Des chansons vieilles de plusieurs siècles qui résonnent pourtant avec une étonnante modernité. Dans Songs from the North Country, la chanteuse franco-américaine Rosemary Standley, voix emblématique du groupe Moriarty, et le flûtiste baroque François Lazarevitch, fondateur des Musiciens de Saint-Julien, revisitent vingt ballades anglaises, écossaises et irlandaises composées entre le XVIe et le XXe siècle. Un voyage folk-baroque entre traditions populaires, héroïnes rebelles et instruments anciens.
Aux racines de la folk anglo-celtique Avec Songs from the North Country, Rosemary Standley et François Lazarevitch plongent dans un répertoire qui remonte parfois jusqu'au Moyen Âge. Ces chants traditionnels, transmis de génération en génération à travers les îles Britanniques, ont traversé les siècles avant d'influencer profondément la folk américaine.
Dès les premières mesures de « Whistle, Daughter, Whistle », le ton est donné. Derrière cette mélodie entraînante se cache une satire médiévale pleine d'humour où une mère et sa fille abordent sans détours les questions du mariage et du désir. Un témoignage précieux de la liberté de ton que recèlent ces répertoires populaires.
Des chansons devenues universelles Parmi les titres les plus célèbres figure « Scarborough Fair », sans doute l'une des ballades traditionnelles les plus connues au monde. Popularisée dans les années 60 par Simon & Garfunkel, elle possède pourtant des racines bien plus anciennes, probablement médiévales.
Au fil du temps, d'innombrables artistes se sont approprié cette chanson, de Marianne Faithfull à Harry Belafonte, jusqu'à Lana Del Rey. La preuve que ces mélodies ancestrales continuent de nourrir l'imaginaire musical contemporain.
Des héroïnes libres et insoumises Si les femmes occupent une place centrale dans cet album, elles apparaissent rarement sous les traits attendus. Les chansons réunies par Rosemary Standley racontent des figures audacieuses qui défient les conventions de leur époque.
On croise ainsi une femme marin qui se déguise en homme pour prendre la mer dans « The Female Rambling Sailor », ou encore l'héroïne de « Katie Cruel », rejetée par sa communauté, mais déterminée à choisir sa propre voie. Autant de récits qui résonnent aujourd'hui comme des histoires d'émancipation et de liberté.
Pour Rosemary Standley, ces chansons révèlent une modernité saisissante. Derrière leur ancienneté se déploient des aspirations universelles, des personnages complexes et un puissant désir d'indépendance.
Entre instruments anciens et énergie contemporaine L'une des grandes réussites de Songs from the North Country tient à son équilibre entre fidélité historique et vitalité actuelle. François Lazarevitch déploie un impressionnant arsenal instrumental : flûtes, cornemuses, percussions écossaises et irlandaises, triple harpe ou encore pandore du XVIIe siècle, lointain ancêtre de la guitare folk. Sous ses doigts, ces instruments anciens retrouvent une vigueur remarquable.
Le résultat est tout sauf muséal. Groove, virtuosité, complaintes bouleversantes et danses effrénées se succèdent avec naturel, portés par des arrangements qui font dialoguer les siècles.
La voix sans frontières de Rosemary Standley Au cœur de cet univers se trouve la voix singulière de Rosemary Standley. Artiste inclassable, elle navigue avec une aisance déconcertante entre rock, musique baroque, rythm and blues, répertoire yiddish, opéra ou chanson réunionnaise.
Dans ces chansons du nord, tour à tour mélancoliques et jubilatoires, elle incarne une galerie de personnages peuplant un imaginaire où se croisent femmes et diables, tailleurs et souris, légendes et réalités quotidiennes. Un monde à la fois populaire, fantasque et profondément humain.
Un voyage en tournée Avec Songs from the North Country, Rosemary Standley et François Lazarevitch signent bien davantage qu'un travail de redécouverte patrimoniale. Ils prouvent que ces ballades séculaires parlent encore à notre époque, tant par leurs mélodies que par les histoires qu'elles racontent.