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Massacre de Tiananmen: mémoire effacée, mémoire reconstruite

Massacre de Tiananmen: mémoire effacée, mémoire reconstruite

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Cette semaine marquait le 37ᵉ anniversaire du massacre de Tiananmen à Pékin, le 4 juin 1989. Le Parti communiste chinois est allé plus loin que d'habitude dans l'étouffement de la mémoire de cette répression sanglante. Pour la première fois, les Mères de Tiananmen n'ont pas pu se rendre au cimetière de Wan'an, près du cinquième périphérique de Pékin, dans le nord-ouest de la capitale. Les Mères de Tiananmen, c'est une association de familles de victimes du massacre du 4 juin 1989 qui demandent la vérité sur ce qui s'est passé. La vérité sur cette répression d'un mouvement pro-démocratie qui a commencé au printemps 1989. Des milliers de jeunes et d'ouvriers réunis sur la plus grande place de Chine. Un mouvement qui s'est terminé par l'intervention brutale des chars de l'armée populaire de libération dans la nuit du 3 au 4 juin. Les chiffres exacts sont toujours inconnus : des centaines, voire des milliers de personnes tuées, le long des avenues près de la place Tiananmen. C'est le message que porte l'une de ces mères, Zhang Xianling, 88 ans, dans une vidéo publiée le 30 mai dernier sur Facebook, qui est censurée en Chine. « Merci à vous, dit-elle, de ne pas oublier celles et ceux qui ont versé leur sang dans les rues de Pékin pour porter la voix du peuple. » Depuis plus de trente ans, les Mères de Tiananmen venaient chaque année déposer des fleurs et accomplir les cérémonies rituelles sur la tombe de leurs enfants tués par l'armée. Cette fois, les membres du groupe ont reçu un avis du Bureau municipal de la sécurité de Pékin : interdiction de se rendre dans l'enceinte du cimetière ni d'y tenir leurs rites en hommage aux morts, ce jeudi 4 juin. « Vrais héros » et « terroristes » La censure d'internet, elle, a atteint des sommets cette année aussi. Ce jeudi 4 juin, les internautes chinois pouvaient se voir interdire de comptes sur les réseaux sociaux mais aussi bloqués sur des sites d'achats en ligne comme Taopao, l'équivalent d'Ebay. Ainsi un utilisateur a vu son compte bloqué instantanément et ses posts devenir inaccessibles, pour avoir seulement liké une photo de bougies. Rappelons que l'intelligence artificielle est ici massivement utilisée pour la cybercensure. Mais le Parti communiste chinois est allé encore plus loin : il a communiqué sur « l'incident du 4 juin », selon l'expression officielle en Chine, en réécrivant l'histoire complètement. En effet, après 13 ans de règne de Xi Jinping, le Parti a décidé de ne plus seulement effacer tout travail de mémoire documenté sur le massacre, comme il le fait depuis 37 ans. Désormais, il présente les soldats de l'armée populaire de libération comme les « vrais héros » de Tiananmen, ceux qui se sont « sacrifiés » pour sauver le pays des ennemis de la nation. À savoir, les manifestants, maintenant appelés des « terroristes » et plus seulement des contre-révolutionnaires comme par le passé. Cette nouvelle propagande vient couronner trois décennies de rupture du fil mémoriel organisé rigoureusement par le Parti chez les générations nées après Tiananmen. Trente années de censure et de désinformation qui ont créé une page blanche dans la conscience publique. Une page blanche qui peut être désormais remplie par le nouveau récit. Quand la question ressurgit par hasard Cela fonctionne-t-il sans faille auprès de la jeunesse chinoise ? Justement, dans cet océan d'amnésie générale en Chine, les jeunes ont parfois l'occasion d'apprendre qu'il s'est passé autre chose à Tiananmen que ce que dit la propagande officielle. Par exemple, en février dernier, quand la patineuse américaine Alysa Liu a remporté l'or aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina, des rumeurs ont circulé en Chine à propos de son père. C'est qu'Arthur Liu avait participé aux manifestations de la place Tiananmen. Après la répression, il s'était réfugié aux États-Unis, où sa fille Alysa est née en 2005. Évidemment ces discussions ont été rapidement censurées. Mais on voit bien que sur les réseaux sociaux chinois, la question de Tiananmen peut ressurgir par hasard dans des contenus de divertissement, des jeux en ligne, des vidéos d'influenceurs. Et quand politique et divertissement vont de pair avec une audience maximale, la censure est beaucoup moins rapide.
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