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Le regard de Newton Ahmed Barry

Le regard de Newton Ahmed Barry

著者: RFI
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Le coup d’œil aiguisé sur l’actualité de la semaine d’un observateur aguerri des soubresauts du monde. Ancien présentateur du 20h de la RTB au Burkina Faso, Newton Ahmed Barry démissionne en 1998 pour protester contre l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il est le co-fondateur en 2001 du journal d'investigation l'Événement où il s'applique à défendre son slogan : « l'information est un droit ». Chaque semaine, Newton Ahmed Barry analyse un fait marquant de l'actualité internationale et sa résonance avec le Continent.

France Médias Monde
政治・政府
エピソード
  • Tshisekedi, fait son troisième mandat sur la guerre à l’Est !
    2026/09/12

    RDC : le dialogue inclusif est-il un piège ? Alors que l’opposition annonce une marche le 15 septembre contre un troisième mandat, Félix Tshisekedi met en avant son grand dialogue pour la paix. Une manœuvre qui rappelle des précédents au Sahel.

    Les chefs des juntes du Sahel ont compris qu’une crise sécuritaire insoluble, on ne s’épuise pas à la résoudre. On la cantonne et on s’en sert comme épouvantail pour ne jamais quitter le pouvoir. Tshisekedi, qui a, en vain, il faut le lui reconnaître, fait des concessions pour obtenir la paix, n’a pas toujours été bien récompensé en retour. Il pourrait être tenté de copier l’exemple venu du Sahel. Depuis 2021, le M23 tient. Goma est tombée en janvier 2025. Beaucoup d’accords ; Luanda, Washington, Doha. Mais toujours rien. L’Est est une crise structurellement insoluble à court terme. Mais un contexte de guerre peut devenir une opportunité politique.

    Que fait Tshisekedi ? Imagine-t-il un mécanisme en deux temps ?

    Premièrement, il cloisonne. Il exclut le militaire pour gérer le politique. Il s’évite la synergie des crises. Il n’a pas l’avantage militaire à l’Est. Une jonction AFC/M23 et C64, c’est la perte du contrôle du processus. Le dialogue n’est pas fait pour régler la guerre. Il utilise la guerre comme argument : « Pas d’élections sans paix à l’Est ». Donc il faut un pacte, donc il faut prolonger le mandat, donc il faut réviser la Constitution.

    Tshisekedi exploite les fragilités.

    La Cenco n’est plus ce qu’elle était. De faiseuse de rois en 2016, elle est passée à figurante. Tshisekedi sait ce qu’il lui doit depuis 2018. Il a depuis travaillé à s’en émanciper. En la fragilisant, au besoin. Le coup de grâce, c’est le poker menteur du 17 juillet. La CENCO-ECC est faite médiatrice en chef. Puis par ordonnance du 27 août, elle est réduite à simple « équipe intégrée » à une commission préparatoire pilotée depuis la Présidence. En langage administratif congolais, « intégré » veut dire « neutralisé ». Par la même ordonnance, Tshisekedi atomise l’opposition. En imposant Kinshasa pour abriter les discussions, il exclut d’office Katumbi, en exil et visé par des procédures intempestives. Et il met dans le vent « Sauvons la RDC », qui demandait un terrain neutre et un dialogue hors institutions. C’est ce qu’un éminent membre du C64 appelle le « Dialogue corseté » : imposition du lieu, de l’ordre du jour, des participants, et des conclusions écrites à l’avance. Au fond, le dialogue inclusif n’est pas fait pour inclure les Congolais. Il est fait pour inclure le troisième mandat dans la Constitution.

    Tshisekedi a-t-il les moyens de conduire le processus jusqu’à la modification de la constitution ?

    Pour l’instant, oui. Alignement des planètes. Le processus a passé le Sénat le 15 juin et la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Le dialogue est verrouillé. La crise militaire est séparée du processus politique, mais utilisée comme argument pour écrire une nouvelle concorde nationale. La Cenco-ECC est piégée. Si elle claque la porte, on l’accusera de refuser la paix. Si elle reste, elle bénit un processus qui prépare le 3e mandat. À moins que de commun accord avec le C64 et « Sauvons la RDC », ils ne réussissent à imposer une ligne rouge publique et non négociable, telle qu’ils la formulent déjà : 2028 - Terminus pour Tshisekedi !

    À lire aussiRDC: «Si notre peuple le décide, on va changer la Constitution», affirme le Premier vice-président de l'Assemblée nationale

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  • Niger: Abdourahamane Tiani s’en remet désormais aux Russes
    2026/09/05
    Un putschiste renversé par un putsch. Samedi 29 août à Niamey, le général Abdourahamane Tiani a failli vivre ce qu'il a fait subir à Bazoum. Il a fallu les Russes pour lui sauver la mise, face au refus d’une partie de l'armée régulière de tirer sur les mutins. Abdourahamane Tiani sauvé, mais désormais otages des Russes ! C'est une victoire à la Pyrrhus. Abdourahamane Tiani a sauvé son pouvoir et a perdu l'estime de bon nombre de Nigériens. Lesquels se sont souvenus qu'en juillet 2023, face à une situation semblable, Mohamed Bazoum avait refusé l'offre d'Emmanuel Macron qui proposait de le réinstaller avec les 1 500 soldats français de la base 101 de Diori Hamani. Trois ans après, face aux promesses non tenues, des jeunes officiers des unités de Ouallam, Téra et Dosso – qui ont subi d'énormes pertes face aux groupes d'EI, Boko Haram et au Jnim –, ces gamins du front, comme on les désigne affectueusement à Niamey, se sont mutinés. Pour les vaincre, Tiani a fait appel à Africa Corps. Une victoire au prix de la fraternité d'armes. Pour autant Tiani s’est-il tiré d'affaire ? C'est la malédiction des putschistes : pour ne plus avoir d'adversaires, ils suppriment la politique. Quand on ferme toutes les soupapes démocratiques, on ne supprime pas l'opposition. On la déplace dans les casernes. Au Niger, il y a deux armées. La Garde présidentielle, choyée, à Niamey, et les gamins qu'on envoie mourir à Bankilaré ou Diffa, démunis, discriminés jusque dans la mort. Le double standard que les Niaméyens ont observé, alors que les armes venaient à peine de se taire ; obsèques officielles avec fastes et les larmes de la République pour trois officiers de la Garde présidentielle morts pour Abdourahamane Tiani, enterrement à la sauvette pour les autres, morts au front pour le Niger. Abdourahamane Tiani l'a échappé grâce à sa garde et surtout aux Russes, sauvé par un garant extérieur, dans des conditions inconnues. Ni traité, ni cadre législatif connus. Le fait du prince, dans la panique. Une souveraineté sous-traitée. Abdourahamane Tiani, le souverainiste ombrageux, appelle les Russes dans sa propre base pour reprendre son propre aéroport. Ce n'est plus un partenariat, c'est une dépendance sécuritaire. L'armée nigérienne avait mis Abdourahamane Tiani au pouvoir le 26 juillet 2023. Les Russes l'y maintiennent depuis ce 29 août. Il y a aussi Alger et Ankara, qui a fait un simple communiqué. Les Turcs de SADAT ne sont pas les gardes du corps d'Abdourahamane Tiani. Alger a su réagir pour protéger ses énormes investissements et pour éclipser le Maroc, son frère ennemi. Russes et Algériens ne sont pas alliés au Sahel. Ils ont en commun que jamais plus Paris ne revienne, mais des projets opposés : Moscou veut un Sahel en guerre permanente, qui a besoin de mercenaires, qui paie en or, en uranium, en concessions. Le chaos est son business model. Tiani n'a plus la confiance de son armée, c’est une proie idéale. Alger, à l’opposé, veut des États stables pour protéger ses gazoducs. Elle ne veut pas de concurrents militaires dans sa profondeur stratégique. Moscou est son fournisseur – elle lui achète 80 % de ses armes –, mais elle ne le veut pas comme voisin. Tiani joue sur les deux tableaux. Il prend l'argent algérien pour ne pas mourir de faim et les fusils de Moscou pour ne pas mourir tout court. Enfin, terminons avec cette sentence, d’un brillant universitaire nigérien, Rhamane Idrissa. « Au Niger, dit-il, un coup d’État n’est pas une surprise, c’est une probabilité statistique ». Encore plus probable quand on interdit les urnes : le seul vote qui reste, c'est une rafale à 1h du matin. À lire aussiNiger: des dizaines d'arrestations parmi les soldats mutinés, retour au calme à Niamey
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  • La main qui gouverne le Cameroun
    2026/08/29

    Paul Biya est finalement rentré, le jeudi 20 août. Il était en Suisse pour un court séjour qui aura duré 74 jours. Les Camerounais qui l'attendaient ont eu droit à la vision de sa main à travers la vitre légèrement baissée de la limousine présidentielle.

    Les Camerounais attendaient de voir le patriarche au pied de la passerelle, comme à son habitude, serrant les mains des oligarques du palais d’Etoudi. Ils ont eu droit à une main. Ce qui, en politique, n’est pas du tout anodin. La main en politique a quatre degrés. Le premier degré, celui qui tue. Le deuxième, celui qui triche. Le troisième, celui qui bénit. Le quatrième, celui qui gouverne.

    Degré 1 : la main qui tue

    À Rome, dans l'arène, la foule se taisait pour ne regarder qu'une chose : la main de César. Pouce levé, le gladiateur vivait. Pouce baissé, il mourait. Jeudi 20 août, à Yaoundé, c'était l'inverse. Ce n'était plus la main de l'Empereur qui décidait du sort du gladiateur. C'était la main du gladiateur qui devait prouver à l'Empire qu'il était encore vivant. Les Camerounais ont vu la main de Biya les saluer. La preuve qu’il est revenu vivant.

    Degré 2 : la main qui triche

    Quand les jambes ne suivent plus, on triche avec la main. 1986, Diego Maradona, l’Argentin, marque de la main contre l'Angleterre et appelle ça la Main de Dieu. Tout le monde a vu la triche, mais l'arbitre valide le but. Jeudi, tout le monde a vu qu'il n'y avait qu'une main. Mais la CRTV, la télévision nationale du Cameroun, avec ses 200 agents pour filmer le cortège, a validé le miracle.

    Degré 3 : la main qui bénit

    Dans la liturgie, le pouvoir vient de la main. Le prêtre impose les mains, le pape bénit Urbi et orbi, le roi est sacré par l'onction. Une fois ointe, la main devient relique. Jeudi, on a eu une liturgie inversée. Une main-relique sortie à travers une vitre teintée, comme une châsse qu'on promène les jours de fête, pour que les fidèles croient encore.

    Dégré 4 : la main qui gouverne

    Et on arrive au dernier degré. La main qui signe. Pendant 74 jours, le temps du court séjour en Suisse, on nous a dit que l'État continuait. Pourquoi ? Parce que la main signait. Des décrets, des nominations, des lois. La main était là, même si le corps n’était pas là. C’est la définition juridique la plus ancienne du pouvoir : la manus, la main. En latin, manus, c'est la puissance. Il n’y a plus de discours, plus de corps, plus de marche sur le tarmac. Il n’y a plus que la signature et le salut. La main qui signe et la main qui salue.

    À Rome, la main disait si les autres devaient mourir. À l'église, si les autres étaient bénis. À Yaoundé, elle dit surtout que celui qui l’agite est encore en place. Après quarante-trois ans de règne, les Camerounais devront s'habituer, pour un temps indéterminé, probablement plus court que long, à être gouvernés par une main. Marie Roger Biloa, journaliste camerounaise, est plus cash : « Le Cameroun, dit-elle, doit se préparer à affronter la disparition définitive d’un président déjà absent de facto. »

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