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L'Instant Philo

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"L'instant philo" par Didier Guilliomet En une dizaine de minutes de quoi nourrir sa réflexion sur des questions traitées de façon accessible. 哲学 社会科学
エピソード
  • L'instant Philo - La maison dans tous ses états
    2026/09/20
    La maison dans tous ses états Introduction. Une polysémie embarrassante en français.En français, la maison » peut renvoyer au bonheur de se sentir chez soi : qu’il est bon de rentrer à la maison ! Mais elle peut désigner aussi simplement un type de bien immobilier ; j’habite dans une maison, pas dans un appartement. Le mot a été formé à partir du verbe latin manere signifiant « demeurer ». La maison peut donc être aussi un simple lieu de séjour comme une location de vacances qu’on ne confond pas avec notre « chez soi ». Ensuite les personnes vivant dans une caravane, un camping-car ou un mobil home considèrent avec de sérieux arguments que ce sont leur maison. Enfin, pour certains que la grande pauvreté a frappés, la maison peut même prendre la forme d’une tente de fortune ou d’une voiture. Même si habituellement rentrer chez soi et retourner à la maison sont des expressions identiques, les diverses acceptions du terme « maisons » qu’on vient de dégager ne peuvent s’accorder toutes avec le sentiment d’être chez soi. La polysémie du terme en français peut nous égarer. La langue de Shakespeare est plus éclairante. En effet, Home désigne en anglais le chez soi : d’où l’expression « Home sweet home ». La maison au sens de « bâtiment ou d’espace servant de logis » renvoie au mot « house ». Ainsi au moins deux significations différentes entrent en concurrence quand on utilise le terme « maison » pour lesquelles les anglophones disposent de deux termes différents : « A house is not a home » [i] I. Deux définitions de la maison en concurrence ? A. Une définition très extensive : la maison est un abri Pour y voir plus clair, dégageons les deux sens principaux du mot « maison ». D’abord, on peut lui donner un sens large et concret. Pour l’architecte André Ravéreau[ii], tout habitat et donc toute maison est un abri. La maison permet de pouvoir s’extraire du tout-venant des menaces du milieu extérieur et de la vie sociale : intempéries, querelles, agressions, etc. Elle est une enveloppe protectrice à partir de laquelle on peut rayonner et développer son activité. Pour le philosophe Emanuele Coccia[iii]: « c’est toujours et seulement par et dans une maison que nous habitons cette planète ». Pour lui : « Sa forme est indifférente : il peut s’agir d’un hôtel ou d’un appartement, d’une chambre se confondant avec un canapé (…) elle peut être faite de pierre ou de peau de bête, pliable de manière à être transportée»[iv]. Sans la maison, souligne-t-il, on « est exposée à la mort »[v]. Le décès prématuré de bien des SDF le prouve malheureusement. B. La maison comme un chez soi1) La maison est une réalité morale Emanuele Coccia avec ses multiples déménagements qui l’ont conduit «à avoir une trentaine de maisons » est amené à proposer une vision beaucoup plus élaborée et restrictive de la maison. En effet « dans aucune, dit-il, je n’ai définitivement pensé : je suis chez moi. »[vi] Plus qu’un abri, « Toute maison, écrit-il, est une réalité purement morale : nous construisons des maisons pour accueillir, dans une forme d’intimité, la portion du monde – faite de choses, de personnes, d’animaux, de plantes, d’atmosphère, d’événements, d’images et de souvenirs – qui rend possible notre bonheur lui-même »[vii]. Il ajoute : « L’architecture ou la biologie y ont peu de part »[viii]. 2) Cette conception n’est pas incompatible avec la première Se contredit-il ? Il met, en tout cas, en lumière une tension entre deux aspirations auxquelles une maison peut répondre. D’abord, le besoin d’être en sécurité en ayant un toit. Ensuite, le désir d’un ancrage personnalisé dans le monde par le biais d’un espace singulier et investi. Ces deux représentations de la maison expliquent le décalage fréquent entre le lieu où on loge et l’idéal d’un chez soi qui incarnerait au mieux notre personnalité. Ces façons d’appréhender la maison sont d’ailleurs souvent indiscernables. Entrer dans une nouvelle maison demande toujours du temps pour qu’on s’y sente chez soi. Il faut y poser ses valises et s’approprier progressivement l’espace. Même le SDf qui investit une simple tente ou un coin de la rue, cherche à s’y installer avec un minimum d’aménagements personnels. Un ...
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  • L'Instant Philo - Quel sens donner à l'héroïsme ?
    2026/05/10
    Quel sens donner à l’héroïsme ? I. Analyse générale et questionnementA. Polysémie et définition du terme Héros 1) Trois sens du mot « héros »En un premier sens, un héros ou une héroïne désigne le personnage central d’un récit - roman, pièce de théâtre, opéra, film, série. Mais Tartuffe chez Molière ou Frédéric Moreau dans l’éducation sentimentale de Flaubert montrent que le héros d’une fiction n’a toutefois pas toujours grand-chose à voir avec ce qu’on entend par héroïsme – certains personnages de fiction sont même qualifiés d’anti-héros. Quelques précisions s’imposent. Dans une acception courante, les héros sont des individus qui font preuve d’un grand courage dans des situations périlleuses pour secourir des personnes, comme ça peut être le cas pour les pompiers ou certains sauveteurs professionnels ou improvisés. Sans rien retirer à leur mérite, on note toutefois que dans la tradition occidentale depuis l’antiquité, l’héroïsme a un sens encore plus fort : c’est une figure de l’excellence humaine, aux côtés notamment du génie, du sage ou de la personne inspirée dans le domaine religieux.[i] 2) L’héroïsme contestéMais cette manière de distinguer un individu du commun des mortels a fait l’objet de vives polémiques. On a pu assister ainsi à une « démolition du héros »[ii] au XVIIe siècle en France sous l’influence d’une théologie mettant l’accent sur le péché pour laquelle la supposée grandeur humaine cache davantage de l’amour-propre qu’une vraie noblesse d’âme. A quoi le philosophe Hegel, qui trouve légitime la figure du héros, objectera que « Les grands hommes sont suivis par un cortège jaloux qui dénonce leurs passions comme des fautes »[iii]. Ensuite, le monde contemporain a tâché de vider l’héroïsme de son essence aristocratique très discriminante. Andy Warhol milite pour un droit pour tous à un quart d’heure de célébrité. David Bowie chante que nous pouvons tous être un héros juste pour un jour. Mais parle-t-on alors encore d’héroïsme ? 3) L’héroïsme et le combat Rappelons qu’à l’origine, l’héroïsme est une habileté et une bravoure exceptionnelles à la guerre, dont le légendaire Achille est le meilleur exemple. Pour autant, l’héroïsme ne se réduit pas aux hauts faits militaires. D’abord, les attitudes héroïques sur le champ d’honneur sont devenues rares avec les progrès technologiques. Plus de 70 % des victimes dans le conflit russo-ukrainien sont dues à des tirs de drone : cela fait bien longtemps qu’est révolue l’époque où les hoplites grecs, munis de leurs armes et de leur bouclier, combattaient frontalement leurs ennemis ! Ensuite, une lutte courageuse et pacifique au nom d’un idéal de justice ou pour des droits sociaux, peut être aussi héroïque. Qu’on songe aux combats de Martin Luther King ou à Gandhi. B. Autres caractéristiques de l’’héroïsme 1) Le héros entre violence et sacralisationPour compliquer encore plus les choses, le héros est parfois d’une effrayante singularité.La modération n’est pas son fort. Dans l’Iliade, Achille est souvent capricieux. Par vengeance, il égorge douze jeunes troyens quand il apprend la mort de son ami Patrocle. Et après avoir combattu victorieusement Hector qui a tué son ami, il traîne cruellement son cadavre désarticulé devant les murailles de Troie. Paradoxalement, la violence meurtrière ne fait pas du tout obstacle à la sacralisation du héros. Achille est présenté comme un demi-Dieu. 2) Héroïsme et genreJeanne d’Arc qui a une place de choix dans les figures héroïques de l’histoire de France a été canonisée par le pape Benoit XV en 1920.Elle n’a cessé d’affirmer que Dieu lui a dicté de bouter les anglais de France et d’ouvrir, à la tête d’une armée, une voie en vue de faire couronner Charles VII à Reims. Cet exemple montre, soit dit en passant, que l’héroïsme n’est pas nécessairement l’apanage des hommes[iv], même si, en français, une « héroïne » ne désigne pas une femme héroïque mais simplement un personnage de fiction. Les langues ne sont pas toujours au diapason du réel.L’héroïsme, on le voit, est une réalité qui demande vraiment à être interrogée et redéfinie. En quoi est-ce une notion encore éclairante ? La présence de super héros dans la culture populaire indique-t-elle que le besoin d’avoir des héros est loin d’être mort ? Mais quel sens donner aujourd’hui à l’héroïsme ? II. L’héroïsme selon Hegel A) Une analyse du philosophe Hegel 1) Quelques définitionsEn laissant de côté une discussion de la philosophie de l’histoire de Hegel, on peut tirer quelques éclaircissements des analyses qu’il propose au sujet de l’héroïsme. Selon lui, le héros, en effet, est l’acteur principal de la transition vers un progrès historique. Dans le recueil intitulé : La raison ...
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    19 分
  • L'Instant Philo - Fabulation et post-vérité
    2026/03/29
    Emisssion du dimanche 29 mars 2026Illustration : un tableau de Nicolas Poussin de 1641 intitulé : "Le temps soustrait la vérité aux atteintes de l'envie et de la discorde." Musée du Louvres, Paris. Fabulation et post-véritéI. Position du problèmeA. Chaque époque connaît son lot d’erreurs, de mensonges, de déformations de la réalité au profit de représentations qui se veulent rassurantes. Ce n’est pas nouveau. Toutefois, on constate que nous arrivons actuellement à un niveau de fake news, de contre-récits plus ou moins délirants, d’affabulations qui saturent l’espace public avec ces conséquences fâcheuses qu’on nomme confusion, complotisme, esprit sectaire, discours décomplexés par rapport aux valeurs juridiques, éthiques et démocratiques. Cela nuit aux débats démocratiques et au bon déroulement des élections où la désinformation se déchaîne. Les relations sociales deviennent plus conflictuelles. La violence se banalise. Des opinions qu’on croyait bien établies ainsi que le crédit accordé à la science et à la vérité, sont remis en question. Le 7 mars dernier par exemple, le mouvement Stand up for science – debout pour la science - a organisé une manifestation dans plusieurs villes américaines. L’élection d’hommes politiques qui confondent politique et télé-réalité et l’usage de nouveaux et puissants moyens de communication comme les réseaux sociaux et les chaînes d’information par des propagandistes bien financés et dénués de toute déontologie, expliquent, en grande partie, ce retour à un certain obscurantisme. Certains estiment qu’on peut même s’émanciper des preuves dans les débats. Pour eux, un bon discours doit être péremptoire et mobiliser des émotions fortes et contagieuses. La vérité, l’accord de la pensée avec le réel, est ainsi congédiée. Une telle attitude renvoie à la « post-vérité » qui fut désignée « mot de l’année 2016 » par le prestigieux Dictionnaire d’Oxford qui précise que ce terme apparaît dans « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles. »B. Dans quelques années, les historiens jugeront sans doute sévèrement notre époque. Pourquoi l’immense majorité des humains du début du XXIe siècle, menacés par les conséquences écologiquement désastreuses d’une logique économique particulière, n’a-t-elle pas réagi ? Comment les peuples se sont-ils laissé séduire et conduire par des thèmes et des politiques n’apportant aucune vraie solution aux problèmes réels - menant même à leur aggravation ? Toutefois, quand nous cherchons à être lucides face au présent, nous n’avons pas le recul des années qui permet d’avoir un regard plus détaché. Aussi, faute de pouvoir nous projeter dans le futur, il semble bon de revenir sur des analyses passées susceptibles d’éclairer le présent. Au milieu du siècle dernier, Bergson analyse, dans Les deux sources de la morale et de la religion, une capacité de raconter des histoires et de se détourner de la réalité qu’il nomme la fabulation. Considérée par notre philosophe comme un élément constitutif de notre psychologie humaine, la fabulation permet sans doute d’éclairer la situation actuelle. Car cette « post-vérité », qu’on nous présente comme une nouveauté, n’en est peut-être pas une. Et face à la culture des « émotions sentimenteuses » - l’expression est de Léon Brunchwicg – qui sont faites pour manipuler les foules il paraît opportun de revenir aux analyses rationnelles qui permettent de prendre de la hauteur au bénéfice du bien commun. II. La fabulation : une capacité humaine et une économie psychique particulièreA. Que faut-il entendre par fabulation ?Le terme latin fabula vient d’une racine indo-européenne qui signifie « énoncer ». En français, la fable désigne ainsi deux sortes discours. D’abord un récit imaginaire, une histoire ayant souvent une morale. Pensons aux Fables de La Fontaine. En un second sens, la fable est une allégation mensongère. Le verbe « fabuler » signifie « raconter une histoire invraisemblable ». En ce sens, la fabulation est un récit invraisemblable qui cherche le plus souvent à tromper : c’est une sorte de mensonge qui passe par un récit imaginaire plus ou moins élaboré. Mais on peut aussi se raconter des histoires, c’est-à-dire au fond se persuader de la vérité d’un récit imaginaire parce que ça nous arrange bien. Cet usage de la fabulation pour se rassurer mérite d’être analysé. Freud, Nietzsche et surtout Bergson en ont parlé. La fabulation ne se réduit pas à la volonté de tromper les autres, elle a une fonction psychologique, sociale, religieuse et aussi politique.B. L'analyse de Bergson1) Fabulation et imaginationBergson aborde la notion de fabulation par le biais des ...
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