エピソード

  • «Gaza, quel avenir ?»: quand la chercheuse Laetitia Bucaille s'interroge sur le futur de l'enclave palestinienne
    2026/01/10

    Gaza, quel avenir ? Après deux ans de guerre dévastatrice et trois mois de cessez-le-feu hypothétique, telle est la question que pose la chercheuse Laetitia Bucaille dans son nouveau livre paru aux éditions Stock. Professeure de sociologie politique à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), elle s'y interroge sur l’avenir de l'enclave palestinienne plus de deux ans après les massacres du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas en Israël, ainsi que sur les conséquences de la guerre meurtrière menée par l’État hébreu contre sa population.

    RFI : Avant d'essayer de répondre à la question de l'avenir de la bande de Gaza, ouvrons une petite page de l'histoire récente de l'enclave. Ce territoire palestinien a connu des guerres menées par Israël en 2008, 2009, 2012 et 2014, mais également de grandes manifestations - baptisées « La marche du retour » - en 2018, elles aussi réprimées dans le sang par l'armée d'occupation israélienne -, sans compter la guerre de 2021. Et puis il y a le massacre de la population palestinienne depuis octobre 2023, toujours en cours malgré un cessez-le-feu théorique. Les Palestiniens sont-ils condamnés, selon vous, à vivre ces guerres coloniales asymétriques et brutales ?

    Laetitia Bucaille : Il faut espérer que cela cesse. L'avenir proche est tout à fait incertain. Il y a une forme d'accalmie pour Gaza. Je dis « une forme » parce que, comme vous l'avez mentionné, il y a effectivement toujours des morts provoqués par l'armée israélienne. Il est possible qu'avec le plan de paix imposé par Donald Trump, l'on passe à un autre mode de gestion des Palestiniens qui serait plus international, comme une sorte de mandat, de protectorat, avalisé par tout ou partie de la communauté internationale, sans que les Palestiniens ne se dirigent pour autant vers une forme de souveraineté.

    Les Palestiniens de Gaza sont assiégés par Israël depuis 2007. Quel effet a eu ce blocus sur les rapports politiques et sociaux à Gaza ?

    Le blocus a effectivement été décrété en 2007. Mais, depuis l'instauration de l'autonomie palestinienne en 1994, la circulation des Gazaouis a été extrêmement limitée : les autorisations de sortie qui leur étaient accordées alors l'étaient vraiment au compte-gouttes. Je crois que, dans la deuxième partie des années 1990, il y avait à peu près 4% de la population gazaouie qui pouvait sortir de l'enclave. Cela veut dire aussi que le Hamas a pu en prendre le contrôle et y développer son emprise sur la société palestinienne sans que l'on puisse en prendre la mesure.

    Après les massacres du 7-Octobre et la prise en otage d'Israéliens, les dirigeants du Hamas ont - comme d'ailleurs le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ex-ministre de la Défense Yoav Gallant - fait l'objet de mandats d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Le mouvement islamiste peut-il aujourd'hui encore faire partie de l'avenir de Gaza ?

    La communauté internationale s'y oppose. Ce que disent les Israéliens, ce que disent aussi les Américains et les Européens, c'est qu'on doit faire sans le Hamas, qu'il faut le désarmer. Cela étant, un certain nombre de militaires assez lucides sur la question - y compris dans certains cercles israéliens - ont conscience du fait que le Hamas ne va pas disparaître. Cette entité issue des Frères musulmans ne va pas s'évanouir dans Gaza ou ailleurs car le tissu qu'elle a développé durant plusieurs décennies est toujours vivace. Et l'un des objectifs du Hamas, c'est aussi de s'imposer comme le leader des Palestiniens : il est donc probable que l'organisation ne renonce pas à jouer un rôle dans l'enclave à l'avenir. Quels seront ses moyens pour s'imposer ? Là, c'est difficile à déterminer. Mais s'il n'a rien obtenu à Gaza, qui est aujourd'hui complètement détruite, le Hamas peut toutefois se targuer d'avoir atteint une audience mondiale et d'avoir provoqué une renaissance de l'intérêt pour la cause palestinienne ainsi qu'un soutien pour elle dans le monde entier.

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  • «Rivalités pour la paix, Géopolitique de l'ONU»: entretien avec Arthur Boutellis
    2026/01/03

    Quel avenir pour l'ONU à l'ère de Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping ? Et quel avenir pour les opérations de maintien de la paix de l'organisation ? Ces missions onusiennes incarnées par les emblématiques Casques bleus qui ont longtemps fait l'unanimité parmi les États membres sont aujourd'hui remises en cause du fait de rivalités de puissances toujours plus intenses, de la contestation de certaines normes, du recours à la force ou de la violation du droit. C'est le thème du livre Rivalités pour la paix, géopolitique de l'ONU, d'Antoine Boutellis, conseiller sénior à l'International Peace Institute de New York et enseignant à Sciences Po Paris.

    Rivalités pour la paix, géopolitique de l'ONU, d'Arthur Boutellis, éditions Armand Colin, 264 pages, 23,90 euros

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  • «Le Monde après Gaza» de l’écrivain indo-britannique Pankaj Mishra
    2025/12/27
    L’essai Le Monde après Gaza de l’écrivain indo-britannique Pankaj Mishra s’ouvre sur les derniers jours de l’insurrection dans le ghetto de Varsovie en 1943, réprimée dans le sang par les nazis. Comparant l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale à l’anéantissement de Gaza par Israël sous le regard complice des puissances démocratiques occidentales, Mishra pointe du doigt la radicalisation de la société israélienne et s’inquiète de l’effondrement moral généralisé. Puisant sa réflexion aussi bien chez Primo Levi, Hannah Arendt, Edward Said que James Baldwin, ce livre relit l’histoire contemporaine à travers une grille morale et invite ses lecteurs à construire le monde d’après en s’appuyant sur une nouvelle conscience politique et éthique. RFI : C’est le sentiment de découragement face à l’effondrement moral généralisé qui vous a conduit à vous lancer dans l’écriture du Monde après Gaza. J’aimerais que vous nous expliquiez les raisons de votre découragement ? Pankaj Mishra : Je me suis retrouvé dans la situation de nombreuses personnes complètement déconcertées par la réaction d’Israël au 7-Octobre. Nous avons vécu des mois d’extermination de masse diffusés en direct, quelque chose de sans précédent dans l’histoire de l’humanité. En même temps, ce qui a été également inédit ces derniers mois, c’est de voir les démocraties occidentales qui prétendent défendre un ordre international fondé sur des règles, qui prétendent se battre pour la démocratie et les droits humains, appuyer Israël en lui apportant leur soutien tant diplomatique, militaire que moral. En conséquence, tout un système de normes, tout un système de lois, toute une manière de comprendre le monde, notre place en son sein, notre perception de nous-mêmes, de nos possibilités, et de ce que nos sociétés pourraient être à l’avenir, désormais tout cela est remis en cause. C’est de cela que je parle quand je vous dis que nous assistons à un effondrement moral généralisé. Je suis étonné de votre réaction. Vous semblez avoir oublié les violences des guerres coloniales, les atrocités commises en Corée et au Vietnam, la mauvaise foi qui a conduit à la guerre en Irak… Je pense que les gens de ma génération n’ont pas oublié les longues guerres et les atrocités de l’impérialisme. Je n’avais pas vraiment beaucoup d’illusions sur la nature de la démocratie occidentale ni sur cette rhétorique des droits de l’homme. Mais je dois admettre que, même pour des personnes comme moi, formées à l’histoire mondiale, les événements de Gaza - au cours desquels on a vu les gens abandonner leurs principes pour se ranger du côté des auteurs d’un génocide - ont été un choc immense. À quand situez-vous la corrosion morale dans la société israélienne que vous pointez et que vous n’êtes d’ailleurs pas le seul à évoquer ? Pour la plupart des observateurs, cette corrosion morale commence avec l’endoctrinement de la population israélienne et la construction d’une identité nationale fondée sur la Shoah et l’expérience juive en Europe. Pendant les premières années de l’existence d’Israël, la Shoah ne faisait pas partie de l’image que ce pays se faisait de lui-même. Les premiers dirigeants israéliens méprisaient les survivants de l’Holocauste : ils les voyaient comme des êtres faibles qui déshonoraient le pays parce qu’ils étaient allés à la mort sans résistance. Ce n’est que plus tard, à partir des années 1960, que le récit de la Shoah a été redécouvert et élaboré afin d’imposer une identité nationale cohérente. Ainsi, plusieurs générations d’Israéliens ont été endoctrinées avec ce message très dangereux selon lequel le monde qui les entoure serait rempli de gens cherchant à les tuer et à les éradiquer. Dans votre ouvrage, vous revenez longuement sur les mises en garde lancées en leur temps par d’éminents philosophes tels que Hannah Arendt et Primo Lévi contre cet endoctrinement. Pourquoi n’ont-ils pas été écoutés? C’est parce que le récit de l’Holocauste a d’abord été confisqué par l’État d’Israël, puis perverti pour servir les intérêts d’un État violent et expansionniste. Des penseurs comme Hannah Arendt, qui avaient vu en Europe les pires excès du nationalisme, étaient très conscients du risque de voir ressurgir ces dangers dans un nouvel État-nation tenté par le fascisme, le suprémacisme ethnique et racial. C’est pourquoi elle s’est farouchement opposée à l’idée du sionisme comme doctrine constitutive de l’Etat d’Israël. Primo Levi, lui, qui croyait en l’idée d’un Israël socialiste, fut totalement horrifié en découvrant les preuves des atrocités israéliennes commises contre les Libanais et les Palestiniens. Ces penseurs ne pouvaient concevoir que la Shoah serve de ...
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  • «L'amour en temps de guerre, récits d'Ukraine»: entretien avec Maryna Kumeda
    2025/12/20

    Comment s'aimer, s'unir et faire des projets d'enfants lorsqu'on n'est pas sûr de voir le jour se lever ? C'est la question que pose Maryna Kumeda dans son livre L'amour en temps de guerre, récits d'Ukraine, paru aux éditions de l'Aube. Un ensemble de témoignages touchants sur l'absence, le deuil, mais aussi l'espoir et la pulsion de vie.

    À lire aussiUkraine: à Sloviansk, la dernière maternité ouverte de la région de Donetsk poursuit ses accouchements sous les bombardements

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  • Ukraine: les Européens hantés par les «fantômes de Munich» et Donald Trump par Yalta
    2025/12/13

    Les pressions de Donald Trump pour forcer une paix en forme de capitulation de l'Ukraine auront-ils raison des Européens ? Malgré une prise de conscience de la menace russe, les Européens ne sont-ils pas cependant toujours tentés par un « apaisement » de Vladimir Poutine, comme en 1938 les Britanniques et les Français face à Hitler à Munich ? C'est tout l'enjeu du livre Les fantômes de Munich, signé Isabelle Lasserre, journaliste au Figaro et ancienne correspondante à Moscou. Elle répond aux questions de Joris Zylberman.

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  • «La Syrie au cœur. Du cachot à la liberté », dialogue entre Najah Albukaï et Theo Padnos
    2025/12/06

    Tous deux ont subi l'effroi de la séquestration, de la torture, de la mort inéluctable. Tous les deux en Syrie, entre 2011 et 2013, mais pas aux mêmes mains : le dessinateur Najah Albukaï était prisonnier des geôles de Bachar el-Assad, le journaliste américain Theo Padnos était l’otage du Front al-Nosra (al-Qaïda) – fondé par Abou Mohammed al-Joulani, rebaptisé depuis Ahmed al-Charaa et désormais aux commandes du pays. Dans ce livre, le journaliste Denis Lafay réunit ces deux hommes. Ils racontent ce qu’ils ont vécu, leur processus de reconstruction, et considèrent leur avenir et celui du pays. Rencontre.

    La Syrie au cœur. Du cachot à la liberté. Najah Albukaï et Theo Padnos, dialogue avec Denis Lafay. 192 pages. Publié aux éditions de l'Aube.

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    24 分
  • «Au cœur de la Russie en guerre» de Pierre Lévy, ancien ambassadeur en Russie
    2025/11/29

    Il a assisté, aux premières loges, aux événements qui ont conduit la Russie, en février 2022, à lancer son « opération militaire spéciale », en d’autres termes, l’invasion de l’Ukraine. Le diplomate, Pierre Lévy, revient sur son expérience d’ambassadeur de France à Moscou, en publiant : Au cœur de la Russie en guerre, un peu plus d’un an après avoir quitté ce poste. Pierre Lévy répond aux questions d’Anastasia Becchio.

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  • Elisa Chelle, professeure en science politique et autrice de l'ouvrage: «Les leçons du Trumpisme»
    2025/11/22

    Plus d'un an après sa réélection à la Maison Blanche, Donald Trump apparaît toujours plus puissant à la tête des États-Unis. Il semble marcher sur le Congrès et ignorer la loi. Une présidence impériale qui n'est pas une première dans l'histoire américaine. Mais peut-on dire pour autant qu'il casse les institutions du pays ? C'est l'un des enjeux de l'ouvrage d'Elisa Chelle, La démocratie à l'épreuve du populisme, les leçons du trumpisme. Elisa Chelle est professeure de science politique à l'Université Paris Nanterre et chercheuse liée à Sciences Po.

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