エピソード

  • Avec «Soap Club Vol. 1», le Montréalais Waahli «honore son bagage culturel»
    2026/10/14

    Cela fait vingt ans qu'il arpente la scène hip-hop montréalaise : le Canadien Waahli vient de sortir son quatrième album, Soap Club Vol. 1. Après Black Soap, Soap Box et Soap Opera, l'artiste poursuit son exploration d'un hip-hop ouvert aux quatre vents, et où funk, kompa, électro et sonorités afrobeat se rencontrent joyeusement.

    Cela fait plus de vingt ans que Waahli sillonne la scène hip-hop québecoise, en solo aussi bien qu'avec son collectif Nomadic Massive... qu'on ne s'étonne pas donc si ce Soap Club fait de nouveau la part belle aux influences de ses débuts et à des couplets rappés en créole, en anglais, et en français.

    Comme pour accompagner la diversité de ces langues... des influences musicales très variées se bousculent sur les 13 pistes du disque. D'une chanson à l'autre, Waahli navigue du rap au funk, des sonorités afrobeats à l'électro, en passant bien sûr par le konpa hérité d'Haïti... et qui figure en bonne place sur Soap Club Volume 1.

    Des influences variées, dominées par Haïti

    Car l'héritage haïtien de Waahli occupe une place prépondérante sur le disque – par les sonorités donc, mais aussi par les mots. Si l'artiste chante en différentes langues, le créole haïtien emporte sa préférence. « J'ai grandi dans une famille haïtienne, pointe le chanteur. Cela fait partie de mon identité, et j'ai eu envie d'honorer ce bagage culturel là. »

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    C'est donc avec cette langue (dans laquelle il ambitionne « de devenir meilleur, car il y a toujours quelque chose à apprendre en créole haïtien ! ») qu'il rend hommage, sur « Sonje », aux mères de famille haïtiennes du quartier où il a grandi ; avec lui encore qu'il commémore Toussaint Louverture (« Lovèti »), l'une des figures les plus emblématiques de la révolution haïtienne. « Je répète plusieurs fois son nom, car je ne veux pas qu'on l'oublie, insiste Waahli. Lui rendre hommage me paraît important, surtout dans une période où Haïti, qui a une richesse folle, qu'on appelait la "perle des Antilles", traverse une situation aussi difficile. »

    Car Waahli, au-delà d'un chimiste qui s'amuse à mélanger les ingrédients dans son laboratoire musical, est aussi un artiste engagé. Dans ses textes, il alerte aussi bien sur le racisme systémique sur les réseaux sociaux devenus omniprésents, ou encore le réchauffement climatique : un engagement lié, dit-il, à son statut de « père de famille ». « Je pense beaucoup aux jeunes générations, confirme-t-il, à ce qu'on va leur laisser. Parfois, on est tenté d'être pessimiste, de se dire que tout cela ne sert à rien. Mais je ne veux pas basculer là-dedans. »

    Un album comme un rituel de purification

    De Black Soap à Soap Box, de Seven Bubbles à Soap Opera et maintenant Soap Club : depuis ses premiers projets en solo, Waahli cultive une saine obsession pour le savon. « Ça a commencé lorsque j'ai commencé à fabriquer mes propres savons parce que je n'en trouvais aucun qui me convienne, s'amuse-t-il. C'était au moment où j'ai lancé mon projet solo. Et ça m'a vraiment donné un boost de créativité. Depuis, cela me suit sur tous mes projets et c'est devenu quelque chose de conceptuel. »

    Mais au-delà de l'anecdote amusante, c'est aussi une quasi-philosophie. Sur son disque, Waahli édicte sept règles, dont la quatrième est qu'« on ne se nettoie pas que les mains, mais l'esprit aussi. Il y a une dimension spirituelle là-dedans, juge Waahli. C'est une forme d'invitation au soin de soi. À faire attention, aussi, à ce que l'on consomme, les informations notamment. » Une chose est sûre : consommer Soap Club Vol. 1, c'est forcément un remède.

    Soap Club Vol. 1 (Wyzah Musk Productions), sortie le 9 octobre 2026.

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  • Entretien exclusif: Chuck D et John Densmore, le rappeur et le batteur, même combat
    2026/09/29

    Rencontre au sommet entre deux légendes, deux générations, deux univers : Chuck D, 66 ans et John Densmore, 81 ans. Ensemble, ils ont fondé le groupe doPE. Leur premier album, No Country for Old Man, mêle rimes radicales et beats psychédéliques. Entretien exclusif, à Santa Monica, en Californie.

    D'un côté, Chuck D, fondateur de Public Enemy, formation historique du rap politique et frontal américain, cogne fort dès la fin des années 1980 avec Rebel Without a Pause. De l'autre, John Densmore, batteur des Doors. Le tempo du légendaire groupe de rock californien, c'est lui. Ses baguettes se démarquent illico sur le titre « Break on Through (To the Other Side) », tiré de leur premier album sorti en 1967 ou il démarre par la bossa-nova et ça finit dans les spasmes du rock'n'roll.

    Tout commence par une rencontre entre les deux hommes au Record Store Day, événement sur la musique indépendante américaine. Puis, Chuck D, lui écrit ce mail : « Tu as les beats, j'ai les rimes. Faisons doPE » – do comme Doors, PE comme Public Enemy. Le groupe est né, No Country for Old Man voit le jour.

    À Santa Monica, près de Los Angeles, John Densmore raconte leur collaboration inédite : « J'ai été très inspiré par les textes de rap de Chuck D. Ils m'ont frappé par leur rythme et leur profondeur. Nous faisons de la musique différemment, mais nous partageons la même vision du monde. Ces douze chansons parlent du danger nucléaire et de la vitesse à laquelle notre société avance. Les gens n'ont plus le temps de s'arrêter. Il faut retrouver ce temps, méditer, écouter de la musique, sortir de cette course folle, de cette obsession pour les médicaments et de toutes ces fausses solutions miracle. Chuck D et moi, sommes âgés. Mais l'âge nous donne du recul. Alors il a trouvé le nom, No Country for Old Men. C'est génial, parce qu'il résume un peu qui nous sommes. Et j'espère qu'il existe quelque part un pays pour des vieux sages comme nous, qui avons encore une conscience. »

    Le titre éponyme No Country for Old Men est un manifeste, où le batteur octogénaire s'aventure même au micro, façon Bob Dylan, entre chant et parole.

    L'héritage de Jim Morrison

    Catastrophes, peurs, conflits... John Densmore joue avec notre goût très contemporain pour la fin du monde. Mais sa vraie boussole reste Jim Morrison, le chanteur des Doors, disparu à l’âge de 27 ans. « J'ai toujours une immense admiration pour les chansons de Jim Morrison. Elles sont intelligentes et, plus de cinquante ans plus tard, toujours d'actualité. Il avait compris que ce monde manquait cruellement d'humanité. »

    Et le même constat vaut pour l'Amérique d'aujourd'hui : « L'Amérique doit retrouver un chemin plus positif, s'ouvrir aux autres. Nous sommes venus ici d'Europe et nous ne respectons pas encore suffisamment les peuples autochtones chez nous. Nous devons débarrasser les États-Unis du racisme. Dans les années 1960, nous avons planté les graines des droits civiques, de la paix et du féminisme. Elles n'ont pas échoué : elles ont simplement besoin d'eau. Parfois, il faut du temps pour qu'elles portent leurs fruits. Alors, sortez vos tuyaux d'arrosage. N'abandonnez pas. »

    À 66 et 81 ans, Chuck D et John Densmore, ont un peu changé de registre musical, mais pas de combat.

    doPE – Chuck D et John Densmore No Country for Old Man (Org Music) 2026

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    7 分
  • Les frères guitaristes Hermanos Gutiérrez célèbrent les Andes dans l'album «Los Ojos del Condor»
    2026/09/30

    Après les déserts américains, puis les paysages cosmiques de leur précédent album Sonido Cósmico, les frères Hermanos Gutiérrez reviennent à leurs racines dans les Andes. Avec Los Ojos del Condor, leur huitième album, ce duo de guitaristes enrichi son univers instrumental de nouvelles sonorités sud-américaines, sans renoncer à cette musique contemplative et cinématographique qui a séduit des millions d'auditeurs à travers le monde.

    Les Hermanos Gutiérrez font une musique sans paroles, mais où les images abondent. D'un album à l'autre, le duo construit une œuvre instrumentale qui évoque les grands espaces américains, en écho aux bandes originales de westerns signées Ennio Morricone.

    Les frères, Alejandro et Estevan Gutiérrez nous entraînent avec ce nouvel album, Los Ojos del Condor, vers les sommets de la cordillère des Andes, où plane le condor, cet oiseau majestueux considéré dans plusieurs traditions autochtones d'Amérique du Sud comme un messager entre le monde terrestre et le monde céleste.

    Deux frères, deux guitares, un dialogue

    Nés d'une mère équatorienne et d'un père suisse, les deux musiciens ont développé un langage musical singulier fondé sur le dialogue inextricable de leurs guitares. L’aîné – avec son tatouage de cheval au galop sur la main droite – est reconnu pour son jeu de picking (le pincé de corde), tandis que le cadet moustachu, Estevan privilégie les effets de glissement au bottleneck et la guitare-percussion.

    La nouveauté de Los Ojos del Condor réside dans l'apparition de nouvelles couleurs musicales. Teinté de cumbia bolivienne ou de milonga argentine, l'album s'enrichit de sonorités andines grâce à l'introduction d'instruments traditionnels comme le charango, l'accordéon ou la flûte de Pan.

    Le succès inattendu d'une musique sans paroles

    Comment expliquer qu'un duo de guitares instrumentales, à la musique souvent mélancolique et contemplative, remplisse aujourd'hui les salles du monde entier et cumule des dizaines de millions d'écoutes sur les plateformes de streaming ?

    Sans doute parce que cette musique cinématographique laisse à chacun la liberté d'y projeter ses émotions sans aucune barrière linguistique, mais aussi parce que le marché des musiques instrumentales s’est considérablement développé avec le streaming ces dernières années.

    Les deux frères eux-mêmes parlent du tournant dans leur carrière qu’a été l’année 2020, pendant la pandémie de Covid-19. Plusieurs de leurs morceaux connaissent alors un extraordinaire succès en ligne, notamment Cerca de Ti ainsi que leur dernier album autoproduit Hijos del Sol.

    La rencontre décisive avec Dan Auerbach

    C'est dans ce contexte que Dan Auerbach, chanteur et guitariste du célèbre groupe de blues-rock américain The Black Keys, découvre presque par hasard les Hermanos Gutiérrez. Séduit par leur univers, il les invite à Nashville où ils enregistrent El Bueno y El Malo sur son label Easy Eye Sound,un album nominé aux Grammy Awards en 2023. De quoi leur ouvrir le marché américain et les grands festivals internationaux.

    En une décennie, ces deux frères qui avaient commencé par jouer dans des restaurants suisses comme musique d'ambiance ont réussi, sans dire un mot, à se forger une signature immédiatement reconnaissable.

    Los Ojos del Condor est disponible à la vente et sur les plateformes. Les Hermanos Gutiérrez seront notamment en concert au Zénith de Paris le 29 novembre prochain.

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  • «Bodies & Ideas» de Léon Phal, un jazz feel good pour traverser l'époque
    2026/10/01
    Plein de bonnes ondes dans le choix musical du jour avec le nouvel album du saxophoniste franco-suisse Léon Phal, Bodies & Ideas. Quatrième opus d’un artiste qui s’impose peu à peu comme une référence de la nouvelle scène jazz française. Léon Phal prend des risques sur ce disque, tant dans la prise de son que dans l'interprétation, plus libre et moins scolaire que sur ses albums précédents. Sur celui-ci, tout sonne très « live », comme si le public se trouvait au milieu du groupe et entendait exactement la même chose que les musiciens. Et malgré l'énergie joyeuse qui traverse l’ensemble, l’album cache en réalité de nombreuses angoisses sur l'état de la nature et du monde actuel. « Le cheminement de pensée était un peu plus dark que la musique en elle-même. C'est vrai que la musique a une énergie "feel good", elle a quelque chose d'assez solaire. C'était aussi pour contrebalancer ce que j'avais mis comme énergie à l'intérieur de l'album, qui est justement une prise de conscience de là où on en est dans l'humanité actuellement. C'est très dur pour tout le monde, vous, moi, tout le monde qui écoute. Le quotidien est vraiment pénible de plus en plus depuis quelques années. C'est une volonté de proposer une béquille aux gens, de pouvoir dire : "Aujourd'hui ça va bien se passer, on est ensemble." », explique Léon Phal. Si Bodies & Ideas se veut une « safe place » rassurante, cette intention passe aussi par des morceaux qui ravivent des souvenirs précis, presque cinématographiques. C’est le cas du titre « Les Vacances », raconté par le saxophoniste : « Sur ce morceau, j'ai essayé de restituer le souvenir que j'avais clairement dans la Ford Mondeo break sans clim dans laquelle on partait en Italie. On faisait 2 000 bornes avec ma famille, à cinq dans la voiture. C'était pénible, mais cela ne l'était pas en réalité parce qu'on écoutait de bonnes musiques, beaucoup de reggae. Dans ce morceau, j'ai essayé de restituer un peu cet état second dans lequel on accepte notre condition. On essaie quand même de passer un bon moment. » Entre rap et références italiennes Sur le morceau « Pleine forêt », mis en avant dans la playlist RFI ce mois-ci, Léon Phal plonge son jazz dans du hip-hop et collabore avec la star montante du rap français Jungle Jack. Car le saxophoniste voulait absolument accueillir des voix sur ce disque, y compris une voix italienne, afin de renouer avec ses racines. Une envie concrétisée avec la chanteuse de Nu Guinea, Fabiana Martone, rencontrée à Naples. Il raconte : « Naples est métissée dans ses cultures. Il y a eu énormément de colonisations : les Espagnols, les Français, les Italiens toujours. Mais les familles bourbons de colons qui ont fait la Guadeloupe, qui ont fait la traite des esclaves, la canne à sucre, ils se sont installés aussi à Naples. Il y a eu énormément d'esclavage et de trafic maritime. À chaque fois qu'il y a eu des colonisations, ils ont toujours laissé derrière eux de nombreuses cultures différentes, comme sur l'île de la Réunion. On a un peu cette même ambiance. Je me suis rendu compte que ce morceau est napolitain parce qu'il est à la fois brésilien, afrobeat, hip-hop, moderne, et à la fois ancien. Le chant en napolitain dessus vient vraiment égaliser tout cela, c'est génial. » Si Léon Phal affirme peu à peu sa signature sonore, il continue également de multiplier les références artistiques dans son travail. Cela saute aux yeux dès le titre de l'album, Bodies & Ideas, clin d'œil au standard de jazz « Body and Soul » du saxophoniste américain Coleman Hawkins. Un morceau construit sur des arpèges allant du grave vers les aigus, comme un lien vertical entre le corps et l'esprit. La pochette du disque revisite quant à elle La Divine Comédie de Dante avec la porte des enfers, le purgatoire, et le monde des vivants représenté par une ville où il est écrit à l'entrée « Amor Vincet », l'amour vaincra. Bodies & Ideas, le tout nouvel album du saxophoniste franco-suisse Léon Phal, sera défendu en concert à la Cigale, à Paris, le 19 janvier prochain. À lire aussiJazz: le centenaire de John Coltrane
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  • «Man of Style» de Justin Hicks, l'élégance d'un homme de style(s)
    2026/10/02

    Double lauréat des Grammy Awards, chanteur, auteur-compositeur, pianiste, guitariste et même ancien chef cuisinier dans le Bronx, Justin Hicks cultive l'art des chemins de traverse. Avec Man of Style, l'Afro-Américain de 44 ans rassemble vingt ans de chansons où se croisent folk, soul, jazz, gospel et électro. Onze titres empreints d'une douce mélancolie, traversés de poésie et toujours tournés vers la lumière.

    Derrière le titre Man of Style ne se cache pas une référence à l'élégance vestimentaire de Justin Hicks, mais à la diversité de ses univers musicaux. Cet explorateur sonore passe avec aisance du folk à la soul, du jazz à l'électro. Il y ajoute des accents gospel, r'n'b et hip hop, des bruits d'ambiance, des chants d'oiseaux et même quelques touches expérimentales héritées des dix années passées au sein d'un groupe de noise underground.

    Une enfance entre église, musique et basket

    Né dans le Midwest américain, Justin Hicks grandit dans une famille qu'il décrit comme « très religieuse, mais anormalement progressiste ». Son père, pasteur, nourrit une passion pour les arts plastiques ; sa mère, enseignante, chante dans un trio folk-gospel.

    C'est avec elle qu'il fait ses premiers pas de chanteur à l'église dès l'âge de cinq ans. Elle l'inscrit également à des cours de piano pendant sept ans, avant qu'il ne délaisse temporairement la musique pour le basket. Son parcours le mènera ensuite sur des chemins inattendus, jusqu'aux cuisines de restaurants du Bronx, où il exercera comme chef cuisinier.

    Des chansons nourries par la vie quotidienne

    Cette trajectoire singulière irrigue tout Man of Style. Ainsi, « Use Your Head » s'inspire d'un proverbe transmis par sa mère : utiliser son imagination pour créer quelque chose à partir de presque rien.

    Autre exemple avec « Bread Will Rise » (« Le pain lèvera »), clin d'œil à ses années derrière les fourneaux. Une chanson aux arrangements foisonnants, presque baroques, qui témoigne de l'inépuisable curiosité musicale de l'artiste.

    La force de la simplicité

    Pas de manifeste, pas de discours militant, pas de démonstration grandiloquente dans Man of Style. Justin Hicks préfère la poésie du quotidien, les récits intimes et les émotions discrètes.

    Une musique sincère qui ne cherche pas à changer le monde, mais à accompagner nos vies ordinaires. Et c'est peut-être là qu'elle touche le plus juste.

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    8 分
  • Le pianiste Sullivan Fortner expérimente ses souvenirs sur son sixième album
    2026/10/05

    Leave That in There, ou «Laisse-ça à l'intérieur » en français, c'est le titre du sixième album du génial pianiste de jazz Sullivan Fortner. A 39 ans, le Louisianais est au sommet de son art pour rendre hommage à la culture de La Nouvelle-Orléans.

    Considéré comme le meilleur pianiste de jazz de sa génération, Sullivan Fortner est actuellement en tournée en Europe pour présenter son dernier album. Un jazz « new orleans » mais pas seulement. C'est un disque d'étape dans lequel il revient sur son propre parcours musical.

    Il est né voici trente neuf ans à Laplace, en Louisiane, ville mitoyenne de La Nouvelle-Orléans. Dès l'âge de onze ans, à l'église en écoutant l'organiste Ronald Markham, Sullivan Fortner découvre sa vocation. Il s'inscrit au New Orleans Center for Creative Arts, où il apprend le métier.

    Rapidement son talent explose et Sullivan Fortner devient un pianiste recherché par les artistes de jazz. En paralèlle, il développe son propre répertoire qui lui vaut de multiples récompenses dont le Grammy Award en 2025 du Meilleur album instrumental de jazz avec Southern Nights.

    Leave that in there est son sixième album. Un album d'étape et de réflexion personnelle sur son art. « J’ai réfléchi à mon parcours musical et je me suis dit : "En fait, j’ai grandi en jouant du gospel. Je me suis mis au jazz au lycée, en même temps que la musique classique. J’ai aussi grandi en écoutant du r'n'b, du funk, du hip-hop et tout ça. Alors pourquoi est-ce que je classe les genres musicaux ?" Il n’y a pas besoin de les classer. On fait simplement de la musique. C’est ainsi qu’est née l’idée de l'album.»

    Un album qui condense le savoir-faire du trio formé par Sullivan Fortner avec le contrebassiste Tyron Allen II et batteur Kayvon Gordon. Deux hommes avec qui il se produit depuis deux ans environ. Le titre qui ouvre l'album s'intitule « Sugarcane », c'est un hommage à l'histoire des cultures des Africains-Américains.

    « Au début du XIXe siècle, une révolte d’esclaves a eu lieu en Louisiane. Laplace était alors couverte de champs de canne à sucre. Et ils utilisaient ces champs comme cachettes pour s’échapper et rejoindre La Nouvelle-Orléans, une région plus libre. Le morceau fait donc écho à ces références. Je veux dire que j’ai demandé à Kayvon de jouer des rythmes de tambour bata pour évoquer certaines influences issues des racines latino-américaines, de la culture haïtienne et du vaudou, qui ont aussi une influence sur la culture et la mentalité de la Nouvelle-Orléans.»

    Le tambour bata dont il est question, c'est le tambour yoruba introduit aux Etats-Unis par les esclaves. Il est aussi utilisé à Cuba dans les cérémonies rituelles du Senteria. C'est un tambour en forme de double cônes de tailles et de sonorités différentes.

    Tout au long de l'album, Sullivan Fortner laisse entendre son amour pour des claviers aussi divers que l'orgue Hammond et le synthétiseur Prophet. Des instruments sur lesquels il a appris la musique. Un jazz libre et inspiré qui est aussi une façon de rendre hommage à celles et ceux qui l'ont inspiré durant ces vingt dernières années, à commencer par le trompettiste disparu, Roy Hargrove, ou encore un autre trompettiste Wynton Marasalis, ainsi que sa grande amie, la chanteuse Cécile McLorin Salvant.

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    7 分
  • Avec Alvvays, la pop canadienne s’exporte jusqu’en Chine
    2026/10/06

    Les Canadiens de Toronto, Alvvays, jouent à guichets fermés à Pékin, sans nouvel album à défendre. Plus de 220 concerts en quatre ans dans le monde entier et juste des chansons pop lumineuses, à faire vivre.

    Tout commence à Toronto, en 2011, entre cinq copains de lycée. Au centre, Molly Rankin. Petite blonde d'une trentaine d'années, voix claire, guitare nerveuse, plume en or. Elle est la fille de John Morris Rankin, célèbre figure du folk canadien, fauché par un accident de la route quand elle avait 12 ans. Ce drame, le lui laisse une cicatrice à vie...

    Alors on attend de la noirceur. Elle sert du soleil. Pas de pathos. Ses chansons caressent, éclairent, réparent et font du bien au cœur. Ses trois albums entre 2014 et 2022 ont été salués par la critique internationale grâce a un « tchaktchakpoum » métronomique, tendu comme un fil, hérité des années 70 allié a des breaks redoutables. Mais l'efficacité n'écrase pas l'écriture ciselée comme un bijou. Et le soleil, ne chasse jamais la mélancolie. Elle reste tapie derrière chaque refrain.

    La preuve avec « Archie, Marry Me », le tube de 2014 qui a tout lancé. Une demande en mariage mise en musique, le générique rêvé de l'amour éternel.

    En 2018, Alvvays décroche le prix Juno de l'Allbum alternatif au Canada et il enchaine des grands festivals comme Glastonbury au Royaume-Uni et Coachella aux Etas-Unis.

    Pour le dernier disque Blue Rev, en 2022, Alvvays débauche Shawn Everett. Le producteur canadien affiche déjà six Grammy Awards au compteur pour son travail avec The Killers, Alabama Shakes, Beck ou encore Julian Casablancas, le chanteur de The Strokes. Avec les Canadiens, il injecte un peu d'acid rock dans la dream pop du quintette. Le résultat magnétise entre gourmandises irrésistibles et bonbons au poivre.

    Reste Pékin. Le 7 octobre 2026, des milliers de Chinois chanteront en anglais les amours et désamours d'une Torontoise. Pas besoin de traducteur. Quand une mélodie est juste, elle passe toutes les frontières, même la Grande Muraille.

    Alvvays en concert à Pékin, le 7 octobre 2026.

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    8 分
  • «Songs from the North Country»: Rosemary Standley et François Lazarevitch remontent aux sources de la folk
    2026/10/15

    Des chansons vieilles de plusieurs siècles qui résonnent pourtant avec une étonnante modernité. Dans Songs from the North Country, la chanteuse franco-américaine Rosemary Standley, voix emblématique du groupe Moriarty, et le flûtiste baroque François Lazarevitch, fondateur des Musiciens de Saint-Julien, revisitent vingt ballades anglaises, écossaises et irlandaises composées entre le XVIe et le XXe siècle. Un voyage folk-baroque entre traditions populaires, héroïnes rebelles et instruments anciens.

    Aux racines de la folk anglo-celtique

    Avec Songs from the North Country, Rosemary Standley et François Lazarevitch plongent dans un répertoire qui remonte parfois jusqu'au Moyen Âge. Ces chants traditionnels, transmis de génération en génération à travers les îles Britanniques, ont traversé les siècles avant d'influencer profondément la folk américaine.

    Dès les premières mesures de « Whistle, Daughter, Whistle », le ton est donné. Derrière cette mélodie entraînante se cache une satire médiévale pleine d'humour où une mère et sa fille abordent sans détours les questions du mariage et du désir. Un témoignage précieux de la liberté de ton que recèlent ces répertoires populaires.

    Des chansons devenues universelles

    Parmi les titres les plus célèbres figure « Scarborough Fair », sans doute l'une des ballades traditionnelles les plus connues au monde. Popularisée dans les années 60 par Simon & Garfunkel, elle possède pourtant des racines bien plus anciennes, probablement médiévales.

    Au fil du temps, d'innombrables artistes se sont approprié cette chanson, de Marianne Faithfull à Harry Belafonte, jusqu'à Lana Del Rey. La preuve que ces mélodies ancestrales continuent de nourrir l'imaginaire musical contemporain.

    Des héroïnes libres et insoumises

    Si les femmes occupent une place centrale dans cet album, elles apparaissent rarement sous les traits attendus. Les chansons réunies par Rosemary Standley racontent des figures audacieuses qui défient les conventions de leur époque.

    On croise ainsi une femme marin qui se déguise en homme pour prendre la mer dans « The Female Rambling Sailor », ou encore l'héroïne de « Katie Cruel », rejetée par sa communauté, mais déterminée à choisir sa propre voie. Autant de récits qui résonnent aujourd'hui comme des histoires d'émancipation et de liberté.

    Pour Rosemary Standley, ces chansons révèlent une modernité saisissante. Derrière leur ancienneté se déploient des aspirations universelles, des personnages complexes et un puissant désir d'indépendance.

    Entre instruments anciens et énergie contemporaine

    L'une des grandes réussites de Songs from the North Country tient à son équilibre entre fidélité historique et vitalité actuelle. François Lazarevitch déploie un impressionnant arsenal instrumental : flûtes, cornemuses, percussions écossaises et irlandaises, triple harpe ou encore pandore du XVIIe siècle, lointain ancêtre de la guitare folk. Sous ses doigts, ces instruments anciens retrouvent une vigueur remarquable.

    Le résultat est tout sauf muséal. Groove, virtuosité, complaintes bouleversantes et danses effrénées se succèdent avec naturel, portés par des arrangements qui font dialoguer les siècles.

    La voix sans frontières de Rosemary Standley

    Au cœur de cet univers se trouve la voix singulière de Rosemary Standley. Artiste inclassable, elle navigue avec une aisance déconcertante entre rock, musique baroque, rythm and blues, répertoire yiddish, opéra ou chanson réunionnaise.

    Dans ces chansons du nord, tour à tour mélancoliques et jubilatoires, elle incarne une galerie de personnages peuplant un imaginaire où se croisent femmes et diables, tailleurs et souris, légendes et réalités quotidiennes. Un monde à la fois populaire, fantasque et profondément humain.

    Un voyage en tournée

    Avec Songs from the North Country, Rosemary Standley et François Lazarevitch signent bien davantage qu'un travail de redécouverte patrimoniale. Ils prouvent que ces ballades séculaires parlent encore à notre époque, tant par leurs mélodies que par les histoires qu'elles racontent.

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