Scénario sombre pour l'anchois et l'aquaculture qui s'en nourrit
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Sans anchois, pas de farine de poisson et donc pas de saumon ou de crevette d’élevage qui s'en nourrissent. Un tiers de ces petits poissons brillants est pêché au large du Pérou, du Chili et de l’Équateur, mais les prochains mois pourraient s’avérer plus que décevants. Les captures d’anchois sont en baisse de 40 % par rapport à l’année dernière, et cela ne devrait pas s’arranger.
L’horizon est plutôt sombre, pour ne pas dire noir. L'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (Noaa) l'a annoncé jeudi 11 juin : l’épisode climatique El Niño qui est en cours et qui met l’océan Pacifique en surchauffe pourrait être d’intensité forte, voire extrême. Or un autre phénomène plus local est déjà observé depuis plusieurs mois le long des côtes du Pérou. « Il s’agit d’une anomalie thermique, encore imparfaitement comprise, qui porte le nom d'El Niño côtier », explique Arnaud Bertrand, chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement). Cette perturbation réduit la présence de nutriments dans l’eau et donc la population d’anchois péruviens.
Si les deux phénomènes s’additionnent, « on plonge dans l’inconnu », résume l’expert de l’IRD. Or le Pérou représente environ 20 % de la production mondiale. « L’anchois pour le Pérou, c’est l’équivalent du pétrole pour l’Arabie saoudite », relève Javier Blas, éditorialiste de l’agence Bloomberg, avec des conséquences toutes aussi mondiales !
Interdiction de pêche au PérouLe Pérou a commencé par restreindre la pêche pendant quelques jours au mois de mai pour finalement l’interdire de manière « indéfinie » courant juin. Les interdictions sont fréquentes quand trop d’anchois juvéniles sont observés, mais généralement elles sont appliquées sur des zones maritimes localisées.
Cette fois-ci, comme en 2023, les autorités de Lima ont visiblement estimé qu’il fallait une mesure plus drastique pour protéger la ressource face au scénario qui se profile. Il ne serait d’ailleurs pas surprenant pour Arnaud Bertrand que les quotas annoncés en septembre pour la deuxième saison de pêche de l’année au Pérou soient nuls ou très bas.
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La farine de poisson en hausse de 80 %Face à ce scénario, on assiste, sans grande surprise, à un emballement des prix. Le coût de la farine de poisson sur le marché de gros a presque doublé en un an et atteint un record de près de 2 990 $ la tonne fin juin, selon Bloomberg. Le prix des farines commence déjà à se répercuter sur celui des poissons qui pourrait continuer à grimper d’ici 2027.
Les conséquences sont plus larges qu’elles n’auraient été à la fin des années 1990 : à l’époque un quart du poisson et des fruits de mer qu’on consommait provenait de fermes aquacoles, aujourd’hui, c’est plus de la moitié, relève Javier Blas.
L’impact va au-delà de l’aquaculture : les poules et les porcs sont aussi nourris en partie à la farine de poisson, même si avec la hausse des prix ces derniers mois, sa part dans l’alimentation des volailles et des porcs a peut-être déjà évolué.
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