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#6.16 Une compagnie morte, mais des données bien vivantes et bien valorisées

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Pourquoi Google a payé 10 millions de dollars pour les archives numériques de Spirit Airlines, alors que vous me dites que vos données ne valent rien, parce que vous ne savez pas mesurer cette valeur…Spirit Airlines n’existe plus. La compagnie low cost américaine, pionnière du modèle « ultra low-cost » outre-Atlantique, avait déjà déposé le bilan une première fois en novembre 2024, après l’échec de son rapprochement avec JetBlue puis avec Frontier Airlines et l’accumulation de pertes consécutives à la pandémie de Covid-19. Une tentative de restructuration n’a finalement pas suffi : ses avions ont cessé de voler en mai 2026, et l’entreprise est désormais liquidée, ses actifs vendus les uns après les autres pour tenter de rembourser ses créanciers.Parmi ces actifs, la plupart sont matériels : avions, équipements, biens immobiliers. Mais un lot a suscité un intérêt inattendu : l’intégralité des archives numériques internes de la compagnie. Selon un document judiciaire déposé auprès du tribunal des faillites de New York et consulté par plusieurs médias américains, Google aurait remporté l’enchère pour ce lot de données pour la somme de 10 millions de dollars, en devançant Mercor, une société spécialisée dans la fourniture de données d’entraînement pour l’intelligence artificielle, qui avait proposé 7,5 millions de dollars. La vente reste soumise à l’approbation du juge en charge du dossier, mais elle nous donne des indications intéressantes sur :- Le fait que les données ont de la valeur, et que certaines entreprises l’ont mieux compris que d’autres ;- Des métriques de mesure de la valeur de ces données, en fonction des usages, dont par exemple l’entrainement des IA.Un volume de données considérable et très hétérogèneLe détail du lot, rendu public via le document judiciaire, donne une idée assez précise de ce que peut représenter le patrimoine numérique d’une compagnie aérienne, après près de deux décennies d’activité. On y trouve environ 100 millions d’e-mails, 500 millions de contenus issus de Microsoft Teams, 17 millions de fichiers OneDrive et 20,5 millions de documents SharePoint. S’y ajoutent plus de 30 millions d’enregistrements d’appels au service client, 15 millions de conversations de chat, 600 000 tickets ServiceNow, ainsi que 13,7 millions d’adresses e-mail actives issues de la plateforme marketing Responsys d’Oracle… et un raton laveur (pour ceux qui ont la réf).Le lot comprend aussi des données strictement opérationnelles : plus de 763 000 vols, cinq millions d’appariements d’équipages, 1,2 million de bordereaux de carburant, les enregistrements de près de 790 000 achats de pièces détachées, et 11 millions de ventes de services Wi-Fi à bord. Un porte-parole de Google a indiqué que l’entreprise avait acquis une partie de cet ensemble de données d’entreprise afin d’améliorer ses produits et ses modèles d’intelligence artificielle, en précisant qu’aucune information personnelle ne serait reçue dans le cadre de cette opération.Selon les informations judiciaires, les données doivent en effet être anonymisées avant leur transfert. Sont explicitement exclus de la vente les profils passagers, le programme de fidélité Free Spirit, les historiques de navigation ainsi que les plaintes déposées auprès du régulateur américain des transports. Reste que l’anonymisation de plusieurs centaines de millions de documents à cette échelle n’est pas un exercice trivial, et plusieurs observateurs soulignent que le risque de fuite ou de réidentification partielle ne peut être totalement écarté.Un précédent qui n’est plus tout à fait isoléCette opération n’est pas la première du genre. Plusieurs médias avaient déjà rapporté, au printemps 2026, que des start-up en faillite revendaient leurs archives Slack et leurs messageries internes à des sociétés d’IA en quête de données d’entraînement. Mais le rachat des données de Spirit Airlines change d’échelle : il s’agit ici d’une entreprise historique, cotée pendant des années, avec près de vingt ans d’activité et des millions de clients, et non d’une jeune pousse récente.C’est précisément ce changement d’échelle qui rend l’opération intéressante à observer du point de vue de la valorisation de la donnée.Ce que révèle cette transaction sur la valeur de la donnéeLa valorisation des actifs immatériels, et des données en particulier, reste un exercice notoirement difficile : il n’existe pas de marché liquide ni de méthode comptable standardisée pour évaluer un corpus de courriels d’entreprise ou un historique de vols. C’est précisément ce qui rend ce type de transaction instructif : en l’absence de modèle théorique consensuel, c’est le marché lui-même, via une procédure d’enchères judiciaires ...
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