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Chine: quand Xi Jinping rend hommage à son ennemi juré

Chine: quand Xi Jinping rend hommage à son ennemi juré

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C'est une commémoration paradoxale qui a eu lieu en Chine ce lundi 17 août : le président Xi Jinping a célébré le 100e anniversaire de son prédécesseur Jiang Zemin, qui était pourtant son ennemi juré et dont il est comme le miroir inversé.

Jiang Zemin était le président chinois et le secrétaire du Parti communiste pendant toute la décennie 1990, jusqu'à 2002. Et surtout le numéro un de la Chine après la mort de Deng Xiaoping en 1997. Jiang Zemin, c'est d'abord celui qui a soutenu la répression, le massacre de Tiananmen en 1989. À l'époque, il était maire de Shanghai, où il y a eu une mobilisation massive pour soutenir le mouvement prodémocratie à Pékin, comme dans d'autres villes chinoises. Des dizaines de milliers d'étudiants et d'ouvriers ont ainsi manifesté pacifiquement à Shanghai en mai et juin 1989, bloquant les routes et les trains vers Pékin pour empêcher l'envoi de troupes dans la capitale.

Jiang Zemin n'a pas eu recours à l'armée, mais il a su « stabiliser » la situation comme on dit dans le jargon du Parti. C'est-à-dire qu'il a étouffé sans bain de sang la contestation après le 4 juin, en négociant la fin des blocages puis en faisant arrêter les leaders des manifestations quelques semaines après. C'est ce que Xi Jinping a rappelé ce lundi 17 août lors du 100e anniversaire de Jiang Zemin. Ce qu'il avait d'ailleurs déjà salué lors de la mort de Jiang en 2022. Une façon pour lui de réaffirmer l'emprise politique absolue du Parti sur la Chine.

Clique de Shanghai

Pourtant Jiang Zemin est devenu l'ennemi à abattre pour Xi Jinping. Et c'est bien là le paradoxe de cette commémoration en grande pompe, qui a été réservée depuis 1949 seulement à une poignée de hauts dirigeants chinois, de Mao à Deng Xiaoping. Car dans le cas de Jiang Zemin, tout son clan politique, sa faction à l'intérieur du Parti, qu'on appelle la « clique de Shanghai », a été la cible principale de Xi Jinping dès son arrivée au pouvoir, à partir de 2013. La cible de la « lutte anti-corruption », cette purge profonde du Parti qui dure encore, qui paraît sans fin. Une purge qui « frappe les tigres et écrase les mouches », selon l'expression chinoise, visant les petits cadres comme les hauts dignitaires du régime, en particulier les responsables nommés par ou affiliés à Jiang Zemin.

L'ancien président avait conservé une influence majeure sur la Chine à travers ses réseaux dans le Parti, bien après son difficile passage de témoin à Hu Jintao en 2004. Date à laquelle il avait enfin cédé le contrôle de l'armée à son successeur. Alors bien sûr, toute cette histoire des luttes de clan au sommet du Parti se déroule en coulisses, mais elle est identifiable à chaque limogeage ou chute retentissante d'un dirigeant proche de Jiang.

Deux Chines

Par ailleurs, Jiang Zemin représente l'ère des réformes économiques et une ouverture de la Chine, qui n'est plus trop à l'ordre du jour sous Xi Jinping. Jiang Zemin, c'est la Chine qui travaille en bonne entente avec les États-Unis, la Chine qui adhère à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

L'ex-président avait laissé se développer le secteur privé et favorisé l'émergence de grands entrepreneurs comme Jack Ma, le charismatique fondateur d'Alibaba. Il avait même permis aux grands patrons de devenir membre du Parti communiste, mais sans imposer une omniprésence du Parti dans le privé.

Autant de politiques avec lesquelles Xi Jinping a rompu. Il a ordonné la création tous azimuts de cellules du PCC dans les entreprises privées. Jack Ma a été mis au pas, après avoir critiqué en public la régulation du système financier chinois. Xi Jinping, c'est la Chine des purges, de la confrontation avec les États-Unis et un régime dont le numéro un peut être président à vie. D'ailleurs, c'est ce qui provoque une forte crispation au sein du Parti. Et selon les observateurs, c'est sans doute pour apaiser ces tensions que Xi Jinping a célébré son ennemi Jiang Zemin, un homme qui a laissé un très bon souvenir aux élites chinoises.

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