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Le regard de Newton Ahmed Barry

Le regard de Newton Ahmed Barry

著者: RFI
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Le coup d’œil aiguisé sur l’actualité de la semaine d’un observateur aguerri des soubresauts du monde. Ancien présentateur du 20h de la RTB au Burkina Faso, Newton Ahmed Barry démissionne en 1998 pour protester contre l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il est le co-fondateur en 2001 du journal d'investigation l'Événement où il s'applique à défendre son slogan : « l'information est un droit ». Chaque semaine, Newton Ahmed Barry analyse un fait marquant de l'actualité internationale et sa résonance avec le Continent.

France Médias Monde
政治・政府
エピソード
  • Le Burkina ne rompt pas avec la France, il organise son isolement
    2026/07/04
    Le 26 juin dernier, la junte au Burkina prenait l’initiative de rompre ses relations diplomatiques avec la France. Vous nous donnez quelques clés pour comprendre cette décision. Une singulière conception des relations internationales fonctionnant au culot à la façon du caïd du quartier. La souveraineté n’appartient pas au peuple, mais au souverain qui a tous les droits. Une conception singulière aussi du pays. Un enclos où vivent des habitants dont il faut organiser l’accès aux prairies où l’herbe a des vertus endorphines. Mais comme on n’est jamais assez prudent, il faut couper le pays des mauvaises influences extérieures. La France, ancienne puissance coloniale, promeut la démocratie et les droits humains, valeurs désormais exécrées sous ces latitudes sahéliennes. Dans l’enclos, on prend le pouvoir par la Kalachnikov et on tient le peuple par la terreur, en prenant soin d’éloigner les organisations régionales et internationales, enquiquineuses, la presse libre manipulatrice, interdite et honnie, mais regardée, malgré tout, en cachette par les censeurs. C’est la cour de Néron. Si l’empereur est fou, son entourage l’entretient dans cet état. À lire aussiLe Burkina Faso annonce «rompre ses relations diplomatiques» avec la France Y aurait-il un contentieux spécifique avec la France ? Contrairement à Thomas Sankara, Ibrahim Traoré est né bien longtemps après les indépendances. Il a souffert bien plus de la malgouvernance des nationaux, qu’il reproduit, que des méfaits directs d’une ancienne colonisation. Mais dans cette Afrique des souffrances, chaque génération recycle les douleurs d’un passé, au lieu de le dépasser. La vision de Sankara était le dépassement. Celle d'Ibrahim Traoré est l’instrumentalisation. Sur son échiquier, il y a la France épouvantail, coupable parfait, qu’il faut brandir à chaque fois que tout va mal. Puis la myriade de petites mains, les activistes et les trolls, les chiens de garde de cette souveraineté qui aboient à la commande. Lénine les aurait qualifiés d’idiots utiles. Avec les réseaux sociaux, pour reprendre Umberto Eco : « Une légion de malfaisants qui avant ne parlaient que dans les grains, et ne causaient aucun tort à la collectivité ». À lire aussiEntre le Burkina Faso et la France, «la rupture est consommée depuis longtemps» La France n’est pas seule à ne plus être la bienvenue au Burkina Le Haut-Commissariat des droits de l’homme des Nations Unies, la junte fait fermer ses bureaux pour ne plus entendre les jérémiades de Volker Türk sur un « espace civique à préserver ». La CPI, un isolement pour s’aménager une impunité. Dans un Sahel tenaillé par les groupes terroristes, les juntes n’imaginent pas une stratégie de contreterrorisme différente de celle pratiquée par ceux qu’elles combattent. Elles veulent donc escalader avec les terroristes, sans témoins gênants. Elles appliquent ce que disait Staline : « Plus d’hommes, plus de problèmes. » À lire aussiAprès le Niger, le Mali et le Burkina Faso rompent à leur tour avec la Cour pénale internationale Ibrahim Traoré en difficulté, pense-t-il à la postérité ? La base sociale de la junte, le mouvement sunnite, est en ébullition depuis l’arrestation, le 26 mai, de son guide spirituel, Imam Kindo. Ses partisans qui lisaient, à en perdre le souffle, le qunut – invocations spéciales en islam – pour que rien de fâcheux n’arrive à Ibrahim Traoré, n’en reviennent toujours pas de la brutale répression qui s’est abattue sur eux, quand ils ont exprimé leur réprobation. Au sommet du pouvoir, le numéro deux, le redoutable chef des Renseignements, Oumarou Yabré, qu’on dit proche de l’imam Kindo, n’a plus été vu en public depuis le 26 mai. Scénario classique de la guerre des numéros des pouvoirs militaires ? Fort possible. Rompre avec la France, quand tout va mal, c’est anticiper un récit de martyr. La rancunière France endossera d’avoir brisé le destin d’un authentique héros africain. À lire aussiBurkina Faso: l'arrestation d'un imam suscite de vives réactions chez certains fidèles
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  • RDC: Félix Tshisekedi et la malédiction africaine du troisième mandat
    2026/07/11

    L’attrait du troisième mandat, peu y résiste en Afrique. Félix Tshisekedi, à la troisième année de son deuxième et dernier mandat, y pense. Que la Constitution de 2006 l’interdise, lui importe peu. La loi n’arrête pas l’homme politique africain.

    C’est l’Afrique des paradoxes. L’interdit, en politique, appelle systématiquement la transgression. À l’opposé, le totem ou le tabou, personne n’y touche. Au village, par exemple « l’arbre sacré on n’y touche pas ». Au palais présidentiel, le tabou attire. N’y touchez pas, est une incitation à y toucher. Pourquoi ? Peut-être parce qu’en Afrique l’interdit a une valeur rituelle, pas juridique. Le tabou protège. L’interdit politique, lui, est un défi. La transgression politique n’est pas un acte gratuit. Elle rapporte à celui qui l’ose. S’il réussit, c’est le graal total. Pour lui, pour les siens, pour toute la horde des partisans. À l’opposé transgresser le totem, c’est la mort. Personne ne s’y risque. Pour le contraindre à tenir parole, l’homme politique africain devrait peut-être prêter serment sur les totems... et subsidiairement sur la Constitution.

    En RDC, malgré le verrou constitutionnel, on reparle encore d’un troisième mandat

    Il y a les actes. Et il y a la parole. En RDC, la parole s’appelle l’article 220. Un mandat présidentiel de 5 ans, renouvelable une seule fois. Une disposition insusceptible de modification. Elle est verrouillée. L’article 220 avait été pensé pour cadenasser la volonté des Congolais. Pour couper court. Pour éviter le débat. Les actes, c’est l’actuelle posture de Félix Tshisekedi. En 2019, il avait été élu sur cette promesse. 7 ans plus tard, la malédiction des troisièmes mandats l’a rattrapé. C’est lui qui réintroduit le débat, alors qu’il avait été tranché en 2006.

    À lire aussiChangement de Constitution en RDC: «Aucune question d'intérêt national ne doit être confisquée», affirme le président

    Même maladie, mêmes symptômes

    Cette malheureuse malédiction se justifie partout pareillement. On en appelle d’abord au peuple. Tshisekedi, en l’occurrence, ne sollicite rien. Comme Tartufe, il mange son piment dans la bouche des Congolais. Pour parler comme les Ivoiriens Il feint d’ignorer que les Congolais ont tranché. Ensuite, l’alibi ! Au Congo c’est la guerre dans l’Est. En 2018 et en 2023, les présidentielles ont eu lieu malgré la guerre à l’Est. Qu’est-ce qui a changé? Rien. Ou si. On pourrait prêter au président Tshisekedi de faire ce qu’on proscrit aux étudiants en droit : « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». Si la guerre s’aggrave après ses dix ans au pouvoir, à qui la faute? Il faut bien qu’il prenne sa part. En général, on ne demande pas un bonus quand on n’a pas de succès.

    Mais pourquoi rouvrir ce débat maintenant?

    Dans le guide à l’usage des candidats au troisième mandat, le timing idéal, c’est le début du deuxième mandat. Tshisekedi entame la troisième année, de son deuxième mandat. C’est le bon moment pour ouvrir ce débat. Qui n’est pas nouveau à la vérité. Sous Joseph Kabila, les termes qui sont repris aujourd’hui « mandat supplémentaire » ou « glissement » avaient fleuri sans que le verrou de 220 ne saute. Invoquer la guerre à l’Est donnera t-il plus de chance à Tshisekedi ? Le risque, comme prévient, la Conférence épiscopale du Congo (la Cenco), c’est que « au conflit à l’Est, s’ajoute la guerre civile et la partition du Congo ». Plutôt que le « glissement », Tshisekedi aurait gagné à contribuer à institutionnaliser les alternances politiques qui ont l’avantage de renouveler les Espérances. Partout où il y a de l’espoir, le meilleur devient possible.

    À lire aussiRévision de la Constitution en RDC: le Sénat adopte la proposition de loi pour un référendum

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  • Assimi Goïta et l’Algérie, une réconciliation avec effet immédiat
    2026/07/18

    Pendant 15 mois, Bamako a traité Alger de tous les noms d’oiseaux. Puis, sans crier gare, le 10 juillet dernier, une réconciliation, avec effet immédiat, était annoncée, presque simultanément à Bamako et à Alger. Que s’est-il passé entre-temps ?

    Il y a eu le 25 avril 2026, samedi noir pour le Mali : Kati est frappée, le ministre Sadio Camara est tué, et au nord, le totem d'Assimi Goïta, Kidal, est tombé. Pas seulement aux mains des rebelles, mais d'une coalition inédite : rebelles du FLA et jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim). Puis dans leur base, les forces maliennes (Fama) et les Russes d'Africa Corps sont encerclés. Scène impensable, voire humiliante.

    Pour leur survie, les Russes lèvent le drapeau blanc, quittent Kidal en convoi, sous escorte rebelle. Assimi Goïta, revenu d’entre les survivants, 96 heures après, œuvre depuis pour reprendre une situation volatile et le voilà encore confronté à Anéfis, à une nouvelle attaque complexe, le 4 juillet 2026. Même scénario : siège, embuscade, hélicoptère abattu et des renforts partis de Gao, qui n’arrivent pas.

    Selon toutes vraisemblances, lourdement sollicités par les Russes, les Algériens auraient encore sauvé la mise aux supplétifs des Fama dans le camp d'Anéfis. Deux fois, en moins d’un semestre, il a fallu Alger pour sauver les meubles maliens dans le bourbier azawadien.

    Selon un dicton bambara, la fierté du faible est comme les larmes du patriarche : elle coule en silence, dans son ventre. Assimi Goïta, à l’abri des regards, a alors appelé Tebboune, pour dire « initché » (Merci) !

    Ravaler la fierté

    Assimi Goïta a donc dû ravaler sa fierté. Ce n'est pas une réconciliation d'amour, c'est une réconciliation de survie. Il y a les réalités du terrain qui se sont conjuguées avec deux autres facteurs.

    Acte 1 : La réalité du terrain. Sans Alger, on ne tient pas le Nord. Depuis 1963, c'est quasiment la loi d’airain, à cette frontière, entre les frères algériens et maliens.

    Acte 2 : Moscou commence à fatiguer. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, à Niamey, le 8 juillet, descendant la passerelle de son immense avion, a failli manquer de peu une marche. Un moment reflet de la fragilité d’une présence russe au Sahel qui dandine. Moscou a vu ses hommes humiliés à Kidal. Il en rage face à la faiblesse structurelle des armées de son nouveau précarré. Il veut à tout prix éviter l’effondrement. Moscou prend les devants. Fais les entremetteurs, exige de Goïta de parler avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune.

    Acte 3 : Moscou s’est trouvé comme alter ego pour rendre la pilule moins amère à Goïta : le général Tiani. Ce dernier s’était réconcilié, en premier, en février avec Alger. Depuis, il avait entrepris une discrète médiation entre Alger et Bamako, qui n’avait pas intéressé Goïta.

    Six ans après, la victoire totale promise par la junte malienne n’est pas au rendez-vous !

    Il y a loin de la coupe aux lèvres ! L'option tout-militaire, 100 % russe, a montré ses limites. Et ironie du sort, ce sont les Russes en premier qui ont imposé le constat de cet échec. Ensuite, les possibilités infinies de la souveraineté se sont révélées pas aussi infinies que cela. Goïta a cru pouvoir se passer de l’Algérie. Pendant 15 mois, Bamako et Alger se sont déchirés. Ciel fermé, ambassadeurs rappelés, Alger accusé de parrainer les terroristes.

    Depuis le 10 juillet, tout cela est oublié, avec effet immédiat ! Et son prix, on le devine : le Mali doit rediscuter avec ses Touaregs et ressusciter l'Accord d'Alger. Ce n'est pas un hasard si le premier à applaudir la détente, c'est le CSIA, les Imghads du Nord. Une façon de préparer déjà l'opinion à Bamako.

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