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Pourquoi trouve-t-on des oranges toute l'année?

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Les agrumes murissant en hiver, les productions des deux hémisphères, principalement en Espagne et en Afrique du Sud, permettent d'alimenter le marché européen en continu. Mais même en été, les Européens trouvent des oranges espagnoles, conservées dans des frigos géants. L’orange est un agrume, originaire d’Asie comme tous les agrumes, et les agrumes ont cette particularité de donner des fruits en hiver. Et pourtant, dans les supermarchés français par exemple, on trouve tout le temps des oranges, cueillies pour la plupart soit en Espagne, soit en Afrique du sud. « Pour alimenter le marché 12 mois sur 12, les spécialistes de l'agrume viennent travailler sur des origines de l'hémisphère nord et des origines de l'hémisphère sud, explique d’Eric Imbert, agroéconomiste au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Les agrumes étant des fruits solides, il est possible, évidemment, de les conserver en frigos comme on le fait pour les pommes, par exemple. La récolte de pommes a lieu à l'automne et on trouve encore des pommes françaises sur le marché au mois de mai. » Le froid ralentit la respiration C’est ainsi que des oranges achetées ces dernières semaines en France et récoltées en Espagne sortent du frigo. L’Espagne produit des oranges d’octobre à juin, grâce à des variétés précoces et d’autres tardives, issues de mutations spontanés (l’histoire des agrumes est d’ailleurs une vaste histoire de croisements dans la nature, que l’homme a repérés et exploités). Mais au mois de juin, une partie de la production est stockée dans des frigos XXL – le froid conserve. « De toutes façons, poursuit le spécialiste des marchés des agrumes, à partir du moment où le fruit a été cueilli, vous avez besoin de ralentir sa respiration le plus rapidement possible pour pouvoir optimiser sa durée de consommation ainsi que ses qualités organoleptiques », c’est-à-dire sa couleur, son goût ou son parfum. À lire aussiAgrumes: l'Afrique du Sud détrône l'Espagne et devient le premier exportateur mondial Il est toujours mieux manger des fruits de saison, mais si on ne peut vraiment pas se passer d’oranges l’été en Europe, les fruits d’Afrique du Sud sont disponibles dans les étals. Et même si elles sont aussi transportées dans des frigos, ces oranges ont paradoxalement un meilleur bilan carbone, malgré la distance. « Des frigos consomment de l'énergie et il y a effectivement parfois des calculs qui sont un peu surprenants entre, par exemple, faire venir une orange de l'hémisphère sud par bateau ou conserver une orange méditerranéenne pendant un temps relativement long. Pour certains produits horticoles, la balance penchait plutôt pour la production de l'hémisphère sud », résume Eric Imbert. Coups de chaleur Les frigos émettent du CO2, et l’orange est victime du changement climatique. Ces dernières années ont été particulièrement compliquées pour l’orange espagnole. « Il y a un franc recul de la production espagnole du fait du changement climatique, confirme Eric Imbert. On a eu des problématiques très fortes à la fois de sécheresse et de température, dans la mesure où on a souvent des épisodes précoces de coups de chaleur qui sont extrêmement dommageables quand l'arbre est en fleur ou que les fruits commencent à nouer », quand la fleur fécondée commence à se transformer en fruit. Evidement, ces phénomènes risquent de s’aggraver, et pas seulement pour les oranges. Une autre menace pèse sur les oranges et les orangers : la maladie du dragon jaune, véhiculée par un insecte. Elle est originaire d’Asie et a décimé à partir des années 2000 les vergers de Floride aux Etats-Unis, jusqu’au Brésil, le premier producteur mondial d’orange à jus. « La mondialisation des échanges, c’est aussi la mondialisation des maladies, souligne Eric Imbert, du Cirad. En l'occurrence, il s'agirait d'un pied d'arbre contaminé qui a été apporté par un touriste américain qui revenait de Chine. Si cette maladie rentrait dans le bassin méditerranéen, ce serait un véritable coup de tonnerre puisqu'on pourrait imaginer une mortalité des arbres peut-être comparable à celle que l'on a vue et qui a été dramatique au niveau de la Floride. » Comme un retour aux origines : une maladie asiatique pour un fruit originaire d’Asie. À lire aussiL'orange est orange (mais pas partout)
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