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L’Asie en mouvement

L’Asie en mouvement

著者: RFI
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Tous les vendredis, Joris Zylberman analyse le fait marquant de la semaine écoulée en Asie, de l’Australie à l’Afghanistan en passant par la Chine. Cette chronique dévoile ce qui se joue derrière l’actualité, en se plongeant dans l’univers asiatique.

France Médias Monde
政治・政府
エピソード
  • Le Japon peut-il se permettre de restreindre l'immigration?
    2026/10/02

    Le Japon a décidé de durcir les règles sur la résidence permanente pour les étrangers. C'est un nouveau tour de vis contre l'immigration dans un archipel qui n'a jamais été historiquement une terre d'accueil.

    Même si elles n'entreront en vigueur que par étapes, les nouvelles règles sont assez strictes. Les étrangers qui veulent rester définitivement vivre au Japon devront prouver deux choses : que leur revenu annuel est supérieur à la moyenne du pays, et qu'ils sont capables de tenir des conversations informelles en japonais. Par ailleurs, depuis ce jeudi 1er octobre, les frais de dossier ont été multipliés par vingt, passant de 10 000 à 200 000 yens, l'équivalent de 61 euros qui grimpent à près de 1 100 euros.

    Autre obligation pour les candidats à la résidence permanente : ils devront démontrer leur « compréhension » des règles sociales dans l'archipel nippon et prouver qu'ils ont cotisé durant 30 ans pour leur retraite. Tout cela est nouveau car auparavant, aucun seuil précis n'était fixé en matière de revenu, de retraites ou de compétences linguistiques.

    Ces nouvelles règles surviennent après les mesures sur les visas touristiques, qui coûtent cinq fois plus chers depuis le 1er juillet - le prix des visas de voyage n'avait pas été augmenté depuis 1978. Mais ce n'est pas tout : le Japon a également instauré de nouvelles règles pour les visas donnés aux étrangers gérant des entreprises. Dorénavant, ils auront trois ans pour se conformer à de nouvelles conditions, notamment de détenir un capital de 30 millions de yens, soit 170 000 euros.

    Sentiment anti-immigration

    Ces mesures vont dans le sens du programme qui a fait élire Sanae Takaichi au poste de Première ministre du Japon. Un programme de contrôle strict de l'immigration, qui place la cheffe du gouvernement très à droite de l'échiquier politique dans l'archipel. Mais il faut préciser que la politique de Takaichi n'est pas en grande rupture avec les normes migratoires établies de longue date dans le pays. Le Japon a longtemps été très réticent à l'idée d'accueillir une immigration importante. L'archipel a longtemps été quasiment fermé aux étrangers. Et quand il a accepté des travailleurs venus d'autres pays, l'État nippon a toujours imposé un apprentissage du japonais, un respect des règles et dans l'idéal, qu'il n'y ait pas trop d'étrangers qui s'installent durablement.

    Deux éléments nouveaux ont changé la donne. D'abord, la forte augmentation récente du nombre d'étrangers, touristes comme travailleurs. À la fin 2025, la population étrangère a atteint un niveau record de 4,12 millions de personnes, soit une hausse de 9,5% par rapport à 2024, et de plus de 80% sur les dix dernières années. Ce qui a fait naître un très fort sentiment anti-immigration dans l'archipel, avec la peur que soit altérée « la culture homogène » de l'archipel. Rappelons quand même que la population japonaise s'élève à 123 millions d'habitants.

    L'autre élément nouveau, c'est que la Première ministre accepte d'aborder le sujet. Ses prédécesseurs, y compris son mentor l'ex-chef du gouvernement assassiné Shinzo Abe, préféraient éluder totalement la question.

    Question de vie ou de mort économique ?

    Cependant, le Japon peut-il se permettre de durcir ses règles d'accueil des travailleurs étrangers ? La très grave pénurie de main d'œuvre engendrée par la baisse vertigineuse de la natalité se combine avec ce que les démographes appellent le « tsunami gris », c'est-à-dire le vieillissement accéléré de la population. Résultat, de nombreux experts s'indignent du durcissement de la politique migratoire : pour eux, il faut absolument que le Japon ouvre davantage les vannes de l'immigration de travail parce que c'est une question de vie ou de mort pour son économie.

    Précisons, pour nuancer, que Sanae Takaichi n'est pas la plus nationaliste au Japon puisqu'elle ne veut pas de remigration, elle ne veut pas vider le Japon de ses étrangers. Elle a créé un nouveau ministère dédié à une « société de coexistence ordonnée et harmonieuse avec les ressortissants étrangers ». On appréciera l'expression. Mais son gouvernement n'est pas fondamentalement contre l'accueil des travailleurs d'autres pays.

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  • Au Laos, la Chine construit à bas bruit sa deuxième base militaire à l'étranger
    2026/10/09
    La Chine est en train de construire sa deuxième base militaire dans le monde hors de ses frontières, après celle de Djibouti. L'installation se trouve en Asie du Sud-Est, au Laos. Officiellement, Pékin ne la présente pas comme une nouvelle base, mais elle en a les contours. Ce sont des images satellites publiées cette semaine qui l'attestent. De petits avions militaires chinois – il y en a huit sur ces images – sont arrivés à Ban Keun, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale laotienne, Vientiane. Il s'agit officiellement d'un centre conjoint sino-laotien de logistique et d'entraînement. Il a été inauguré le 29 septembre, lors d'une cérémonie très formelle à laquelle ont assisté le ministre laotien de la Défense et une délégation de l'Armée populaire de libération (APL) chinoise. L'installation comprend aussi une académie d'aviation de l'amitié sino-laotienne. L'armée populaire laotienne a communiqué : non, ce n'est pas une base chinoise mais un aéroport militaire laotien en construction. Et il est simplement destiné à l'entraînement des pilotes de l'armée de l'air du Laos. C'est la raison pour laquelle, toujours selon les militaires laotiens, la Chine y aménage une longue piste d'atterrissage depuis la fin de l'année 2025. Une piste que l'on voit très clairement d'ailleurs sur les images satellites. Sur les traces de la guerre du Vietnam Sauf que pour les Occidentaux et leurs alliés asiatiques, c'est bel et bien une nouvelle base chinoise. D'abord parce que ce n'est pas une simple piste d'atterrissage, mais un vaste aérodrome en construction. À la place de champs verdoyants, ont émergé une grande piste, une voie de circulation, une aire de stationnement parallèle, ainsi que plusieurs nouveaux bâtiments. Et d'ailleurs, le lieu est très symbolique – et chargé d'histoire. Ce nouvel aéroport a été aménagé sur le site d'un aérodrome connu sous le nom de « Lima Site 44 ». C'était l'une des très nombreuses pistes utilisées par l'armée américaine et la CIA pendant la guerre du Vietnam. Les États-Unis soutenaient alors secrètement l'insurrection des rebelles anticommunistes de l'ethnie hmong, qui est présente dans les montagnes du Laos et du Vietnam. Or, les images satellites montrent aujourd'hui que le nouvel aérodrome construit par la Chine s'étend bien au-delà de la piste en terre rouge assez étroite qui existait durant la guerre du Vietnam. Selon les experts, ce qu'on voit sur ces images ressemble à la structure de la base chinoise de Djibouti ouverte en 2017, et qui était jusqu'à présent l'unique installation militaire de la Chine à l'étranger. Équilibre stratégique bouleversé ? Cette nouvelle base vient renforcer la présence militaire de la Chine en Asie du Sud-Est. Elle complète un autre centre de formation et de logistique établi au Cambodge, dans la base de Ream, dans le golfe de Thaïlande. Une installation inaugurée en 2025 par le Premier ministre cambodgien Hun Manet, après trois années de travaux de rénovation financés par la Chine, pour construire notamment un quai en eau profonde de 300 mètres de long et une cale sèche de 5 000 tonnes. Là aussi, les Américains, les Vietnamiens et les Japonais s'inquiètent d'un site qui peut se transformer en base chinoise. Rappelons par ailleurs qu'au Laos, la présence de la Chine est en expansion rapide depuis 15 ans au moins. Le nord du pays a été de fait intégré économiquement au sud de la Chine, grâce à de nouvelles autoroutes et une ligne ferroviaire imposante réalisée par Pékin. Les investissements chinois sont massifs dans tout le Laos, accompagnés par une importante communauté d'expatriés chinois dans la capitale et les villes du nord du Laos. L'installation de Ban Keun peut modifier l'équilibre stratégique de l'Asie du Sud-Est continentale, en éloignant davantage le Laos et le Cambodge de la sphère d'influence du Vietnam, ce qui réduirait la marge de manœuvre des Vietnamiens en cas de crise avec la Chine. À lire aussiLa Chine inaugure une installation militaire conjointe avec Vientiane au Laos
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  • Birmanie: les calculs de la junte derrière les images d'Aung San Suu Kyi
    2026/10/23
    Cette semaine, pour la première fois en plus de cinq ans de captivité, l'ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a pu parler à son fils au télphone. De rares images d'elle ont aussi circulé alors qu'elle recevait un cadeau du roi Charles III. Une opération de communication bien ficelée. L'opération est distillée sur deux jours. Elle commence mercredi 21 octobre avec cette photo de l'ancienne icône de la démocratie en Birmanie assise face à de deux hommes qui tournent le dos à l'objectif. Le décor est une pièce similaire à celle des dernières images diffusées d'elle au mois d'août dernier avec un représentant de la Croix rouge. On ne sait pas s'il s'agit d'une pièce de sa résidence surveillée où elle a été transférée après des années de prison suite au Coup d'Etat militaire qui l'a renversée le 1er février 2021. Cette fois-ci, l'image s'accompagne d'un élément de langage sur Aung San Suu Kyi, décrite comme une « détenue spéciale de sexe féminin », première fois que les autorités birmanes utilisent ce terme pour désigner celle qu'on surnomme aussi la « Dame de Rangoun ». Sur la photo, les deux hommes face à elle, des officiels du ministère de l'Intérieur, lui remettent un colis de la part du monarque britannique. Charles III lui a notamment envoyé deux ouvrages, l'un sur le jardinage et l'autre sur la cuisine issue de la terre, de l'agriculture biologique. Un cadeau de la part de l'ancienne puissance coloniale et du roi Charles connu pour sa passion de la botanique et de l'environnement, lui qui a reçu Aung San Suu Kyi en 2014 et en 2017 à Londres. Certains commentateurs ont salué une opération très fine de la part de Charles III, pour à la fois attirer l'attention sur le sort d'Aung San Suu Kyi, 81 ans, et sur celui de la population birmane qui meurt de faim, qui n'a pas accès à la gastronomie bio et qui souffre d'une guerre civile meurtrière, 100 000 morts depuis le putsch de 2021. « Illusion de normalité » Cependant, ce n'est pas exactement l'avis du fils d'Aung San Suu Kyi qui dénonce à la fois le cadeau et la mise en scène. Kim Aris, le fils cadet de la Dame de Rangoun, qui milite pour sa libération depuis Londres, a critiqué le monarque britannique, dont il reconnaît les bonnes intentions. Mais pour lui, le roi Charles, par ses cadeaux, risque de « légitimer le régime militaire birman » en lui permettant je cite « d'utiliser des révélations sélectives pour créer une illusion de normalité ou pour une légitimité internationale ». Et cela alors que « les droits fondamentaux de ma mère continuent d'être bafoués », insiste Kim Aris. D'autres experts se demandent pourquoi le Roi Charles III s'est prêté au jeu de la junte birmane. Est-ce un message à Aung San Suu Kyi pour lui suggérer de faire la cuisine et cultiver son jardin plutôt que de chercher à diriger le pays ? Rappelons que le régime birman s'est institutionnalisé grâce à des élections jugées truquées par les observateurs internationaux, mais qui ont permis au général putschiste Min Aung Hlaing de trouver un habillage civil à son pouvoir autoritaire en se faisant nommer président du pays. Il a depuis été reçu en grande pompe en Chine, en Inde, en Russie ou en Thaïlande. Vague américaine C'est que le président birman joue sur plusieurs tableaux avec l'image d'Aung San Suu Kyi. D'un côté, il la montre avec l'apparence d'une personne en bonne santé. C'est ce que son fils a dû reconnaître après lui avoir parlé au téléphone jeudi 22 octobre pour la première fois depuis plus de 5 ans. D'ailleurs, dans une interview au magazine américaine Time en septembre dernier, Min Aung Hlaing a lâché la phrase suivante : « J'ai été extrêmement indulgent avec Aung San Suu Kyi. » Il sait que de nombreux pays d'Asie du Sud-Est et au-delà souhaitent la libération de la prix Nobel de la paix en 1991 et que des images d'elle suivies d'un appel de son fils ont toutes les chances d'être bien accueilli. Peu importe l'hypocrisie de la manœuvre. Car en parallèle Min Aung Hlaing cherche à surfer sur une nouvelle vague de légitimité : une vague américaine. En août, l'administration Trump a envoyé l'un de ses sous-secrétaires d'État rencontrer à Tokyo des responsables birmans, ce qui a brisé des années d'isolement diplomatique. Pas encore de normalisation officielle mais comme ailleurs dans le monde, Donald Trump s'intéresse à la Birmanie pour ses minerais critiques, ce qui arrangerait beaucoup Min Aung Hlaing, lui qui cherche à sortir son pays de la dépendance à la Chine.
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