La Suisse interdit les importations d'or du Soudan, même indirectes
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La Suisse interdit l'achat et l'importation d'or en provenance du Soudan. Elle s'aligne ainsi sur les sanctions prises mi-juillet par l'Union Européenne. La décision suisse est importante car le pays est la première plaque tournante mondiale de l'or.
C'est parce que la Suisse occupe une place centrale dans le commerce de l'or qu'elle doit montrer l'exemple, expliquent ceux qui militent depuis des années pour que les minerais issus de zones en conflit n'entrent plus dans le pays, comme l'organisation SwissAid.
Officiellement, la Suisse n'importe pas d'or du Soudan, mais indirectement, oui : l'année dernière, un cinquième de ses achats en valeur, soit 420 tonnes d'or, provenaient des Émirats arabes unis, territoire connu pour être un hub de transit de l'or soudanais. Cet or y arrive après un long parcours, via des pays voisins.
« L'or des FSR, les Forces de soutien rapide est ainsi exporté par le Tchad, la Libye, la Centrafrique, le Soudan du Sud et l'Ouganda, explique Marc Ummel, chargé des matières premières à SwissAid, l'or contrôlé par les Forces armées soudanaises passe lui par l'Égypte ».
Cet or est raffiné aux Émirats arabes unis avant d'être exporté dans le monde, avec une origine émirienne, c'est comme cela qu'il entre en Suisse.
Des modalités d'application encore flouesTout l'enjeu de la nouvelle interdiction, c'est maintenant d'être appliquée. Jusque-là, les importateurs suisses étaient seulement soumis à la loi sur le contrôle des métaux précieux qui n'exige pas de tracer un minerai jusqu'à sa mine d'origine.
La nouvelle interdiction suppose que les autorités vont chercher à remonter plus en amont dans la chaine de commercialisation et s'assurer que chaque kilo d'or importé des Émirats ne provient pas du Soudan. Mais comment ? Ce n'est pas encore clair.
Une seule raffinerie suisse, contrainte de documenter ses importations pour répondre aux nouvelles exigences de la certification LBMA - London Bullion Market Association - en vigueur depuis 2026, a reconnu cette année acheter de l'or aux Émirats arabes unis. Parmi ses fournisseurs émiriens, au moins l'un d'eux s'approvisionne au Soudan. « C'est assez pour justifier des contrôles sur cette société », estime l'expert de SwissAid.
Contrôles insuffisants aux Émirats arabes unisLes Émirats ont mis en place en 2023 une nouvelle réglementation sur l'or – Due Diligence Regulation for Responsible Sourcing of Gold – mais elle n'a pas suffi à rassurer. Depuis trois ans, dans ce cadre, les raffineries de Dubaï sont soumises à des audits, mais il n'y a pas pour autant de contrôles supplémentaires aux douanes alors que les Émirats importent de l'or du Soudan, mais aussi d'autres pays secoués par des conflits comme la Russie, et la RDC.
Sur le papier, la loi est une bonne chose estime SWISSAID, mais sa mise en oeuvre est largement insuffisante. Les statistiques le montrent, l'or issu de zones à risque a continué à entrer aux Emirats arabes unis depuis 2023, et les volumes ont même augmenté.