Somalie: les journalistes pris pour cibles pour avoir raconté l’histoire de Sadia
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Elle est aujourd’hui libre, après plusieurs mois de détention. En Somalie, Sadia Moalim Ali, conductrice de taxi et militante, dénonçait sur les réseaux sociaux la hausse des prix, les expulsions forcées et les violences faites aux femmes. Elle affirme avoir été torturée en prison. Les journalistes qui ont osé raconter son histoire sont devenus à leur tour des cibles. L’un d’eux a dû fuir le pays. Le récit de Christina Okello.
Le 8 mai 2026 reste gravé dans la mémoire de Mohamed Bulbul. Ce journaliste somalien couvre l’affaire Sadia Moalim Ali. Ce soir-là, il est avec deux confrères. Il raconte : « Nous avons été attaqués dans un restaurant à Mogadiscio. Nous avons été violemment frappés, puis conduits au bureau du chef de la police. Là on m'a laissé le choix entre trois options : travailler avec eux et accepter leur argent ; quitter le pays ; ou, si je refusais les deux, être tué. »
Mohamed Bulbul décide de quitter la Somalie. Il laisse derrière lui ses parents et ses deux enfants.
Son tort ? Avoir raconté l’histoire de Sadia Moalim Ali, une conductrice de taxi arrêtée après avoir dénoncé sur les réseaux sociaux la hausse des prix et les abus du pouvoir. Elle affirme avoir été torturée en prison. Son témoignage est relayé dans la presse internationale.
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Le 25 juin, les pressions touchent aussi les journalistes venus couvrir son procès. Abdalle Mumin, secrétaire général du Syndicat des journalistes somaliens, raconte l’arrestation de son confrère Abdukadir Abukar Ali : « Il a été arrêté par la police au contrôle de sécurité du tribunal. Son téléphone et sa caméra ont été confisqués. Il a été emprisonné et interrogé, puis libéré après trois jours. Il nous a expliqué pourquoi il avait été arrêté. Ce matin-là, dans une courte vidéo sur l’affaire Sadia, il avait posé une question : aurait-elle droit à un procès équitable ? »
Ce jour-là, Sadia Moalim Ali est condamnée à trois ans de prison. La condamnation sera annulée en appel. Libérée début août, elle quitte elle aussi le pays. Mais pour les journalistes restés sur place, la peur demeure.
Abdalle Mumin : « Des journalistes, dont mes collègues, s’autocensurent pour éviter les problèmes avec la police, les milices ou les autorités locales. Cela a aussi un impact sur les droits humains. Quand les journalistes ont peur de couvrir certains sujets, plus personne n’ose parler. »
Pour continuer à enquêter librement sur les abus du pouvoir, les journalistes en Somalie n’ont plus d’autre choix que l’exil, déplore Abdalle Mumin.
Sadia Moalim Ali, elle, mesure ce qu’elle doit à ceux qui ont raconté son histoire. « Sans vous, je ne serais pas libre aujourd’hui. Si vous n’aviez pas rapporté les faits avec exactitude et dit la vérité sur mon affaire, si vous n’aviez pas fait connaître au monde l’injustice que je subissais, je n’aurais pas retrouvé ma liberté. Je veux que les journalistes continuent à raconter l’histoire de tous ceux qui ont été injustement privés de leur liberté. »
En Somalie, informer a un coût. Le silence aussi.
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