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Masculinité, valeurs traditionnelles et LGBTQ+ en Russie: l’enquête de Lukas Aubin dans «Le sexe de Poutine»

Masculinité, valeurs traditionnelles et LGBTQ+ en Russie: l’enquête de Lukas Aubin dans «Le sexe de Poutine»

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Dans la Russie de Vladimir Poutine, le pouvoir ne s'arrête pas aux portes de la chambre à coucher. Sexualité, famille, normes de genre : le Kremlin tente de contrôler l'intime au nom des valeurs traditionnelles. Dans son livre, Le Sexe de Poutine : genre, pouvoir et contre-culture en Russie (éditions Textuel), le chercheur Lukas Aubin décrypte cette guerre culturelle, devenue un véritable instrument de pouvoir et d'influence dans le monde entier. Sophia Khatsenkova l'a rencontré. RFI : Je vais commencer en parlant du corps de Poutine lui-même. Le président russe a longtemps mis en scène un corps viril, sportif, parfois torse nu. Que voulait-il raconter à travers ces images ? Lukas Aubin : Déjà, Vladimir Poutine s'inscrit complètement en opposition vis-à-vis de Boris Eltsine. Boris Eltsine a laissé dans la mémoire de beaucoup de Russes une image plutôt négative, parce que c'est l'image, en fait, d'un pays meurtri par les crises économiques. Et au milieu de tout cela, on avait Boris Eltsine qui était régulièrement alcoolisé dans des séquences politiques importantes. Et donc, Vladimir Poutine arrive. Il dit : « Avec moi, ce sera le retour de la verticale du pouvoir, ce sera le retour de la force ». Vladimir Poutine pratiquant des dizaines de sports différents, se mettant en scène, c'est en fait l'archétype de la Russie qui se redresse et qui va revenir sur le devant de la scène internationale. Son projet, c'est de remettre la Russie au centre du grand jeu géopolitique mondial. Cette masculinité très démonstrative, très brute, traduit-elle une force réelle ou au contraire une forme de fragilité du pouvoir russe ? Pour moi, c'est les deux. Quand vous vous accaparez la plupart des instruments politiques de votre pays, que ce soit les médias, que ce soit la police, les services de renseignement, vous avez entre les mains un arsenal hyperpuissant qui vous permet d'agir très vite, de pouvoir prendre des décisions très importantes, etc. Mais pour autant, c'est aussi la plus grande faiblesse, parce que tout ce pouvoir, il est construit autour de votre personne, et votre personne, qu'on le veuille ou non, elle est mortelle. Depuis le 24 février 2022, on aurait pu imaginer que Vladimir Poutine allait multiplier encore un peu plus les mises en scène sportives pour se montrer fort, etc. Et en fait, c'est l'inverse qui se passe aujourd'hui. Vladimir Poutine est plutôt en retrait, il semble plutôt isolé. Et donc cet isolement, je crois, traduit aussi cette faiblesse. Passons maintenant au thème de la sexualité. Vous en parlez beaucoup dans votre livre. À quoi ressemble la vie des personnes LGBTQ+ en Russie aujourd'hui ? Quand vous êtes LGBT+, quand vous êtes queer, vous êtes extrémiste dans le logiciel de Vladimir Poutine et des autorités russes. Alors aujourd'hui, vous avez trois possibilités. Soit vous continuez à essayer de vivre votre vie normalement, voire à militer, et auquel cas, vous rentrez dans un bras de fer directement avec l'État russe, soit vous vous cachez, vous supprimez cette partie de votre identité des réseaux sociaux et de l'espace public. Troisième possibilité, vous partez en exil, ce qui a été le cas de beaucoup de personnes LGBT+, de queers, de féministes depuis le début de la guerre évidemment, et même d'ailleurs avant. À lire aussiRussie: la Cour suprême bannit le «mouvement LGBT» pour «extrémisme» Et pourquoi est-ce que la lutte contre les droits LGBTQ+ est-elle devenue un outil aussi efficace de politique étrangère notamment ? Je me suis intéressé à comment Vladimir Poutine utilisait cette rhétorique et comment il cherchait à l'exporter. Cette rhétorique, c'est quoi ? La Russie est la gardienne des valeurs traditionnelles. Elle est la gardienne de la famille nucléaire traditionnelle, de valeurs ancestrales, etc. Face à un Occident décadent, on dit en fait que cet Occident décadent est à combattre et qu'il faut justement trouver des relais à l'étranger pour pouvoir les combattre. Et donc ces relais, Vladimir Poutine les trouve notamment dans le « Sud global ». Ça peut être en Afrique, ça peut être en Amérique latine, ça peut être aussi en Asie. Le but de Vladimir Poutine, quand il fait ça, c'est de diviser. Et donc, diviser, ça suppose de diviser l'Otan et de diviser aussi l'Union européenne. En quoi cette guerre culturelle permet-elle au Kremlin de justifier la guerre menée contre l'Ukraine ? Vladimir Poutine, déjà, a cette idée très masculiniste. Il compare l'Ukraine à une femme à qui il faudrait imposer quelque chose. Donc il avait dit « que ça te plaise ou non, ma jolie, il faudra supporter. » Il dit ça deux semaines avant l'invasion russe de l'Ukraine. Il considère que l'Occident était en train d'avancer ses pions avant le 24 février 2022. En Ukraine, ses pions, ça passait par l'Otan. Il y avait un caractère militaire, mais qui avait aussi un caractère...
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