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Le regard de Newton Ahmed Barry

Le regard de Newton Ahmed Barry

著者: RFI
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Le coup d’œil aiguisé sur l’actualité de la semaine d’un observateur aguerri des soubresauts du monde. Ancien présentateur du 20h de la RTB au Burkina Faso, Newton Ahmed Barry démissionne en 1998 pour protester contre l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il est le co-fondateur en 2001 du journal d'investigation l'Événement où il s'applique à défendre son slogan : « l'information est un droit ». Chaque semaine, Newton Ahmed Barry analyse un fait marquant de l'actualité internationale et sa résonance avec le Continent.

France Médias Monde
政治・政府
エピソード
  • Moscou 2026 : beaucoup de bruit, peu de roubles
    2026/10/31
    Moscou a déroulé le tapis rouge pour l'Afrique, cartes bancaires prépayées à l'appui. Bilan officiel mirobolant, 146 accords annoncés. Mais derrière la vitrine, une question : où est l'argent ? Newton Ahmed BARRY vous faites les comptes du 3e sommet Russie-Afrique. Le troisième sommet Russie-Afrique s'est achevé sur une note de satisfaction générale. La Russie se constitue sa cour africaine pour mieux se poser en puissance internationale. Le Kremlin renvoie à l'Élysée les images de ses anciennes heures de gloire. La tutelle change, mais grosso modo, le modus operandi reste intact. Celui de la Françafrique. L'hôte du sommet et à ses côtés, le président en exercice de l'Union africaine, plus en faire-valoir qu'en véritable co-président. Comme on dit : celui qui paie dicte le menu. Et c'est la Russie qui a payé rubis sur l'ongle. À l'arrivée, la majorité des chefs de délégation ont reçu une carte bancaire prépayée, pour payer l'hôtel, le transport, les restos du forum. Le paiement, justement, un des désagréments du séjour moscovite Depuis 2022, la Russie est exclue de SWIFT. Les cartes Visa et Mastercard étrangères ne passent plus à Moscou. Les Africains qui vont en Russie doivent venir avec du cash. Ou, pour les happy few - Sud-Africains, Égyptiens, Marocains - avec une carte UnionPay chinoise. À lire aussiÀ Moscou, le sommet Russie-Afrique sous le signe de la coopération militaire Le modèle alternatif que la Russie essaie de pousser avec les BRICS – (SPFS - CIPS chinois ) - ne prend pas. Même dans son pré carré AES et Centrafrique. Et pour une raison simple. En dehors des Kalachs et des chars qu'elle leur vend, la Russie leur achète peu. Les chiffres sont têtus : moins de 1% des Investissement Directs Etrangers entrants en Afrique, moins de 2% du commerce ouest-africain. Pour l'instant, les Africains vont tous les deux ans écouter Poutine parler, et gardent soigneusement leur portefeuille SWIFT. Moscou commence quand même à prendre le pli de ces sommets Le bilan publié à chaud par Roscongress, l'organisateur officiel, est mirobolant : 92 accords, 54 mémorandums et le Plan d'action 2027-2029 en 19 domaines. Les Russes vendent du volume. Les Africains, eux, instruits par l'expérience, ont répété le même mot : « passer de la planification à la mise en œuvre », avec financement, calendrier et évaluation. C'est la substance des messages du Burundais Ndayishimiye, président de l'UA, de Tshisekedi, de Sassou et d'Azali Assoumani. C'est l'aveu que Sotchi 2019 et Saint-Pétersbourg 2023 n'ont pas débouché sur grand-chose. La guerre en Ukraine et les sanctions vident les caisses de Moscou, elles ne vont pas les remplir en Afrique. L'accord entre la banque de l'AES et la banque russe VEB, c'est inédit, malgré tout ? Sur le papier, c'est inédit. Dans les faits, c'est un accord-cadre : pas de montant, pas de calendrier. La BCID-AES cherche 1000 milliards de FCFA pour doubler son capital. Problème : VEB.RF, son partenaire russe, n'a jamais géré de banque en Afrique, n'a pas de licence UEMOA, et est exclue de SWIFT depuis 2022. Elle ne peut pas envoyer un euro à la BCEAO. Alors comment faire ? Trois pistes : un compte en roubles converti via Dubaï, le paiement en nature - modèle Wagner - ou passer par une filiale non sanctionnée, mais il faudra l'aval de la BCEAO et de la Banque de France. Tout ça est complexe, lent, et risqué : en contournant SWIFT, l'AES s'expose à des sanctions européennes. D'où le flou. C'est une première, mais sur le papier seulement. À lire aussiSommet Russie-Afrique: Moscou affiche ses ambitions économiques, l’UA réclame des résultats concrets
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  • L'entente cordiale des cyniques
    2026/10/24

    Les infiltrations des manifestations des lycéens en France ont occasionné des chaos dans les rues de plusieurs grandes villes françaises. De Washington à l'Alliance des États du Sahel (AES), on voit dans les malheurs de la France la justification des postures locales.

    Deux mondes qui n'ont rien en commun, du moins en apparence, rient ensemble des malheurs de la France. D'un côté, les populistes occidentaux, trumpistes en tête, casquette vissée sur la tête, regard fixé sur Paris. De l'autre, les juntes de l'AES, treillis impeccable, entourées de leur horde de néo-panafricains, le regard fixé sur le même Paris. Tous se réjouissent de la France qui brûle.

    Pour eux, ce n'est pas n'importe quelle France, mais bien celle de l'immigration, des émeutes, des lycéens qui jettent des pavés. Pour les uns, c'est la preuve que l'immigration détruit l'Occident, que les élites européennes sont faibles, que le modèle multiculturaliste est mort.

    À lire aussiInterdictions de manifester en France: «Une attaque des fondements de la démocratie»

    Pour les autres, c'est la revanche. La revanche de l'histoire. La preuve que la France n'a aucune leçon à donner, que sa démocratie est une coquille vide, que sa doctrine de maintien de l'ordre est un mensonge. Ils se réjouissent donc ensemble, chacun avec son dictionnaire, mais avec le même sourire.

    Les Américains de la droite dure se frottent les mains et s'empressent de dire que « l'Europe s'effondre, heureusement que nous, nous avons le mur, la fermeté, "America first". »

    Les militaires du Sahel et leurs idéologues se frottent les mains aussi : « vous voyez, Paris brûle, alors taisez-vous quand nous dissolvons vos partis, vos associations de défense des droits humains, quand nous interdisons vos syndicats, quand nous rétablissons la peine de mort, quand nous faisons disparaître vos leaders étudiants. »

    C'est la belle entente cordiale des cyniques.

    Une entente des contraires à court terme

    Mais cette entente des contraires serait de courte durée et c'est là que l'ironie devient cruelle. Dans les rues de France, des lycéens manifestent contre un programme trop chargé, contre des classes surchargées, contre l'avenir bouché. Ils manifestent, ils sont gazés, interpellés, parfois blessés. Et le lendemain, ils manifestent encore. Ils crient leur colère dans les médias - qui n’existent plus sous les juntes -, ils saisissent la justice. La machine continue, imparfaite, brutale parfois, mais elle continue.

    Maintenant, transposez la scène. Mêmes revendications, mêmes jeunes, mêmes colères. Mais placez-les à Ouagadougou, à Bamako, à Niamey. Combien de morts allions-nous déplorer ? Combien de disparus ? Combien d'organisations d'élèves et d'étudiants auraient été immédiatement dissoutes ?

    Dans les souverainetés impériales sahéliennes, un capitaine rêve la nuit de nouveaux curricula et le lendemain, sans concertation ni murmure, ils sont transposés dans les manuels scolaires et immédiatement enseignés avec un préambule d'éloges à la gloire de l'infaillible camarade. Le débat est proscrit. Un homme providentiel ne se trompe jamais. Juste l'ordre, L'ordre de « l’État garnison », selon le bon mot de Harold Laswell.

    Un silence pesant chez les étudiants sahéliens

    L'histoire se joue de ces ironies, et très souvent, aux dépens de celui qui croit en user. La jeunesse des lycées et des universités au Sahel, en regardant ce chaos en France, voit des jeunes de son âge qui ont le droit de crier. Elle entend le fracas, oui, mais elle entend surtout le silence chez elle. Et ce silence, à force, il pèse. L'écran de fumée allume une lampe ? Une lampe qui montre aux lycéens sahéliens ce qu'ils n'ont plus : la voix.

    Le printemps arabe ne s'est pas exporté par camions. Il a voyagé par images, par envies. Vous riez aujourd'hui de la France qui brûle. Ce que vous montrez à vos peuples, ce n'est pas la mort de la France. C'est la preuve qu'ailleurs, on peut encore brûler sans mourir. Et ça, pour une jeunesse muselée et sans avenir, c'est la leçon la plus dangereuse que vous pouviez lui donner.

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  • Les lettres de cachet de l'AES ou les souverainistes qui plagient le Roi Soleil
    2026/10/10

    Il y a une phrase qui a suscité cette chronique. Elle vient du Niger. Interrogé sur le sort de Moussa Kaka, journaliste détenu depuis le 31 août, un ministre répond : « Il est en vie et sa famille le sait ». Une phrase qui rappelle la lettre de cachet, abolie en 1789.

    Des panafricains adeptes du roi du Soleil, ce n’est pas la chose à laquelle on pense de prime abord. Démonstration à travers trois visages, une même matrice.

    Visage 1 : Moussa Kaka, au Niger. Le doyen. 40 ans de journalisme, « ancienne voix de RFI ». Il quitte son bureau le 30 août à Niamey, il ne rentre jamais. Un mois de silence. Puis le 7 octobre, le ministre nigérien de la Justice lâche : « Il est en vie et sa famille le sait ». Où ? Pourquoi ? Mystère. C'est la lettre de cachet dans sa forme brute : le Prince reconnaît qu'il a le corps, mais pas le droit.

    Visage 2 : Atiana Serge Oulon, au Burkina. Directeur de L'Événement. Il écrit que 400 millions de FCFA destinés aux VDP ont été détournés à Kaya. Le 24 juin 2024, au petit matin, neuf hommes en civil l'enlèvent chez lui, devant sa femme et son enfant. Ibrahim Traoré dira un mois plus tard qu'un journaliste a été « arrêté pour fausses informations et enrôlé au front ». Mensonge. En mai 2026, RSF révèle : il n'est pas au front, mais dans une villa à Ouaga 2000, transformée en prison privée, où il est torturé avec d'autres civils. C'est la lettre de cachet version contre-insurrectionnelle : on ne met plus à la Bastille, on met dans une villa sans adresse.

    Visage 3 : Tata Rose et Ras Bath, au Mali. Le registre le plus pervers. Elle, Rokia Doumbia, 48 ans, vend des tomates et dit que la vie est chère. Lui, Mohamed Bathily, lui tend un micro. On ne les fait pas disparaître. On leur fait un procès. Trois ans de préventive, puis le 17 août dernier : 10 ans dont 7 fermes pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l'État ». Parler dans une radio = association de malfaiteurs. Dire que la tomate est chère = atteinte au crédit de l'État. C'est la lettre de cachet judiciarisée. Le juge signe ce que le Roi ordonne.

    Alors, n'est-ce pas forcer le trait de parler de lettre de cachet pour des juntes qui se disent anti-France ?

    Non. Pour le traduire j’emprunte le mot savant « l'énantiodromie ». Un vieux mot inventé par Héraclite, 500 ans avant Jésus-Christ qui a établi qu' « à force de combattre une chose, on devient cette chose ». Nietzsche le dira plus tard : « Qui combat des monstres doit veiller à ne pas devenir monstre lui-même ». Le comble est là. Ces régimes disent se battre contre la France. Ils n'ont jamais autant ressemblé à la France de 1750. Ils parlent de peuple souverain mais ont peur de la parole la plus populaire qui soit : celle d'une vendeuse de condiments qui parle du prix de la tomate. La lettre de cachet avait été inventée pour protéger le pouvoir absolu de la contestation morale. C'est exactement ce qui se passe en AES. Et en français facile, ça veut dire quoi ? Une petite lettre avec le cachet de cire du Roi de France et ses soldats pouvaient arrêter et enfermer. Pas de juge, pas d'avocat, pas de date de sortie. Moussa Kaka, Atiana Oulon, Tata Rose... n’ont pas reçu un mandat d’un juge. Des personnes se sont présentés, sans « lettre de cachet » (en plus) et les ont contraint à les suivre. Pas de droit. En 1789, les Français se sont révoltés pour ça. 237 ans plus tard, les militaires de l'AES prennent de la France exactement ce que son peuple ne veut plus. C'est ça, l'énantiodromie parfaite.

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