Pour le documentaire «Les survivants du Che», Christophe Dimitri Réveille retrouve les compagnons d'Ernesto Guevara
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« Soyez réalistes, demandez l'impossible. » La formule est attribuée à Ernesto Guevara, dit le Che, exécuté le 9 octobre 1967 en Bolivie alors qu’il tentait d’exporter la révolution cubaine en Amérique latine. L’impossible, c’est ce qu’ont accompli six de ses compagnons d'armes qui, pendant plusieurs mois, ont parcouru plus de 2 400 kilomètres à travers la Bolivie, poursuivis par 4 000 soldats. Un documentaire intitulé Les survivants du Che raconte leur histoire.
C'est l'histoire de ceux qui font les révolutions, mais dont les noms n'apparaissent jamais. En 1967, le Che est capturé et exécuté en Bolivie…
RFI : Dans votre premier long métrage documentaire, Les Survivants du Che, vous racontez l'épopée incroyable de six guérilleros qui étaient avec Che Guevara en Bolivie et qui ont pris la fuite lorsque le Che a été capturé, puis exécuté. Ils se sont enfuis sur plus de 2 400 kilomètres à travers la Bolivie. Ils ont échappé à des milliers de soldats. Pourquoi raconter cette histoire maintenant ?
Christophe Dimitri Réveille : Pourquoi maintenant ? Je ne sais. Cela fait 22 ans que je veux la raconter, mais effectivement, j'ai l'impression que c'est maintenant qu'elle trouve son écho. Le contexte géopolitique actuel aide à ce qu'on ait envie de montrer ce film. En tout cas, je pense que ce n'est pas anodin que ce soit maintenant qu'il sorte et qu'il y ait de l'intérêt autour de ce film.
L’histoire de ces survivants, est-elle peu connue ?
Chaque fois que je rencontre des gens, ils ne savent pas, même des gens qui connaissent bien le sujet. Tout le monde avait l'attention focalisée sur Che Guevara. Un des survivants, le guide du Parti communiste, m’a dit souvent que tout le monde a pensé que l'histoire s'arrêtait ici. Mais, en fait, l'histoire des survivants commence à la mort du Che, parce qu'ils sont sans leur guide, sans leur chef, et ils doivent sortir vivants de cet enfer.
Nous sommes en octobre 1967, dans les montagnes de Bolivie. Ernesto Guevara est capturé par l'armée bolivienne qui est appuyée par la CIA. Il est exécuté et six de ces guérilleros arrivent à s'échapper. Cela semble complètement impossible de survivre dans cet environnement, traqué par les soldats.
Je crois qu'ils sont sortis vivants parce qu'ils se sont mis en marche. Le film commence quand le Che les envoie vers les hauteurs. Parc que le Che leur dit : Mettez-vous sur les hauteurs, ils ne sont pas tués ou arrêtés. Et à partir de ce moment-là, très vite, ils ont fait ce qu'ils appellent « le serment de la Quebrada del Toro » : il faut qu'on sorte, qu'on raconte tout à Fidel Castro et qu'on relance la lutte.
Vous avez mis vingt ans à faire ce film. Vous avez retrouvé les survivants qui ont accepté de vous parler. Vous avez retrouvé aussi leurs antagonistes. Puis il y a des images d'animation pour raconter ce que vous ne pouvez pas montrer. Et ce film fait écho à notre époque.
Il y a le fait que l'autre fou furieux, Donald Trump, veut envahir Cuba. D'ailleurs, au Festival de Cannes, c'était hyper bizarre, parce qu'on se disait : C'est fou, il y a un peuple qui est en train de souffrir et nous on est là à porter leur histoire. C'était très ambigu à vivre. En ce moment, avec les élections en France qui arrivent, on sent arriver le Rassemblement national. Il y a des dangers un peu partout qui pointent, et j'ai l'impression qu'on a besoin de s'évader, d’une résistance par la culture.
Votre film, Les survivants du Che, montre aussi cette flamme de la révolution qui n'a jamais quitté ces guerriers.
Je pense que ce film est profondément politique, mais une politique qui passe par l’humain. Le dogme ne m'intéresse pas. Je crois que c'est par l'humain qu'on arrivera à changer les choses. Je crois beaucoup plus à des gens qui travaillent dans les associations, des gens de l'ombre dont personne ne parle, plutôt qu’à des gens qui pérorent sur de grands changements. Je crois plutôt au petit travail des petites mains de l'ombre.
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