Loi Duplomb: quels sont les coûts cachés des pesticides?
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概要
Cancers, pollutions... Les insecticides et autres engrais utilisés par l'agriculture intensive engendrent des frais pour la collectivité, jamais répercutés dans le prix d'achat des produits.
Elle fait son grand retour dans l'actualité française. Plus de six mois après l’adoption de la loi Duplomb, en faveur d’une agriculture productiviste et gourmande en pesticides, un débat est organisé aujourd’hui à l’Assemblée nationale après le succès de la mobilisation citoyenne contre le texte déposé par le sénateur Laurent Duplomb. La pétition qui avait recueilli plus de deux millions de signatures pointait en particulier la réintroduction d’un pesticide auparavant interdit, l’acétamipride.
Les pesticides et plus largement l'agriculture industrielle représentent des « coûts cachés », une notion assez récente établie par la FAO (l'agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation), pour alerter sur la réalité de certaines pratiques agricoles. L'utilisation d'engrais et de pesticides n'est pas neutre, ni pour la santé des humains, ni pour l'environnement et la biodiversité. Cela a donc un coût, qui n'est pas répercuté dans le prix du produit, qu'on ne paie pas directement en passant à la caisse. « On a des coûts sanitaires exorbitants, pointe Olivier de Shutter, ancien rapporteur des Nations unies sur le droit à l'alimentation. On a des coûts environnementaux extrêmement importants avec une pollution des nappes phréatiques, avec une destruction de la santé des sols liée à l'agriculture industrielle. Tous ces coûts ne sont pas reflétés dans le prix de l'alimentation. Et en réalité, on paie malgré tout ces coûts infligés à la collectivité en impôts, on paie en soins de santé, on paie et les générations futures vont payer les dommages environnementaux. Quelqu'un, à un moment donné, doit supporter ces coûts ».
Du simple au doubleSelon les estimations et les pays, pour un euro dépensé, les coûts cachés sont de un à deux euros. L'utilisation de pesticides augmente les risques de cancer, et les agriculteurs sont d'ailleurs les premiers touchés, et cela engendre des frais de santé. Les pesticides polluent aussi les nappes phréatiques. Il faut donc compter tous les coûts de dépollution, de traitement des eaux. Et puis quand votre eau du robinet est contaminée, et que vous devez acheter de l'eau en bouteille, cela aussi a un prix.
Un tiers de ces coûts cachés concernent les dépenses de santé, près de la moitié l'environnement, et le reste l'économie. Si les risques de l'acétamipride, cette molécule que veut réintroduire le sénateur Laurent Duplomb, pour la santé humaine sont débattus, on est en revanche certain que les abeilles n'apprécient pas trop. Et ces valeureuses pollinisatrices ont une valeur : les services qu'elles rendent à l'agriculture, gratuitement, sont estimés à 150 milliards d'euros dans le monde.
Puissants lobbysOn n'utilise pas les pesticides pour le plaisir mais il existe d'autres modèles que l'agriculture intensive, industrielle, qui fait la course à la productivité : l'agriculture biologique et l'agroécologie, respectueuses de l'environnement, des consommateurs et des agriculteurs. Derrière le sénateur Duplomb, membre de la FNSEA, le puissant syndicat agricole français, ses détracteurs pointent le poids des lobbys de l'agro-industrie, qui ont tout intérêt à défendre un modèle productiviste pour continuer de vendre les produits chimiques que les paysans dispersent dans leurs champs et finalement dans la nature. « On sous-estime le poids très important des grands lobbys de l'agrochimie et des firmes semencières dans le développement des politiques publiques, dénonce Olivier de Shutter. Ne nous trompons pas de diagnostic, on n'est pas aujourd'hui dans une situation de rareté. L'impératif n'est pas d'augmenter la production, même si c'est le discours que ces lobbys très influents continuent de tenir ».
D’ailleurs Laurent Duplomb s'entête et espère arriver à ses fins, après la censure de certaines dispositions de sa loi par le Conseil constitutionnel l’été dernier. Il a déposé une nouvelle proposition de loi le 3 février, une semaine avant le débat organisé à l'Assemblée nationale. Une ultime provocation, doublée d'une cruelle ironie : c'était la veille de la Journée mondiale contre le cancer.