En Éthiopie, c'est un Premier ministre chef de guerre qui a été reconduit à son poste, lundi, par le Parlement d'Addis-Abeba. En effet, depuis deux semaines, Abiy Ahmed affronte une alliance de sept groupes armés rebelles, qui compte dans ses rangs le redoutable Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF. Et pour ne rien arranger, le Premier ministre éthiopien est à présent en conflit ouvert également avec son voisin du Nord, l'Érythrée. Abiy Ahmed a-t-il quand même des cartes en main ? René Lefort est chercheur indépendant et spécialiste de la Corne de l'Afrique. Il répond à Christophe Boisbouvier. RFI : est-ce que les sept groupes armés qui se sont alliés contre le pouvoir central vous paraissent en mesure de renverser le régime du Premier ministre Abiy Ahmed ? René Lefort : écoutez ces sept groupes armés, on ne sait pas exactement quel est le degré et l'avancement de leur alliance. Les trois principaux étant évidemment les rebelles du Tigré, les rebelles de la région Amhara, les Fano, et les rebelles de la région Oromo, l'Armée de Libération Oromia. Alors ce qui est très important, c'est que le grand mouvement d'opposition oromo, le Front de libération Oromo, a désavoué cette alliance. Ce qui fait donc que pour l'Armée de Libération Oromia, la position de la population va être un facteur important. En tous les cas, ce qu'on a constaté et qui, je crois quand même a pas mal surpris, c'est que depuis le début de la guerre, seuls les Tigréens sont intervenus de façon significative. Alors, de 2020 à 2022, il y a déjà eu un conflit meurtrier entre les rebelles tigréens du Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF, et le pouvoir central, on estime que la totalité des massacres ont causé la mort de 600 mille personnes, à l'époque, c'est le pouvoir central qui a gagné avec l'aide de son voisin érythréen. Mais cette fois ci, l'Érythrée a changé de camp. Elle soutient les rebelles tigréens. Est-ce que cela ne peut pas changer la donne ? D'abord, en 2022, quand l'accord a été conclu, l'accord de Pretoria, on ne peut pas dire que c'était une victoire de l’armée confédérale. C'était un match nul parce que d'un côté, le confédéral qui voulait éliminer le Front populaire de libération du Tigré n'a pas réussi à l'éliminer. Il a conclu l'accord avec lui. Et de l'autre côté, le Front populaire de libération du Tigré, qui voulait avoir la peau d’Addis Abeba, ne l'a pas eue. Donc en fait, on a arrêté les combats. Mais dans les accords de Pretoria, l'Érythrée n'était pas convoquée. Elle a été furieuse parce qu'elle a estimé que le travail n'était pas fini, qu'il aurait fallu aller plus loin et éliminer le Front populaire de libération du Tigré. Et de fil en aiguille, ils ont complètement renversé l'alliance. Est-ce que ça va changer la donne ? Jusqu'à maintenant en tous les cas, les Érythréens ont certainement fourni au FPLT de l'aide militaire. Est ce qu’ils ont aussi directement participé au combat, ça se dit mais ça n'est pas prouvé. D'après les informations que j'ai eues hier matin, qui viennent de certaines personnes du terrain, donc ça n'a absolument pas valeur de preuve, les troupes érythréennes seraient entrées dans le nord du Tigré, dans la région de Adigrat, la grande ville du Nord, avec des divisions mécanisées. Pourquoi est-ce qu’aujourd'hui, l'Érythrée est rentrée ou serait-elle rentrée au Tigré ? L'avenir le dira. Oui parce que vous constatez que, pour l'instant, avec la prise de Mekele, c'est le pouvoir central d'Addis-Abeba qui a le dessus ? Alors il y a deux points très importants. D'abord, le pouvoir central a écrasé littéralement la rébellion tigréenne dans une guerre conventionnelle. Là-dessus, les Tigréens disent : Oui mais vous savez, nous, défendre Mekele qui risque d'être bombardé, ce n’est pas possible, on s'en va et on va se lancer dans ce qu'on appelle une guerre mobile, c'est-à-dire monter une guérilla au Tigré. Seulement, le grand problème, c'est que pour monter une guérilla, il faut avoir un soutien populaire. Or, la population, elle, est totalement épuisée parce qu'elle a souffert incroyablement du blocus imposé par Addis-Abeba. Pas d'essence, pas de transfert bancaire, pas de paiement des salaires, pas de médicaments. Enfin vraiment une situation dramatique. Il y a aujourd'hui 3,9 millions de Tigréens qui sont dans un besoin d'une aide d'urgence alimentaire. C'est le premier point. Le deuxième point, c'est que le Front populaire de libération du Tigré est complètement discrédité. Il est miné par des conflits internes. Rien ne prouve que le TPLF trouvera l'appui, la mobilisation populaire sans laquelle aucune guérilla ne peut exister. Alors, ce 4 octobre, à El-Alamein, en Égypte, se sont rencontrés les chefs d'État de l'Égypte, du Soudan, de l'Érythrée, de la Somalie. Est ce qu'on peut parler d'une nouvelle ...
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