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Agriculture et canicule: pour anticiper les fortes chaleurs, les céréaliers expérimentent [3/3]

Agriculture et canicule: pour anticiper les fortes chaleurs, les céréaliers expérimentent [3/3]

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Les cultures de maïs européennes ont été ravagées par les sécheresses à répétition de cet été caniculaire. La France est loin d’être épargnée, d’après l’Association générale des producteurs de maïs, presque la moitié de la récolte de maïs en grain est inutilisable cette année. Alors pour anticiper les prochaines canicules, certains céréaliers expérimentent en apprivoisant une plante issue d’Afrique subsaharienne : le sorgho. Mais le chemin est encore long. En Essonne, dans le sud de Paris, les champs de blé et de colza se succèdent presque indéfiniment. Pourtant au milieu des carrés jaunes et or, quatre petits hectares verts et rouges dénotent. « Nous voici au milieu d’un champ de sorgho, présente Eudes Coutté, l'un des rares cultivateurs de sorgho en France, on dirait des sortes de petits plants de maïs de 80 centimètres. La caractéristique du sorgho, c’est qu’on a un épi qui va faire des petites boules vertes qui vont rougir. C’est ces billes que l’on récolte entre septembre et novembre en fonction de la météo. » Le sorgho est une plante d’Afrique subsaharienne. Elle pousse dans les régions chaudes et sèches. Pour s'épanouir, la céréale a besoin d’une température comprise entre 25 et 35 degrés. S’il y a quelques siècles, elle avait du mal à pousser en France, ces quinze dernières années, de plus en plus de plantations de sorgho se développent. Eudes Coutté s’est intéressé à cette plante il y a 7 ans. Il raconte : « Je me suis installée dans ma ferme il y a dix ans et je me suis dit avec le réchauffement climatique, si on ne prend pas des décisions dès maintenant, on va aller droit dans le mur, on ne pourra pas tenir une carrière de 42 ans sans changement. Donc, j'ai commencé à m'intéresser à certaines plantes, surtout des plantes venant d'Afrique et je suis arrivée sur le sorgho considéré par le WWF et par l'ONU comme une "plante du futur", donc écoresponsable ». En effet, le sorgho a besoin de 20 à 25 % d’eau en moins que le maïs et résiste très bien à la sécheresse. Cependant, ce n'est pas non plus une plante miracle et les trois mois complètement secs de cet été ont tout de même altéré certains épis jaunis et desséchés, selon Eudes : « Oui, le sorgho a une capacité à résister un petit peu plus à la sécheresse. Néanmoins, on voit quand même dans le champ qu'il y a certaines parties qui sont un peu plus jaunâtres et qui montrent les effets de la sécheresse et de la canicule successives. » Toute la société doit s’adapter Ludovic Joiris s’est associé à Eudes Coutté il y a trois ans. L’agriculteur cultive le lin et est très attentif à la culture d’avenir en général. Depuis près de vingt ans, il pratique l’agriculture de conservation des sols, une pratique qui permet de recréer la fertilité naturelle du sol. Il faut en général dix à quinze ans pour parfaitement apprivoiser une culture et les deux agriculteurs tâtonnent encore. « Il y a beaucoup d'apprentissage à faire, reconnaît Ludovic. C'est vrai que moi, je ne connais pas suffisamment donc on peaufine, on essaie d'améliorer. Cette année, j'ai eu quelques soucis parce que des limaces sont venues manger les pieds, mais quelque part la partie où il y a moins de pieds se comporte mieux que celle où il y a suffisamment de pieds parce qu'elles ont eu plus d'eau. » Mais le chemin est encore long, même une fois que la production sera stable, c’est toute la société qui doit s’adapter. Franck Laborde est agriculteur dans les Pyrénées-Atlantiques et président de l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) de la FNSEA, l'un des grands syndicats d'agriculteurs. Les syndicats regroupent aussi les cultivateurs de sorgho, beaucoup moins nombreux. Si le maïsiculteur trouve l’initiative intéressante écologiquement, il sait que, pour le moment, ce n’est pas viable. « Aujourd’hui, il y a 2,5 millions d’hectares de maïs en France et 35 000 hectares de sorgho. Même si le sorgho apparaît comme une bonne option face aux changements climatiques, si, derrière, le consommateur ne suit pas, les agriculteurs ne peuvent pas se permettre de produire plus d’hectares », affirme Ludovic. Sans demande de la part des consommateurs (les éleveurs qui l’utilisent pour nourrir leur bête ou bien des particuliers), sans offre de la part des industriels, Eudes Coutté et Ludovic Joiris ne peuvent, pour le moment, pas vivre de la vente de sorgho. Tous les deux ont des activités alimentaires en parallèle. À lire aussiAgriculture et canicule: les éleveurs français face au risque de pénurie de fourrage [2/3]
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