On retient encore quelques minutes le soleil de juillet : deuxième série de cartes postales du Festival OFF d’Avignon, enregistrées cet été dans la cour du Théâtre des Doms. "Le Silence de Claire Lagrange" avec Céline Delbecq : Se réjouir de voir une biche, c’est la moindre des choses. Un grand établissement séparé de la ville par une épaisse et sombre forêt. Dans l’espace commun de cette demeure, Madame court d’une pièce à l’autre, préoccupée par des chiffres, des grilles, des listes… et cette fissure dont il faudrait qu’elle s’occupe. Jean et Silvia, deux résidents, échangent au sujet de « la nouvelle », Claire Lagrange. Elle peint, lentement, machinalement, avec de la gouache pour enfant. Sa lenteur extrême contraste avec l’agitation dans laquelle elle est arrivée quelques jours plus tôt. Jean et Silvia cherchent à comprendre ce que peut recouvrir son silence, se souviennent de ce qu’elle a dit dans son agitation, écoutent à travers les murs, sondent chaque indice. De l’autre côté de la forêt, Madame Lagrange, la mère de Claire, est perdue. Jamais elle n’aurait pu imaginer qu’un tel évènement surgirait dans leur famille… Mêlant théâtre de Playmobil et poésie, Céline Delbecq nous plonge dans un récit sensible où les fissures du monde révèlent la nécessité du lien et de l’émerveillement. "La panade" de la compagnie Vostok : Pyo et Uyobak vivent quelque part dans l’Est, loin, coupés du monde, dans leur château doré duquel jamais il·elle ne sortent. Pour ces deux êtres croupi·es, les jours se suivent et se confondent, rythmés par les services de la panade. Pyo est celui qui l’ingurgite : un homme privilégié qui a, toute sa vie durant, été nourri à la cuillère d’argent. Uyobak est celle qui s’efforce d’entretenir les habitudes qui ont fondé leur duo : le café du réveil, la crème du matin et, surtout : la panade du midi. Entre amour, confort et interdépendance, il·elle semblent prisonnier·es d’une situation qui les dépasse, et s’y accommodent. Mais la visite impromptue de cousins, revenus de voyage, va venir perturber leur équilibre. De quoi les mettre tout·toute deux face à leur propre plus grande urgence : celle de vivre. Un univers absurde et poétique qui plonge celui ou celle qui le regarde dans un espace hors du temps. "Ligne ouverte" de Vassili Schéman : Cette nuit encore, ils seront des dizaines à appeler. Ouvrier solitaire, adolescente curieuse, illuminé en détresse, cambrioleur en cavale, prisonnier en permission, ouvreuse de cinéma porno, religieux en doute... Et bien d’autres encore qui murmurent aveux, coups de blues, révoltes et secrets à l’antenne des radios de nuit. Et puis il y a cette voix qui les écoute, cette voix qui les conseille, cette voix qui les rassure. Et puis il y a nous, celles et ceux qui écoutons sans intervenir. Cette nuit-là, les voix s’entremêlent, les histoires se croisent, les récits s’imbriquent pour dresser le portrait de notre société contemporaine. Dans Ligne ouverte, tout est vrai. Chaque mot a été dit lors d’émissions radiophoniques nocturnes des années 70-80, animées entre autres par Max Meynier, Macha Béranger, Gonzague Saint Bris… Et chacun des témoignages proposés est un petit bout d’une mosaïque d’humanité. Ligne ouverte est le premier projet théâtral du jeune réalisateur Vassili Schémann. Il est porté par le Poche et une dizaine de lieux éclatés sur l’ensemble de la Wallonie.
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