La désinformation climatique comme arme géopolitique
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La désinformation climatique peut en effet provenir de divers acteurs des énergies fossiles, de la Big Tech, ou encore d'acteurs étatiques, selon une note publiée en mai dernier par l’Observatoire Défense & Climat.
Ce qu'on appelle la désinformation climatique concerne des contenus faux ou trompeurs, diffusés avec l'intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique. Des contenus qui peuvent donc causer un préjudice public. Une pratique ancienne, explique Mathilde Jourde, co-directrice de l'Observatoire défense et climat et responsable du programme Climat, environnement et sécurité à l'Iris : « La désinformation climatique, c'est quelque chose qui existe déjà depuis les années 50-60. En fait, on a des entreprises de l'industrie fossile notamment, qui ont cherché très tôt à semer le doute. Et depuis, on a une désinformation qui va être autour, par exemple, de la transition énergétique, des énergies renouvelables, qui va chercher du coup à remettre en question les alternatives aux énergies fossiles. Et donc, l'objectif de ça, c'est de maintenir le statu quo carboné et de faire en sorte qu'on ne change pas nos modes de vie, nos modes de consommation. »
La désinformation climatique peut alors être utilisée comme une arme géopolitique pour défendre certains intérêts étatiques. C'est ce que raconte Mathilde Jourde, elle a notamment étudié la désinformation climatique provenant de la Russie et des États-Unis : « On a ce même ciblage des institutions européennes dans le cas russe et dans le cas américain – les mêmes, disons, sujets qui vont être ciblés principalement à peu près 70 % dans le cas des États-Unis et, je crois, plus de 80 % dans le cas de la Russie – : les politiques énergétiques et climatiques européennes, dont le Green Deal. »
Les sciences du climat sont aussi visées par-delà les informations, tout comme les événements climatiques extrêmes, souligne la codirectrice de l'Observatoire défense et climat, comme lors des inondations à Valence, en Espagne, en 2024 : « On a vu qu'il y avait des relais russes qui repartageaient des fausses informations. Et ces fausses informations, c'était par exemple des faux numéros d'urgence qui étaient relayés sur les réseaux sociaux. Il y avait aussi des fausses nouvelles qui disaient par exemple qu'il y avait des milliers de morts qui étaient cachés dans des parkings par les autorités. »
Fact-checking et pré-bunking, un rempart contre les fake newsAu-delà de ces tentatives de désinformation climatique, des fake news peuvent donc se retrouver relayées et diffusées, notamment par des médias. Il faut donc mettre en place de bonnes pratiques journalistiques dans les rédactions, mais pas seulement, explique Pallavi Sethi, chargée d'études au Grantham Research Institute au Royaume-Uni : « Le fact-checking, c'est en effet très important. Cela aide à clarifier ou vérifier aussi ce qui est une information authentique d'un contenu trompeur ou inexact. Mais on ne peut pas seulement se reposer là-dessus. Les médias doivent soutenir un journalisme indépendant et fort. Il faut aussi mettre en place ce que l'on appelle le pré-bunking, c'est-à-dire que vous entraînez le public pour qu'il soit capable d'identifier une fake news. »
Et ces recommandations sont encore plus nécessaires à l'ère du numérique, où la diffusion de l'information n'a jamais été aussi rapide.