La Chine va créer des usines de pneus en Égypte pour multiplier ses routes commerciales
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Quand le président chinois rencontre son homologue égyptien, de quoi parlent-ils ? La réponse peut paraître surprenante : ils parlent de pneus de voitures ! La visite de Xi Jinping début septembre au Caire a scellé la construction de deux futurs pôles industriels en Égypte. Les Chinois produiront des pneus automobiles, notamment dans la zone économique du Canal de Suez. Déjà considérée comme une porte vers l'Europe, l'Égypte, et au-delà le Moyen-Orient, vont prendre de la valeur dans le transport mondial.
En bâtissant leurs futures usines et entrepôts près du Canal de Suez pour les unes ou dans la région d’Alexandrie, au nord du pays pour les autres, les Chinois s’assurent d’avoir l’accès à la mer. C'est-à-dire aux exportations vers les pays voisins de la région du Moyen-Orient, mais aussi du reste du continent africain et vers l'Europe.
Le pneu d'autos, de bus et de camions
Pour Sacha Courtial, chercheur à l’Institut Jacques Delors à Paris, le choix du produit est habile. Avec les pneus, de bus, d’autos ou de camions, le succès chinois est assuré. « Le pneu est très intéressant puisqu'on en a besoin sur des véhicules thermiques, des véhicules électriques, mais aussi pour les futurs véhicules autonomes. C'est un matériau qui se remplace. Ces usines dédiées aux accessoires du transport se construisent au Moyen-Orient, en Égypte et au Maroc. Les Chinois investissent aussi ailleurs en Afrique, en Tanzanie, au Kenya ou en Zambie.
Stratégie du « moindre risque »
En langage d’expert économique, on appelle cela le « Dérisking » ou la stratégie de moindre risque. Car avec la guerre au Moyen-Orient, le blocage du détroit d’Ormuz et toutes les difficultés d’acheminement vers le Golfe persique, un lieu de transit entre l’Occident et l’Asie, la Chine - comme d'autres grandes puissances - a dû revoir sa stratégie de transport.
Terminée la logique de routes mondiales partagées, place désormais à la logique du pays par pays, région par région. Un mot résume bien cette évolution, le corridor économique. La Chine, l'Inde, les États-Unis et l'Europe misent sur ce type de transactions, explique Alexandre Negrus, le président de l’Institut d’études géopolitique appliquée à Paris : « Pékin cherche à éviter le piège d’une route unique et la Chine entend disposer de plusieurs routes capables de se relayer en cas de blocage sur l'une d'elles, où chaque perturbation sur un point va rejaillir sur les autres. On appelle cela la redondance stratégique des flux. L'Égypte s'inscrit dans cette logique. La puissance contemporaine se mesure de moins en moins à la possession d'un territoire et de plus en plus à la capacité de contrôler ou de contourner les points de passage qui structurent le commerce mondial ».
À la suite de l’annonce de ces usines chinoises de pneus en Égypte, les industriels se divisent entre les « pour » et les « contre » ! Certains y voient une concurrence, voire une prédation chinoise qui rêverait d’avaler l'entièreté du marché automobile, d’autres veulent y participer en proposant des collaborations pour des produits adaptés aux marchés régionaux.
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