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11-Septembre: «Je me rappelle de la bonté et de l'héroïsme de ceux qui ont traversé cette journée»

11-Septembre: «Je me rappelle de la bonté et de l'héroïsme de ceux qui ont traversé cette journée»

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Rescapé des attentats du 11 septembre 2001 à New York, auteur de World Trade Center, 47e étage paru aux éditions Robert Laffont, Bruno Dellinger est l'invité de RFI vendredi 11 septembre. Vingt-cinq ans après les attaques terroristes, celui-ci raconte comment il y a survécu alors qu'il se trouvait dans la tour 1 du World Trade Center. Il revient aussi sur cette journée, ainsi que sur son processus de reconstruction. RFI : Il y a 25 ans tout juste, vous avez vécu les attentats du 11 septembre 2001 au plus près. Vous étiez dans votre bureau, dans la tour numéro 1 du World Trade Center à New York, quand le premier avion s'est encastré à peine quelques dizaines d'étages au-dessus de vous. Quel sentiment vous traverse là, en ce jour anniversaire, 25 ans après ? Bruno Dellinger : C'est toujours une date chargée d'émotion, bien sûr. Évidemment, cela fait remonter des tas d'images, des tas d'émotions et surtout cette immense tristesse et ce traumatisme qui a disparu, mais dont les cicatrices sont toujours là et avec lesquelles je vivrai jusqu'à la fin de mes jours. C'est douloureux d'en parler ? Non, c'est plutôt le désir de transmettre cette journée qui m'habite, maintenant. Longtemps, ce récit m'a permis de m'aider, de parler, d'évacuer d'une certaine manière. Nous voici un quart de siècle après. Est-ce que ça vous paraît si loin ? Non, ça ne me paraît pas très loin dans les images en tout cas, et dans le ressenti de cette journée, que je pourrais, si je pouvais, la toucher en tendant le bras. J'ai l'impression qu'elle est là, si j'ose dire. Mais en même temps, beaucoup de choses se sont passées depuis. La vie a pris le dessus et j'ai eu la chance d'avoir des enfants, par exemple, et ces enfants, c'est vraiment plus d'innocence dans le monde, c'est un monde qui se renouvelle. Et justement, c'est une des raisons pour lesquelles je continue à témoigner, parce que je m'aperçois qu'il y a toute une génération qui n'a pas connu maintenant ces événements, et je fais régulièrement des interventions dans des écoles, par exemple. Je m'aperçois que dans ces écoles, je peux avoir un rôle pour transmettre quelque chose. Parce que les souvenirs sont intacts, Bruno Dellinger ? Pour vous, tout est encore très net ? Ah oui. Je crois que votre premier souvenir du moment de l'attentat, c'est un souvenir sonore. Ce souvenir sonore, c'est le bruit du moteur de l'avion, c'est cela ? C'est cela, c'est cela. Ce bruit qui dépasse l'entendement. Parce qu'en réalité, ce sont deux réacteurs à pleine puissance en plein ciel, à quelques dizaines de mètres de nous. Donc c'est un bruit qui n'est pas celui d'un réacteur sur un tarmac quand l'avion décolle, c'est un bruit d'un moteur à pleine puissance. Et ça arrive tellement soudainement. Et en réalité, ce bruit des réacteurs, immédiatement, il attire mon attention comme un bruit démoniaque d'une certaine manière, qui déchire l'air. Vous voyez l'avion ? Vous voyez quelque chose à ce moment-là ? Oui. C'est très fugace, très rapide, et puis, il y a l'impact. Et cet impact est d'une violence qui dépasse là encore l'entendement, puisqu'on avait l'habitude dans ces tours d'être gentiment, doucement balancés par les vents quand, pendant l'hiver, il y avait des tempêtes. Et pourtant là, ce n’est plus un balancier, c'est une tour qui est en train de passer à la limite de sa résistance. Donc toute la tour crie d'une manière terrible, à tel point qu’une de mes adjointes arrive dans mon bureau, une ou deux minutes plus tard, et je suis obligée de la prendre par les épaules, parce que je crains qu'elle ne tombe et que moi, ma chaise est balancée d'un bout à l'autre de mon bureau. À lire aussiAttentats du 11 septembre 2001: «Le problème de cette photo, c’est qu’on a envie de dire qu’elle est belle» Ah oui, vous, vous êtes sur un bateau qui est en train de tanguer. Vous êtes à votre bureau, il est au 47e étage de la tour, donc vous êtes quelques dizaines d'étages en dessous de l'impact avec quelques-uns de vos collaborateurs. Comment vous réagissez ? Qu'est-ce que vous dites ? J'ai réagi de manière très étrange. On m'interroge et mes collaborateurs me demandent : « Qu'est-ce qui se passe ? » Et je leur réponds : « Ce n'est pas grave, c'est un avion. » Je me dis bon, c'est grave, mais ce n'est pas grave, on est à New York, on va nous sortir des bureaux et puis dans 15 jours on reviendra et tout va bien se passer. Oui, vous avez la certitude que la tour ne va pas s'effondrer, que vous n'êtes pas face à un attentat majeur non plus. Il n'y a pas de conscience de ça à ce moment-là ? C'est tout juste inimaginable. C'est à dire qu'en fait, l'impression de force que donnait le World Trade Center, c'est incompatible avec la perspective d'un écroulement de ces tours. Donc non, c'est juste impossible. Et vous ne paniquez pas du tout, à tel point que vous dites ...
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