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Le choix musical de RFI

Le choix musical de RFI

著者: RFI
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Du lundi au vendredi, chaque matin, un journaliste vous parle des artistes qui font l’actualité des musiques de l’espace francophone, de l’Afrique et de ses diasporas. Vous pourrez y entendre plus largement des musiques du monde et du Sud, des musiques actuelles et urbaines qui sont au cœur de l’identité de RFI.

Diffusion 8h50, heure de Paris, 7h50 TU.

France Médias Monde
音楽
エピソード
  • Lilly Wood & The Prick, un duo parisien entre pop et contrepoint, au Garden Parvis à Paris
    2026/06/16

    Vingt ans d’amitié, cinq albums et un goût intact pour les contrastes : avec Christina, Lilly Wood & The Prick signe un retour électro‑pop à la fois énergique et critique. Le duo donne le coup d'envoi du festival Garden Parvis à La Défense, ouvrant six semaines de concerts en plein cœur du premier quartier d’affaires d’Europe.

    Une introduction symphonique ouvre Christina, le cinquième album de Lilly Wood & The Prick. Une manière d’annoncer la couleur : celle d’un duo qui aime brouiller les pistes et jouer des contrastes. Derrière ce nom anglo-saxon un brin provocateur se cache pourtant une formation bien française, née à Paris il y a une vingtaine d’années.

    Le projet voit le jour sur le ton de la plaisanterie, dans un café, se souvient la chanteuse Nili Hadida – qui, contrairement à ce que suggère le nom du groupe, ne s’appelle pas Lilly : « On ne s’imaginait pas du tout que le groupe allait devenir un succès… À l’époque, les noms très longs, un peu tirés par les cheveux, c’était à la mode. Ça nous faisait surtout rire »

    Un duo complémentaire et autodidacte

    Lilly Wood & The Prick, c’est la rencontre de deux personnalités complémentaires : Benjamin Cotto, guitariste aux riffs efficaces alias « The Prick », et Nili Hadida, chanteuse à la voix sensuelle et rauque, qui signe les textes et compose les mélodies. Autodidactes, ils cultivent un certain recul, voire une autodérision revendiquée, multipliant les projets – de la production musicale aux bandes-son publicitaires.

    Le duo s’impose rapidement dans le paysage musical français. Après un premier EP en 2009, Lilly Who and the What ?, clin d’œil à leur nom, ils publient en 2010 Invincible Friends, un album qui célèbre leur complicité. L’année suivante, ils remportent la Victoire de la musique de la Révélation du public. S’en suivent un deuxième album en 2012 et un film en 2013.

    « Christina » : entre énergie pop et critique sociale

    Au cœur de leur dernier album Christina, la chanson-titre incarne bien l’univers du duo : une électro-pop explosive, portée par un personnage fictif. Dans le clip, les deux musiciens fusionnent en une seule entité, entourée d’hommes aux corps sculptés. Une mise en scène volontairement excessive, qui pointe le culte contemporain du corps et de l’apparence. Sous ses airs dansants, la musique du duo porte ainsi un regard parfois acide sur la société.

    Cette ambivalence se retrouve dans plusieurs titres de l’album, comme « All Night ». La mélodie y est sombre, presque nocturne, tandis que le texte évoque simplement le désir de partager une nuit avec quelqu'un. « On aime jouer sur ces contrastes : des textes légers sur des musiques très intenses, ou l’inverse », explique Nili Hadida. Un procédé devenu une véritable signature : mélanger les tons, déjouer les attentes et créer une tension entre fond et forme.

    Une amitié au cœur du projet

    Au-delà des thèmes qu’ils explorent – amour, absence, parfois mort –, Lilly Wood & The Prick reste avant tout une histoire d’amitié qui dure depuis vingt ans. Malgré les zones d’ombre que leurs chansons peuvent évoquer, leur musique reste profondément lumineuse, solaire et dansante, à l’image du titre « Imagine ».

    Le duo présentera Christina en ouverture du festival Garden Parvis, à Paris La Défense, ce jeudi 18 juin 2026. L’événement transformera pendant six semaines le plus grand quartier d’affaires d’Europe en scène musicale à ciel ouvert. Une manière, pour Lilly Wood & The Prick, de prolonger sur scène ce mélange d’énergie pop, de liberté et de contrepoints qui fait leur identité.

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  • Avec «Discordia», la Camerounaise Tatyana Jane en architecte du désordre électro
    2026/06/15

    Un ovni vient de s'écraser chez ED Banger. Avec Discordia, album aussi déroutant qu’insaisissable, Tatyana Jane fait irruption sur le mythique label parisien fondé par Pedro Winter, laboratoire historique des mutations électroniques.

    Un événement en soi : aucune femme n’y avait signé de disque depuis vingt ans. À 33 ans, la DJ et productrice camerounaise Tatyana Jane rejoint l’écurie qui a révélé Justice et Cassius sans rien abandonner de sa singularité.

    L’ascension est fulgurante. En quelques années, la jeune femme collabore avec Thomas Bangalter, cofondateur des Daft Punk, participe à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris et marque les esprits à We Love Green. Pourtant, derrière cette trajectoire, aucun parcours académique ni recette miracle. Pour comprendre Tatyana Jane, il faut remonter à Douala.

    « Ma mère, très engagée dans l’Église catholique, nous emmenait à des groupes de prière tous les jeudis. On jouait du djembé, on chantait et on frappait des mains en rythme. J’ai donc grandi dans cette ambiance depuis ma naissance. Et la messe, chez nous, c’était la même chose. Pendant deux heures, il y avait des balafons et une chorale. J’étais un enfant de la chorale. J’étais donc profondément intégré à la vie musicale du Cameroun. Il y a toujours du bruit, de la musique et des gens qui dansent. Je n’ai pas reçu de véritable formation musicale, mais disons que la musique fait partie de moi. Quand nous sommes arrivés en France, je composais des rythmes électro entraînants, faits pour danser, tout en laissant de la place à la voix pour qu’elle puisse s’exprimer pleinement, parce que j’avais besoin de faire sortir quelque chose de moi. »

    Tout est déjà là. Une éducation musicale sans conservatoire, façonnée par la rue, les cérémonies religieuses et les traditions populaires. En France, cet héritage devient matière première. Tatyana forge un langage personnel où les rythmes servent autant à faire danser qu’à raconter une histoire.

    Cette double culture nourrit également une ambition plus vaste. Convaincue que les scènes africaines contemporaines restent sous-exposées, elle souhaite développer un projet inspiré des Boiler Room à Douala. L’idée n’est pas d’importer un modèle occidental mais d’offrir une vitrine aux créateurs locaux, un espace d’expérimentations, de rencontre et de diffusion pour les DJs, producteurs et artistes, bien au-delà des frontières camerounaises.

    Entre Douala et les clubs européens, Tatyana Jane brouille les cartes sur cet album. Baile funk brésilien, bend-skin bamiléké, gqom sud-africain et bass music occidentale se percutent dans des compositions aux rythmes fracturés. Les genres s’y croisent sans hiérarchie, les frontières deviennent poreuses.

    Au cœur de ce tumulte électronique, elle choisit de ne pas chanter. Les machines occupent le premier plan tandis que les voix de ses invitées, les rappeuses Kay The Prodigy et Lala Ace surgissent avec des barz éclatants au milieu de ryhtmes coup de poing. .

    Discordia, une expérience sonore d’avant-garde portée par la Camerounaise du futur qui envoie valser les clichés des musiques du monde et dessine les contours d’une nouvelle scène africaine.

    Publié le 4 juin 2026 chez ED Banger Records, Discordia marque l’entrée fracassante de Tatyana Jane au sein du légendaire label parisien.

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  • «Cry baby», l'Amérique pleurnicharde du rappeur Vince Staples
    2026/06/12

    Cry baby, en français « pleurnichard », c'est le titre du septième album du rappeur américain Vince Staples. Pleurnichard, comme cette Amérique capricieuse et infantile dont il dénonce les dérives racistes et la fascination pour la violence. Un album mené sur un rythme rock effréné. Politique jusque dans la musique, Vince Staples prend le contrepied du rap traditionnel de la côte Ouest des États-Unis.

    Un rappeur qui fait du rock, c'est le choix totalement assumé tout au long des dix pistes et des 35 minutes enregistrées dans les conditions du live par Vince Staples. Le surdoué de 33 ans, inventif et réputé pour son ironie mordante a fait le choix de parler à l'Amérique blanche avec la musique qu'elle connait le mieux, à savoir le rock. Un rock bouillonnant de colère et d'énergie, une musique subversive révoltée... quoi de mieux, en somme, pour dénoncer les ravages du trumpisme et ses effets sur les minorités, notamment les minorités noires.

    Dès les premiers titres (« Blackberry marmelade » et « Go ! Go ! Gorilla »), il stigmatise l'hypocrise d'une certaine Amérique, soi-disant sensible à la cause des Afro-Américains mais qui fait tout pour les invisibiliser, il pointe un doigt accusateur sur le racisme systémique de la police. « Pourquoi est-ce que je vis dans la peur d'une arme et d'un insigne ? C'est l'ennemi le plus redoutable que nous ayons jamais eu » chante-t-il.

    Violences policières, violences économiques, l'Amérique est bâtie sur un mensonge et repose sur un désir de domination. Un pays qui se veut le phare du monde, mais qui est pourri de l'intérieur, incapable d'autocritique, accuse-t-il dans « Only In America », titre clé de l'album.

    La pochette de Cry Baby, où l'on peut voir le croquis d'un nourrisson grassouillet, avec une mèche blonde en couches-culottes aux couleurs du drapeau américain est une évocation de cette Amérique pleurnicharde et capricieuse, à l'image selon Vince Staples, de son dirigeant Donald trump qui considère ce pays comme un jouet.

    Qu'on ne s'y trompe pas, le nonchalant Vince Staples qui manie souvent l'ironie et l'humour est ici d'une gravité à la mesure du malaise culturel qui envahit son pays. Cet album noisy et souvent punk va directement au but. Vince le nihiliste regarde la violence structurelle droit dans les yeux avec l'espoir qu'en refusant de fuir ses responsabilités, il aidera ses compatriotes à prendre conscience des combats à mener.

    Tant sur la forme que sur le fond, Cry baby est un jalon essentiel dans la carrière multi forme de Vince Staples qui est aussi le créateur d'une série à succès sur Netflix, The Vince Staples show, comédie grinçante sur la condition des afro-américains aux USA.

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