エピソード

  • Avec Johnny Makam, la tradition musicale turque rencontre la techno occidentale
    2026/06/17

    Né quelque part entre Istanbul, la mer Noire et le sud de la France, le groupe Johnny Makam fusionne les sonorités et les instruments traditionnels turcs avec des influences issues du rock psyché anatolien et de la techno occidentale. Un mélange étonnant et détonant, débordant d'énergie, et dans lequel les revendications politiques ne sont jamais bien loin.

    Johnny Makam, c'est avant tout le fruit du hasard : une rencontre à Istanbul, entre la chanteuse Ebru Aydin et plusieurs musiciens français venus dans la ville turque pour des raisons professionnelles. Le feu a pris et ne s'est plus éteint depuis : un EP, une longue tournée des festivals, et désormais un album, Karadeniz Dreamin'. Ce disque est à l'image du groupe : cosmopolite, riche en influences, dynamique, en tout cas, « pas minimaliste, » sourit Yann Le Glaz, le saxophoniste de la formation.

    La tradition musicale turque comme colonne vertébrale

    Au coeur du projet, il y a les musiques anatoliennes et issues de la mer Noire. Après tout, le groupe ne s'appelle pas Johnny Makam pour rien : ce nom de scène est tiré du maqam, un système de gammes très utilisé au Moyen-Orient. « Pour résumer, c'est un peu le solfège de la Turquie, explique Yann Le Glaz. Il est différent du solfège auquel on est habitués, à la fois par ses rythmes, et par ses intervalles de note. Il faut imaginer par exemple que, sur un piano, entre les touches noires et les touches blanches, il y aurait des notes supplémentaires. Cela permet de faire des variations très subtiles, car la musique turque est vraiment fondée sur la progression dans les mélodies. »

    Voilà pour la petite leçon de musicologie. Chez Johnny Makam, la place de la tradition musicale turque passe aussi par le qanun, instrument dont joue Ebru Aydin, et hérité de l'époque ottomane.

    Des mélanges de genres décomplexés

    La vraie marque de fabrique de Johnny Makam, c'est en fait sa façon de mélanger ces influences traditionnelles avec celles, plus modernes, du rock psychédélique anatolien, et surtout de la techno occidentale. « ​​​​​​​C'est vrai qu'on fait des musiques qu'on pourrait entendre en boîte de nuit ici en France, s'amuse le saxophoniste Yann Le Glaz. Sauf qu'il y a cet héritage turc. »

    Des rythmes syncopés rencontrent donc le çiftetelli, un genre musical venu de la mer Noire (après tout, c'est cela que signifie « Karadeniz » !) ; les kemence (violons turcs) s'entrechoquent avec des synthétiseurs débridés et des guitares endiablées, pour donner lieu à une musique festive... et néanmoins engagée.

    « ​​​​​​​Ce n'est pas rare en Turquie d'entendre des chansons qui parlent de thématiques lourdes, sur fond de musique à danser. En France, on n'y est pas habitués, mais le tout, c'est de trouver le bon équilibre, » souligne Yann Le Glaz. C'est ainsi qu'une chanson comme « Halayina Isyan » exhorte à la révolte, tandis que « Hey Ser Yolunda » (« tout va bien ») dénonce la guerre à Gaza et, plus largement, les conflits impérialistes. De la musique festive à la musique cathartique, il n'y a qu'un pas, que Johnny Makam franchit d'un bond.

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  • Lilly Wood & The Prick, un duo parisien entre pop et contrepoint, au Garden Parvis à Paris
    2026/06/16

    Vingt ans d’amitié, cinq albums et un goût intact pour les contrastes : avec Christina, Lilly Wood & The Prick signe un retour électro‑pop à la fois énergique et critique. Le duo donne le coup d'envoi du festival Garden Parvis à La Défense, ouvrant six semaines de concerts en plein cœur du premier quartier d’affaires d’Europe.

    Une introduction symphonique ouvre Christina, le cinquième album de Lilly Wood & The Prick. Une manière d’annoncer la couleur : celle d’un duo qui aime brouiller les pistes et jouer des contrastes. Derrière ce nom anglo-saxon un brin provocateur se cache pourtant une formation bien française, née à Paris il y a une vingtaine d’années.

    Le projet voit le jour sur le ton de la plaisanterie, dans un café, se souvient la chanteuse Nili Hadida – qui, contrairement à ce que suggère le nom du groupe, ne s’appelle pas Lilly : « On ne s’imaginait pas du tout que le groupe allait devenir un succès… À l’époque, les noms très longs, un peu tirés par les cheveux, c’était à la mode. Ça nous faisait surtout rire »

    Un duo complémentaire et autodidacte

    Lilly Wood & The Prick, c’est la rencontre de deux personnalités complémentaires : Benjamin Cotto, guitariste aux riffs efficaces alias « The Prick », et Nili Hadida, chanteuse à la voix sensuelle et rauque, qui signe les textes et compose les mélodies. Autodidactes, ils cultivent un certain recul, voire une autodérision revendiquée, multipliant les projets – de la production musicale aux bandes-son publicitaires.

    Le duo s’impose rapidement dans le paysage musical français. Après un premier EP en 2009, Lilly Who and the What ?, clin d’œil à leur nom, ils publient en 2010 Invincible Friends, un album qui célèbre leur complicité. L’année suivante, ils remportent la Victoire de la musique de la Révélation du public. S’en suivent un deuxième album en 2012 et un film en 2013.

    « Christina » : entre énergie pop et critique sociale

    Au cœur de leur dernier album Christina, la chanson-titre incarne bien l’univers du duo : une électro-pop explosive, portée par un personnage fictif. Dans le clip, les deux musiciens fusionnent en une seule entité, entourée d’hommes aux corps sculptés. Une mise en scène volontairement excessive, qui pointe le culte contemporain du corps et de l’apparence. Sous ses airs dansants, la musique du duo porte ainsi un regard parfois acide sur la société.

    Cette ambivalence se retrouve dans plusieurs titres de l’album, comme « All Night ». La mélodie y est sombre, presque nocturne, tandis que le texte évoque simplement le désir de partager une nuit avec quelqu'un. « On aime jouer sur ces contrastes : des textes légers sur des musiques très intenses, ou l’inverse », explique Nili Hadida. Un procédé devenu une véritable signature : mélanger les tons, déjouer les attentes et créer une tension entre fond et forme.

    Une amitié au cœur du projet

    Au-delà des thèmes qu’ils explorent – amour, absence, parfois mort –, Lilly Wood & The Prick reste avant tout une histoire d’amitié qui dure depuis vingt ans. Malgré les zones d’ombre que leurs chansons peuvent évoquer, leur musique reste profondément lumineuse, solaire et dansante, à l’image du titre « Imagine ».

    Le duo présentera Christina en ouverture du festival Garden Parvis, à Paris La Défense, ce jeudi 18 juin 2026. L’événement transformera pendant six semaines le plus grand quartier d’affaires d’Europe en scène musicale à ciel ouvert. Une manière, pour Lilly Wood & The Prick, de prolonger sur scène ce mélange d’énergie pop, de liberté et de contrepoints qui fait leur identité.

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  • Avec «Discordia», la Camerounaise Tatyana Jane en architecte du désordre électro
    2026/06/15

    Un ovni vient de s'écraser chez ED Banger. Avec Discordia, album aussi déroutant qu’insaisissable, Tatyana Jane fait irruption sur le mythique label parisien fondé par Pedro Winter, laboratoire historique des mutations électroniques.

    Un événement en soi : aucune femme n’y avait signé de disque depuis vingt ans. À 33 ans, la DJ et productrice camerounaise Tatyana Jane rejoint l’écurie qui a révélé Justice et Cassius sans rien abandonner de sa singularité.

    L’ascension est fulgurante. En quelques années, la jeune femme collabore avec Thomas Bangalter, cofondateur des Daft Punk, participe à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris et marque les esprits à We Love Green. Pourtant, derrière cette trajectoire, aucun parcours académique ni recette miracle. Pour comprendre Tatyana Jane, il faut remonter à Douala.

    « Ma mère, très engagée dans l’Église catholique, nous emmenait à des groupes de prière tous les jeudis. On jouait du djembé, on chantait et on frappait des mains en rythme. J’ai donc grandi dans cette ambiance depuis ma naissance. Et la messe, chez nous, c’était la même chose. Pendant deux heures, il y avait des balafons et une chorale. J’étais un enfant de la chorale. J’étais donc profondément intégré à la vie musicale du Cameroun. Il y a toujours du bruit, de la musique et des gens qui dansent. Je n’ai pas reçu de véritable formation musicale, mais disons que la musique fait partie de moi. Quand nous sommes arrivés en France, je composais des rythmes électro entraînants, faits pour danser, tout en laissant de la place à la voix pour qu’elle puisse s’exprimer pleinement, parce que j’avais besoin de faire sortir quelque chose de moi. »

    Tout est déjà là. Une éducation musicale sans conservatoire, façonnée par la rue, les cérémonies religieuses et les traditions populaires. En France, cet héritage devient matière première. Tatyana forge un langage personnel où les rythmes servent autant à faire danser qu’à raconter une histoire.

    Cette double culture nourrit également une ambition plus vaste. Convaincue que les scènes africaines contemporaines restent sous-exposées, elle souhaite développer un projet inspiré des Boiler Room à Douala. L’idée n’est pas d’importer un modèle occidental mais d’offrir une vitrine aux créateurs locaux, un espace d’expérimentations, de rencontre et de diffusion pour les DJs, producteurs et artistes, bien au-delà des frontières camerounaises.

    Entre Douala et les clubs européens, Tatyana Jane brouille les cartes sur cet album. Baile funk brésilien, bend-skin bamiléké, gqom sud-africain et bass music occidentale se percutent dans des compositions aux rythmes fracturés. Les genres s’y croisent sans hiérarchie, les frontières deviennent poreuses.

    Au cœur de ce tumulte électronique, elle choisit de ne pas chanter. Les machines occupent le premier plan tandis que les voix de ses invitées, les rappeuses Kay The Prodigy et Lala Ace surgissent avec des barz éclatants au milieu de ryhtmes coup de poing. .

    Discordia, une expérience sonore d’avant-garde portée par la Camerounaise du futur qui envoie valser les clichés des musiques du monde et dessine les contours d’une nouvelle scène africaine.

    Publié le 4 juin 2026 chez ED Banger Records, Discordia marque l’entrée fracassante de Tatyana Jane au sein du légendaire label parisien.

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  • «Cry baby», l'Amérique pleurnicharde du rappeur Vince Staples
    2026/06/12

    Cry baby, en français « pleurnichard », c'est le titre du septième album du rappeur américain Vince Staples. Pleurnichard, comme cette Amérique capricieuse et infantile dont il dénonce les dérives racistes et la fascination pour la violence. Un album mené sur un rythme rock effréné. Politique jusque dans la musique, Vince Staples prend le contrepied du rap traditionnel de la côte Ouest des États-Unis.

    Un rappeur qui fait du rock, c'est le choix totalement assumé tout au long des dix pistes et des 35 minutes enregistrées dans les conditions du live par Vince Staples. Le surdoué de 33 ans, inventif et réputé pour son ironie mordante a fait le choix de parler à l'Amérique blanche avec la musique qu'elle connait le mieux, à savoir le rock. Un rock bouillonnant de colère et d'énergie, une musique subversive révoltée... quoi de mieux, en somme, pour dénoncer les ravages du trumpisme et ses effets sur les minorités, notamment les minorités noires.

    Dès les premiers titres (« Blackberry marmelade » et « Go ! Go ! Gorilla »), il stigmatise l'hypocrise d'une certaine Amérique, soi-disant sensible à la cause des Afro-Américains mais qui fait tout pour les invisibiliser, il pointe un doigt accusateur sur le racisme systémique de la police. « Pourquoi est-ce que je vis dans la peur d'une arme et d'un insigne ? C'est l'ennemi le plus redoutable que nous ayons jamais eu » chante-t-il.

    Violences policières, violences économiques, l'Amérique est bâtie sur un mensonge et repose sur un désir de domination. Un pays qui se veut le phare du monde, mais qui est pourri de l'intérieur, incapable d'autocritique, accuse-t-il dans « Only In America », titre clé de l'album.

    La pochette de Cry Baby, où l'on peut voir le croquis d'un nourrisson grassouillet, avec une mèche blonde en couches-culottes aux couleurs du drapeau américain est une évocation de cette Amérique pleurnicharde et capricieuse, à l'image selon Vince Staples, de son dirigeant Donald trump qui considère ce pays comme un jouet.

    Qu'on ne s'y trompe pas, le nonchalant Vince Staples qui manie souvent l'ironie et l'humour est ici d'une gravité à la mesure du malaise culturel qui envahit son pays. Cet album noisy et souvent punk va directement au but. Vince le nihiliste regarde la violence structurelle droit dans les yeux avec l'espoir qu'en refusant de fuir ses responsabilités, il aidera ses compatriotes à prendre conscience des combats à mener.

    Tant sur la forme que sur le fond, Cry baby est un jalon essentiel dans la carrière multi forme de Vince Staples qui est aussi le créateur d'une série à succès sur Netflix, The Vince Staples show, comédie grinçante sur la condition des afro-américains aux USA.

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  • Lévitation Free, un artiste breton à la croisée entre Amérique, Angleterre et Australie
    2026/06/10

    Quelque part entre l'Australie de Tame Impala, l'Amérique des Strokes, et l'Angleterre des Pink Floyd, se trouve la Bretagne selon Lévitation Free - Sébastien Jamet, de son vrai nom. Après dix années passées à peaufiner son projet et à dévoiler des EP, le musicien dévoile son tout premier long format : Innerstate.

    Quand Sébastien Jamet a lancé son projet Lévitation Free il y a une dizaine d'années, c'était un jeune adulte débordant d'optimisme et d'une certaine dose de naïveté propre à la jeunesse. « Quand tu as cet âge-là, tu penses que tout est possible, tu t'imagines faire de grandes tournées, » sourit-il lorsqu'on le contacte par téléphone alors qu'il s'occupe de tailler des sapins dans la Bretagne où il habite.

    Car si la fougue des jeunes années n'est plus tout à fait la même, Sébastien Jamet a bien gardé une chose de cette période-là : son esprit baroudeur et spontané, qui l'a amené aussi bien à vivre en reclus dans un château breton, qu'à se promener sac sur le dos en Amérique du Sud ou à être animateur dans un stage de plongée pour personnes para et tétraplégiques - c'est d'ailleurs de là que lui est venu son nom.

    Une musique à la croisée entre rock, électro et synthwave

    Aussi libre que lui, la musique de Lévitation Free oscille entre les genres : un coup influencée par le rock sans concession ni fioritures des Strokes (« Cotton Babe »), d'autres fois plus planante voire carrément nostalgique, dans la lignée de Tame Impala (« Erase That Feeling », « Innerstate 95 »). Encore aujourd'hui, le rockeur australien occupe une place très chère dans le coeur de Sébastien Jamet : « Découvrir des musiques comme celle de Tame Impala ou des Pink Floyd, ça m'a vraiment libéré, explique le musicien. C'est à partir de là que j'ai commencé à mélanger des mélodies un peu planantes avec des batteries ou des lignes de guitare assez carrées. »

    Résultat : un disque, Innerstate, où les influences et les mélodies se mélangent de manière équilibrée, et à l'univers enrichi par rapport aux sorties précédentes.

    Un disque à l'équilibre entre optimisme et mélancolie

    Cet équilibre entre les influences, on la retrouve aussi sur le fond. Lévitation Free le dit lui-même : « je suis optimiste de nature, je l'ai toujours été, j'ai grandi comme cela. » Comme sur ses précédents projets, on retrouve donc des textes emplis d'espoir où il est question de relations amoureuses épanouies (« Sunrise ») aussi bien que de la renaissance après une période difficile (« Dancing », « Just Like Another Wave »).

    La différence avec les disques précédents, c'est que cette période difficile, justement, Sébastien Jamet l'a vécue. Avec Innerstate, il a donc voulu « explorer réellement ce qu'[il] ressentai[t] et parler de certaines expériences plus compliquées. »

    Cette fois, l'artiste n'a pas peur d'explorer une facette plus sombre de son univers (« on a tous une part de clown triste en nous ! ») et des pistes de réflexion qui lui sont venues avec l'âge - notamment au sujet de la musique. Parmi les interrogations qui le traversent : « ​​​​​​​Comment on fait pour vivre avec cette pression ? Voir que d'autres musiciens réussissent, mais seulement en se pliant aux codes de l'industrie... voir les côtés plus sombres de l'industrie musicale. »

    Innerstate n'a peut-être pas de réponse à apporter à ces questionnements, mais il propose, en tout cas, un début de piste : suivre le soleil, quoi qu'il arrive.

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  • Avec «Martaba», le rappeur BRMX porte la voix d’une jeunesse mauritanienne
    2026/06/09

    Il rappe et il chante en français, en anglais, mais surtout en poular, sa langue maternelle. À 29 ans, BRMX s’impose comme l’une des voix montantes du rap mauritanien. Dans son nouvel album Martaba – « élévation » en français –, il mêle rythmes africains et influences urbaines pour aborder des sujets encore tabous dans son pays, comme la santé mentale ou les violences faites aux femmes.

    Une voix douce pour raconter l'urgence et l'espoir mauritaniens

    Avec une voix pudique, presque à contre-courant des réalités qu’il décrit, BRMX s’impose comme une plume singulière de la scène musicale mauritanienne. Derrière cette mise à distance apparente se cache pourtant une parole forte, engagée et profondément ancrée dans le réel.

    Une musique pour briser le silence

    Dans son titre « Massa », l’artiste aborde frontalement des sujets encore largement tabous dans son pays, à commencer par les violences faites aux femmes. « C’est un sujet entouré de beaucoup de silence et de frustration », explique-t-il.

    Mais BRMX ne s’arrête pas là. Sa musique élargit le propos en évoquant les droits des enfants, ainsi que la jeunesse et son émancipation. Autant de thèmes qui traduisent une volonté claire : faire entendre des réalités souvent tues.

    Une enfance marquée par la précarité

    Derrière le pseudonyme BRMX se cache Brahim N’dongo. Né dans une cité minière proche du Sénégal, il grandit dans un environnement difficile. Très jeune, il participe à la survie familiale en gardant le bétail de son père, allant de maison en maison pour trouver de quoi le nourrir.

    Une enfance rude qui, aujourd'hui encore, nourrit son écriture et donne à ses textes une authenticité palpable. Ses paroles, empreintes de vécu, résonnent comme un témoignage sincère : « On ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas son pays… »

    Transformer les épreuves en ambition

    Loin de toute posture fataliste, BRMX regarde résolument vers l’avenir. Son objectif : faire rayonner la Mauritanie à travers sa musique. Dans ses morceaux, il met en lumière les contrastes de son pays : un territoire confronté à de grandes difficultés économiques, mais riche d’un potentiel humain considérable. « C’est l’un des pays les plus pauvres du monde, mais aussi l’un des plus riches humainement », souligne-t-il.

    Une jeunesse au cœur des enjeux

    La vision de BRMX repose en grande partie sur la jeunesse mauritanienne. Avec près de 60 % de la population ayant moins de 18 ans, le pays dispose d’un vivier exceptionnel.

    Pour l’artiste, cette jeunesse représente une force capable de transformer la société, malgré les obstacles. Ressources minières, potentiel pétrolier, énergie créative : autant d’atouts qu’il souhaite voir valorisés.

    Faire entendre la Mauritanie autrement

    Au-delà de la musique, BRMX porte un message plus large : faire accéder la Mauritanie à une reconnaissance culturelle internationale. « Nous voulons être à la même table que les autres pays culturellement », affirme-t-il.

    À travers ses textes et ses sonorités, il esquisse une autre image de son pays : celle d’une nation vibrante, pleine de contradictions, mais surtout riche de talents et d’espoirs.

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  • «Sala Sala» de Fabe Beaurel Bambi: de Pointe-Noire à la scène jazz actuelle
    2026/06/08

    Il est chanteur, percussionniste, batteur, compositeur et producteur : le Congolais Fabe Beaurel Bambi est notre Choix Musical du jour, avec son tout premier album intitulé Sala Sala. Une belle fusion de musiques ancestrales congolaises et de sonorités jazz européennes actuelles.

    Fabe Beaurel Bambi a tout appris en autodidacte. Il a commencé la musique dans des chorales et petit à petit, il est passé du chant aux percussions, des harmonies vocales aux rythmes traditionnels congolais. Le petit garçon qu'il était à Pointe-Noire au Congo-Brazzaville, n'a pas grandi entouré d'artistes... mais son grand-père, qu'il n'a pas connu, lui a pourtant sûrement fait passer le gène de la musique.

    « Mon grand-père était batteur au village, mon père i’est même pas musicien. Mon grand-père disait toujours à mon père "lorsque je vais mourir, c'est toi qui va reprendre le flambeau", parce que mon grand-père était un peu une star. On venait, on lui offrait du vin de palme. C'est lui qui allait accueillir le président, jouer pour des grosses manifestations, et mon père était juste derrière pour tenir le tambour et il disait toujours à mon père "c'est toi qui va prendre le relais". Et mon père disait "non moi je vais faire des études, aller à l'université, moi je ne vais pas faire ça". Il a dit "si ce n'est pas toi, ce sera ton fils. » sourit-il.

    Fabe Beaurel Bambi s'est installé en France il y a quelques années, à l'origine pour y faire seulement des percussions, mais ses rencontres l'ont mené ailleurs. Lui qui n'avait jamais joué avec un orchestre de cuivres et de cordes découvre le côté collectif et joyeux d'un groupe avec trompettes et saxophones.

    Il collabore avec des artistes comme le saxophoniste Thomas de Pourquery, le percussionniste Sonny Troupé, le violoniste Théo Ceccaldi, de plus en plus attiré par l'envie de fusionner les musiques ancestrales congolaises à la scène jazz européenne actuelle. Aujourd'hui, le voici donc leader du quintet d'afro-jazz Elikia, « espoir » en lingala, avec saxophone, guitare électrique, basse, batterie et kalimba.

    L'amour du tambour et du travail comme mantra

    Sur cet album, Fabe Beaurel Bambi chante en lingala, en lari et en kikongo. Ses textes appellent la jeunesse africaine à se lever et à travailler dur pour construire un futur meilleur, sans céder ni baisser les bras face à la violence du monde. Le titre du disque, Sala Sala veut dire « travail, travail » en lingala, un mantra que Fabe Beaurel Bambi a appliqué au quotidien pour tirer un album de sa fusion d'afro-jazz, funk, soul, rumba et musiques électroniques. Un mélange subtil de traditions musicales congolaises et d'arrangements de jazz contemporain à la Kokoroko ou Ezra Collective, porté par la puissance du chant, de belles grilles d'improvisation et la vibration des percussions.

    « Les percussions, traditionnellement, c'était un téléphone. A l'époque où il n'y avait pas les réseaux sociaux. Et le tambour était le centre d'une société. En tout cas chez nous, au Congo, ça reste encore. Il y a plein de tambours traditionnels. Nous au Congo, notre tambour traditionnel, c'est le ngoma, beaucoup utilisé avec aussi un grand groupe de musique qui m'a inspiré depuis mon enfance, Les Tambours de Brazza de maître Emile Biayenda. Voilà le tambour pour moi, ça reste le centre de tout. »

    Fabe Beaurel Bambi et son collectif Elikia seront à retrouver sur scène les 19 et 20 juin à La Gare Le Gore à Paris, et le 4 septembre au festival Jazz à la Villette.

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  • Sakifo: Joe Yorke, blanc comme Manchester, noir comme le reggae
    2026/06/05

    Cap sur la ville de Saint-Pierre dans le sud de la Réunion pour la 22e édition du Sakifo, rendez-vous majeur des musiques actuelles dans l’océan Indien. Sous le soleil de l’hiver austral et face a la mer, plus de cinquante artistes venus des quatre coins du monde se succèdent à l’affiche. Parmi eux, un drôle d’oiseau : Joe Yorke. Le Britannique de Manchester bouscule avec élégance les codes du reggae contemporain.

    Avec sa silhouette de félin blond et sa voix perchée à mille lieues des clichés du genre, Joe Yorke s’est construit en quelques années un univers d’une rare finesse. Chanteur, auteur-compositeur et producteur, il réanime une esthétique que certains avaient rangée au musée des musiques nostalgiques. À coups de rocksteady, de soul britannique, de doo-wop et de lovers rock, il redonne des couleurs à un reggae souvent caricaturé ou folklorisé.

    « L’histoire de La Réunion, je la connais encore mal. Mais au Sakifo, j’ai hâte de découvrir le maloya, cette musique percussive née de l’esclavage, chargée de mémoire, de transmission et de métissages. C’est finalement assez proche de ma démarche avec le reggae. Je mélange pas mal de choses. Adolescent, j’étais fasciné par les sons jamaïcains, mais aussi par le punk et The Clash, qui ont forgé ma conscience politique. Puis les sound systems du carnaval de Notting Hill ont provoqué un véritable choc esthétique. Depuis, j’essaie de repousser les frontières musicales pour faire dialoguer les cultures. C’est essentiel aujourd’hui. Le reggae peut apporter une forme de spiritualité et nous reconnecter à ceux qui souffrent. Et parfois, il suffit d’éteindre les écrans pour s’éloigner un peu du vacarme du monde. »

    Au fil de ses trois albums, Joe Yorke brosse le portrait d’un Royaume-Uni sous tension. Crise économique, quotidien de la classe ouvrière, impasses politiques : son écriture navigue entre chronique sociale et poésie du réel. Mais l’amour n’est jamais loin, pas plus que les sujets qui divisent. En témoigne sa relecture saisissante de « Smalltown Boy », le classique de Jimmy Somerville. Sous sa voix de falsetto, le manifeste contre l’homophobie se transforme en une version dub aussi hypnotique qu’émouvante.

    À écouter aussi[Rencontre] La sensation UK reggae avec Joe Yorke

    Ce choix résume à lui seul l’identité artistique de Joe Yorke, ouverte, métissée et profondément moderne. L’Anglais démontre que le reggae n’a plus de couleur et se passe de dreadlocks pour exister. Une idée qui devrait trouver un écho favorable auprès du public éclectique du Sakifo : jeunes mélomanes, rastas, babas cool, familles, curieux de passage et même les cadres « zoreilles », comme on surnomme à La Réunion les Métropolitains.

    Joe Yorke sera en concert au Sakifo le 5 juin 2026, lors de la soirée d’ouverture du grand festival de l’océan Indien, qui se poursuit jusqu’au 7 juin.

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