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Dans « La Vie d'une Femme », Charline Bourgeois-Tacquet renverse les codes du récit féminin

Dans « La Vie d'une Femme », Charline Bourgeois-Tacquet renverse les codes du récit féminin

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Peut-on être une femme de 50 ans, accomplie dans sa vie personnelle, professionnelle et sensuelle, sans passer par la maternité ? Avec La Vie d'une femme, la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet répond résolument : « oui ». Dans son deuxième long-métrage, sélectionné en compétition au Festival de Cannes et sorti ce 9 septembre 2026 en salles, la cinéaste explore la vie de Gabrielle Conti, chirurgienne émérite, épouse amoureuse et tutrice de sa mère, dont le quotidien est bouleversé par la rencontre avec une jeune écrivaine. Le récit d'une femme qui refuse de renoncer, résolument maîtresse de ses choix.

RFI : Charline Bourgeois-Taquet, vous signez La vie d'une femme, où vous explorez la vie d'une chirurgienne accomplie d'une cinquantaine d'années, Gabrielle Conti [incarnée par Léa Drucker, NDLR], dont le quotidien est bouleversé par la rencontre avec une jeune écrivaine [Mélanie Thierry]. D'où vous est venue l'envie de prendre à bras le corps un tel récit, loin de votre précédent film où vous suiviez une jeune trentenaire ?

C'est vrai que dans le film précédent, le personnage était plus proche de moi. En tout cas, c'est un personnage qui avait mon âge. Cette fois - et pardon pour cette réponse un peu personnelle -, j'ai écrit le film en réaction au décès de ma mère. Elle est morte à 57 ans, d'une maladie assez longue. Et - peut-être car je jugeais, et c'est très subjectif, sa vie insatisfaisante - j'ai eu envie d'écrire un personnage de femme entre 55 et 60 ans qui se serait accomplie dans autre chose que la maternité, dans autre chose que l'amour. Je crois que j'avais besoin de ça, de représenter une femme qui aurait mis le travail au centre, qui se serait accomplie par elle-même, qui serait libre et qui, à 55 ans, n'aurait pas renoncé non plus à sa vie amoureuse, sensuelle, érotique.

Une femme qui puisse tout faire de front, finalement ?

Oui, une femme forte, mais pas seulement forte, qui se consacre aux autres, mais qui est aussi égoïste par certains aspects. Enfin, un personnage complexe, j'espère. Ce que je voulais, c'est que ce personnage puisse faire envie aussi aux spectatrices, aux spectateurs, et qu'il puisse peut-être ouvrir des perspectives.

Dans le film, la plupart des proches de Gabrielle lui disent qu'il y a un problème. Elle travaille trop, elle fait trop de choses, elle est trop parfaite. Et elle n'a pas l'air de voir du tout le problème dans tout ça. La question finalement que pose votre film, c'est est-ce que c'est si grave de mettre le travail au centre du jeu ?

Je trouvais intéressant que le personnage soit vu par son entourage d'une manière très différente de la façon dont elle-même se perçoit. On nous a énormément proposé de personnages d'hommes, dans les fictions, qui se consacrent à leur métier. Et on trouve ça normal. Des personnages de femmes, dans ce cas-là, il y en a moins - et je pense que c'est pareil dans la vie.

Pour raconter cette bascule dans autre chose qui arrive à ce personnage de Gabrielle, vous avez choisi de lui faire vivre un amour lesbien, là où le bouleversement aurait pu venir, pourquoi pas, d'un autre homme. Pourquoi ce choix-là ?

C'était vraiment pour lui faire découvrir quelque chose de nouveau, qu'il y ait une nouvelle proposition amoureuse, un désir inattendu, quelque chose qui la bouscule peut-être plus que si ça avait été un homme, qui la déplace aussi. C'est un personnage qui est dans la maîtrise de tout : j'avais vraiment envie de voir comment elle allait réagir à quelque chose de très inconnu. Et de la mettre dans une situation de maladresse et de fragilité dans laquelle on ne l'a pas vue jusque-là.

Il y a donc évidemment beaucoup de femmes à l'écran, comme dans votre film précédent. Qu'est-ce qui vous donne envie de travailler, essentiellement, des récits de femmes ?

Précisément, c'est une question d'envie, c'est une pure question de désir, un appétit que j'ai pour les histoires dont les femmes sont les héroïnes, mais aussi bien d'ailleurs en tant que lectrice et spectatrice. Depuis toujours, il n'y a que ça qui m'intéresse. Et donc quand j'écris des films, très naturellement, j'ai envie de m'intéresser à des personnages de femmes. Il n'y a pas d'autre réponse que le désir.

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