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À la Une: la mascarade électorale en Russie

À la Une: la mascarade électorale en Russie

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La Croix à Paris nous emmène à Kostroma, ville moyenne située à 350 km au nord-est de Moscou. « Il faut bien chercher, constate le correspondant du journal, pour trouver des affiches des candidats aux élections législatives prévues sur trois jours, à partir de ce vendredi, dans toute la Russie. (…) Un rendez-vous électoral loin d’être au centre des préoccupations (…). Devant la gare, il y a bien un jeune homme qui distribue quelques tracts pour le parti Gens nouveaux, une formation créée en 2020 et qui se veut centriste. C’est l’un des dix partis qui figurent sur le bulletin de vote. Alexeï, un voyageur qui vient d’arriver en ville, transforme son tract en petit avion en papier et le lance dans les airs. “Je n’irai pas voter, dit-il. J’ai 26 ans. Et je n’ai jamais voté. On fait semblant. Comme si notre vote comptait pour quelque chose…“» « Ce scrutin, rappelle La Croix, est le premier test national d’ampleur depuis le début de l’ “opération militaire spéciale“, le nom officiel donné à l’invasion de l’Ukraine, en février 2022. Mais les électeurs russes n’auront pas l’occasion de se prononcer pour ou contre la guerre. Un onzième parti figurait sur le bulletin de vote : Iabloko (“la pomme“), le seul à appeler ouvertement à la fin du conflit. Mais il a été exclu du scrutin par les autorités, précisément pour cette raison. Tout se passe comme si ce vote était une formalité, relève encore La Croix. De fait, depuis de nombreuses années, les résultats des élections en Russie sont sans surprise. À Kostroma, comme ailleurs, on sait déjà qui l’emportera : le camp de Vladimir Poutine, représenté par le parti Russie unie. » Un « grand théâtre » Constat similaire pour Le Temps à Genève : « Alors que la guerre a fait disparaître les derniers vestiges de libertés civiles qui subsistaient dans le pays, l’issue de ce grand “théâtre“ orchestré de bout en bout par le Kremlin ne fait aucun doute : la nouvelle Douma d’État sera loyale à Vladimir Poutine et à sa ligne politique. (…) Les mécanismes sont connus, pointe le quotidien suisse : les groupes et candidats d’opposition sont systématiquement exclus des listes électorales ; les jours de scrutin, bourrages d’urnes et votes multiples sont monnaie courante. La mise en place du vote électronique dès 2020 a encore renforcé les risques de falsification. Et le fait que, depuis les dernières législatives de 2021, les élections se tiennent sur trois jours, et non plus un seul, est aussi identifié comme un facteur donnant davantage de marge de manœuvre aux autorités pour dissimuler des manipulations. Enfin, plus aucun observateur crédible et indépendant n’est autorisé sur place. » Après ? La mobilisation générale ? En fait, relève le Guardian à Londres, ce ne sont pas les élections qui sont importantes, c’est ce qui se passera après… « On craint qu’une fois le scrutin passé et une nouvelle Douma aux ordres installée, le Kremlin dispose d’une plus grande latitude pour mettre en œuvre des mesures impopulaires », comme une mobilisation de masse. « Cette crainte a déjà poussé certains jeunes à quitter le pays – des scènes qui rappellent celles de septembre 2022, lorsque des centaines de milliers de Russes ont fui après l’annonce par Poutine de la première conscription en temps de guerre. » Le Guardian qui croit savoir que des proches du Kremlin « ont envoyé leurs fils à l'étranger ces dernières semaines, signe, que même parmi ceux qui ont accès au système, peu sont certains de ce qui se passera après le vote. » La stratégie « Midi pour la paix » Enfin, à lire dans La Repubblica à Rome cette interview de Vladimir Kara-Murza, figure emblématique de l’opposition anti-Poutine qui vit aux États-Unis. Il est historien, cinéaste et lauréat du prix Pulitzer pour des articles écrits pendant sa détention en Sibérie. Pour lui, la seule façon de s’opposer durant ce scrutin verrouillé, c’est de suivre « la dernière initiative que Navalny avait soutenue avant d’être tué en prison » : la stratégie Midi pour la paix : aller tous voter en même temps, à midi précise… « Le régime peut annoncer les chiffres qu’il veut, ayant perfectionné l’art de falsifier les élections. Cependant, relève Vladimir Kara-Murza, il ne pourra pas cacher les images de milliers de personnes faisant la queue. Nous pouvons transformer ces élections truquées en une manifestation nationale contre la guerre. »
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