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Amandine Agić, apprivoiser l’héritage «D’un pays qui n’existe plus»

Amandine Agić, apprivoiser l’héritage «D’un pays qui n’existe plus»

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Née en France d’un père yougoslave, Amandine Agić raconte comment, petite fille, elle a vécu à distance l’éclatement et la disparition de son « deuxième pays » et comment elle a appris à vivre avec.

Amandine Agić est comme la narratrice de son premier roman : elle porte un prénom français, et un nom bosniaque. Il faut dire qu’elle a une mère franco-suisse et un père issu « d’un pays qui n’existe plus », pour reprendre le titre du livre : la Yougoslavie, que l’on appelle « ex-Yougoslavie » depuis les déclarations d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie en 1991, un peu moins d’un an avant celles de la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine.

Chimère

La Yougoslavie, l’écrivaine écrit aujourd’hui qu’elle « a été et reste une chimère ». Tels sont les derniers mots du livre et l’aboutissement de souvenirs, de questionnements, de réflexions, de lectures, de conversations, de découvertes et de renoncements qui forment l’ossature de l’ouvrage. C’est donc peu à peu, de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence, qu’Amandine Agić et la narratrice reconstituent cet héritage à la fois historique, linguistique, culturel et intime.

Mettre des mots, appréhender la guerre, construire une relation avec son « autre pays »

Comment mettre des mots sur une guerre et un génocide que l’on a vécus à distance, dans une famille au sein de laquelle l’inquiétude pour les proches restés au pays se mêlait à une réserve pleine de pudeur ? Comment appréhender la guerre quand on a 8 ou 10 ans ? Et une fois adulte, comment construire une relation avec la Bosnie, et prendre en charge le douloureux héritage des massacres de civils comme celui de Srebrenica (juillet 1995) ? Les mots claquent comme ce titre de chapitre : « Comment être en vacances avec ses enfants quand des personnes se font massacrer parce qu’elles portent ton nom de famille ? ».

« Personne ne comprend la guerre »

Amandine Agić raconte les colis alimentaires envoyés par convois humanitaires, les coups de téléphone aux cousins, les vacances estivales d’avant et après la guerre, l’accueil en Auvergne d’enfants réfugiés. Elle relate comment peu à peu elle a découvert que les soldats de l’ONU transformaient des tanks ou des couvertures en pare-feu anti-snipers. Elle ne cache pas non plus sa colère lorsqu’elle se rend compte de la mésinformation des Occidentaux lorsqu’il s’agit de désigner les responsables des atrocités, ou lorsqu’elle entend, lors de l’invasion russe en Ukraine, qu’il s’agit de « la première guerre en Europe depuis 1945 ». Comme si les guerres des Balkans des années 1992-2000 n’avaient pas eu lieu. Et elle clame, dans une anaphore qui s’étale sur tout un chapitre au cœur même du récit : « Personne ne comprend la guerre ».

D’un pays qui n’existe plus, Amandine Agić (Éditions de l’Olivier)

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