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Au Pérou, les journalistes en zone rurale menacés par les narcotrafiquants

Au Pérou, les journalistes en zone rurale menacés par les narcotrafiquants

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Au Pérou, les journalistes sont de plus en plus empêchés de faire leur métier, dans un contexte de recul démocratique. À l'hostilité du gouvernement envers les médias s'ajoutent l'affaiblissement des institutions et la persécution des journalistes par des groupes criminels. Selon Reporters sans frontières, avec quatre assassinats, 2025 a été l'année la plus meurtrière pour la presse péruvienne depuis les années 1980, lorsque Lima était en guerre contre les rebelles du Sentier lumineux.

Souvent, les journalistes sont menacés ou tués en raison de leurs enquêtes sur l'utilisation des fonds publics, les attaques à l'environnement ou encore le narcotrafic. Geraldine Santos est journaliste d'investigation indépendante, elle couvre les sujets liés à l'Amazonie, aux populations autochtones de la région, et aux droits humains et, à 30 ans, elle a déjà été menacée pour ses enquêtes.

Geraldine vit aux portes de l'Amazonie péruvienne, dans la région andine de Huanuco, qu'elle connaît par cœur. L'an dernier, le Global Investigative Journalism Network lui a remis un prix pour son enquête collaborative avec le média Mongabay sur les pistes d’atterrissage illégales en forêt amazonienne, qui servent au trafic de drogue et menacent les communautés autochtones, comme celle de Kakataibo.

« Cette communauté autochtone est envahie par des trafiquants de drogue et abritait une piste d'atterrissage clandestine. Quand nous avons essayé de nous approcher, les narcotrafiquants se sont mis à nous poursuivre. Nous avons pu quitter les lieux, mais ils nous ont appelés pour nous dire qu’ils savaient où nous étions. Ils ont dit : "Nous savons que la journaliste Géraldine Santos est ici. Alors, si vous venez, nous vous attendrons, armés." Ils veulent nous dissuader de faire nos enquêtes. »

En 2025, plus de 458 attaques contre la presse au Pérou

Si elle reçoit moins de menaces ces derniers temps, Geraldine sait que sa présence dans la région dérange. « Je représente une menace constante pour eux, en vivant sur ce territoire. C'est peut-être ça qui les préoccupe particulièrement. » Elle vient tout juste de revenir à Huanuco, sa ville natale. Elle était partie un temps à Lima pour sa sécurité pendant la durée de l'enquête. Elle a appris à prendre certaines précautions. « Je suis prudente, je fais attention aux endroits où je me rends, je ne vais pas trop dans les lieux publics. J'essaie de pas être seule chez moi. Mais il ne s'agit pas seulement de moi : au Pérou, on s'en prend à la vie des journalistes, et principalement à ceux qui travaillent dans les zones rurales. »

Geraldine a justement créé un compte Instagram, « Lengua de perro » (« Langue de chien » en français), où elle raconte son travail. « Ça permet de mieux mettre en lumière le travail et les risques auxquels sont exposés les journalistes, mais aussi les communautés autochtones. Les communautés jouent un rôle important, tout comme les dirigeants autochtones, dans la diffusion de ces sujets, car ils vivent dans des territoires extrêmement vulnérables, tout comme nous, journalistes de région, et ils ont le courage de s’exprimer, de parler, de dénoncer et d’incarner ces reportages. Nous sommes donc exposés au même danger, à une échelle différente, certes, car les dirigeants restent au sein des communautés rurales.»

En 2025, plus de 458 attaques contre la presse ont été recensées par l'association nationale de journalistes du Pérou. Les quatre journalistes assassinés cette année-là travaillaient dans des petites villes ou des agglomérations en dehors de la capitale. L'un vivait très proche de chez Geraldine, un autre, Mixar Castillejos, s'est fait tirer dessus devant la porte de sa maison. C'était son camarade de classe à l'université.

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