça donne. 22 septembre 2025 : le Burkina, le Mali et le Niger annoncent qu'ils quittent la CPI, « avec effet immédiat » la traitant de néo-coloniale. Mais ils n'ont notifié l'ONU que le 24 juin dernier. Donc départ effectif : 24 juin 2027. Le 27 juillet 2026, il y a trois semaines, le Tchad fait pareil. Communiqué officiel, notification le jour même à l'ONU. Départ effectif : 27 juillet 2027. On ne peut pas dire à ce jour que ça craque. D’un mot cependant, le Tchad. Pourquoi c’est important ? Parce qu’il n'est pas sous enquête (ou ne l’est pas jusque-là). C’était même l'un des pays les plus coopératifs de la CPI, il accueillait les enquêteurs pour le Darfour. Et selon Le Monde du 28 juillet, ce retrait intervient quatre jours après un appel avec le sous-secrétaire d’État américain Frank Garcia Jr, qui aurait demandé à Ndjamena de « réexaminer son adhésion » à la CPI. On comprend tout. L'administration Trump mène depuis février 2025 une campagne assumée de démantèlement de la CPI, pour la punir d’avoir émis en novembre 2024 des mandats d’arrêt contre Netanyahu. Effet d’aubaine et effet de loupe ? Effet d'aubaine ? Surtout. Ces annonces tombent au moment exact où Donald Trump sanctionne la Cour, gèle les avoirs de 11 juges et annule leurs visas. Effet de loupe ? Oui. Pendant 20 ans, la CPI a jugé majoritairement des Africains. L’argument officiel du Tchad : sur treize situations enquêtées, neuf sont africaines, six détenus sur sept sont africains. Mais il n’y a pas pour l’instant, un départ massif des Africains. Et plus sérieusement, cet effet d’aubaine est exploité par ceux qui, en ce moment, n’ont pas la conscience tranquille. Le Tchad est épinglé par des ONG pour son soutien – présumé – aux Forces de soutien rapide (FSR), les milices accusées de massacres au Soudan. Les juntes de l’AES, sont épinglées dans les rapports de l’ONU et des ONG depuis 2023 pour des crimes, présumés, contre les civils. Quand Washington dit : « La CPI est illégitime si elle touche Israël ». À Bamako, à Ndjamena, à Ouaga et à Niamey on rétorque : pourquoi pas nous ? Alors un requiem pour la CPI ? La CPI pourrait ne pas mourir. Le rêve de 1998 ne s'effondre pas, il se fragmente. Chacun va créer sa justice. L’Europe, des tribunaux adhoc pour l’Ukraine. En Afrique, on ressort le vieux projet de la Cour africaine, avec impunité pour les chefs d’État, prévue dans le protocole de Malabo. Et dans le vide qui reste, ce sont les victimes qui paient. Comme à Solenzo au Burkina, où plus de 100 civils auraient été exécutés en mars 2025, comme à Moura au Mali, en 2022 où des civils attendent toujours un juge. À lire aussiDes acteurs de la société civile et des politiques dénoncent le retrait de la CPI du Tchad, Mali et Burkina
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  • Ceuta, l'Ormuz du Maroc?
    2026/08/08
    Ceuta refait parler d’elle. Avec la crise migratoire de juillet dernier, plus de 70 000 personnes ont encore pris d'assaut l'enclave. Une invasion ou un message ? À y regarder de près. Ceuta n'est pas qu’une enclave. C'est le détroit d'Ormuz du Maroc. Comme l'Iran qui ne possède pas Ormuz mais peut le fermer, le Maroc ne possède pas Ceuta mais contrôle tout ce qui y entre. Sans ses 24 000 membres des forces de sécurité sur la côte nord, sans l'accord de réadmission de 1992, Ceuta s'effondre en une nuit. Le Maroc tient donc son Ormuz. La dernière crise peut, cependant, avoir surpris le Makhzen, le cœur du pouvoir autour du roi. À lire aussiCrise migratoire à Ceuta: une ONG marocaine dénonce la responsabilité de Rabat et de Madrid Les crises de Ceuta depuis 2005 ont été capitalisées par Rabat C’est ce que disent les faits. En 2005, 13 morts aux grillages. L'Europe paie. Rabat reçoit les premiers fonds. En 2021, Madrid soigne Brahim Ghali, chef du Polisario. Puis 10 000 migrants passent à Ceuta. Pedro Sanchez retourne 50 ans de doctrine et soutient l'autonomie marocaine du Sahara occidental : C'est le jackpot ! En 2026, 50 000 passent. Le 3 août, la présidente de l'exécutif européen Ursula von der Leyen propose dans une lettre au premier ministre espagnol de « renforcer le soutien technique et financier au Maroc ». Une erreur d'équilibriste peut avoir déclenché la tempête. Le 20 juillet, Sanchez fait un aller-retour express à Alger, le premier depuis six ans. Objectif : récupérer le gaz algérien après avoir soutenu le Maroc en 2022. Rabat, à dix jours de la Fête du Trône à Tétouan, peut avoir vécu cela comme une provocation. Mais rien ne prouve qu’il l’a « organisé ». Il peut, tout au plus, comme semble le penser un responsable de gauche marocain, avoir « laissé passer : (…) pour mettre dans l'embarras le gouvernement espagnol ». Et, c'est le scénario d’Ormuz en puissance maximale. Quand l'Iran menace Ormuz, le monde entier se ligue contre l'Iran. Avec Ceuta, l'Europe se fracture et tout le monde récupère. Giorgia Meloni, comme si elle en rêvait, suspend Schengen avec l'Espagne. Trump y trouve de quoi assouvir sa rancune et rallumer la flamme anti-migration, à quelques mois des midterms qui le boudent. Tel Aviv, hypocrite, tacle Madrid sur Gaza, et ironise sur « les enclaves coloniales » de l'Espagne. À Madrid, contrairement à 2021, on n’a pas parlé de chantage. On a fustigé les réseaux des passeurs et TikTok, saluant la coopération du Maroc, qui a permis le retour rapide de la plupart des migrants chez eux. À lire aussiEspagne-Maroc: après l'afflux massif de migrants à Ceuta «l'appel de Meloni» relève du «fantasme migratoire» Une anticipation du développement du Nord Contrairement à Hassan II qui punissait le Nord frondeur, Mohamed VI en fait sa vitrine : Tanger-Med, Rocade, Tamouda Bay. Mais en octobre 2019, pour imposer Tanger-Med, Rabat tue la contrebande de Sebta, qui, avec ses 15 milliards de dirhams par an (environ 1,5 milliard d'euros), faisait vivre Fnideq de la rente, Tétouan et Tanger de la redistribution et tuait la concurrence à Casablanca. Rabat a fermé la contrebande pour sauver son industrie. ais les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Ces migrants de Ceuta ne sont pas victimes d'un abandon royal. Mais des dommages collatéraux d'une politique qui veut transformer le contrebandier en ouvrier, mais sans avoir créé suffisamment d’usines, au préalable, même si le Maroc est, depuis 2025, l’économie la plus industrialisée de l’Afrique. Et cette situation, avec 29 % de chômage des jeunes, est aussi une arme diplomatique de Rabat. Ormuz coûte des milliards de missiles. Ceuta coûte zéro. Le stock de munitions du Maroc, c'est son propre chômage des jeunes. Le 30 juillet dernier, rien n’indique qu’il s’en est vraiment servi. La menace vaut plus que l'usage ! À lire aussiCeuta: le Maroc assure avoir prévenu l'Espagne des risques avant la crise migratoire
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  • Diomaye-Sonko, comme on le redoutait!
    2026/08/01

    Au Sénégal, Bassirou Diomaye Faye crée Kiiraay, son parti. C'est la fin du « Diomaye moy Sonko ». Quelle va être la suite ? Le divorce, tout simplement. Diomaye n'a plus l'intention d'être le doublon de Sonko, après seulement deux ans de pouvoir.

    Pourquoi une rupture aussi rapide ? Parce que le mépris fabrique des monstres. Sonko, inéligible en 2024, pense prêter son électorat à Diomaye. Du Poutine-Medvedev. Diomaye joue le jeu, puis la fonction fait l'homme. Il n'y a pas de président en dilettante. Quand Sonko voit Diomaye lui échapper, il mobilise le Pastef pour lui faire pièce. Erreur fatale. Au Sénégal, tous ceux qui ont cru être propriétaires des suffrages ont eu un réveil douloureux.

    C'est le 4ème épisode de la même série. Le scénario a été noué en 1960 et dénoué en décembre 1962 : Senghor fait arrêter Dia, son frère ! En 2008, Wade broie Macky à l'Assemblée, Macky revient et le bat en 2012. En 2024, Sonko inéligible ouvre un boulevard, les Sénégalais élisent Diomaye au premier tour. Toujours le même scénario.

    Sonko pourra-t-il se présenter en 2029 ?

    Il existe une autre constante de la vie politique sénégalaise. Le fameux premier tour judiciaire. En 2019, Macky élimine Karim Wade et Khalifa Sall par la justice, il passe au premier tour. En 2024, il élimine Sonko et fait élire Diomaye et non Amadou Ba, son poulain. Pour 2029, alors ? Flou total. Sonko a levé le verrou de la diffamation par la loi du 28 avril 2026, mais c'est taillé sur mesure, avec l'écueil de la non-rétroactivité. Le 17 juin, le juge constitutionnel a refusé de trancher. Peut-être nous réserve-t-il l'orechnik pour 2029.

    Diomaye peut-il gouverner sans dissoudre l'Assemblée de Sonko ?

    Non. Et c'est là que la loi anti-transhumance change tout. Sans dissolution, ou même avec, Diomaye n'a pas besoin que des députés Pastef le rejoignent. La loi le leur interdit, ils perdraient leur siège. Il a besoin, minimum, que cinquante le soutiennent tout en restant Pastef sur le papier. Additionné aux députés de l’opposition, Takku Wallu et les autres, ça lui fait, ric rac, une majorité de survie. C'est le calcul possible avant novembre 2026, date où il peut enfin dissoudre. Après, c’est aussi la loterie !

    Trois scénarios pour 2029

    Premier scénario : le Conseil déclare Sonko inéligible, Diomaye est réélu, haut la main. Deuxième scénario : comme le juge français, dans l’affaire Marine Le Pen, le juge constitutionnel sénégalais ne s’en mêle pas. On a alors un duel en 2029, Pastef maître de la rue, Diomaye roi des institutions, avec pour le Sénégal le spectre ivoirien 2010. Troisième scénario : à la sénégalaise, Touba et Tivaouane imposent la réconciliation, Sonko contre une amnistie totale accepte de rogner jusqu'en 2034.

    À lire aussiSénégal: le président Diomaye Faye présente son nouveau parti, «Kiiraay: les patriotes républicains»

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  • Comment le Niger s'est acheté sa tragédie
    2026/07/25
    Il y a trois ans, le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani renversait le gouvernement élu du président Mohamed Bazoum et le Niger basculait. C'est un paradoxe : c'était le pays le moins touché par le terrorisme au Sahel et sur une trajectoire économique qui faisait envie à toute l'Afrique. Comment comprendre ce basculement ? C'est un cocktail qui est à la base de toute tragédie au Sahel. Un chef de la Garde qui refuse sa retraite : le général Tiani. Des généraux qui sentent venir le boulet d'une enquête pour près de 400 milliards de francs CFA de détournement et des réseaux russes aux aguets, avec toute une myriade de relais prépositionnés. Le M62 pour crier dans la rue, African Initiative pour crier sur Facebook, et une partie de la vieille société civile anticorruption pour l'onction morale. Même Moussa Tchangari a trempé au début, avant de se ressaisir. Trop tard, il croupit aujourd'hui en prison. Les juntes de l'AES ont ça en commun : elles sont encore plus cruelles avec ceux qui ont un moment fricoté avec elles. Quel rôle la Russie a-t-elle joué ? À quelques exceptions près, l'armée nigérienne est pro-occidentale. Pas de tradition avec Moscou comme au Mali. Une fois le coup consommé et face à l'hostilité de la Cédéao, les militaires se sont jetés dans les bras de Moscou. Il fallait bien un protecteur. Mais la Russie avait su, depuis juillet 2022 quand Bazoum accepte Barkhane, mettre en place un soft power qui a préparé le terrain pour qu'une révolution de palais devienne un coup d'État populaire. Les Russes ont si bien manœuvré que même un vieux briscard comme Hama Amadou y a succombé. Fatigué de son exil en France, l'enfant chéri de Niamey et Tillabéry pensait son heure arrivée. Et la xénophobie d'ambiance dans les rues de Niamey ne réclamait-elle pas le « Niger aux Nigériens » ? Pour exorciser ces deux ans et demi de Bazoum – le minoritaire, l'Arabe, le Libyen... – qui mieux qu'un Djerma-Songhaï ? En cela, le 26 juillet est une bascule : de l'ancrage occidental à une inféodation russe totale. À lire aussiAu Niger, logique de junte: plutôt l’uniforme que la blouse Trois ans après, qu'est-ce que le Niger a gagné ? On est obligé de constater que le pays s'est tiré une balle dans le pied. De modèle de liberté au Sahel, il est devenu une machine à fabriquer des apatrides pour délit d'opinion. Le cas de la Dr Mayra, déchue de sa nationalité le 11 juin dernier, en est le symbole. Elle rallonge la liste à neuf Nigériens apatrides de Tiani. Des prisons pleines, une crise terroriste qui flambe. Des cimetières avec des tombes fraîches qui s'étalent à perte de vue. Virage à Moscou, avec des gains mitigés, surtout militairement. En janvier 2026, quand l'aéroport de Niamey a été attaqué, Africa Corps qui occupe le camp américain d'Agadez a mis deux heures pour réagir. Par contre, le gain politique est réel : avec la Russie, la junte est sécurisée, elle a aussi un veto à l'ONU, contre la France. Économiquement ? De putative puissance pétrolière du Sahel, le Niger est réduit à vendre son pétrole au bénéfice exclusif des Chinois de la CNPC qui se remboursent d'une dette qui n'a pas servi les Nigériens. Trois ans après, que deviennent Mohamed Bazoum et son épouse ? Toujours otages et séquestrés, condamnés à purger une peine dont on ignore la nature et la durée. En dehors du Parlement européen et de l’ONU, peu s'en préoccupent. Pourtant, la France lui doit, à tout le moins, une dette morale. Il a payé d'avoir accueilli Barkhane, expulsée du Mali et snobée au Burkina. La France est-elle encore la France si sa tutelle vaut peu de chose ? S’il fallait qualifier la situation au Niger ; le constat est celui-là : les militaires sont rois et les Nigériens résignés. À lire aussiAssimi Goïta et l’Algérie, une réconciliation avec effet immédiat
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