エピソード

  • Quand Marcel Gauchet remonte aux origines des idéologies
    2026/03/15

    Dans IDÉES ce dimanche, Pierre-Édouard Deldique reçoit un des grands philosophes français dont le dernier ouvrage « Comment pensent les démocraties » (Albin Michel et non plus Gallimard l’éditeur historique du penseur), s’inscrit dans la continuité de son travail sur la sortie de la religion et la genèse de la modernité politique.

    Au fil des pages et au cours de l’émission, il nous propose une réflexion de longue durée sur les idéologies : leur apparition, leur fonction et leur transformation dans les sociétés démocratiques. Le grand et discret philosophe y voit un outil essentiel pour comprendre comment les démocraties se représentent elles-mêmes, comment elles se projettent dans l’avenir et comment elles affrontent leurs crises actuelles.

    L’auteur retrace la généalogie des idéologies depuis le XVIIIè siècle, moment où les sociétés occidentales basculent d’un ordre fondé sur la tradition et la religion vers un monde où les individus doivent inventer leur avenir.

    Avec une année de naissance précise : 1796. Il explique pourquoi dans le livre et l’émission.

    Pour lui, les idéologies sont constitutives des démocraties modernes : elles ne masquent pas la réalité, elles la rendent intelligible. Elles permettent aux citoyens de se situer dans un monde où l’autorité ne vient plus d’en haut mais doit être construite collectivement.

    D’évidence, même si les idéologies structurent la vie démocratique, leur pouvoir demeure énigmatique. Elles inspirent les grands mouvements d’opinion, organisent les clivages, mais elles évoluent, se transforment, se délitent parfois.

    Marcel Gauchet montre comment leur succession depuis le XIXè siècle reflète les tensions internes des démocraties : entre liberté et égalité, individu et collectif, progrès et désenchantement.

    L’essai s’inscrit dans un contexte où les démocraties semblent traversées par un pessimisme profond : montée des populismes, défiance envers les institutions, fragmentation idéologique. Les analyses de Gauchet résonnent avec ce climat : il montre que les démocraties peinent aujourd’hui à penser leur propre devenir, faute de cadres idéologiques suffisamment robustes pour orienter l’action collective.

    Et il précise que les idéologies existeront toujours. Elles se transformeront mais elles persisteront.

    Programmation musicale :

    - ‎‎Herbie Hancock - Maiden Voyage

    - ‎‎Nat King Cole - Night Lights

    - ‎‎Joe Pass - Django.

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    1 時間
  • L’internet génère une pensée néoréactionnaire, selon Arnaud Miranda
    2026/03/08

    Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique, consacre un numéro d’IDÉES à la pensée néoréactionnaire aux États-Unis - influente parmi les acteurs de l’administration Trump - avec son invité, Arnaud Miranda, docteur en Théories politiques, auteur d’un essai à la fois éclairant et inquiétant intitulé « Les Lumières sombres, comprendre la pensée néoréactionnaires » publié chez Gallimard, dans une nouvelle collection, « La bibliothèque de géopolitique » avec la revue Le Grand Continent.

    Il s’agit ici d’une plongée dans un des courants intellectuels les plus déroutants et influents de la droite radicale contemporaine. Son nom ? La « néoréaction ».

    Ce courant constitue une contre‑culture structurée, née sur Internet dans les années 2010‑2020. Ses figures majeures, souvent anonymes ou dissimulées derrière des pseudonymes, développent une pensée mêlant références libertariennes, « technofuturiste », traditionalistes et anti‑égalitaires.

    Arnaud Miranda nous propose une histoire numérique en quelque sorte des idées néoréactionnaires, en analysant textes, réseaux, modes de diffusion et stratégies de ces penseurs d’un genre nouveau.

    Les idées néoréactionnaires, telles que les présente de façon très pédagogique, Arnaud Miranda dans le livre et au cours de l’émission, sont tranchées ; rejet de la démocratie jugée inefficace, corrompue et incapable de gérer la complexité du monde contemporain, promotion d’un modèle monarchique où l’État serait dirigé comme une entreprise, foi dans la technologie comme instrument de gouvernement et de contrôle social, vision étroite du progrès qui renverse l’héritage des Lumières au profit d’un rationalisme élitiste et autoritaire.

    Arnaud Miranda qui, au micro de cette nouvelle édition d’IDÉES et dans les pages de son essai, sait parler clairement de choses complexes, montre que les catégories habituelles — populisme, extrême droite, conservatisme — ne suffisent pas à saisir la néoréaction.

    Il propose donc une typologie renouvelée des droites contemporaines, attentive ô combien aux techniques numériques, bases de tout leur édifice idéologique, aux hybridations idéologiques et aux formes d’autorité propres à l’ère technologique.

    Il s’agit d’une révolte élitiste contre la démocratie qui emprunte autant à la Silicon Valley qu’aux penseurs réactionnaires européens.

    Une émission à écouter absolument car ce courant de pensée se propage un peu partout.

    Programmation musicale

    - ‎Aaron Xeres - Two Shadows

    - ‎Labi Siffre - Cannock Chaze

    - ‎Chet Baker - The Thrill Is Gone.

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    54 分
  • Jean-Frédéric Schaub : l’histoire exige rigueur et modestie
    2026/03/01

    Dans Idées cette semaine, Pierre-Édouard Deldique vous propose une réflexion sur la place de l’histoire dans notre monde contemporain, avec son invité l’historien Jean‑Frédéric Schaub, auteur d’un essai pertinent intitulé : « Le passé ne s’invente pas » (Albin Michel). Au fil des pages, ce spécialiste de l’histoire des mondes ibériques s’arrête sur la manière dont les sociétés produisent et manipulent le passé.

    Dans un contexte saturé de récits identitaires, de réécritures politiques et de « vérités alternatives », il interroge la fragilité de la vérité historique et la responsabilité des historiens face aux usages publics de l’histoire à l’heure de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des « vérités alternatives ».

    Il dénonce « le temps qui s’est laissé envahir par l’empire du faux et des faussaires ».

    Dans son livre, et dans l’émission, Jean-Frédéric Schaub souligne à ceux qui l’auraient oublié, que l’histoire n’est pas un récit parmi d’autres, mais une discipline fondée sur des méthodes de vérification, de critique et de confrontation des sources. C’est une science.

    L’historien n’est pas un romancier, mais un enquêteur même s’il se fait l’avocat de la littérature. Mais histoire et littérature ne se confondent pas même s’il existe une « littérature du réel » ou « littérature de non-fiction ». Il fustige également la tentation qu’ont certains historiens de se raconter eux-mêmes. Il n’a aucune attirance pour « l’ego histoire ».

    Notre invité insiste sur la dimension épistémologique du travail historique : la vérité historique n’est jamais absolue, mais elle est le résultat d’un protocole rigoureux. Selon lui, c’est cette rigueur qui distingue l’histoire de la propagande, de la mémoire ou du « roman national ».

    Jean-Frédéric Schaub ne nie pas l’importance de la « mémoire collective » entretenue par un État (le Panthéon en France) mais il rappelle que la mémoire n’est pas l’histoire. La première est sélective, affective, orientée ; la seconde est critique, argumentative, ouverte à la révision.

    Jean‑Frédéric Schaub signe ici un livre combatif. « Le passé ne s’invente pas » rappelle que l’histoire n’est pas un réservoir de mythes mobilisables à volonté, mais une discipline exigeante qui repose sur la critique, la preuve, la confrontation des interprétations, et la maîtrise des langues pour aller au plus profond des archives et de la compréhension des peuples colonisés notamment.

    Dans un moment où les récits identitaires prolifèrent, où la désinformation brouille les repères, où la mémoire supplante parfois la connaissance, l’invité d’IDÉES ce dimanche propose une boussole intellectuelle : défendre la vérité historique comme bien commun. Sur la bandeau rouge qui entoure la couverture de cet ouvrage, on lit : « Contre les réécritures de l’histoire ».

    Au fond, défendre l’histoire, c’est défendre la démocratie.

    Programmation musicale :

    - ‎Jamiroquai - Virtual Insanity

    - ‎Mehldau Brad / Blade Brian / McBride Christian / Redman Joshua - Past In The Present

    - ‎Duke Ellington / John Coltrane - In a Sentimental Mood.

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    52 分
  • Avec Alain Duhamel, soixante ans de vie politique française nous contemplent
    2026/02/22

    Dans IDÉES, cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit le vétéran du journalisme politique, Alain Duhamel, pour un conversation vivante émaillée d’anecdotes.

    Avec son dernier livre en date « Les Politiques. Portraits et croquis », Alain Duhamel, un observateur exigeant, toujours aussi présent à la télévision, comme il le fut dans les décennies précédentes, se nourrit de plus de cinquante ans d’analyse du pouvoir afin de brosser le portrait de figures d’hier et d’aujourd’hui qui façonnent la vie politique française.

    Il faut le voir en parler, l’œil vif et pétillant avec une gourmandise que le temps n’a pas altérée.

    L’ouvrage rassemble environ soixante personnalités, de Marine Le Pen à Gabriel Attal, de Gérald Darmanin à Jordan Bardella, mais aussi des acteurs plus institutionnels comme François Bayrou ou Sébastien Lecornu.

    Le journaliste, homme de culture, qui a la mémoire longue, convoque également de grandes figures de la Vè République — Raymond Barre, Michel Debré, Simone Veil, Robert Badinter, Alain Peyrefitte — afin de mettre en perspective les ressorts du pouvoir actuel. Cette articulation entre hier et aujourd’hui constitue l’un des intérêts de l’ouvrage.

    Les portraits incisifs, parfois vachards, ne sont jamais dénués d’humanisme, un mot-clé pour comprendre le regard d’Alain Duhamel sur les acteurs de la « comédie du pouvoir » chère à Françoise Giroud. Cet esprit vif croque ses sujets avec une causticité élégante, cherchant moins à régler des comptes qu’à dévoiler les mécanismes, les contradictions et les tempéraments qui façonnent les politiques qui, doit-on le souligner, sont avant tout des êtres humains. Alain Duhamel s’attache donc à révéler ce qui se cache derrière les postures médiatiques, les discours convenus ou les stratégies de communication.

    La publication du livre s’inscrit, on le sait, dans un moment de forte défiance envers les institutions, Alain Duhamel l’évoque dans l’émission, à l’occasion de la dernière étude du CEVIPOF, le Centre d’étude de la vie politique de Sciences Po, qui met en relief ce que l’on pourrait appeler une aversion des Français pour la politique et le personnel politique. « Dans les temps aussi troublés qu’actuellement, les politiques ressemblent plus à des boucs émissaires qu’à des uniques coupables », écrit-il dans l’introduction du livre.

    Alain Duhamel apparaît comme un observateur dont la longévité lui permet de comparer les générations politiques, d’identifier les permanences ou les ruptures, de replacer les trajectoires individuelles dans une histoire longue ; « avec toute la liberté d’une longue expérience qui s’achève ».

    « Les politiques. Portraits et croquis », publié aux Éditions de l’Observatoire.

    Programmation musicale

    - ‎Zela Margossian Quintet - Forecast

    - ‎Red Garland - Long Ago and Far Away

    - ‎Ryo Fukui - I Want to Talk About You.

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    42 分
  • «Le mystère Malraux» vu par La Revue Des Deux Mondes
    2026/02/15

    À l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition d’André Malraux (1901‑1976), La Revue des Deux Mondes consacre son numéro de février à celui qui fut à la fois aventurier, écrivain, ministre, théoricien de l’art, combattant, voyageur — un homme de gestes et de visions. Son titre : « Mystérieux Malraux ». À cette occasion, Pierre-Édouard Deldique invite Aurélie Julia, sa directrice. Ensemble, ils tentent de percer ce mystère Malraux.

    L’ambition du dossier est claire : voir Malraux au-delà des clichés, en éclairant ses contradictions, ses excès, ses fidélités et ses métamorphoses

    Le numéro met en avant l’homme d’action et de métamorphose. Malraux apparaît comme un être mû par une volonté farouche de se soustraire à sa condition initiale. Le dossier insiste sur son refus du réel, son goût pour la grandeur, et sa conviction que l’action et l’art permettent de se transformer.

    Le dossier évoque aussi la relation de Malraux avec De Gaulle. Elle est décrite comme une communion intellectuelle et spirituelle, parfois qualifiée de « coït intellectuel » par Jean Casso. Cette complicité nourrit une vision partagée de la France, de la culture et du destin historique. Jean-Michel Djian y consacre un article complet.

    Ce numéro souligne que Malraux n’est pas seulement le ministre flamboyant du gaullisme culturel, l’auteur de « La Condition humaine », ni seulement l’aventurier romanesque des années 1920. Il est présenté comme un homme d’unité intérieure, dont l’œuvre et la vie sont traversées par une question existentielle : comment donner forme à la liberté dans un monde tragique.

    De tout cela, Aurélie Julia parle au micro d’IDÉES avec l’appui des archives sonores où la voix du Malraux intime, mais aussi celle de l’orateur, ne peut que frapper.

    Musiques diffusées pendant l'émission :

    • Madeleine Malraux - Piano Sonata No. 1: Interludium: Adagio ma non troppo
    • Rolando Alarcon - El quinto regimiento
    • Michael Galasso - Itmfl ii.
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    42 分
  • Anne-Lorraine Bujon et Esprit: penser avec Fanon
    2026/02/08

    Nouveau rendez-vous avec la revue ESPRIT dans ce numéro. Pierre-Édouard Deldique reçoit en effet Anne-Lorraine Bujon, sa directrice pour parler du numéro de janvier-février de la revue partenaire de l’émission et, notamment, du dossier intitulé « Penser avec Frantz Fanon » un peu plus de cent ans après la naissance de ce penseur dans l’action.

    Coordonné par la philosophe Magali Bessone, il interroge la puissance toujours actuelle d’une œuvre née dans un contexte historique singulier et pourtant capable d’éclairer les impasses politiques, sociales et psychiques du présent.

    Figure majeure de la pensée anticoloniale, psychiatre, théoricien de la violence, analyste des mécanismes d’aliénation et de déshumanisation, Frantz Fanon nous interpelle toujours.

    Fait important : il est l’auteur d’articles publiés dans ESPRIT au début des années 50.

    Au fil des contributions, la revue nous explique pourquoi l’œuvre de ce médecin, intellectuel engagé dans la lutte pour l’indépendance algérienne auprès du FLN – continue de résonner dans un monde où les formes de domination persistent.

    Loin d’être un penseur figé dans les années 1950‑60, Frantz Fanon nous offre encore des outils conceptuels pour penser la persistance des hiérarchies raciales dans les sociétés contemporaines, les nouvelles formes de dépossession liées à la mondialisation néolibérale, la crise des subjectivités, entre violence intériorisée et quête de reconnaissance, la question de la désaliénation, horizon politique et anthropologique que Fanon n’a cessé de reformuler.

    Plusieurs articles soulignent que Fanon nous offre un regard neuf pour comprendre la longue liste des crises actuelles : violences policières et institutionnelles, qui réactivent la question des « corps racialisés » ; migrations et les frontières, où se rejouent des logiques de tri et de déshumanisation, fractures géopolitiques, montée des nationalismes, qui renoue avec des imaginaires d’exclusion.

    Le dossier ne se contente pas d’actualiser Fanon : il interroge aussi les limites de son héritage, notamment sa conception de la violence libératrice ou sa vision parfois homogénéisante du « peuple ».

    Au micro d’Idées, Anne-Lorraine Bujon revient aussi sur l’influence de Sartre sur cet intellectuel mort trop jeune et réciproquement.

    Ce numéro d’Esprit montre que penser avec Fanon, ce n’est ni répéter ses concepts ni sacraliser son héritage. C’est réactiver une pensée de la désaliénation, attentive aux corps, aux institutions, aux violences visibles et invisibles.

    Musiques diffusées pendant l'émission

    • Jacques Coursil - Paroles Nues
    • M'Baye Meissa - Thiaroye
    • Jacques Coursil - Frantz Fanon 1952.
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    42 分
  • À Conakry, Elara Bertho revient sur l’utopie panafricaine
    2026/02/01

    Dans IDÉES cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit l’historienne, spécialiste de l’Afrique, Elara Bertho qui nous propose un nouveau livre, publié aux CNRS Éditions. Son titre ? : « Conakry, une utopie panafricaine ». L’ouvrage, au cœur de notre conversation, est une contribution majeure à l’histoire intellectuelle et politique de l’Afrique postcoloniale.

    À travers une enquête sensible et rigoureuse, l’auteure explore la manière dont la Guinée de Sékou Touré, après l’indépendance fracassante de 1958 joua la carte du panafricanisme, en particulier sa capitale, Conakry qui fut entre les années 1950 et 1970, un lieu où se cristallisèrent espoirs révolutionnaires, solidarités transnationales et rêves d’émancipation.

    Au micro, et dans son livre, Elara Bertho ne se contente pas de retracer une histoire institutionnelle du panafricanisme, elle s’intéresse à la ville considérée comme scène où se développent les circulations d’idées, les rencontres entre militants, artistes, intellectuels, et les tensions entre projet révolutionnaire et réalités politiques. Elle en parle avec passion.

    Conakry apparaît ainsi comme un carrefour géopolitique, accueillant exilés, leaders indépendantistes, mouvements de libération, un foyer culturel, où se croisent écrivains, musiciens, cinéastes, journaliste, un espace de projection utopique, pensé comme capitale d’une Afrique émancipée et unie.

    Cette approche sensible renouvelle l’histoire du panafricanisme, souvent racontée de façon froide, désincarnée, à travers ses grandes figures ou ses institutions. Elle se nourrit d’une multitude de documents : archives privées guinéennes, correspondances, journaux, tracts, discours, récits de vie, témoignages, mémoires, œuvres littéraires et artistiques, ces matériaux hétérogènes permettent de saisir l’épaisseur affective et imaginaire du projet panafricain : ses enthousiasmes, ses contradictions, ses désillusions aussi.

    L’ouvrage insiste sur la dimension utopique du panafricanisme guinéen : non pas un rêve abstrait, mais une utopie en actes, portée par des politiques culturelles, des alliances diplomatiques, des réseaux militants. La Guinée accueille alors des mouvements de libération lusophones, des intellectuels noirs américains, des artistes africains. Cette hospitalité devient un geste politique fondateur.

    Conakry devint un centre de production culturelle panafricaine avant de sombrer dans l’horreur de la dictature symbolisée par le sinistre camp Boiro.

    Elara Bertho ne masque d’ailleurs pas les contradictions, autoritarisme croissant du régime, surveillance politique, décalage entre discours révolutionnaire imposés aux Guinéens et la réalité.

    L’un des aspects les plus originaux du livre est l’attention portée aux émotions: enthousiasme, fraternité, espoir, mais aussi peur, fatigue, désenchantement.

    On y retrouve notamment Miriam Makeba et Stokely Carmichael, le couple mythique qui vint s’installer à Conakry en 1968 et fut jusqu’au bout un soutien à Sékou-Touré. (Lire aussi le livre que l’auteure lui a consacré : « Un couple panafricain », éditions Rot.Bo.Krik)

    Cette dimension affective permet de comprendre comment une utopie se construit, se vit, puis parfois se fissure.

    En articulant histoire politique, anthropologie des imaginaires et géographie urbaine, Bertho propose une lecture profondément renouvelée du panafricanisme.

    « Conakry, une utopie panafricaine », CNRS Éditions, 2025.

    Musiques diffusées pendant l'émission

    • Sory Kandia Kouyaté - Djoliba
    • Ensemble instrumental de la Radiodiffusion nationale - Victoire à la Révolution
    • Miriam Makeba - Maobe Guinée.
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    44 分
  • Camille Lefebvre et Ari Awagana, sur la piste d’un savant au Borno
    2026/01/25

    Dans IDÉES, Pierre-Édouard Deldique s’attarde ce dimanche (25 janvier 2026) sur un livre remarquable dans lequel deux jeunes chercheurs, l’historienne, spécialiste de l’Afrique Camille Lefebvre et le linguiste Ari Awagana, rendent hommage à un savant africain.

    Il s’agit de la première édition critique complète de l’œuvre en kanouri d’al‑Hajj Musa ibn Hissein, un lettré musulman originaire du Borno, région historique située entre l’actuel Niger et le Nigeria.

    Le corpus de textes présenté est le fruit d’une rencontre singulière : celle d’al‑Hajj Musa et du linguiste allemand Rudolf Prietze, au Caire, au début du XXè siècle. Leur collaboration, entamée en 1904 à la mosquée al‑Azhar, s’étend sur une dizaine d’années et produit des centaines de pages de textes en kanouri et en haoussa.

    L’ouvrage rassemble un ensemble de documents d’une richesse rare, transmis oralement ou rédigés par al‑Hajj Musa.

    Il s’agit de contes populaires du Borno du XIXè siècle, chansons et proverbes, textes religieux et savants notamment.

    Ces textes témoignent d’une culture intellectuelle vivante, où se mêlent traditions populaires, érudition islamique, influences haoussa et kanouri, et pratiques de composition translinguistiques caractéristiques du Sahel précolonial.

    Au micro de Pierre-Édouard Deldique, les deux auteurs nous proposent une lecture d’extraits de ces documents.

    L’un des apports essentiels du livre est de montrer que, malgré l’intervention d’un savant européen, la culture sahélienne — ses manières de penser, de raconter, de structurer le savoir — demeure pleinement perceptible dans les textes.

    Avec ses 502 pages publiées aux édition Brill, l’ouvrage constitue désormais une référence incontournable pour les historiens du Sahel.

    Retrouvez le contenu intégral du livre de nos deux invités en cliquant sur ce lien.

    Musiques diffusées :

    • Anthologie de la musique africaine (Musique du Kanem) enregistrements 1963 : Monique Brandily - Solo de clarinette/Groupes de tambours
    • Mamane Barka - Malloumi / Mashi.
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    41 分