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Dans le sillage du Leusden au Suriname

Dans le sillage du Leusden au Suriname

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Bateau négrier naufragé, englouti en 1738 dans les eaux atlantiques, le Leusden est à l’image de la mémoire de l’esclavage au Suriname. Enfoui, tombé dans l’oubli mais hantant les esprits… Sur cette terre d’Amérique du Sud située au cœur du plateau des Guyanes, l’histoire complexe et son peuple particulièrement métissé ont été à jamais façonnés, marqués par l’esclavage, crime contre l’humanité. Longtemps placé sous le joug néerlandais, le Suriname a obtenu son indépendance en 1975. Et aujourd’hui, des voix s’élèvent pour faire reconnaître et réparer ce passé esclavagiste et colonial, émaillé de résistances, de marronnages mais aussi de drames. Parmi ces drames, il y a le naufrage du Leusden : un bateau négrier hollandais qui, en janvier 1738, va échouer dans l’estuaire du fleuve Maroni, côté Guyane française, avec 664 captifs enfermés dans la cale, abandonnés à leur sort, tous noyés. Alors que le bateau sombrait, les rives du fleuve Maroni étaient toutes proches, il aurait donc été possible de les sauver… Fin 2021, la journaliste Laetitia Fernandez avait suivi une équipe de scientifiques français et néerlandais qui cherchaient à retrouver l’épave du Leusden. Comme une manière d’exhumer cette histoire tragique et plus largement celle de l’esclavage, longtemps tue, passée sous silence au Suriname. Pour Si loin si proche, elle a alors décidé de poursuivre le voyage jusqu’au Suriname, à un moment bien particulier : celui des 50 ans de l’indépendance du pays, et alors que le roi Willem Alexander des Pays-Bas était venu sur place pour la première fois, afin de délivrer un message historique de demande de pardon. 2 décembre 2025. En face du roi, symbole d’une monarchie qui, pendant près de 300 ans, va bâtir sa fortune sur la traite en Asie mais aussi la déportation via la Compagnie des Indes Néerlandaises de 600 000 Africains en Amérique, des représentants des communautés autochtones et des descendants d’esclaves qui ont su accorder leur pardon. Au XVIIè siècle, appelé « l’âge d’or hollandais », mais surtout au XVIIIè siècle, on dénombrait jusqu’à 500 plantations au Suriname. Un chiffre qui peine à dire la réalité des violences à cette époque et la force des résistances marronnes qui s’y sont opposées. On estime que 75 000 esclaves seraient morts sur les navires néerlandais. Parmi eux, les naufragés du Leusden, la plus grande tragédie maritime négrière jusqu'à ce jour recensée, mais dont personne ne parle ou si peu… Rencontre à Paramaribo et dans les anciennes plantations du pays avec des acteurs de cette cérémonie de pardon : chef religieux ou grand man bushinenge, des écrivains et militants de la mémoire de l'esclavage et des réparations. Un reportage entre le Suriname et la Guyane de Laetitia Fernandez. En savoir plus : - Sur les fouilles archéologiques du Leusden menées en 2021, l’article de Laetitia Fernandez pour le Journal Le Monde - Sur le travail de l’historien Léo Balai sur le Leusden. En anglais - Sur Cynthia Mac Leod, écrivaine surinamaise et autrice de Tutuba, un récit librement inspiré de la vie d’une des survivantes du Leusden - Sur les sociétés marronnes du Suriname, un Grand reportage d’Hélène Ferrarini en 2022 pour RFI - Sur le dossier des réparations au Suriname : le plan en 10 points de la CARICOM, le travail pour évaluer les réparations d’Armand Zunder, président de la commission nationale des réparations du Suriname, la demande de pardon formulée en 2025 par le Roi des Pays-Bas et le fonds de conscientisation - Sur le travail Beyond the national narrative mené par les chercheurs Henriette Louwerse et Duco van Oostrum à l’Université de Sheffield, pour appréhender l’histoire du Suriname sans reconduire la perspective du colonisateur.
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