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Investissements des Émirats arabes unis en Afrique: «Une économie prédatrice à l'égard des pays africains»

Investissements des Émirats arabes unis en Afrique: «Une économie prédatrice à l'égard des pays africains»

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Les Émirats arabes unis sont devenus, en quelques années, un acteur économique et stratégique majeur en Afrique. Une enquête publiée par le Financial Times, au début du mois, décrit une stratégie d'influence qualifiée d'« impérialiste », qui mêle investissements dans les ports et les mines, mais aussi intérêts militaires et soutien à certains acteurs dans les conflits africains. Alors quelle est réellement la stratégie des Émirats en Afrique ? Éclairage de Jean-Loup Samaan, chercheur spécialiste des pays du Golfe, au Middle East Institute de l’Université de Singapour. Il répond aux questions de Clothilde Hazard. RFI : Le journal d'investigation anglais Financial Times a enquêté sur les Émirats arabes unis en Afrique et sur leurs investissements très importants. En dix ans, ils sont devenus le quatrième investisseur sur le continent dans de nombreux secteurs portuaires mais aussi sécuritaires. L’enquête parle d'une poussée impérialiste. Abou Dhabi a même réagi par le biais de son ministère des Affaires étrangères et refuse le terme d'impérialisme. Est-ce que, selon vous, l'expression est justifiée ? Jean-Loup Samaan : L'expression « impérialiste » est peut-être un petit peu trop forte, parce que la relation entre les Émirats et les pays africains n'est bien évidemment pas celle que l'on pourrait qualifier entre un empire et ses États inféodés. Ce qui est intéressant dans l'enquête du Financial Times, et plus généralement sur un certain nombre d'enquêtes sur les Émirats ces dernières années, c'est de voir comment, en l'espace d'une dizaine d'années, Abou Dhabi et Dubaï se sont positionnées sur le plan économique, sur le plan des infrastructures, mais aussi sur le plan stratégique, géopolitique pour être un acteur de premier plan en Afrique. Et ça, ce sont des choses qui vont bien au-delà de l'aide au développement. Ça crée des relations de dépendance entre les pays africains et les Émirats. Et donc, on pourrait se poser la question, au même titre qu'avec la Chine ou les États-Unis, d’une économie prédatrice d'Abou Dhabi à l'égard des pays africains. Donc, c'est plus dans ce sens-là que je qualifierais les relations aujourd'hui entre les Émirats et les pays africains. Pourquoi est-ce que les Émirats arabes unis investissent autant dans les ports ? Il y a deux dynamiques véritablement. Au tout début, je dirais qu'il y a 15 ou 20 ans, c'était une dynamique qui était avant tout commerciale, qui venait de Dubaï. Il faut voir que Dubai Ports World est l'un des principaux acteurs internationaux en termes d'infrastructures portuaires, et donc c'était une façon pour la compagnie, qui est une compagnie souveraine de Dubaï, de remporter des parts de marché et donc de tisser sa toile à travers le monde, et en particulier sur un continent africain où les infrastructures portuaires étaient encore très émergentes. Après, ce qu'on a vu plus récemment, c'est une logique proprement militaire et notamment dans la Corne de l'Afrique. Ça s'est dessiné durant la guerre au Yémen [qui a débuté en 2014, NDLR], où les Émiriens ont décidé de coupler leurs investissements commerciaux dans les infrastructures portuaires sur place - que ce soit en Érythrée, au Somaliland - avec une dimension militaire qui leur permettait de déployer leurs forces pour être ensuite envoyées vers le Yémen. Donc, ça, c'est plus récent. Mais ça montre d'une certaine façon comment la logique, qui est initialement commerciale, est devenue au fil du temps stratégique au sens politico-militaire. L'enquête montre aussi que les Émirats sont impliqués dans le conflit au Soudan et soutiennent les Forces de soutien rapide du général Hemedti. L'implication des Émirats dans le conflit commence à être très documentée. Pourquoi les Émirats se sont autant impliqués dans le conflit ? Pour Abou Dhabi, il s'agit non seulement de soutenir des militaires avec lesquels ils avaient tissé des liens au Yémen, mais aussi des militaires qu'ils considèrent être le rempart à ce qu'ils voient comme la menace de l'islam politique qui serait derrière le gouvernement légitime à Khartoum. C'est un élément dénominateur commun dans la politique émirienne, en Afrique comme au Moyen-Orient : à savoir de soutenir ce qu'ils considèrent être les hommes forts et souvent des militaires contre des gouvernements ou des acteurs jugés trop proches de la mouvance des Frères musulmans ou de l'islam politique. Au milieu de ça, il y a aussi l'or : Dubaï est une plaque tournante de l'or africain. Trente milliards de dollars d'or artisanal non-déclaré en provenance du continent sont exportés vers les Émirats. Que représente cet or pour le pays ? Est-ce que c'est au cœur de sa stratégie économique ? Oui, et ça, c'est là où l'on voit l'interpénétration entre les logiques géopolitiques - à savoir de soutenir les régimes militaires, ...
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