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Ukraine: transporter des organes grâce à des drones militaires, une solution pour sauver des vies

Ukraine: transporter des organes grâce à des drones militaires, une solution pour sauver des vies

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À Kiev, dans le plus grand hôpital pédiatrique d'Ukraine, les transplantations d'organes n’ont pas cessé depuis le début de l'invasion russe en février 2022. Nous avons suivi l'opération de Khrystyna, un bébé de neuf mois, à qui sa tante vient de donner une partie de son foie — la centième transplantation hépatique de l'hôpital. Malgré les missiles, les coupures d'électricité et l'espace aérien fermé, les chirurgiens continuent d'opérer. Et pour transporter les organes, certains envisagent désormais des drones militaires reconvertis.

De notre correspondante à Kiev,

Nous sommes au huitième étage de l’hôpital. Depuis quelques semaines, les attaques russes se sont intensifiées sur la capitale ukrainienne. Dans l’une des sept salles d’opération, trois chirurgiens chaussés de lunettes grossissantes sont aux prises avec le foie de Tetyana. Cette femme de 36 ans a décidé de donner une partie de son organe sain à sa nièce, Khrystyna, âgée de neuf mois. Le bébé est en train d’être préparé à l’opération dans le bloc voisin. Oleg Godik, le chirurgien en chef, reste étonnamment détendu : « Nous prélevons deux segments du foie du donneur, puis nous les réduisons, voire les hyper-réduisons si nécessaire, afin qu’ils soient adaptés au receveur avant la transplantation. L’opération dure en moyenne cinq à six heures. »

D’ailleurs, cela peut paraître surprenant, mais, pour se concentrer, les chirurgiens ont mis de la musique métal en fond sonore. Peut-être aussi une façon de faire écran au quotidien anxiogène ambiant.

L’opération de Christina est la 100e greffe de foie réalisée dans cet hôpital. En Ukraine, le pays effectue encore des centaines de transplantations par an et ce chiffre continue de grimper malgré la guerre. Cependant, le cadre est très strict. Une loi adoptée dès 2018 interdit formellement qu’un organe soit prélevé sur un soldat tué au front ou sur un civil mort à la suite des attaques russes.

Maintenir les transplantations malgré la guerre

Le chirurgien cardiaque Borys Todurov, grand ponte des greffes dans le pays, a lui-même suggéré cette loi au gouvernement. Il nous accueille dans son bureau de l’Institut du cœur, sur la rive gauche de Kiev : « C’était une manière d’éviter les spéculations dans les médias russes. Dès les premiers jours de la guerre, les médias russes racontaient chaque jour que des équipes ukrainiennes de transplantation se rendaient sur le front pour prélever les organes des personnes tuées. »

Maintenir ces transplantations en temps de guerre impose aussi des défis concrets. L’espace aérien ukrainien est fermé depuis février 2022. Et transporter un organe, c’est aussi une course contre la montre, car il ne survit que six heures au maximum hors du corps. L’an dernier, les équipes de Todurov ont parcouru 34 000 kilomètres, presque l’équivalent d’un tour du monde : « Quand nous roulions pendant les attaques, avec des bombes qui explosaient devant nous, c’était extrêmement dangereux. »

Une solution se dessine pourtant : des drones militaires reconvertis, capables de parcourir 700 kilomètres à plus de 110 km/h. Son équipe n’attend plus que l’approbation des forces armées, afin que les militaires comprennent que ce qui vole n’est pas forcément un ennemi, mais peut servir à transporter des organes.

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