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Bayeux privée de sa Tapisserie: «C'est comme si on perdait un membre de la famille»

Bayeux privée de sa Tapisserie: «C'est comme si on perdait un membre de la famille»

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C'est un signe de confiance et d'amitié entre deux voisins : depuis ce 10 septembre 2026 et jusqu'en juillet 2027, la célèbre Tapisserie de Bayeux, qui raconte la conquête d'Angleterre par les Normands, est exposée à Londres. C'est la première fois que cette broderie traverse la Manche, un voyage rendu possible par un prêt consenti par le président français Emmanuel Macron. À Londres et dans les cercles diplomatiques, on se félicite que le projet ait abouti. Mais à Bayeux, habitants et commerçants se sentent dépossédés. « Quand on est de Bayeux, la Tapisserie, on grandit avec, on va la voir à l'école, tout le monde en parle, et puis on voit les touristes défiler toute l'année. » C'est avec amertume et presque nostalgie que Mathis Laîné, salarié au sein du restaurant du Moulin de la Galette à Bayeux, parle de cette célèbre broderie millénaire. Profitant des travaux nécessaires au musée de la Tapisserie de cette cité normande de 13 000 habitants, le président français Emmanuel Macron a consenti un prêt historique au Royaume-Uni. Conclusion : voilà Bayeux privée de sa tapisserie… et de la précieuse manne financière qu'elle représente. Des commerçants dépités Le restaurant de Mathis Laîné est situé juste en face de la sortie du musée de la Tapisserie. À la fermeture de ce dernier, la sentence a été immédiate : « On a tout de suite constaté une baisse de la fréquentation. Le midi, cela représente 20% de chiffre d'affaires en moins, et le soir, on a une baisse d'au moins 10% », souligne avec inquiétude le jeune homme. Un manque à gagner à court terme, mais aussi pour le reste de l'année. « Depuis toujours, on vit l'hiver avec ce qu'on gagne l'été, soupire Mathis Laîné. C'est en ce moment que ça se joue, pour notre survie pour la suite ! » À lire aussiTourisme: la France enregistre une fréquentation record et reste la première destination de la planète À quelques centaines de mètres de là, au bar-tabac et magasin de souvenirs le Balto, même bilan. « On voit bien qu'il y a moins de touristes que d'habitude ! », déplore Marie-Laure Lamare, gérante depuis dix ans de cet établissement, et qui ne décolère pas. « D'habitude, sur les trottoirs, ça parle toutes les langues, l'anglais beaucoup, on se demande même si on est bien en France ! Depuis qu'il n'y a plus la Tapisserie, ça n'a rien à voir, c'est beaucoup plus calme... » Sur son comptoir, les cartes postales et autres magnets à l'effigie de la célèbre broderie prennent la poussière : « J'avais pourtant commandé très peu de souvenirs cette année et, malgré tout, je n'ai quasiment rien vendu. C'est simple : les touristes n'ont pas vu la Tapisserie, ils n'achètent pas ! » Un symbole en moins pour la ville Mais Bayeux sans la Tapisserie, ce n'est pas qu'un manque à gagner pour la ville : c'est aussi une part de son identité en moins. Dans le centre-ville, des dizaines de touristes écoutent la berceuse chantée par les cloches de la cathédrale. Un petit groupe d'entre eux se réunit devant Estelle Isidor-Leroux, guide-conférencière. « Si je vous dis Bayeux, à quoi pensez-vous en premier ? », interroge celle-ci. Comme de coutume, la réponse est évidente : « La Tapisserie ! » Pour cette native de Bayeux, voir ce morceau du patrimoine partir a été un vrai crève-cœur. « C'est comme si j'avais perdu un membre de ma famille », assume ce personnage pétillant. « Et puis, ajoute-t-elle, en tant que professionnelle du tourisme, il a vraiment fallu réfléchir à l'offre que l'on allait proposer en attendant le retour de la Tapisserie. ​​​​​​​» Comment faire vivre la grande absente ? À force de réflexion, une solution a été trouvée : Estelle Isidor-Leroux anime désormais des visites retraçant les pérégrinations de la Tapisserie dans la ville au cours de son histoire ; tandis qu'un des musées locaux propose une exposition sur sa conservation à travers les âges. D'ici l'hiver, la mairie prévoit même de lancer une « expérience immersive » destinée à faire plonger les visiteurs au cœur de la tapisserie. Les institutions locales se montrent confiantes Sourire ultra-bright et chemise impeccable, le directeur de l'office de tourisme intercommunal, Didier Llorca, se montre confiant et jovial. « Évidemment que la fermeture du musée de la Tapisserie a un impact sur les commerces. Et heureusement ! s'amuse-t-il. Sinon, cela voudrait dire que la fermeture d'un lieu qui fait 500 000 entrées par an n'a aucune influence sur la vitalité du centre-ville. Ce serait cela, la véritable anomalie. ​​​​​​​» Mais, pointe-t-il, « ​​​​​​​Bayeux n'a pas mis tous ses œufs dans le même panier. ​​​​​​​» Fait rare dans cette partie de la Normandie, son centre-ville a été totalement épargné des bombardements pendant le Débarquement, en 1944. Alors...
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